Voici une série de drabbles s'inspirant de XXX Holic, du studio Clamp.
Un
Les premiers temps, Watanuki avait beaucoup aimé ses escapades dans le monde des rêves. Il appréciait les longues conversations qu’il avait avec Haruka, ou encore les rencontres avec Sakura. C’était des moments de quiétude, de paix, loin du bruit et du stress de la réalité, où il avait l’impression de courir en permanence, de la maison au lycée, du lycée à la demeure de Yûko, d’être toujours pressé par celle-ci ou par cet idiot de Doumeki dans des situations souvent épuisantes, tant sur le plan physique que moral. Le rêve était donc un refuge plus que bienvenu.
Mais voilà que depuis sa chute, le rêve était devenu une obligation de plus, un lieu où il était précipité conter sa volonté pour des raisons qui lui étaient inconnues. Pendant la journée, il se prenait à se demander, dans un étrange mélange de crainte et d’excitation, à quel moment il sombrerait à nouveau. Cela ne suivait aucune logique. Il s’endormait chez Yûko, sur la route, une fois même il s’était assoupi en classe. Et partout, dans le monde quotidien comme dans ses songes, semblait faire écho les interrogations d’Haruka et Yûko : où était la réalité ? où était le rêve ?
(200 mots)
Deux
Il faisait beau et les pétales de cerisier volaient gracieusement dans la légère brise qui caressait son visage. Watanuki éleva une main et attrapa un petit flocon rose. Il sourit. Son anniversaire approchait.
« Eh ! Vous ne pouvez pas regarder où vous allez ?! »
Watanuki battit des paupières. Une femme venait de le bousculer violemment, il se senti chuter en avant, vers le bitume rayé de blanc du passage clouté. L’esprit encore embrumé, il nota néanmoins que le feu était vert et qu’une voiture arrivait. Etait-ce la réalité ?
Une main le rattrapa par le col de sa chemise, le tira en arrière et l’obligea à s’incliner
en appuyant sur sa tête.
« Désolé, dit une voix grave et morne.
- Ce… ce n’est rien, répondit la femme. Dites-moi, il n’a pas l’air éveillé votre ami.
- Il est malade.
- E-Eh bien, quand on est malade on reste chez soi !
- Sans doute. »
Watanuki senti qu’on tirait sur son bras, et se mit en marche, tel un automate bien
huilé. Il lui fallu quelques minutes pour se rendre compte de ce qu’il venait de se passer.
« Doumeki ? dit-il, un peu perdu.
- Oi.
- LACHE-MOI LE BRAS TOUT LE MONDE NOUS REGARDE !! »
La main de Doumeki demeura encore un instant. Forte. Chaude.
Réelle.
(222 mots)
Trois
Il était tard. Il faisait froid. Et malgré cela, Watanuki avait dû attendre deux heures, deux longues heures, cet imbécile de Doumeki qui devait suivre sa séance d’entraînement de Kyudo. Watanuki n’était pas resté là par plaisir – quel plaisir y avait-il à regarder un imbécile décocher des flèches, d’autant plus qu’elles semblaient arriver invariablement, inévitablement, au centre de la cible. Mais Yûko avait dit qu’ils devaient rentrer ensemble ce soir, et Watanuki n’avait pas envie de la contrarier.
L’entraîneur siffla la fin de la séance et, après avoir été félicité par ses camarades, Doumeki passa au vestiaire se changer. Il fit si vite que Watanuki ne put même pas lui dire de se dépêcher. Ce type était insupportable.
Bientôt, ils descendaient la rue côte à côte, en silence. Doumeki ne chercha pas à engager la conversation. Watanuki décida de lui faire la tête. Ce n’était pas comme s’il lui était reconnaissant pour quoi que ce soit.
A cause des innombrables lumières de la ville, le ciel nocturne n’était pas noir, mais plutôt d’un gris violacé. La lumière électrique orangée des réverbères ne s’en détachait que mieux.
Doumeki leur ressemblait, grogna intérieurement Watanuki. Lui aussi était grand et stupide. Et lumineux.
(200 mots)
Quatre
« Froid.
- Il fait froid. Tu ne peux pas élaborer une phrase correcte, de temps en temps, comme n’importe quel être civilisé et éduqué, non? s’insurgea Watanuki, projetant autour de lui des petits nuages de vapeur. Que-Que crois-tu être en train de faire ?! »
Doumeki venait de saisir la main du jeune medium et de la fourrer dans la poche de son propre manteau. Il tînt bon tandis que le garçon enchaînait les mouvements les plus bizarres pour tenter de lui faire lâcher prise.
« Je ne disais pas « il fait froid », mais « tu as froid ». Imbécile. »
Watanuki s’immobilisa. Son visage, déjà rougi par le vent, pris une teinte plus soutenue encore. C’était tellement frustrant de se dire que sa vie dépendait, depuis un certain temps déjà, d’un rustre pareil. Kimihiro poussa un soupir et se résigna. Puisqu’il le fallait, il lui apprendrait les bonnes manières.
« Tu voudrais du thé ? fit-il d’un ton hautain.
- Sympa.
- Ce serait sympa, espèce d’IDIOT !
- Puisque tu le dis. »
L’archer prit le chemin de chez son compagnon, un sourire imperceptible aux lèvres et une petite main glacée serrée dans la sienne.
(200 mots)
Cinq
Watanuki courrait, comme si un monstre en avait après lui, sauf que cette fois-ci il n’y avait rien. Non, si le garçon courrait, c’était parce qu’il ne restait qu’une demi-heure avant la fermeture de la librairie, et qu’il avait besoin d’un ouvrage pour son prochain cours de Littérature Etrangère. Autrement dit, le lendemain. Himawari-chan avait voulu lui en acheter un – comme c’était gentil de sa part – mais elle n’en avait trouvé qu’un exemplaire, et Watanuki ne pouvait le lui ôter.
Watanuki atteint la boutique et demanda à un vendeur où il pouvait trouver « Une anthologie de sonnets baroques ». L’employé regarda sur son fichier informatique et répondit que, malheureusement, il ne lui en restait plus.
Watanuki le remercia malgré tout et sortit. Il n’avait pas fait deux pas qu’il entra en collision avec un large torse.
« C’est ce que tu cherches ? »
Une main gantée de vert avait placé un volume épais juste devant ses yeux. Watanuki loucha un instant sur le titre et laissa échapper un grognement. Sa dette allait encore augmenter…
Le lendemain matin, lorsque Himawari lui demanda avec inquiétude – ah, elle était inquiète pour lui – s’il avait pu obtenir un exemplaire de l’Anthologie, il lui raconta sa mésaventure de la veille. La jeune fille fronça les sourcils, et dit sur un ton perplexe :
« Mais, Watanuki-kun… le professeur leur a demandé d’acheter un autre livre, pour pouvoir nous donner des sujets d’examen différents. »
A cet instant précis, le livre s’ouvrit, et Watanuki réalisa que deux vers avaient été soulignés.
“Sweetest, I have not slept these two nights past
For dreaming of thy deep delicious eyes. ”
Il eut un hoquet de surprise rougit furieusement.
« Qu’y a-t-il, Watanuki-kun ? Demanda Himawari.
- R-Rien… CET IDIOT A ECRIT DESSUS ! »
(300 mots)