Suite au récent texte de Ned, je tente le même genre d'expérience, totalement à l'opposé de ce que je peux faire habituellement, moi aussi (c'est là tout l'intérêt du challenge).
Ce n'est pas évident du tout, par contre c'est extrêmement enrichissant.
Droguematique
La morphine déguisée en Morphée
Le dealer-pharmacien dans ses habits de marchand de sable
La mort finit de creuser sa tranchée
Dans un lit moite, ma nuit est encastrable.
Le trafiquant de rêves tamise sa poudre aux yeux
Il remplit, feutré, de secondes vaporeuses
Le sablier cassé d’une existence nébuleuse
Qui se mélange au néant en des souvenirs vaseux.
Je ronfle et m’empâte
Boursouflé de spasmes et de tics
Convulsé d’élans emphatiques
Un camé en forme d’automate.
J’enfle et m’égare
Bouffi de délires sans barrière
Guindé au plus profond d’un cauchemar
Dans ce lit froid devenu civière.
De mon piédestal
Chaste et suprasensible
Je prends un pied vestale
Etant ma propre bible
Je me cloue à l’asymétrie de cette croix
Portée depuis la vallée tout en bas.
Sur mon crane cramée, la couronne des rois
J’ai eu la fève pour la toute première fois.
De mon pied-à-terre
Je trépigne et piétine
Traînant mon lourd pied-bot
Du septième ciel au cachot.
Je m’enchaîne aux pierrailles glacées des bas-fonds
L’excroissance charnue jaillit de mon ulcère
Elle éclot sans lumière en forme de champignon
Un lait de sperme s’écoule du délicieux lactaire.
De mon pied vers ton cul
Je brasse du superflu
Un demi gramme d’héroïne pure
Remontent mes veines en délires obscures
Comme un con qui se flingue en bagnole
Comme un pied de chêne barbouillé de girolles.
Le flageolement de mes guibolles
Dans tes mains creuses, ma seule obole.