J’ai attendu longtemps les doigts usés d’avoir appris la sculpture ; c’était près d’Avignon un atelier de botaniste, ou de poésie c’est pareil il y a chez eux toujours la même couleur à travers les fenêtres. Je m’y suis tenu immobile j’ai laissé jusqu’ici le langage des autres forcer ma bouche la faire enfler de maquillage grotesque l’enfant se faufiler par le carreau cassé sans vérifier chaque fois si sa peau était intacte ; et sa voix avec. Sa voix échappée des ronces et des orties dedans l’atelier ah l’enfant sauvage sa voix la cathédrale du monde c’est là que moi j’irai caché mes fleurs nouvelles dissimuler leurs sexes derrière le vitrail et la pierre et la bougie. L’enfant sa voix je les ai vu danser au dehors avec le soleil noyés dans la rivière qui passait en bas sous l’atelier il se sont enfuis sans moi de ces lexiques affamés, de ces lassos de lumière et de peinture noire et de gargouilles déjà passées par la pluie. La botanique maintenant je la pratique seul.
Parfois je revois l’enfant le baluchon plein de saisons fanées les cheveux emmêlés dans le ciel et les coudes salis il a dans les yeux l’haleine de grands écrivains perdus là : c’est trop vaste trop le chaos pour eux ces yeux qui tant de fois sont morts. Il revient par le carreau brisé toujours laver ses mains changer ses vêtements près de moi et chaque fois il me laisse un peu de son voyage un peu de ses plaies et repart chargé de mes parfums de chimiste.