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Auteur Sujet: Les Mondes Fantastiques  (Lu 910 fois)

Hors ligne James Scott

  • Tabellion
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Les Mondes Fantastiques
« le: 21 Mai 2014 à 06:59:58 »
CHAPITRE I

 
 
Des trombes d'eau tombaient sur la ville pendant que le ciel obscur grondait, lançant parfois quelques éclairs qui ouvraient un spectacle saisissant et exceptionnel. Les arbres luttaient de toute leur force contre la violence du vent qui atteignait des sommets, faisant ainsi claqueter portails et volets, emportant avec lui tout objet suffisamment léger. A travers le tumulte, on pouvait entendre japper des chiens et pleurer des enfants que les mères devaient aller consoler. Les rues étroites étaient désertes et seul la lumière de quelques lampadaires ici et là, arrivaient encore à percer le chaos. Personne n'aurait oser s'aventurer dehors. Personne, sauf lui bien entendu.
     L'homme était grand et mince. Il revêtait, comme à son habitude, un costard noir très élégant, un chapeau melon burlesque et des savates dépareillés. La lune éclairait ses pas tandis qu'il avançait sans le moindre mal à travers les éléments. Aussi étrange que cela paraisse, ni le vent, ni la pluie ne l'affectait. Dans ses bras, se tenait un petit bébé qu'il avait enveloppé soigneusement dans une couverture. Seul la tête du nourrisson dépassait encore et l'on pouvait voir à ses paupières closes qu'il dormait. Rien ne semblait perturber les deux individus qui continuaient leur route vers un endroit inconnu.
     Ils avançaient ainsi depuis un bon moment, lorsque l'homme s'arrêta devant la grille métallique d'un grand manoir. L'endroit semblait austère. Des lianes investissait une grande partie de la façade et recouvraient maintenant les trois quart de sa surface. Le jardin étaient peu entretenu et les murs, hauts de plusieurs mètres, auraient empêchés quiconque d'y pénétrer. Le temps n'arrangeait pas les choses car il amplifiait la décrépitude de l'endroit lui donnant l'aspect d'un manoir hanté. Près de la grille, était apposée une plaque rectangulaire légèrement rouillée sur laquelle on pouvait lire difficilement l'inscription « Bienvenue à l'orphelinat de Lewington ».
     L'homme essaya à plusieurs reprise d'ouvrir la grille mais celle-ci semblait fermée. Il prit alors un peu de recul et, tout en maintenant bien le bébé contre son ventre, il tendit sa main droite, pomme ouverte, devant lui. Un cliquetis se fit alors entendre, suivit d'un déclic, et la grille s'ouvrit lentement dans un long grincement strident. Le bruit était tel que plusieurs lumières venaient de s'allumer sur la façade du manoir, mais cela ne dérangea point l'individu qui continua tranquillement sa marche dans l'allée, jusqu'à atteindre l'immense porte de bois servant d'entrée. Il prit dans sa main le marteau à tête de lion et toqua plusieurs fois.
     Après quelques minutes d'attente, la porte s'ouvrit et il se retrouva nez à nez avec une jeune femme d'une vingtaine d'année. Une robe de chambre l'entourait et ses cheveux ébouriffés montraient qu'elle venait de se réveiller. Elle ne pensait pas que quelqu'un serait venu à une heure aussi tardive et qui plus est, par une nuit aussi déchaînée. Elle resta bouche bée en voyant l'individu vêtu d'un costume et tenant précieusement un bébé contre lui. Ni l'homme ni le bébé n'étaient mouillés et on aurait dit qu'ils venaient d'apparaître. Elle pensa tout d'abord que son imagination lui jouait des tours et qu'elle était encore en train de dormir. Après tout, il faisait nuit et la tempête donnait, comment cet individu aurait-il pu trouver son chemin ? Et comment aurait-il pu ouvrir la grille ? Où était la mère de l'enfant ? Et pourquoi l'homme portait-il un costume à cette heure ? Elle réfléchissait avec un air abruti lorsque l'homme pris parole la sortant de sa rêverie et la ramenant ainsi à la réalité.
«Bonjour madame, lui dit-il tout en forçant le passage vers l'intérieur. Je suis désolé de vous importuner mais j'aimerai m'entretenir avec la maîtresse des lieux.
_ Bi-Bien sûr, balbutia difficilement la jeunette qui fut prise de court. Qui-Qui dois-je annoncer ? Se reprit-elle, tandis que l'étranger se dirigeait déjà vers un canapé adossé au mur.
_ Dites-lui juste que j'ai affaire sérieuse qui ne serait attendre. Cela devrait l'intéresser.
_ D'accord. Puis-je vous poser une question avant d'aller la chercher ?
_ Une question ? Pourquoi pas, répondit-il tout en testant le rebondit de son assise
_ Comment avait vous fait ? Comment avait vous fait pour arriver jusque là par nuit noire et sans être mouillé ?
_ C'est très simple. J'ai marché ! Il fit un sourire à la servante et ajouta d'une manière amusée: Pour ce qui est de la pluie, elle n'a pas réussit à m'atteindre tout simplement.
_ Vous voulez dire que...
_ Qu'il est temps que vous alliez chercher votre patronne mademoiselle, la coupa-t-il.
_ Mais c'est que...Très bien, je m'en vais la chercher tout de suite.... finit-elle sur un ton d'abdication
tout en se dirigeant vers les escaliers qu'elle gravit rapidement avant de disparaître.

   
   L'absence de la servante laissa le temps à l'individu de contempler l'endroit où il se tenait. Il y était entré si vite qu'il n'avait pas fait attention à ce qui se présentait autour de lui. Sa première pensée fut que contrairement à l'extérieur qui affichait l'image d'un manoir décrépit voir hanté, l'intérieur paraissait drôlement bien élaboré. La pièce dans laquelle il se trouvait était immense et devait bien atteindre les trente mètres de long sur vingt de large. Sur les murs des tapisseries ornaient le lieu d'histoires fantastiques où les dieux buvaient à foison et chassaient du gibier. Des meubles façonnés dans un style ancestral étaient posés ici et là, donnant un ton très gothique à l'endroit, tandis qu'au plafond un magnifique lustre de cristal accompagné de ses chandeliers à bougies imposait une évidente richesse. En face de l'homme se trouvait deux escaliers menant aux étages qui se rejoignaient à un même palier pour se diviser de nouveau. De chaque côté des escaliers se dessinaient des arches menant probablement vers d'autres pièces, sur lesquelles étaient sculptés d'horribles gargouilles. L'individu c'était assis sur un long canapé encadré par deux fauteuils crapauds constitués d'armatures dorées et d'enjolivures en velours. On se serait cru dans un véritable palais, même si le goût antique et lugubre venait écorner légèrement cette image.
      Il ne fallut à l'homme que quelques secondes pour changer de position et finir ainsi allongé de tout son long dans le canapé, les pieds croisés dépassant du rebord, l'enfant calé entre ses bras. L'homme savait qu'il était là en mission et que de ses choix pouvaient dépendre le destin du monde... mais il trouvait toutefois un amusement certain à cette situation. Cela faisait si longtemps qu'il n'était pas sorti de sa tanière qu'une bonne balade dans ce manoir aux airs familiers le ravissait. Il n'aurait jamais découvert l'endroit si on ne lui avait pas fortement soutenu que l'enfant y serait protégé. Maintenant, il espérait juste que son plan allait fonctionner car il savait que ce qu'il devait faire changerait leur destin mutuel à jamais. Quoiqu'il en soit, il n'avait pas vraiment le choix.

      La jeune servante réapparut enfin, suivit de près par une femme beaucoup plus âgée qui descendait doucement les marches en s'aidant de sa canne. Les rides qui parcouraient son visage l'avait travaillé de façon à figer dans le temps son extrême gentillesse et son éternelle sérénité. Elle devait apparaître davantage comme une grand mère aimante que comme la maîtresse des lieux aux yeux des orphelins. En regardant de loin ses mains l'étranger estimait qu'elle devait avoir approximativement soixante-douze ans.... Et il avait raison.
      A mesure qu'elle descendait, la vieille dame découvrit la silhouette de l'homme qui avait osé braver la tempête. Il lui fallut tout de même être arrivé en bas et suffisamment proche pour bien percevoir l'énergumène qui, toujours affalé dans le canapé, donnait maintenant un biberon au nouveau né. Elle tourna alors la tête vers son employée en lui lançant un regard interrogateur, mais celle-ci ne pu lui répondre que part un haussement d'épaules. Personne ne savait vraiment qui était cet étrange personnage et ce qu'il venait faire ici. Cependant, après quelques secondes de réflexion, la gérante finit par conclure que malgré son air extravagant et mystérieux, l'individu devait avoir une bonne raison de venir ici. Après tout, s'il avait fait tout ce chemin dans des conditions exécrables, ce devait être sûrement pour quelque chose de sérieux et il fallait donc s'en occuper comme n'importe quel invité.
« Bien le bonjour Monsieur, à qui ai-je l'honneur ? » commença la vieille dame tout en s'approchant.
L'homme gêné par la question se leva brusquement du canapé, rengainant son biberon on ne sais où, puis se mit à faire un salut rocambolesque en enlevant son chapeau d'une main tout en maintenant l'enfant dans son autre main. Après quoi, il enchaîna joyeusement avec un énorme sourire :
« Vous êtes madame Heather Brudge je suppose ! »
La vieille dame stupéfaite eut un moment d'hésitation.
«  Heu... oui c'est cela. On ne m'a plus appelé ainsi depuis très longtemps vous savez. La plupart des gens ici m'appelle seulement Madame Brudge ou Mamie Brudge.
_ Très bien, c'est à vous que je voulais parler, lui répondit l'homme tout en commençant à fixer de manière insistante la servante qui se trouvait toujours au côté de la vieille femme. Puis il enchaîna « Il y aurait-il un endroit où nous pourrions nous entretenir en privé ? Car voyez-vous je suis assez pressé et... » Il s'arrêta un instant et porta un regard attendrit vers l'enfant qui était toujours endormi dans ses bras, après quoi il reprit : « ...C'est assez important. »
   
   De son côté, Mamie Brudge semblait décontenancé par le personnage. Pourtant, elle ressentait de façon inexplicable qu'il n'était pas n'importe qui, même si elle se doutait que l'homme était ici pour lui laisser l'enfant. Ce n'était pas la première personne qui venait lui déposer un enfant, et encore moins un nouveau né. Ces enfants étaient souvent le fruit de relation extraconjugale ou non désirée, et de nombreux parents avaient déjà abandonné leur enfant ici. Cependant, quelque chose chez cet homme semblait différent. Mamie Brudge décida donc céder à sa requête plutôt que de poser de vaines questions.
« Annabelle, vous pouvez disposer. Je raccompagnerais moi-même monsieur après notre entretien.
_ Bien madame, répondit-celle-ci avec un signe de tête tout en s'effaçant rapidement.
_ Quand à vous monsieur, veuillez me suivre ajouta-t-elle tout en faisant un geste vers l'escalier le plus proche.

 
   L'individu suivit Mamie Brudge jusqu'aux escaliers et ne pu s'empêcher de remarquer que celui-ci était taillé dans un bois très ancien, qui paraissait même plus ancien que les meubles. Sur celui-ci était apposé un magnifique et soyeux tapis bleu qui permettait de donner un peu de couleur à la pièce. L'homme avait aussi noté que le type d'architecture était très ancien mais que la construction n'avait pas le moindre signe de fatigue. Peu de gens pouvait construire un bâtiment comme celui-ci, et même lui dont le savoir était illimité, ne connaissait personne qui ait pu créer un tel monument.
      Les deux individus se mirent alors à gravir les marches une à une, l'inconnu laissant la vieille dame s'appuyer sur lui de temps à autre. Les marches avaient beau être accessible, elles était nombreuses, et l'homme se demandait comment la vieille dame faisait pour les monter et les descendre à son âge. Arrivé au premier palier l'homme remarqua une tapisserie inattendue qui recouvrait l'ensemble du mur sur laquelle on pouvait observer un chevalier téméraire armé d'une épée qui combattait un dragon argenté. La tapisserie était différente des autres. Elle était si bien confectionnée qu'on aurait dit qu'elle était animée par une force étrange. C'était comme si l'on pouvait ressentir à la fois les sensations du chevalier et celles du dragon. Tout deux semblaient combattre pour la survie de leur espèce et savaient qu'une seule s'en sortirait.
      L'homme allait poser quelques questions à Mamie Brudge, mais avant même qu'il n'ai pu en formuler une, Mamie Brudge devança sa pensée en se lançant dans des explications :
« Étonnante bâtisse n'est-ce pas ? Voyez-vous, j'ai hérité de ce manoir et de tous les éléments intérieurs dans ma jeunesse. Mais ayant eut un début de vie difficile je ne voulais pas l'utiliser à des fins personnelles. C'est mon mari qui a eut l'idée d'en faire un orphelinat. Je m'en rappelle encore, c'était en... attendez un peu... ça va me revenir... en 1967 ! Peu de gens se souciait alors des gamins qui traînaient dans la rue vous savez. J'ai donc commencé par les recueillir petit à petit, puis les autres ont suivis. On venait m'apporter des enfants ayant perdus leur parents dans des morts tragiques, mais aussi des enfants issus d'adultères ou rejetés par leur famille... Enfin c'est bien triste, mais grâce à l'orphelinat ils ont pu connaître les joies d'une seconde famille. »
_ Je vois, répondit l'homme poliment tout en continuant l'ascension au côté de la femme. Puis il demande d'une voie excité : Savez-vous d'où proviennent ces tapisseries ?
_ Elles étaient là à l'origine. J'ai préféré garder l'endroit comme il était lorsque je l'ai reçu. Je ne sais pas pourquoi... c'était peut être par respect pour mon ancêtre... Quoiqu'il en soit je n'arrivais pas à me convaincre de changer quelque chose.
_ Cela est intéressant murmura l'homme mystérieux. Et qui était ce fameux ancêtre ?
_ C'était un oncle éloigné semble-t-il. Un certain Arthur Lewington que je n'ai jamais connu. L'orphelinat porte d'ailleurs son nom. C'était ma façon de le remercier.
L'homme se mit alors à baisser vraiment les yeux et à prendre une mine triste. Il était vraiment déçu car il n'avait jamais entendu parler de ce fameux Lewington. Lui qui espérait en savoir davantage sur ce lieu hors du commun se retrouvait dans une impasse. Il continuerait son enquête s'il parvenait à survivre à sa prochaine épreuve. Il y avait tant de choses à accomplir encore.
      L'individu et la vieille femme arrivèrent alors à l'étage et Madame Brudge le guida alors à travers un couloir effilé d'où jaillissaient des portes de temps à autres. Le couloir était obscur malgré la lumière des nombreux chandeliers qui dessinaient des ombres étranges à mesure qu'ils avançaient. Il y avait là encore de nombreuses tapisseries racontant d'autres histoires fantastiques, mais rien en comparaison de celle qui se trouvait dans les escaliers. L'homme regardait chacune d'elle avec curiosité mais ne trouvait ici aucun indices. Il posa alors son attention sur les nombreuses portes.
« Se sont les autres chambres ?  demanda-t-il tandis qu'ils progressaient vers leur destination.
_ Non, cet étage m'est entièrement consacré, lui répondit la vieille femme. Le manoir comporte quatre étage. Les chambres du personnel sont au second et les chambres des enfants se trouvent au troisième et au quatrième. Les lieux de vie tels que la cuisine, la bibliothèque et les salles de cours se trouvent tous au rez-de -chaussée, après les arches que vous avez du apercevoir.
_ C'est un lieu intéressant, remarqua l'homme en portant sa main au menton. Vous vous donnez vraiment pour ces orphelins
_ Oh oui ! Ça on peut le dire. Mais ils me donnent tellement en contrepartie... . Cet orphelinat est une réelle chance pour nous tous... Bien, nous y voilà. »
   
  Devant eux se dessinait une dernière porte qui terminait le couloir. Madame Brudge sortit un trousseau rempli de clés et mit du premier coup la bonne clé dans la serrure. Elle tourna celle-ci et poussa sur la porte laissant place à un endroit vraiment chatoyant. De chaque côté de la pièce se trouvaient d'anciennes bibliothèques avec vitrines, toutes remplies de rares collections de livres très bien entretenues. Sur la droite se dressait un joli bureau en bois d’acacia qui devait sûrement correspondre au bureau de travail de madame Brudge. Au fond de la pièce se présentait une luxueuse cheminée gothique à foyer ouvert où l'on pouvait encore voir crépiter de nombreuses petites braises. Le centre de la pièce ressemblait quand à lui à un mini salon : plusieurs fauteuils entouraient une table en verre poli et un tapis de différentes nuances de vert agrémentait le tout. Madame Brudge alla s'installer dans un fauteuil invitant l'étranger à s’asseoir en face d'elle. L'enfant était toujours endormi dans ses bras, enveloppé dans la chaleur de la couverture.
_ Je vais rentrer dans le vif du sujet commença directement l'homme. Comme vous pouvez le voir je suis accompagné d'un nourrisson que je dois vous laisser. Cependant, je ne viens pas pour abandonner cet enfant... Je viens vous le confier un certain temps afin de le récupérer plus tard.
_ Le récupérer ? s'enquerra la dame. Vous ne pouvez pas abandonner cet enfant pour ensuite le récupérer plus tard. Et puis ... soupira-elle, il est inutile de laisser cet enfant espérer un quelconque retour où de vous cacher derrière de fausses excuses. Vous n'êtes pas le premier que je vois abandonner un enfant ici. Je sais exactement comment cela fonctionne. »
L'homme devint soudainement extrêmement sérieux ce qui surpris vraiment la vielle femme. Il avait un air grave et les yeux perdus dans le néant lorsqu'il reprit :
« Je sais cela que cela peut vous paraître étrange, mais je me dois la protéger pour l'instant. Je ne peux pas vous donner plus d'explication, c'est comme cela et vous devez l'accepter. »
La vieille dame regarda étrangement l'homme, le reluquant une dernière fois. Le sentiment qu'elle avait ressenti auparavant revint à elle. L'homme était quelqu'un d'important malgré son aspect pittoresque et il fallait le prendre au sérieux. De plus, elle savait qu'un homme aussi pittoresque ne saurait pas bien s'occuper d'un enfant et il valait mieux penser davantage à l'enfant avant de penser au reste. Dans quel cadre l'enfant aurait-il le plus de chance ? Seul avec un farfelu en costume ? Ou dans la très grande famille de l'orphelinat de Lewington ? Le choix était rapide.
_ Je suppose que je ne peux pas vous faire change d'avis... lui dit la vieille femme. Je suis d'accord pour que nous nous occupions de l'enfant, mais, insista-t-elle, je ne le fais que dans son intérêt. D'ailleurs, a-t-il un nom ?
_ Oui, elle s'appelle Abigail !
_ Abigail ? C'est un joli prénom, reprit la vieille femme en esquissant un sourire attendrit à la vue du petit minois qui dormait.
_ Bon et bien je vous la laisse dit l'homme précipitamment.
Il se leva, fit le tour de la table et posa délicatement l'enfant dans les bras de madame Brudge. L'enfant se réveilla alors soudainement et se mit à pleurer. La vieille dame tenta de bercer alors l'enfant qui continua de pleurer. « Et bien, voilà qu'il c'est réveillé », fit remarquer la vielle dame à l'homme qui ne semblait pas plus étonné que cela. Il embrassa fort l'enfant sur le front et se précipita vers la sortie. « Où allez-vous ? Attendez ! Partez plutôt demain matin le temps que la tempête se calme, je vais vous faire aménager un lit !» s'exclama Madame Brudge. Mais l'homme était déjà parti... Du moins, c'est ce qu'elle croyait jusqu'à ce qu'il reviennent tout aussi précipitamment dans la pièce.
« J'oubliais ! s'exclama t-il en revenant vers la vieille dame. Chaque année je vous enverrai un peu d'argent pour financer les frais d'Abigail, sa nourriture, ses vêtements et tout le reste.
Tenez, dit-il en déposant une bourse sur la table C'est pour les frais de cette année... cinquante pièces d'or devrait faire l'affaire. Je donnerai la même chose l'année prochaine. »
La vieille dame faillit faire une attaque en entendant le chiffre annoncé par l'homme.
« Cinquante pièces d'or ? C'est beaucoup trop. Je ne fais pas cela pour l'argent vous savez.
_ Tant mieux. Vous saurez d'autant plus comment le dépenser lui répondit l'homme avec son plus beau sourire tout en lui faisant un clin d’œil complètement loufoque. »
Puis il sortit à tout vitesse de la pièce pour ne jamais y revenir.
   
Madame Brudge n'eut même pas le temps de lui dire au revoir qu'il n'était déjà plus là. Ce monsieur était vraiment étrange pensa-t-elle tout bas. Depuis les quarante-deux ans qu'elle gérait cet endroit, c'était bien la première fois qu'elle voyait un original comme celui là venir lui déposer un enfant par une nuit de tempête et partir aussitôt. Elle était intrigué. Qui était-il et qu'avait-il à voir avec la petite ? Et d'où sortait-il cet argent qui à lui seul pouvait couvrir les frais à l'année de tous les orphelins réunit ? Ce devait probablement être l'entremetteur de quelqu'un d'importance.

      L'homme n'avait pas de temps à perdre. Il descendit l'étage à toute vitesse et arriva très rapidement devant la grande porte d'entrée. Il releva un instant sa manche et regarda son poignet sur lequel était tatoué une boussole. L'aiguille commençait à virer au rouge, il était plus que d'y aller. Il prit la poignée de la porte dans sa main, la tourna et soudainement une vague de vent glacé vint lui gifler la face et faire voler son chapeau melon. Il était tellement pris par ses pensées qu'il avait oublié de mettre sa garde... Il récupéra alors son chapeau qu'il épousseta du revers de la main, puis il ferma les yeux un instant en se concentrant intensément. Il ouvrit de nouveau la porte et sortit cette fois ci comme si de rien n'était tandis que la tempête continuait sa danse infernale. La pluie tombait en cascade et le souffle du vent continuait de faire virevolter ce qu'il trouvait. Des éclairs illuminaient un instant la nuit faisant apparaître clairement la silhouette de l'homme qui se déplaçait seul. Cependant, une chose incroyable se produisit cette nuit là. Tandis que l'homme avançait, les éclairs commencèrent à se résorber et la pluie fut doucement remplacée par de nombreux flocons de neige. Les toits devenaient blanc et les rues enfilaient leur manteau d'hiver. On se serait cru le jour de Noël en plein mois de Mai.
      L'homme continua de marcher en souriant. Il aimait vraiment la neige. Elle permettait de le calmer et du lui apporter la sérénité dont il avait besoin. Seul dans les rues il admirait le spectacle. Tout était vraiment beau, mais il ne pouvait reste. Il ne devait pas s'attarder s'il voulait finir ce qu'il avait commencé.
      Après plusieurs minutes de marche, il tourna dans un petit chemin qui l'emmena tout droit à l'orée d'une forêt. Il entra dans la forêt et continua sa route dans l'obscurité. Les arbres s'agitaient dans tout les sens et empêchaient la moindre lumière de passer. Mais cela ne l'inquiétait pas car il connaissait le chemin par cœur. Il s'enfonça de plus en plus profondément dans les ténèbres marchant vers sa destinée, et ce faisant, il disparu comme il était venu. Plus personne ne le revit après ça.

Hors ligne nevizhed

  • Calliopéen
  • Messages: 413
  • C'est tellement mystérieux, le pays des larmes.
Re : Les Mondes Fantastiques
« Réponse #1 le: 21 Mai 2014 à 20:47:13 »
J'aime beaucoup ton texte, il est fluide on s'imprègne bien dans l'histoire du personnage et e bref j'ai beaucoup apprécié désolé si je ne peux rien dire de plus, du haut de mes 13 ans et demie :)
Je te souhaite une très bonne continuation :) !
Au bout de ce tunnel noir,
Une lueur illusoire.
C'est peut-être ça ? l'espoir.
Mon espoir.

Hors ligne James Scott

  • Tabellion
  • Messages: 52
    • bete curieuse
Re : Les Mondes Fantastiques
« Réponse #2 le: 22 Mai 2014 à 01:49:56 »
Hésite pas à critiquer franchement, c'est toujours constructif !
Je sais qu'avant j'avais une version avec moins de description mais que j'ai voulu rajouter des éléments et que des amis à moi préférait la première version car ils étaient plus libre dans l'imagination  ><. Mais je tenais quand même à faire tourner l'ambiance au niveau gothique au vu de la suite.

Pour donner une idée, l'histoire serait un croisement entre les livres  ''La croisée des mondes'' de Philipp Pullman (que je conseil fortement [le film est horrible par contre]) et le manga Berserk !

 


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