Nouvellement inscrite, un peu timidement

, je dévoile un premier texte qui attend vos critiques, et moi, vos conseils et remarques.
Merci à ceux qui s'y pencheront !

Des larmes roulent sur mes tâches de rousseur, j’ai l’oreille gauche qui clignote et les yeux embrumés de jaune coquille. Mes pinceaux gisent sur le sol, des trainées colorées se sont échappées pour aller éclabousser la toile bariolée. J’ai beau m’acharner, rien n’y fait.
Les couleurs s’entremêlent comme des barbelés, mes cheveux s’y accrochent, je m’écorche. J’entends les moutons bêler. Je cours dans l’enclos aux pommiers. Mes petites bottes s’enfoncent dans un tapis vert molletonné.
Essoufflée, je l’appelle. Papy étale les graines dans leur mangeoire rouillée. Le récipient en plastique cogne contre les parois. Et ce délicieux son résonne aux oreilles de mes protégés.
Ils accourent, affamés.
Leur gourmandise bientôt rassasiée, ils iront grignoter l’herbe humectée par la pluie de mes larmes. Papy empoigne la clef, ouvre le premier volet. C’est le plus haut. L’odeur de foin séché vient titiller mes narines et chatouiller mon impatience.
Je veux entrer.
Quand je regarde Papy, en levant le nez, je peux voir son menton, la peau tannée de son cou mais sa fine moustache reste cachée dans l’obscurité. Sa casquette en feutre cache le soleil comme un nuage. C’est l’éclipse, il fait noir.
Je veux entrer. La grange reste fermée, je veux escalader.
Mais l’odeur disparaît. L’un de mes protégés vient coller ses narines dans le creux de mes petites mains potelées.
Caressant du bout des doigts la laine mouillée, les larmes roulent toujours sur mes tâches de rousseur, le sel colle sur mes grosses joues rougies par le chagrin, je ne vois plus rien. Je ne sens plus la caresse de la laine. Je plaque mes mains sur mes mirettes bleutées, pour tenter d’en attraper les pigments de lumière.
J’ai l’oreille droite qui clignote et les yeux qui débordent. Mes pinceaux gisent toujours sur le sol, le liquide coloré se répand un peu plus sur la toile bariolée, et j’écrase les tubes de mes doigts moins potelés, pour étaler encore un peu de jaune coquille sur le toit de la grange aux pommiers.