Bonjour Meilhac !
Un beau poème que celui-ci, je me permets une petite critique tout à fait bienveillante (et en toute humilité au vu de ma très récente arrivée !).
Sur une terre rouge ils dansent autour d’un feu
Et comme deux amants tout au bord d’un aveu
Ils chuchotent à l’oreille de leur doux partenaire
Leurs souhaits, leurs extases, leur regrets, leurs prières.
Sur cette première strophe rien à redire, la rythmique est excellente et j'aime la manière dont la ponctuation l'amène sur le dernier vers. L'image de la terre rouge et du feu est-elle volontairement une métaphore des cœurs amoureux cités plus bas? J'imagine que oui. Peut-être juste un petit bémol sur les liaisons qui, si elles étaient prononcées, pourraient casser le rythme, mais c'est vraiment pour chipoter ("Sur une terre rouge ils dansen
t autour d’un feu" / "Ils chuchoten
t à l’oreille de leur doux partenaire").
Espérant la réponse qui les rendrait heureux,
Avides de remplir leur grand cœur amoureux,
Ils sentent tressaillir leurs cortex et leurs nerfs
Dans leurs corps vibratiles et légers comme l’air
Là encore, très belle strophe où j'apprécie la transition de l'émotion pure (être heureux, cœur amoureux) vers quelque chose de plus physique et presque animal ensuite (cortex, nerfs, les corps vibratiles...). Joli.
Et pour continuer à chipoter, il est dommage de ne pas avoir accordé "cœurs amoureux" au pluriel, à la fois pour le sens et la liaison qui aurait fluidifié le rythme. Chose que tu fais d'ailleurs superbement dans le dernier vers !
Mais ils attendent en vain – leur teint devient cireux
Ils comprennent que le bonheur n’est pas pour eux
Et sages et résignés comme de vieilles panthères
Ils plongent dans la boue et gardent leur mystère
Là pour le coup, je trouve que le "Mais" est de trop, il casse la rythmique et on ne sait pas exactement comment le placer dans le phrasé. Je crois que si ç'avait été mon texte, je l'aurais juste supprimé !
Le second vers me dérange un peu rythmiquement aussi, peut-être à cause de "comprennent", un peu long ou lourd, je ne sais pas. C'est peut-être juste dans ma tête, pour le coup

. Les deux derniers vers reprennent la cadence. Et j'aime l'image de la plongée dans la boue, ça me rappelle "Comment c'est" de Beckett, cette tentative vaine de communication qui avorte et finit dans la terre. Que ce soit voulu ou non, c'est appréciable !
Personne ne lira dans leurs yeux mornes et creux
Le secret qui suinte de leur corps poreux
Mais qui demeurera opaque comme un suaire
Et caché pour toujours – comme l’eau dans la terre.
Là encore la rythmique du premier vers me dérange un peu, ainsi que la superposition des adjectifs qui alourdit peut-être un peu le style. L'assonance yeux / creux n'y est pas pour rien. C'est peut-être un choix, et alors c'est tout à fait honorable, même si je n'accroche pas

.
Et du coup, on en vient à lire en second vers qu'un secret suintant de corps poreux aurait pu être lu dans les yeux. Au-delà du sens qui peut un peu manquer (mais je ne suis pas de ceux qui cherchent le sens avec rigueur dans la poésie), c'est un peu dommage de rajouter une couche de "eux"

alors qu'on doit déjà "appuyer" le "u" de "suinte" pour ne pas casser la rythmique.
En revanche les deux derniers vers sont très bien trouvés, reprennent le rythme et la légèreté du phrasé. Et aussi la thématique de la transition de l'intellect vers le corps, du secret vers la terre et l'eau, que je trouve tout à fait sympathique !
Joli texte à mon avis donc ! Merci de l'avoir partagé

J'espère que ma petite analyse sans prétention ne sera mal mal perçue.
Ciao !