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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Fin de stase

Auteur Sujet: Fin de stase  (Lu 985 fois)

Donaldo75

  • Invité
Fin de stase
« le: 04 Mars 2014 à 20:07:03 »
Fin de stase

Cinq objets se dressaient devant moi: une petite tirelire en forme de cochon que je prénommai immédiatement Groumfy, un chien en velours rembourré qui méritait de s'appeler Raymond allez savoir pourquoi, une orange et pas du genre bleue, un ange en argile dans son petit sachet de plastique comme on vous en refile pour deux pièces d'or dans n'importe quel pèlerinage à la con, une statue africaine en fer forgé véritable objet d'art représentant une mère avec son enfant accroché à son cou.

Pas vraiment utile quand vous êtes enfermé dans un vaisseau spatial à destination d'Uranus, seul et déjà réveillé alors que votre stase était supposée durer une dizaine d'années. Et pourquoi je me trouvais là, avec cet ensemble hétéroclite et nulle indication, je ne pourrais le dire. Toujours est- il que l'ordinateur de bord, dénommé ironiquement Sphinx le troisième, ne cessait de répéter en boucle toujours le même message: "il faut trouver la voie et tu as devant toi la solution à ton problème.".
Je ne savais pas encore quel problème se posait. Tout ce qui apparaissait comme une putain d'évidence consistait en la trajectoire de ce satané astronef qui selon les instruments de bord partait en direction opposée à celle programmée dans le manifeste électronique. En deux mots ou en cent, j'étais dans le caca total vu que ma formation d'astronaute se résumait à une trentaine d'heures de physique élémentaire, de navigation tridimensionnelle, de cuisine hydroponique et j'en passe des meilleures.

Après un rapide tour du propriétaire, contingenté aux pièces habitables, je me trouvais en mesure de survivre trois jours, pas un de plus, avec une réserve limitée de liquide nutritif, dans cet espace confiné, sorte de cellule scientifique pour prisonnier de luxe en mal de sensations. Je dois préciser un point important, je ne suis ni physicien ni militaire, pas héroïque pour un sou, ma mission initiale, telle que détaillée dans ma feuille de route, se réduisait à tenir la comptabilité privée de la base uranienne que j'étais censé rejoindre. J'aurais dû me douter qu'il y avait anguille sous roche, étant le seul passager à bord de cet immense transporteur généralement dédié à des convois militaires, à des opérations de grande envergure, à la colonisation d'autres univers. Mais la peste soit de cette situation pourrie, il me fallait comprendre la quintessence ultime de la phrase sibylline de ce tas de ferraille.

Les énigmes policières, les charades et les casses-têtes chinois, tous ces exercices mentaux me gavaient prodigieusement et cela depuis ma plus tendre enfance. Alors jouer à Œdipe avec une calculette géante, un tas cubique de microprocesseurs sans âme, ne m'enchantait pas du tout. Ma vie comportait déjà son lot de galères. Ma femme réclamait sa pension alimentaire envers et contre tous, en particulier contre la vérité morale vu que c'était elle qui s'était fait la malle un soir d'été avec son professeur de yoga. Mes parents passaient leur temps à me demander de l'argent, imaginant sans doute qu'un expert comptable diplômé touchait des millions de crédits à chaque fois qu'il équilibrait un compte de bilan. Mes clients pinaillaient sans cesse sur ma facturation d'honoraires, essayant à chaque trimestre d'obtenir un rabais, une ristourne ou un geste commercial dont je savais d'avance qu'il serait un puits sans fond. Pour toutes ces raisons et aussi l'envie d'aller me faire pendre ailleurs, j'avais un jour décidé de répondre à cette annonce, à cette proposition de mission illimitée dans une base orbitale autour de la géante verte de notre système solaire.

Je me résignai toutefois à agiter mes neurones, à rassembler mes cellules grises dans un concile cérébral, pour une révolution de velours, certain du résultat, celui de ma mort proche, de faim ou de désespoir, surtout quand on se souvient qu'aucun comptable sérieux n'avait inventé la poudre. Cette opération, défi à toutes les lois sociales et historiques de l'espèce humaine, ne faisait que me désespérer encore plus. Au bout d'une triplée de jours, j'en étais à me demander de quoi il s'agissait, ce que je foutais là, si Dieu existait réellement, quand ma femme m'avait aimé, pourquoi avoir placé une orange dans la liste de ces cinq objets.

Quelle truffe j'étais donc, penserait le plus magnanime des inspecteurs de police, des détectives du dimanche, des passionnés de sudoku ou tout autre abruti en quête de gloire dans la résolution de problèmes compliqués qui n'intéressent personne d'autre que les mémères cacochymes et les boutonneux impuissants. La solution s'imposait d'elle-même. Le jeu de l'intrus. J'y avais joué une fois, il s'agissait alors de trouver parmi quelques personnes celle qui dénotait franchement. Dans la partie, que j'avais gagné facilement, cinq inconnus composaient un assemblage hétéroclite de professionnels: un astrophysicien, une institutrice, un percepteur des impôts, une danseuse de rumba et un supporter de football. Le dernier que je cite ici constituait l'intrus parce que lui seul dans ce panel n'avait pas besoin de cerveau. Aussi simple que ça, élémentaire mon cher Watson, bon sang mais c'est bien sûr. Ce qu'il me restait à faire devenait cristal à mes yeux, évidence biblique. Je dévorai l'orange et le tour était joué.

Et voilà, je suis sorti d'affaire, la salle s'est arrondie, les murs sont des ellipses, Groumfy me chie des ducats et des sous, Raymond me mordille  l'oreille, l'ange me chante des cantiques et la beauté sculpturale, cette nymphe africaine, me nourrit de son sein ferme. Je vole dans l'éther cosmique, je suis caillou chou hibou pou joujou et genou, les médecins me sortent de mon cylindre de verre, étonnés de mes rires, de mon délire lysergique, surtout après dix ans de sommeil profond. Les infirmières vérifient les circuits de l'alimentation de la stase, ne décelant aucune anomalie susceptible d'expliquer un tel comportement. Je sens que je suis bon pour une batterie de tests, des rébus et des mots croisés, des coups de marteaux sur la rotule et du liquide piquant dans les yeux. Mais ça valait le coup et de toute manière j'ai intégré , dans mon contrat de prestation, une clause juridique en béton armé qui me donne droit à une indemnité astronomique quelle que soit la raison qu'invoque le client pour rompre notre accord.
« Modifié: 05 Mars 2014 à 08:36:14 par Donaldo75 »

Hors ligne Soul

  • Aède
  • Messages: 192
Re : Fin de stase
« Réponse #1 le: 04 Mars 2014 à 21:39:38 »
Alors alors, les fautes d’abord (Soul est poète) :

je prénommais immédiatement => prénommai
Toujours est il  => est-il
J'aurais du => dû
les casse tête => casse-têtes
sans fonds => fond
Je me résignais => résignai
avoir placée => placé
d'elle même => elle-même
Je dévorais => dévorai
quelque soit la raison => quelle que


Et pour le reste, je ne pense pas pouvoir te faire une critique très détaillée, simplement parce que… soyons simples : je trouve que c’est le bordel. Bon, pas à ce point-là, mais tout me semble assez confus.
Les phrases longues, trèèèèès longues avec une ponctuation qui  n'en facilite pas la lecture, des constructions qui rendent tout ça pas très clair.
J’aime bien l’idée, mais je trouve que ce n’est pas fluide, il n’y a pas vraiment de lourdeur relevables, mais ce n’est pas très agréable à lire.
Ce n’est que mon avis, mais je pense que le tout reste perfectible. (Ou bien ce qui me sert de cerveau est particulièrement long à la détente, c’est aussi une éventualité ^^)
Sinon j’apprécie le côté tordu et décalé qu’il y a dans ce texte :)
Bonne continuation !


Donaldo75

  • Invité
Re : Fin de stase
« Réponse #2 le: 05 Mars 2014 à 08:34:55 »
Merci Soul, j'ai corrigé les fautes dans le Word, je vais voir comment insérer ces corrections ici.
 :-¬?

Pour le reste, chacun son style. Moi c'est les phrases longues et destructurées dans une narration organisée. C'est un choix délibéré, en particulier sur ce texte qui traite quand même du pétage de plomb. Et à moins d'écrire une thèse en psychiatrie, je me vois mal traiter de ce sujet dans un style gentiment policé.
 :viviane:

C'est moins facile à lire que le style scolaire classiquement en vigueur mais je fais confiance en l'intelligence du lecteur. Si l'histoire lui plait, le style passe et surtout il fait plus attention à ce qu'un ensemble architecturé contient de références et de symboles qui éclairent (et non éclaircissent) la narration.
 >:D

Merci de ta lecture attentive et de tes remarques constructives.

Donald

Hors ligne Soul

  • Aède
  • Messages: 192
Re : Fin de stase
« Réponse #3 le: 05 Mars 2014 à 16:51:48 »
Oui, après je me doutais que c'était délibéré, et c'est vrai que le style colle très bien avec le pétage de plomb, mais c'est juste moi qui n'ai pas accroché  ;)

Hors ligne Thérébentine

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 069
Re : Fin de stase
« Réponse #4 le: 05 Mars 2014 à 20:29:50 »
Ben moi j'ai bien aimé.  :)
Pas vraiment de choses à rectifier. Je trouve que c'est très bien comme ça.
Merci pour la lecture!
"Faites des bêtises, mais faites les avec enthousiasme" Colette

Donaldo75

  • Invité
Re : Fin de stase
« Réponse #5 le: 05 Mars 2014 à 22:00:43 »
Merci Thérébentine.
 :banane:
Donald

 


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