Eva me convia à la piscine, un mercredi.
Le mercredi, c’est la journée des femmes avec enfants. Il y a peu d’hommes, à part des chômeurs ou des pères au foyer, en congé parental. N’étant pas au chômage et n’ayant pas d’enfants, je pris donc un RTT pour accompagner Eva à la piscine.
Nos chemins se séparèrent aux vestiaires, culturellement déterminés par l’identité sexuelle, et nous nous retrouvâmes à la sortie du pédiluve, en tenant d’Adam et Eve, avec le léger rajout d’un slip de bain échancré de mon côté, et d’un bikini style années 80 du côté d’Eva.
- T’es pas mal conservé, me lança Eva après un rapide regard m’englobant des pieds à la tête. A part un peu de brioche.
- Quelle brioche ? fis-je en rentrant mon ventre illico. C’est l’effet-pédiluve, tu connais pas ? Le froid te prend aux pieds, et le ventre se relâche.
- Ca ne marche que chez les hommes ? dit-elle avec un sourire en coin.
- C’est vrai que tu n’as pas de ventre. C’est d’autant plus remarquable que tu as eu deux enfants.
- On va nager ? dit-elle pour changer de sujet.
Je ne sais pas pourquoi elle évite toujours soigneusement le sujet des enfants. Je sais juste qu’elle a un garçon de 11 ans et une fille de 16 ans. J’en apprendrai peut-être plus un jour, quand elle me fera vraiment confiance. Il n’y a pas très longtemps qu’on se connait. Elle a peut-être eu de mauvaises expériences.
Je descendis dans le grand bassin par l’échelle. Eva, elle, s’assit sur le bord, et se laissa lentement glisser le long du mur, dévoilant au passage la fine musculature de ses bras, tendus pour retenir son corps et effectuer une entrée progressive dans l’eau.
- Alors, quel est ton programme ? lui demandai-je.
- Je vais déjà faire 200 mètres en crawl, soit 8 longueurs. Après je verrai selon ma forme.
- Je te suis.
Eva nageait très bien. Mes lunettes me permettaient d’observer son corps en mouvement. Ses battements de jambes étaient puissants, ses épaules ondulaient de droite à gauche générant un effet d’entrainement efficace dans son bassin et ses membres. J’eus un peu de mal à la suivre, et ne fus pas mécontent que les 200 mètres se terminent enfin.
- On fait une pause maintenant, tu veux bien ? articulai-je difficilement en reprenant mon souffle.
- Tu es déjà cramé ?
- Je ne suis pas très endurant, c’est tout, répondis-je un peu vexé. Je suppose que tu es du genre à nager pendant des kilomètres pour avoir ta dose d’endorphines ?
- Tout-à-fait. C’est trop bon, c’est mieux que le sexe.
- Vraiment ? fis-je avec une moue dubitative. Tes ex’s étaient si peu doués que ça ?
- Ah, ah. Bon excuse-moi, je me sens en forme, je pars pour un kilomètre de nage.
- Eh bien moi je vais faire de l’aquagym dans le petit bassin.
- De l’aquagym ? fit-elle avec des yeux ronds. Tu vas faire des mouvements dans l’eau sur place ?
- Je n’ose pas aller dans les cours d’aquagym, il n’y a que des femmes, ou bien des hommes retraités. Alors je me fais mes séances tout seul, lui expliquai-je.
- T’es bizarre, toi. Mais après tout, pourquoi pas.
Elle réfléchit quelques secondes en me regardant comme un extra-terrestre. Puis son œil s’éclaira et elle me lança avant d’entamer son kilomètre lancé :
- Je te rejoins quand j’ai fini !
Je sortis du bassin par où j’étais rentré, par l’échelle. Je ne suis pas du genre à poser les mains sur le rebord, puis prendre un léger élan pour se soulever à l’aide des bras et du buste, et finalement effectuer une rotation à 180 degrés pour poser son fessier sur le bord, sous l’œil admiratif des dames alentours. D’une part parce que j’entends parfois des craquements bizarres lors de la phase d’élévation. D’autre part parce que la phase d’atterrissage est trop aléatoire, et que les fesses ne retombent pas toujours à l’endroit prévu. Ce qui engendre parfois un retour à l’eau du plus mauvaise effet.
Je franchis l’espace me séparant du petit bassin. Son eau était plus chaude. La profondeur était de 1,20m, ce qui me permettait d’avoir le buste hors de l’eau. Je me détendis, les bras en croix sur le rebord, laissant mes jambes flotter devant moi. ‘Avaler des kilomètres, très peu pour moi’, pensai-je. ‘Je suis pas un robot dopé aux endorphines !’.
Puis j’avançais un peu plus loin, jusqu’à avoir de l’eau au niveau des épaules, et entamais une série de mouvements de gymnastique aquatique. Après l’activité horizontale de la nage, je trouvais l’activité verticale de l’aquagym très complémentaire. Par chance il n’y avait pas grand monde, et je n’eus pas à me soucier du regard des autres.
Un quart d’heure plus tard, Eva arriva. De taille moyenne, son bassin bien proportionné - ni trop large ni trop étroit - , lui donnait une grâce de danseuse. Ses épaules étaient assez larges pour une femme, ce qui expliquait sans doute sa facilité pour la natation. Son bonnet de bain, cachant ses cheveux, rendait son visage plus viril, sa mâchoire carrée n’étant plus adoucie par l’ondulation de ses cheveux blonds descendant jusqu’à sa gorge. Sa poitrine se soulevait et se rabaissait à un rythme très rapide, preuve d’une activité physique intense.
Elle s’assit lestement sur le bord du bassin, à un mètre de moi.
- Je suis vannée ! Mais qu’est-ce que c’est bon …
- La prochaine fois, je te suivrai. Enfin j’essaierai. Apparemment tu as une sacrée condition physique.
- Disons que je m’entretiens, répondit-elle tout en faisant bouger ses pieds dans l’eau. Il faut, si on veut rester séduisante. Et puis c’est un plaisir, un peu de sport une fois ou deux par semaine. Je suis très ‘cardio’. Toi, c’est plus la gymnastique douce ?
- Oui, je n’ai jamais été très endurant. Les semi-marathons, très peu pour moi. Je peux faire un effort, mais sur de courtes distances. Un peu comme le guépard, ajoutai-je.
Elle me regarda en fronçant les sourcils, essayant visiblement de superposer mon image à celle d’un guépard. N’y arrivant visiblement pas, elle ouvrit de grands yeux et dit d’une voix enfantine
:
- Et moi, je suis quel animal ?
- Une loutre, sans hésitation.
Je reçus aussitôt une grande gerbe d’eau en plein visage, envoyée par un pied vengeur.