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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » L'argent double

Auteur Sujet: L'argent double  (Lu 1029 fois)

Hors ligne gilles09

  • Tabellion
  • Messages: 40
L'argent double
« le: 02 Mai 2014 à 17:20:08 »
Pour une bonne compréhension :ce texte appartient à une série de nouvelles .Le conteur se trouve dans un refuge,appelé "la navelle". il a un auditoire d'où l'intervention de la dénommée Sasoeur.Merci d 'en tenir compte dans vos critiques.

aigats:brusque montée des eaux en occitan

Bonne lecture à tous

6 : L Argent Double

   C’était un petit village au cimetière surpeuplé, bâti sur les coupes schisteuses de la Montagne Noire. Une seule et droite rue dont les panneaux d’entrée et de sortie barrés d’un vilain trait rouge balisaient le village ,reliait le haut  à sa partie basse dite le faubourg. Une petite rivière coulait en intermittence sèche l’été comme le roc, rageuse, l’hiver à la fonte des neiges. Un terrain de jeu mystérieux pour notre enfance, peuplé d’écrevisses, de truites et de trous souffleurs, de rochers aux formes de dragons où d inoffensives mais bien présentes sorcières. Nous essayions en vain de percer la soudaine disparition des eaux, d’autant plus intrigués que la petite rivière répondait au drôle de nom de «Argent Double». Je sais bien que pour vous, adulte, une rivière ne répond pas comme un animal lorsqu’on l’appelle mais pour nous, oui, foi de chasseurs de dragons du Minervois.
  Personne n’a jamais pu expliquer cette énigmatique appellation, plus appropriée à une table de jeux de tripot qu’à la géographie fluviale. Une sombre histoire de curé tentant de faire croire aux paroissiens, qu’en déposant un sou, le soir, ils en récupéraient deux, à l aube ; cette version  semblait suffire à éclairer les esprits du village, peu férus d’étymologie locale.
  Cette légende faite d’espèce sonnante et trébuchante s’accordait mal avec nos imaginaires, faisant trop la part belle à des relents d’anticléricalisme : la vérité est hélas beaucoup plus effrayante : Laissez-moi vous la conter !
 
  La pluie redoublait sur le toit de tôle de La Navelle. Je ne pouvais rêver meilleure « bande-son » pour asseoir mon récit. Les incessants orages avaient fait revenir, en ma mémoire, les terribles et dévastateurs "aigâts*, avec comme lugubres signes annonciateurs, les mulots se réfugiant sur les toits, les serpents  s’abritant dans les arbres. Le son lourd d’un glas dit-on , accompagne les pas même de la mort venue chercher une belle âme dans la vallée terrorisée. Devant le peu de choix que lui laisse les rares villageois, elle rabat sa faim sur les morts eux même. Et de  pleuvoir la nuit entière, en trombes extraordinaires. Et les ruisseaux d’enfler monstrueusement. Et des cascades de surgir au détour d’un chemin, dévastant coteaux et rues de boue rouge, glauques, visqueuses, emportant toutes traces de vie sur son passage. Et la moindre faille de dégueuler un vomi informe, sanguinolent. Et d’expulser pierres et racines, branches et rochers. « Le sang du Diable ! » vous dis je, gluant et pénétrant sous les portes, faisant exploser les fenêtres, suintant par les murs. Et cette fin du monde de s’électriser d’éclairs intenses, violents, mêlant au tumulte des eaux, les éclats de roches brisées et le vacarme infernal du tonnerre. Et maintenant, ce fleuve de tout submerger, routes, ponts et vallées. Et la bête de s’engouffrer, de se nourrir des milles flots des reliefs éclatés. « La guerre ! » vous dis je, comme un bombardement de damnés roulant une effroyable onde de rocs, de terres et de boues mêlés. Et là, le clocher de s’effondrer, entraînant les lourdes cloches de bronze dans les flots dévastateurs. Le glas se tut enfin, noyé sous les torrents fonçant vers le cimetière où convergeaient toutes les fureurs. La vieille porte de fer foudroyée céda alors auréolées de fumées mauves. L’énorme mur de boues et de gravats fit exploser les premiers caveaux.
Les christs furent arrachés aux croix, les couronnes broyées, les cercueils extirpés des tombes, de s’enchevêtrer tout en éclatant. Cadavres, ossements d’être à leurs tours emportés par la furia et déposés ça et là, au hasard
des aspérités des roches, des arbres, des murs et des champs ravagés. L’orage dura toute la nuit, laissant un pays désolé.  En s’écroulant des pans entiers de montagne minés par les eaux avaient terminé ce travail de destruction, obstruant toutes voies de communication.
Au petit matin, lorsque le déluge cessa enfin, ce ne fut que douleurs et larmes dans les monstrueuses décombres. Par un miraculeux hasard, la mort n’avait enlevé personne dans ses vagues rageuses. La vraie raison en est que devant la noirceur des âmes encore vivantes dans la vallée, trop noires même pour elle, elle avait jeté son dévolu  sur les morts du cimetière. Elle s’était en quelque sorte contentée d' ames d’occasion .Et les villageois, dans ce matin de fin du monde d’essayer de retrouver les leurs, au gré des cercueils éclatés, des plaques brisées, des ossements dispersés. Chacun essayant de redonner vie, si j’ose le dire, aux tombes dévastées.
  - Mais, fit fort à propos Sa-Sœur, en quoi cela nous explique-t-il cette curieuse appellation de l’Argent Double ?
  - j’y viens, répondis je. Cette crue exceptionnelle s’est produite dans la nuit du vingt-trois au vingt-quatre novembre mille-neuf-cent-quatre-vingt-dix-neuf.* Écartons la légende ancienne des moines demandant aux villageois de déposer un sou dans l’eau. Non, la vérité est beaucoup plus effroyable. Bien entendu, le nom de cette petite rivière vient du fait qu’elle est, comme beaucoup de cours d’eau dans la région, argentifère ; en  témoigne les anciennes mines aux terrils encore visibles où poussent maintenant les cerisiers. Alors pourquoi ce « double » accolé à son nom ?
 On s’est aperçu que son débit est multiplié inexorablement toutes les demi-heures, de manière exponentielle. Ainsi, à vingt-deux heures, le débit était de deux mètres cubes /seconde, de quatre mètres cubes à vingt-deux heures trente, de huit mètres cubes à vingt trois heures pour arriver à cette vague démente de cinq cent douze mètres cubes/seconde à une heure du matin !!!Et ce phénomène est observé à peu près deux fois par siècle depuis le moyen âge. Une sorte de mathématique de la mort, calculée par on ne sait qui mais terrifiante de précision.
Je reviens parfois dans mon petit village. Mon père,ma mère,mon frère y reposent en paix...
 


« Modifié: 02 Mai 2014 à 18:47:27 par gilles09 »

Hors ligne Soul

  • Aède
  • Messages: 192
Re : L'argent double
« Réponse #1 le: 10 Mai 2014 à 23:30:02 »
Il y a quelques fautes :

de rochers aux formes de dragons où d inoffensives mais bien présentes sorcières => ou
choix que lui laisse les rares villageois => laissent
dis je => dis-je
des milles flots => mille
La vieille porte de fer foudroyée céda alors auréolées => auréolée
ça et là => çà
les monstrueuses décombres => monstrueux
d' ames => âmes
répondis je => répondis-je
en  témoigne les anciennes mines => témoignent
vingt trois => vingt-trois


Pour la ponctuation, il y a souvent des espaces superflus ; il en faut après une virgule et pas avant, et pas après les apostrophes. D’ailleurs il manque quelques apostrophes aussi ^^


Sinon, je n’ai rien d’autre à redire sur la forme, ni sur le texte en général. Tu as un style bien à toi que j’apprécie, on est rapidement plongé dans ton texte, on imagine tout, on voit tout, et on comprend tout ce que tu fais passer !
Tout ça m’a vraiment donné des frissons, j’aime beaucoup ! :)

Hors ligne Aléa

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Re : L'argent double
« Réponse #2 le: 11 Mai 2014 à 17:37:56 »
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"aigâts*
j'veux pas faire mon relou mais la référence c'est en bas normalement  :P

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La vieille porte de fer foudroyée céda alors auréolées
sans s ?
D'ailleurs des fumées mauves, et foudroyée par quoi?  :D

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  La pluie redoublait sur le toit de tôle de La Navelle. Je ne pouvais rêver meilleure « bande-son » pour asseoir mon récit. Les incessants orages avaient fait revenir, en ma mémoire, les terribles et dévastateurs "aigâts*, avec comme lugubres signes annonciateurs, les mulots se réfugiant sur les toits, les serpents  s’abritant dans les arbres. Le son lourd d’un glas dit-on , accompagne les pas même de la mort venue chercher une belle âme dans la vallée terrorisée. Devant le peu de choix que lui laisse les rares villageois, elle rabat sa faim sur les morts eux même. Et de  pleuvoir la nuit entière, en trombes extraordinaires.
Beau passage en tout cas, très sonore, bravo!

(juste, les mulots sur les toits? je les aurais plutot vu sous les toits, tous dans les charpentes pour eviter pluie et boue, m'enfin j'ai pas un grande connaissance en mulots)

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Et là, le clocher de s’effondrer,
Remarque générale, tu utilises beaucoup de phrases commencant par Et, le faire deux trois fois pourquoi pas, mais là je trouve que ca casse vraiment le rythme, ca fait laborieux comme progression un peu enfin c'est pas jolie, en plus je crois qu'en langue francaise pure et dure, c'est interdit de commencer un phrase par et  :mrgreen: (d'où le deux trois fois ca choque pas)

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La vraie raison en est que devant la noirceur des âmes encore vivantes dans la vallée, trop noires même pour elle, elle avait jeté son dévolu  sur les morts du cimetière.
Pas très claire cette phrase, trop noires pour qui, la mort ou eux meme? Puis la mort qui jette son dévlu sur les morts, y'a de l'idée, mais il faut totalement reformuler tout ca pour que ca claque, tu peux le faire en plus à ce que je vois

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Cette crue exceptionnelle s’est produite dans la nuit du vingt-trois au vingt-quatre novembre mille-neuf-cent-quatre-vingt-dix-neuf.*
Tiens un conte moderne!  :) et la référence c'est quoi? j'suis curieux du coup
Mais tu sais pour les dates et les heures, tu peux noter les chiffres en chiffre, c'esst peut etre un choix après qui se respecte, mais pour l'explication technnique juste après ca faciliterai  :mrgreen:

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Ainsi, à vingt-deux heures, le débit était de deux mètres cubes /seconde, de quatre mètres cubes à vingt-deux heures trente, de huit mètres cubes à vingt trois heures pour arriver à cette vague démente de cinq cent douze mètres cubes/seconde à une heure du matin !!!Et ce phénomène est observé à peu près deux fois par siècle depuis le moyen âge. Une sorte de mathématique de la mort, calculée par on ne sait qui mais terrifiante de précision.
A 20h quoi? quand? où? par rapport à? C'était pas de la chance alors que tout le monde survive, ils étaient au courant puisqu'ils avaient les chiffres, non? Un petite phrase de précision avant de nous balancer tout ca à la tronche ca serait pas de refus, histoire de dire que c'est avant chaque catastrophe etc

Voilà sinon pas grand chose à dire, y'a une bonne ambiance, des bonnes sonorités c'est bien écrit, mais quand meme pas mal d'imprécisions parfois dans les structures, phrases un peu lourdes ou almabiquées, enfin ca se travaille y'a quand meme plus de bon (Et comme dit Soul y'a plein d'espaces qui se barrent en cacahuète  ^^ )
Sympathique conte donc, au plaisir!

Ps: c'est vrai que c'est intriguant cette appelation 'argent double', c'est ce qui m'a fait venir ici  ^^
« Modifié: 11 Mai 2014 à 17:40:34 par Ben.G »
Le style c'est comme le dribble. Quand je regarde Léo Messi, j'apprends à écrire.
- Alain Damasio

 


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