Tu vois toutes ces vies qui passent d'un côté à un autre, d'un fils à un autre,
et déjà tu penses à l'avenir!
Mais enfin, cher contemplateur,
Quelle amère pensée puisse te rendre si sombre,
Quel est ce vent qui fait chavirer ton cœur à l'arrivée d'une nouvelle saison?
Serait-ce l'amour qui fût déchiré de pars et d'autres,
S'agit-il d'une famille qui n'a pas su protéger l'un des leurs d'un tournant dramatique,
Aurais-tu vu une forte et grande amitié s'éclipser sous une nuit d'automne?
Petit déjà, tu regardais les choses comme elles se présentaient et tu les voulais persistantes.
Il t'a fallu grandir pour aiguiser ton attachement envers la nature.
Il faudra te souvenir, d'un été à un autre, d'un hiver comme d'une nuit, ainsi tu retrouveras ce qu'aucun homme ne peut vivre deux fois.
En contemplateur que tu es, nous comprenons ta déception pleine de rage qui surgit brutalement lorsqu'une chose est détruite pour donner vie à une autre.
Souviens-toi alors ce que Prévert disait à son cœur lorsque le changement passait outre son pouvoir et fais de même avec ton âme :
« Ciel, ne reconnaît-on pas le bonheur au bruit qu'il fait en claquant la porte? »
Comment surmonte t-on la métamorphose?
Il ne suffit que d'un homme pour penser à l'arbre tombant dans la forêt,
tout comme il ne faut que toi, cher contemplateur, pour penser à toutes ces âmes qui périssent jours et nuits dans la transformation.
Qu’est-ce qu’un contemplateur, sinon un arbre posé sur ses feuilles?
C’est un génie créateur qui habite dans son œuvre,
Tout autour de lui se dresse dans la grâce et l’harmonie
La merveille et le meilleur,
L’irréprochable et la perfection.
Au-dessus de lui, haut perché dans l’abîme de la pensée,
Le soleil couchant, retenant son souffle une dernière fois devant la beauté du monde.
Quand le grand Admirateur se montre, le soleil a honte.
L’étoile radieuse envie le contemplateur,
Elle se tient si haut et regarde si bas,
Elle détient le monde entier dans le creux de ses yeux,
Et pourtant, elle reste avide de reconnaissance.
Le contemplateur est loué, victime d’allégories, bercé par les sacrifiés.
Le soleil est regardé, victime des ignares, dépourvu d’une ombre flatteuse.
« Qu’a-t-il donc de plus que moi, ce contemplateur tant aimé? »
Demanda le soleil échoué.
Lorsque deux hommes partagent le même regard,
C’est ce qu’ils créent dans leurs yeux qui détermine l’attrait de leur personne.