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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Vlad et Lizbeth [Vampire 1.0] Xplicit -Chapitre I-

Auteur Sujet: Vlad et Lizbeth [Vampire 1.0] Xplicit -Chapitre I-  (Lu 4764 fois)

Jon Ho

  • Invité
Vlad et Lizbeth [Vampire 1.0] Xplicit -Chapitre I-
« le: 02 Mars 2014 à 12:42:43 »
Comme je veux aussi ma part de vampirisme, je me suis dis qu'au lieu de critiquer...
Alors pourquoi pas...

Bonne lecture




I

Vlad l'empaleur sur son velours des Carpates.
Sodomisait Bathory, laissée, à quatre pattes.
Suspendues au plafond, trois vierges effarouchées
Tentaient, en vain, de se libérer.

-" C'est pas la peine les filles. L'ombre des bougies me renvoit l'image de votre tentative d'évasion. Faites confiance à Liz pour les nœuds bien serrés, en matière de bondage elle est indétrônable. Profitez plutôt du spectacle et maudissez les affres de votre vertu imposée, douleur de n'avoir connu pareils gémissements avant votre mise à mort imminente. "

Les crocs plantés dans le cou de la belle, Dracula hurle à l'amour. La bête est tout près, il la sent dessiner du bout de sa griffe des formes terrifiantes sur le corps de Lizbeth. Il conçoit le plaisir comme la matérialisation de tous ses vices, l'instant suprême ou le fantasme devient orgasme, où l'afflictif de la frustration se libère le long d'un râle aussi profond que les alpages de Fägäräs.

Elizabeth n'est habillée que d'un long voile noire translucide et d'une paire d'escarpins vernis. Glissant comme une ombre sur la pierre glaciale, elle quitte la chambre et disparaît dans les couloirs du château. De sa voix opaline, presque laiteuse, on entend les échos qui ricochent contre les murs.

Oradea et Brasov, les deux loups apprivoisés du prince vont se régaler. La chaire des petites dindes pendues au plafond semble plus tendre qu'une fricassée d'enfant. Mais ils devront attendre la cérémonie de l'empalement. Elles n'ont pas choisi la manière la plus douce de mourir. Mais de toute façon elles n'ont rien choisi.

Quelle idée aussi de s'aventurer seules, parfumées aux fragrances de l'innocence, dans la terrifiante de la forêt de Bran. Vlad les a aperçues de la fenêtre de sa chambre. Deux petites silhouettes parmi les ombres qui se tenaient la main pour se donner un peu de courage. Il a rampé le long de la façade, s'est faufilé furtivement entre les troncs de lichen et , en un battement de chauve-souris, a enfermé les trois pucelles dans le creux de ses ailes. Elles ont hurlé un mélange de terreur et d'insanité puis se sont évanouies sous la force de l'étreinte vampirique.

Trois gros petits cochons
S'agitent au plafond
Une viande de premier choix
Pour ses loups aux abois.

La plus jeune des cosaques
Totalement paniquée
Lance au Prince du pêché
Un regard démoniaque.


-"Même si je respecte et encourage le positivisme au-delà du raisonnable, tes petits yeux de biche qui se crispent de haine ne me font pas vraiment peur. Il te suffit d'accepter ce qui va se passer. Dis -toi simplement que c'est un passage, certes un peu douloureux, entre un ici et un ailleurs peut être plein de surprises. Celles qui ne braillent pas ne seront pas ligotées. Ca c'est mon petit plus, juste pour vous prouver que je peux être bon moi aussi."

Vlad éteint les bougies et sort en claquant la porte. Son rire sardonique se perd dans la nuit naissante. Dans la chambre devenue silencieuse, on devine au travers des baillons un monticule de beuglements insupportables. Des notes aussi stridentes, perforantes que celles des vagissements originels. En cet accouchement mortuaire, Vlad, au paroxysme de sa déviance sexuelle, plantera dans ces formes parfaites de personnification de la pureté, un long couteau aussi sale que son inconscient. Alors du sang se répandra un peu partout jusqu'à sa langue torturée. Des filets de cruor se dresseront comme des stalagmites en rempart aux valeurs de la continence.

Lizbeth est assise au coin du feu, Oradea endormie à ses pieds. Léchée par quelques flammes, son voile se consume par endroits puis recrache une fumée âcre gorgée de souffre. La pièce est immense, les tapisseries relatent en fils de laine l'épopée des grands hommes de la Valachie. Sur le cadre en bois coincé entre ses cuisses, elle brode, inlassable, l'histoire de sa vie. Des dessins érotiques percés de ses points de croix et quelques décorations pour la chambre de leur fils. Elle caresse son ventre bombé et se perd, hypnotisée, entre les flammèches de la cheminée.
La nuit est maintenant tombée. Un épais brouillard grignote des restes de lumière et semble même pénétrer le domaine du Prince par les fenêtres grandes ouvertes. Le tatouage dans son dos commence à le démanger nerveusement. L’énorme dragon ne va pas tarder à se réveiller. La lune plus que pleine déborde dans un ciel maculé d’étoiles. Dans quelques heures, une nouvelle pluie d’hémoglobine dressera sur la Transylvanie sa cuticule à la belle moralité castratrice. Et puis celui qui ose profaner de sa personne l’ordre et l’opercule, Vlad, fou de rage l’attrape et puis…


II

Les yeux injectés de son sang
Les oreilles brûlantes d’acouphènes
Il découpe son corps en hurlant
Des mots au hasard de sa haine.
L’heure de l’exécution frappe ses douze coups de poignard sur l’imposante horloge du salon. Il est temps de commencer le rituel. Les trois ellipses tracées à même le sol se rejoignent en un pentagramme millimétré. Tout autour du dessin, de longues bougies enténèbrent encore un peu plus l’atmosphère devenu pesante. Le pieu de la rédemption se dresse au centre, encerclé d’une fine calligraphie. Le récit éhonté de son amour pour Lizbeth, incube et succube au pays de la sodomie.
Les jeunes filles prient en silence. Le couple de la nuit exécute quelques pas de danse sous une musique noire venue de nulle part. Aux dernières notes de la chorégraphie endiablée, une étincelle apparaît à la base du pieu. Le feu érode de son écume affamée des bouts d’orteils, progresse rapidement vers le membre suivant. Une délicieuse mélodie gutturale vrille les cristaux des fenêtres et agonise jusqu’aux premiers arbres de la forêt. 

C’est sa façon à lui de les caresser
Là où d’autres effleurent, il imprime à tout jamais
Au fer rouge de sa démence, le tracé libidineux
De son impuissance face à ses plaisirs vicieux

Les yeux inoculés de folie amoureuse
Les tympans saturés de sons stridents
Il lacère leurs chairs de courbes délicieuses
Et les sert à la mort sur un plateau d’argent.


Le visage en flamme, les jeunes femmes se transfigurent. La solidité du corps à moitié brûlé devient plus légère et pareil à l’escarbille tombe en cendre. A mesure que l’épicentre du dessin se remplit de poudre humaine, le pentagramme scintille et prend une tournure bleue azur. Les lettres commencent à flotter doucement. Le texte devient évident.
Dans son dos Vlad sent gonfler le dragon. Totalement réveillé par les cris et la détresse, il se dresse et se prépare à attaquer. Lizbeth lâche consciemment la main de son amant et recule de plusieurs pas. Elle sait à peu près ce qu’il va se passer. L’habitude.


III

Lizbeth espère que son fils sera aussi courageux et impitoyable que son père. Elle ne saurait quoi faire de la dernière des mauviettes et serait très déçue d’en engendrer une. Aucune raison de s’inquiéter. Les Basarab sont une famille de fiers voïvodes slaves depuis les premiers jours et son enfant étendra sur les plus hautes falaises le drapeau de son clan. La belle a de grands projets qui oscillent en fonction de l’orientation des jours entre la quiétude d’un foyer apaisant et la conquête du monde. Quand son époux se transforme en bête, elle se sent la plus désirée des femmes. Mis en exergue sur les épaules de l’univers, son chant cristallin à la fois autoritaire et hypnotique dressera l’humanité en bons petits soldats. Une armée d’assujettis, une cohorte de reîtres aussi malléables que stupides, prêts à se battre à mort pour un fragment de liberté. De la brindille hautement inflammable pour la gourmandise des flammes.

J’ai parcouru vos chairs
De ma langue de serpent
Dépecé au scalpel de mes vers
Votre amour de la vie en chantant.

Au plus loin de ses souvenirs, Lizbeth se souvient fredonner ces quatre vers comme une comptine prémonitoire. Elle a depuis, dévorés de nombreuses âmes et sculpté dans les méandres des nuits sans fond les peurs les plus repoussantes. Elle est le monstre qui se cache dans ce corps de déesse. L’enveloppe n’est finalement qu’une vulgaire fioriture charnelle.
Ce soir c’est grande soirée masquée au château. L’orgie des bonnes choses, invitée à la table des libertins transformera l’apparente sérénité en extase des sens. Elle a hâte d’y être, de se montrer, de cracher sa beauté au visage des autres. Deviner dans le plissement de leurs yeux une jalousie saumâtre. Alors son regard meurtrier les clouera au sol et elle les écrasera du talon de ses bottines.

Elle passera une agréable soirée, reconduira ses hôtes au petit matin et baisera furieusement Vlad au milieu d’un carnage d’entrailles visqueuses. Elle a prévu trois âmes par invité. Des petites choses pures, douces comme la caresse d’une plume, prêtes à servir d’amuse-bouche le temps d’une fellation. Le couple ne choisit pas ses victimes, elles viennent à lui. Elles s’égarent en forêt, se trompent de chemin, oublient le temps qui passe, le jour qui faiblit, la nuit prend ses repères, les jeunes femmes perdent les leurs. Et Dracula qui surveille… Une fois la proie capturée, elle est enveloppée dans un drap de velours pour préserver sa blancheur. Dracula lui sert un verre de vin empoisonné d’opium. La victime s’endort alors doucement, ballotée par instants de spasmes et de convulsions. Une manière pour le Prince de la libérer de toute emprise religieuse, toute croyance inutile. Il dépose le corps devenu mou dans un cercueil jusqu’au soir de la cérémonie. Même la lune, qui pourtant régit les sacrifices du calendrier, se cache parfois devant de telles manifestations de dépravation. Les invités doivent passer la plus belle des soirées et il ne peut en être autrement. A boire et à manger jusqu’aux frontières de l’ivresse, quelques meurtres pour distraire.



IV


Lizbeth est dans la cour intérieure du château, légèrement penchée sur le rebord du puits aux vœux. Elle y dépose trois bouts de papiers. Trois souhaits rapidement absorbés. Le temps que les desideratum atteignent l’eau, la brise s’est changée en bourrasques et le ciel s’empli d’obscurs tourments. Une pluie incandescente commence à tomber. Des gouttelettes en fusion se mêlent à la pierre glacée de la façade et inonde la forteresse d’une multitude de cascades de feu. Maintenant visible aux quatre coins de l’Europe, la bâtisse est prête à accueillir la haute noblesse et ses pires bassesses. 
Les invités passeront par le village en contrebas. Un défilé de carrosses fantasques ornés de fanions, d’oriflammes portant les armoiries. Les roues aiguisées d’impatience faucheront l’herbe, aplatiront les pavés des ruelles étroites. Les paysans terrorisés seront figés de stupeur. Le souffle de la luxure s’engouffrera dans les chaumières puantes de pauvreté et de crasse. Les fiacres, lancés à l’allure d’une montée fulgurante d’endorphine, viendront provoquer de leurs impeccables ouvrages les tristes charrettes du peuple. Une présence insultante. Une rivière de diamants qui se mélange un court instant à la putridité des égouts avant de s’accoupler à l’infini sur un océan d’orgasmes.
Le château semble naître du rocher. Sorti de terre, du plus sombre des cauchemars, il se dresse en observateur impitoyable sur son monde de pantins. De simples ficelles à agiter et la sarabande de joyeux zombies vient s’embrocher comme des pièces de viande maigre sur la lardoire du pêché. Tellement facile et prévisible, grotesque et imbéciles. Lizbeth avait le même respect pour l’être humain que pour une particule excrémentaire.  Et quand il ne sera plus que coprolithe, elle brisera le fossile et la poudre s’envolera en direction du néant.

Telle une ode à la misanthropie
L’expression d’un instinct de survie
Les amants de la concupiscence
Jouissent en lugubres démence.

L’heure où les princesses dévêtues
S’offrent au premier venu.
L’heure où les sexes en transe
Explosent en des rigoles de semence.




V


Les premières calèches sont repérées à l’entrée du village. Des fils de lumière tissés entre les maisons. Il espère que tout le monde fera le déplacement, y compris les principautés en guerre. Une trêve le temps de se réunir et de célébrer dans la débauche la fin d’une époque. Les âges moyens et rustres vont devenir plus distingués, moins serviles. Vlad sent cette évolution. La bactérie va muter en quelque chose d’un peu moins répugnant. L’homme infect va masquer ses chiures fétides d’essences florales et continuer son entreprise de destruction. Il a déjà vu ça un millier de fois.

Le pont-levis est abaissé.

Les roues grincent un peu sur le pavé et lèchent l’entrée magistrale du château. Elles le pénètrent sous une cavalcade au triple galop. La chevauchée rugissante, fatiguée d’avoir traversé toutes ces terres, s’écroule au pied des marches. La porte du carrosse frémit. A l’intérieur, une force incroyable contient non sans mal sa réelle dimension. Un homme ou une femme à l’aura plus que délectable. Il suffisait à Vlad de respirer profondément pour sentir ses poumons se gonfler des plus scandaleux effluves et d’un mouvement de bras accueillant, introduire ses convives dans un univers lubrique. Plus de règles ni de décompte du temps. L’expression du plaisir dans son plus simple appareil.

Assise en tailleur sur le grand lit de sa chambre, Lizbeth desserre le garrot. La drogue escalade son excitation naissante le long des veines dilatées. Elle s’infiltre dans les mécanismes du cerveau, en redessine les plans, les perspectives. Elle plonge dans le lit et s’y noie. La soirée peut maintenant commencer.

VI

La centaine d’invités a pris ses aises, éparpillée sur les grands tapis du salon. L’orchestre, convié par le Prince, s’adonne à l’exécution d’un répertoire aux notes sépulcrales. De leur tombeau, les musiciens et leur mélopée hypnotique guident les mains encore craintives, presque hésitantes, vers des régions plus intimes. La soif et la déraison se bousculent devant les deux gigantesques tonneaux de vin rouge. Un grand cru d’une qualité exceptionnelle, échangé à un riche paysan français contre la vie de sa fille unique. La petite pleurait d’effroi dans les bras de son père tandis que Vlad regagnait sa Transylvanie, les deux barriques sous le bras. Aujourd’hui offerts en sacrifice, les litres de vin se transforment lentement en picrate à mesure que les invités s’enivrent. L’histoire de la vestale convertit de force à des plaisirs moins chastes qui se dévergonde un peu plus à chaque gorgée. Même s’il y a trouvé les femmes délicieuses, Vlad n’est jamais retourné en France. Il a rencontré Lizbeth. Ils se sont immédiatement aimés dans la destruction. Lui, à la fois si calme et survolté, elle à ses côtés, puissante et protectrice.

De grandes cages encordées au plafond offrent le spectacle de femmes nues, lancées corps et âme dans des mouvements de danse extrêmement suggestifs. Pornographie consentie, le monde aux balcons s’écarte, les cuisses se font plus tièdes. Sur le trône qu’il s’est fait dresser au fond de la pièce, Vlad, un verre de vin à la main, se nourrit du spectacle. Après plusieurs goulées d’alcool, les victimes acceptent leur sort, certaines semblent même prendre du plaisir. A quoi bon lutter quand la mort à déjà prit possession de toute la matière et s’est régalée de cervelles bien fraîches. Les zombies n’ont pas de sentiments.

Le prince se lève et frappe à trois reprises le sol avec sa canne. Le silence se fait, total. En chaque alcôve, des encens d’opium se mettent à brûler, vision et perception se brouillent. Le temps est jeté aux oubliettes, les clés sont avalées. La dimension devient convexe avant de perdre ses couleurs, ses lois et ses repères. Tout le monde semble fasciné par la perte des jalons autrefois si rassurants. Plus qu’ivre, l’embarcation flotte au hasard d’un pas souvent hésitant, beaucoup de vin est renversé un peu partout.

Le Prince : -« Mes très chers amis venus de si loin. »

Sa voix éclate comme un coup de fouet sec.

-« Je vous suis reconnaissant de vous être déplacés si nombreux. Je remercie tout particulièrement Le sultan Mehmed II d’avoir eu la générosité d’enterrer un instant nos conflits d’intérêt pour se joindre à nous. J’ai quelque chose à vous annoncer. Dans quelques mois, ma femme enceinte va me donner un fils. Le plus beau des cadeaux. Cet enfant portera le sceau du Drakul, comme moi et dès sa naissance profitera instinctivement de tous nos pouvoirs. Le regard transperçant de sa mère et ma haine acerbe de la sous race. Je veux qu’il ait l’homicide enroulé autour de son cou dans ses nuits au berceau. Je veux qu’il règne sur mon domaine comme sur un trésor, qu’il défende les valeurs de la famille Basarab et que chaque humain croisé devienne rapidement un humain mort. Je veux l’entendre téter le sang de sa mère là où les petites saloperies se régalent d’un jus fade de nichon. »

L’assistance s’esclaffe. Il fait bon en cette soirée de pleine lune d’aller dans le sens du Prince, ne surtout pas le contrarier ou vexer par un comportement déplacé sa légendaire susceptibilité. Il pose sa coupe de vin au bord de ses lèvres et avale d’un trait le liquide pourpre presque liquoreux. Le verre se brise sur le sol.

-« Et je veux que par-dessus tout il sache apprécier à sa juste valeur son inépuisable existence. Ma femme ne devrait plus tarder maintenant. Je vous souhaite une excellente soirée. »

Pour assurer la plus belle réussite à cette nuit, Oradea et Brasov ont pris l’apparence de deux élégants serveurs. Grâce à une parfaite maîtrise de leur structure moléculaire, ils peuvent se changer en tout ce qu’ils veulent et tromper à outrance. Quand le Prince n’est pas là, le plus jeune des deux loups prend sa place au sommet de l’autorité, le temps d’un goût de divin au fond des boyaux. En zig-zag félidés ils s’introduisent dans les cercles d’invités, proposent des amuse-bouche, des massages, des langages étroitement corporels pour les plus zélés.
Dans la chambre, à peine réveillée, Bathory arrange un pli de sa robe devant le grand miroir. Cinq minutes se sont écoulées pendant une heure. Elles ont glissées sur ses joues blanches en traçant de longs sillons d’extase. Perdue dans le creux du lit comme au plus profond d’un océan à tenter de respirer dans l’eau fluorescente et constater son propre naufrage. Lizbeth s’est endormie, Bathory a pris possession de son cadavre et le manœuvre sans ménagements. Encore une fois l’aliénation va planer autour d’elle, projeter sa strychnine sur le premier connard venu, le premier malvenu génétiquement instable.

Elle se passe un doigt sur la commissure de ses lèvres. Doucement, il roule dans sa bouche et sous un léger bruit de succion, elle le fait aller et venir. Elle se regarde et se trouve belle, presque irréelle. Excitée par son spectacle, sous l’emprise de son propre charme, elle abandonne sa main de long de sa cuisse et s’accroupit. La peau sous sa culotte est tellement douce. La drogue s’est installée, la salope s’est tailladé une grosse part de matière grise mais il reste à Bathory suffisamment de maîtrise pour défoncer les portes du septième ciel. Elle pose sa main sur son sexe humide et en se remémorant les pires nuits d’ivresse avec Vlad, commence à couvrir de caresses un plaisir naissant. Dans un coin de sa tête, elle l’entend lui murmurer :

Entier, je glisse en ton vagin
De l’aube au bout du crépuscule
Et sur ton corps de canicule
Je disparais entre tes reins.


-« De toute façon je n’ai même pas besoin de fracasser la porte puisque j’ai la clé. »


VII


L’orchestre entame une marche funéraire. Mille clairons sonnent le glas. Du trou béant des trépanés sort une mixture miasmatique répugnante. Certains des condamnés ont déjà été mis à mort et en traversant le salon, Vlad constate la sauvagerie de ses convives. Des lambeaux de chairs, des têtes sans corps, par ici un bras sans épaule, par là une jambe sans tronc. Les peuplades aux traditions cannibales ont commencés leur festin.
Les instruments grondent. Une lourde romance aux pœciles colorés, ouverture béante sur un nouveau cosmos. Vlad est assis sur son trône pendant qu’une femme à ses genoux et ligotée tient son sexe entre les mains. Il passe la main au travers de ses cheveux et la pose avec fermeté sur son cou fragile. D’un mouvement de bras dominateur, il approche le visage angélique de son jouet vers le centre de son corps. La vertueuse esquisse un sourire et avale tout entier la virilité du Prince. Il repose sa tête sur le haut de son siège et commence à se perdre. Le plafond recule, les perspectives à priori rectilignes deviennent courbes. Il sent quelques choses de très puissant lui brûler le ventre puis la gorge, la tête. Ses pupilles se dilatent, sa respiration devient haletante. Il sent le dragon dans son dos battre des ailes. La petite langue de sa prisonnière frôle le bout de son gland, remonte le long de son torse. Elle se fourvoie dans une macédoine de bouches et vient s’empaler sur l’érection du Prince, totem ithyphallique au service de l’impudicité.
Bathory apparaît en haut de l’escalier au moment où le prince jouit. Elle descend chacune des marches avec la grâce d’une panthère, rase les andrinoples tombant de la rampe, pose délicatement le talon de sa chaussure sur le haut du piano pendant que le musicien écrase les notes sous ses phalanges squelettiques. A chaque fois la même arrivée cacophonique, la même mise en scène. Sa beauté est un venin qu’elle injecte aux convoitises. Directement dans la substance de ses rivales, sans même avoir à les toucher…

En cette muette coalescence
Sur ton corps d’effervescence
Je grave, triomphant, les lettres de ton prénom
Sur ton âme dévoilée pleine d’exaltation.

Bathory rejoint Vlad devenu Dracula. Drogue et sexe. Le cocktail à boire au goulot pour devenir un autre. A boire cul sec pour laisser s’exprimer la part d’ombre, l’endroit sans issue où les proies se planquent le temps d’un court répit. Leur schizophrénie plus ou moins maîtrisée,  contenue au cours des siècles et finissant toujours par exploser…

…En des rigoles de semence
L’heure où les princesses dévêtues
L’heure où les sexes en transe
S’offrent au premier venu.



« Modifié: 16 Mars 2014 à 09:12:06 par Jon Ho »

Hors ligne Ned Leztneik

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Re : Vlad et Lizbeth [Vampire 1.0]
« Réponse #1 le: 02 Mars 2014 à 12:59:54 »
"Des filets de cruor se dresseront comme des stalagmites en rempart aux valeurs de la continence"

Je t'avoue que je ne comprends pas cette phrase... valeurs de la continence ?
Et quelque chose est un peu flou : je n'ai pas bien compris à qui s'adresse Vlad : à la brodeuse ou à l'une des victimes ?
« Modifié: 02 Mars 2014 à 13:01:31 par Ned Leztneik »
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Jon Ho

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Re : Vlad et Lizbeth [Vampire 1.0]
« Réponse #2 le: 02 Mars 2014 à 13:04:30 »
Le cruor c'est la partie qui se solidifie dans le sang, je trouvais que ça collait bien avec la matière des stalagmites.
Le fait que Vlad ait des rapports sexuels avec les trois vierges (cf, plus loin dans le texte) et qu'ensuite il répande leur sang en stalagmites un peu partout, ça me faisait penser à un  genre de philtre anti continence. Dans le sens ou l'opposition aux plaisirs charnels qui inonde de vertu le siècle de Dracula, se verrait ré freiner par le sang souillé.
Vlad s'adresse à la plus jeune des vierges. Je pensais que le lien se faisait tout seul. Je reviendrais si l'amalgame se confirme.
C'est peut être tordu...
« Modifié: 02 Mars 2014 à 13:26:53 par Jon Ho »

Hors ligne Thirsty

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Re : Vlad et Lizbeth [Vampire 1.0]
« Réponse #3 le: 02 Mars 2014 à 13:28:24 »
Bonjour Jon!
Ce n'est pas la première fois que je lis un de tes textes, et il faut bien reconnaître que tu as un univers bien à toi! Là, je dois avouer que... ça me laisse un peu perplexe et confuse. Je sais pas... j'espère pouvoir être un peu plus objective etc quand la suite sera postée! Je l'attends!
Ah et, dans les trois quatrains que tu as mit, je trouve que l'on peut en ressortir une certaine musicalité et un rythme intéressant, comme ceux que l'on peut trouver parfois dans les comptines ( ça s'écrit comme ça ?  :o ) d'enfants! Tu vois? Enfin bon, j'ai tout de même apprécié même si je suis un peu perdue.  :-X
Au plaisir!  ;)
Toujours plus c'est encore mieux. ( http://waspiration.blogspot.fr/ )

Jon Ho

  • Invité
Re : Vlad et Lizbeth [Vampire 1.0] Xplicit
« Réponse #4 le: 02 Mars 2014 à 13:32:58 »
T'es perdue parce que c'est le début ou parce que l'ensemble est confus ?

Hors ligne Thirsty

  • Aède
  • Messages: 167
    • (W)aspiration.
Re : Vlad et Lizbeth [Vampire 1.0] Xplicit
« Réponse #5 le: 02 Mars 2014 à 13:36:56 »
Oh, sûrement parce que c'est le début oui. Certes c'est un peu confus mais pas dérangeant pour la compréhension.
Toujours plus c'est encore mieux. ( http://waspiration.blogspot.fr/ )

MillaNox

  • Invité
Re : Vlad et Lizbeth [Vampire 1.0] Xplicit
« Réponse #6 le: 02 Mars 2014 à 14:32:28 »
salut jon ho !
t'es une sacrée brute(dans tous les sens du terme mais sous la forme d'un compliment), ton texte est très bien écrit et l'ambiance est vraiment présente.

Citer
La chaire des petites dindes pendues au profond semble plus tendre qu'une fricassée d'enfant.
un ptit bug, je crois que c'est plafond et pas profond

Citer
Dans la chambre devenue silencieuse, on devine au travers des baillons un monticule de beuglement insupportables.
beuglements

j'avoue que je me demande vraiment où tu comptes aller avec tout ça. je serais déçue que ça parte en pure nouvelle sm. J'aime bien que tu rende une personnalité aux vampires qui leur sied mieux que ce qu'on voit souvent en ce moment, à mon goût en tout cas.

au plaisir de lire la suite :)

Jon Ho

  • Invité
Re : Vlad et Lizbeth [Vampire 1.0] Xplicit
« Réponse #7 le: 02 Mars 2014 à 14:40:07 »
Merci Millanox.
J'ai corrigé les fautes. Je sais pas du tout où je vais mais une chose est sûre, j'y vais :)

Hors ligne Babataher

  • Troubadour
  • Messages: 389
Re : Vlad et Lizbeth [Vampire 1.0] Xplicit
« Réponse #8 le: 02 Mars 2014 à 15:19:39 »
bonjour Jon Ho,
Texte bien écrit et rien à dire, peut être quelques petites remarques si tu permets:
Citer
La chaire des petites dindes pendues
la chair! la chaire est un siège.
Citer
, dans la terrifiante de la forêt de Bran.
?
Citer
s'est faufilé furtivement entre les troncs de lichen
les lichens n'ont pas de troncs ce sont des associations symbiotiques de champignons et d'algues qui poussent bien sûr sur des troncs, mais qui n'en ont pas!
J'ai lu avec grand plaisir.
Une phrase n'est bien construite que si elle est écrite de telle manière que personne ne remarque qu'elle a été construite.

Jon Ho

  • Invité
Re : Vlad et Lizbeth [Vampire 1.0] Xplicit
« Réponse #9 le: 02 Mars 2014 à 15:23:22 »
Par tronc de lichen j'entendais le lichen qui pousse sur les troncs.
Mais si c'est pas clair, je change la formule.

Bien sûr que je te permets Babataher. Je pose pas mes textes ici comme dans une vitrine. J'ai besoin de vos remarques et vos corrections pour avancer, pour choisir ma route.
Je corrige le tout.

Merci pour ton passage et au plaisir.

Donaldo75

  • Invité
Re : Vlad et Lizbeth [Vampire 1.0] Xplicit
« Réponse #10 le: 02 Mars 2014 à 16:02:32 »
Et bien, l'exercice est réussi. J'attendais certes un peu plus d'érotisme au vu du titre mais on est vraiment dans le genre vampire.
Bravo, Jon Ho.
 :mafio:
Donald

Jon Ho

  • Invité
Re : Vlad et Lizbeth [Vampire 1.0] Xplicit
« Réponse #11 le: 02 Mars 2014 à 19:25:12 »
L'érotisme va arriver. Tu vas être servit mon ami, même si à ce niveau XXX je ne pense plus que ça soit de l'érotisme...

Jon Ho

  • Invité
Re : Vlad et Lizbeth [Vampire 1.0] Xplicit 3 premières parties
« Réponse #12 le: 02 Mars 2014 à 21:38:51 »
 
...Elle caresse son ventre bombé et se perd, hypnotisée, entre les flammèches de la cheminée.
La nuit est maintenant tombée. Un épais brouillard grignote des restes de lumière et semble même pénétrer le domaine du Prince par les fenêtres grandes ouvertes. Le tatouage dans son dos commence à le démanger nerveusement. L’énorme dragon ne va pas tarder à se réveiller. La lune plus que pleine déborde dans un ciel maculé d’étoiles. Dans quelques heures, une nouvelle pluie d’hémoglobine dressera sur la Transylvanie sa cuticule à la belle moralité castratrice. Et puis celui qui ose profaner de sa personne l’ordre et l’opercule, Vlad, fou de rage l’attrape et puis…


II

Les yeux injectés de son sang
Les oreilles brûlantes d’acouphènes
Il découpe son corps en hurlant
Des mots au hasard de sa haine.


L’heure de l’exécution frappe ses douze coups de poignard sur l’imposante horloge du salon. Il est temps de commencer le rituel. Les trois ellipses tracées à même le sol se rejoignent en un pentagramme millimétré. Tout autour du dessin, de longues bougies enténèbrent encore un peu plus l’atmosphère devenu pesante. Le pieu de la rédemption se dresse au centre, encerclé d’une fine calligraphie. Le récit éhonté de son amour pour Lizbeth, incube et succube au pays de la sodomie.
Les jeunes filles prient en silence. Le couple de la nuit exécute quelques pas de danse sous une musique noire venue de nulle part. Aux dernières notes de la chorégraphie endiablée, une étincelle apparaît à la base du pieu. Le feu érode de son écume affamée des bouts d’orteils, progresse rapidement vers le membre suivant. Une délicieuse mélodie gutturale vrille les cristaux des fenêtres et agonise jusqu’aux premiers arbres de la forêt. 

C’est sa façon à lui de les caresser
Là où d’autres effleurent, il imprime à tout jamais
Au fer rouge de sa démence, le tracé libidineux
De son impuissance face à ses plaisirs vicieux

Les yeux inoculés de folie amoureuse
Les tympans saturés de sons stridents
Il lacère leurs chairs de courbes délicieuses
Et les sert à la mort sur un plateau d’argent.


Le visage en flamme, les jeunes femmes se transfigurent. La solidité du corps à moitié brûlé devient plus légère et pareil à l’escarbille tombe en cendre. A mesure que l’épicentre du dessin se remplit de poudre humaine, le pentagramme scintille et prend une tournure bleue azur. Les lettres commencent à flotter doucement. Le texte devient évident.
Dans son dos Vlad sent gonfler le dragon. Totalement réveillé par les cris et la détresse, il se dresse et se prépare à attaquer. Lizbeth lâche consciemment la main de son amant et recule de plusieurs pas. Elle sait à peu près ce qu’il va se passer. L’habitude.


III

Lizbeth espère que son fils sera aussi courageux et impitoyable que son père. Elle ne saurait quoi faire de la dernière des mauviettes et serait très déçue d’en engendrer une. Aucune raison de s’inquiéter. Les Basarab sont une famille de fiers voïvodes slaves depuis les premiers jours et son enfant étendra sur les plus hautes falaises le drapeau de son clan. La belle a de grands projets qui oscillent en fonction de l’orientation des jours entre la quiétude d’un foyer apaisant et la conquête du monde. Quand son époux se transforme en bête, elle se sent la plus désirée des femmes. Mis en exergue sur les épaules de l’univers, son chant cristallin à la fois autoritaire et hypnotique dressera l’humanité en bons petits soldats. Une armée d’assujettis, une cohorte de reîtres aussi malléables que stupides, prêts à se battre à mort pour un fragment de liberté. De la brindille hautement inflammable pour la gourmandise des flammes.

J’ai parcouru vos chairs
De ma langue de serpent
Dépecé au scalpel de mes vers
Votre amour de la vie en chantant.


Au plus loin de ses souvenirs, Lizbeth se souvient fredonner ces quatre vers comme une comptine prémonitoire. Elle a depuis, dévorés de nombreuses âmes et sculpté dans les méandres des nuits sans fond les peurs les plus repoussantes. Elle est le monstre qui se cache dans ce corps de déesse. L’enveloppe n’est finalement qu’une vulgaire fioriture charnelle.
Ce soir c’est grande soirée masquée au château. L’orgie des bonnes choses, invitée à la table des libertins transformera l’apparente sérénité en extase des sens. Elle a hâte d’y être, de se montrer, de cracher sa beauté au visage des autres. Deviner dans le plissement de leurs yeux une jalousie saumâtre. Alors son regard meurtrier les clouera au sol et elle les écrasera du talon de ses bottines

Jon Ho

  • Invité
Re : Vlad et Lizbeth [Vampire 1.0] Xplicit 3 premières parties
« Réponse #13 le: 03 Mars 2014 à 22:06:43 »
Elle passera une agréable soirée, reconduira ses hôtes au petit matin et baisera furieusement Vlad au milieu d’un carnage d’entrailles visqueuses. Elle a prévu trois âmes par invité. Des petites choses pures, douces comme la caresse d’une plume, prêtes à servir d’amuse-bouche le temps d’une fellation. Le couple ne choisit pas ses victimes, elles viennent à lui. Elles s’égarent en forêt, se trompent de chemin, oublient le temps qui passe, le jour qui faiblit, la nuit prend ses repères, les jeunes femmes perdent les leurs. Et Dracula qui surveille… Une fois la proie capturée, elle est enveloppée dans un drap de velours pour préserver sa blancheur. Dracula lui sert un verre de vin empoisonné d’opium. La victime s’endort alors doucement, ballotée par instants de spasmes et de convulsions. Une manière pour le Prince de la libérer de toute emprise religieuse, toute croyance inutile. Il dépose le corps devenu mou dans un cercueil jusqu’au soir de la cérémonie. Même la lune, qui pourtant régit les sacrifices du calendrier, se cache parfois devant de telles manifestations de dépravation. Les invités doivent passer la plus belle des soirées et il ne peut en être autrement. A boire et à manger jusqu’aux frontières de l’ivresse, quelques meurtres pour distraire.


IV


Lizbeth est dans la cour intérieure du château, légèrement penchée sur le rebord du puits aux vœux. Elle y dépose trois bouts de papiers. Trois souhaits rapidement absorbés. Le temps que les desideratum atteignent l’eau, la brise s’est changée en bourrasques et le ciel s’empli d’obscurs tourments. Une pluie incandescente commence à tomber. Des gouttelettes en fusion se mêlent à la pierre glacée de la façade et inonde la forteresse d’une multitude de cascades de feu. Maintenant visible aux quatre coins de l’Europe, la bâtisse est prête à accueillir la haute noblesse et ses pires bassesses. 
Les invités passeront par le village en contrebas. Un défilé de carrosses fantasques ornés de fanions, d’oriflammes portant les armoiries. Les roues aiguisées d’impatience faucheront l’herbe, aplatiront les pavés des ruelles étroites. Les paysans terrorisés seront figés de stupeur. Le souffle de la luxure s’engouffrera dans les chaumières puantes de pauvreté et de crasse. Les fiacres, lancés à l’allure d’une montée fulgurante d’endorphine, viendront provoquer de leurs impeccables ouvrages les tristes charrettes du peuple. Une présence insultante. Une rivière de diamants qui se mélange un court instant à la putridité des égouts avant de s’accoupler à l’infini sur un océan d’orgasmes.
Le château semble naître du rocher. Sorti de terre, du plus sombre des cauchemars, il se dresse en observateur impitoyable sur son monde de pantins. De simples ficelles à agiter et la sarabande de joyeux zombies vient s’embrocher comme des pièces de viande maigre sur la lardoire du pêché. Tellement facile et prévisible, grotesque et imbéciles. Lizbeth avait le même respect pour l’être humain que pour une particule excrémentaire.  Et quand il ne sera plus que coprolithe, elle brisera le fossile et la poudre s’envolera en direction du néant.

Telle une ode à la misanthropie
L’expression d’un instinct de survie
Les amants de la concupiscence
Jouissent en lugubres démence.

L’heure où les princesses dévêtues
S’offrent au premier venu.
L’heure où les sexes en transe
Explosent en des rigoles de semence.




V


Les premières calèches sont repérées à l’entrée du village. Des fils de lumière tissés entre les maisons. Il espère que tout le monde fera le déplacement, y compris les principautés en guerre. Une trêve le temps de se réunir et de célébrer dans la débauche la fin d’une époque. Les âges moyens et rustres vont devenir plus distingués, moins serviles. Vlad sent cette évolution. La bactérie va muter en quelque chose d’un peu moins répugnant. L’homme infect va masquer ses chiures fétides d’essences florales et continuer son entreprise de destruction. Il a déjà vu ça un millier de fois.

Le pont-levis est abaissé.

Jon Ho

  • Invité
Re : Vlad et Lizbeth [Vampire 1.0] Xplicit -Chapitre I-
« Réponse #14 le: 05 Mars 2014 à 22:31:18 »
Les roues grincent un peu sur le pavé et lèchent l’entrée magistrale du château. Elles le pénètrent sous une cavalcade au triple galop. La chevauchée rugissante, fatiguée d’avoir traversé toutes ces terres, s’écroule au pied des marches. La porte du carrosse frémit. A l’intérieur, une force incroyable contient non sans mal sa réelle dimension. Un homme ou une femme à l’aura plus que délectable. Il suffisait à Vlad de respirer profondément pour sentir ses poumons se gonfler des plus scandaleux effluves et d’un mouvement de bras accueillant, introduire ses convives dans un univers lubrique. Plus de règles ni de décompte du temps. L’expression du plaisir dans son plus simple appareil.

Assise en tailleur sur le grand lit de sa chambre, Lizbeth desserre le garrot. La drogue escalade son excitation naissante le long des veines dilatées. Elle s’infiltre dans les mécanismes du cerveau, en redessine les plans, les perspectives. Elle plonge dans le lit et s’y noie. La soirée peut maintenant commencer.

VI

La centaine d’invités a pris ses aises, éparpillée sur les grands tapis du salon. L’orchestre, convié par le Prince, s’adonne à l’exécution d’un répertoire aux notes sépulcrales. De leur tombeau, les musiciens et leur mélopée hypnotique guident les mains encore craintives, presque hésitantes, vers des régions plus intimes. La soif et la déraison se bousculent devant les deux gigantesques tonneaux de vin rouge. Un grand cru d’une qualité exceptionnelle, échangé à un riche paysan français contre la vie de sa fille unique. La petite pleurait d’effroi dans les bras de son père tandis que Vlad regagnait sa Transylvanie, les deux barriques sous le bras. Aujourd’hui offerts en sacrifice, les litres de vin se transforment lentement en picrate à mesure que les invités s’enivrent. L’histoire de la vestale convertit de force à des plaisirs moins chastes qui se dévergonde un peu plus à chaque gorgée. Même s’il y a trouvé les femmes délicieuses, Vlad n’est jamais retourné en France. Il a rencontré Lizbeth. Ils se sont immédiatement aimés dans la destruction. Lui, à la fois si calme et survolté, elle à ses côtés, puissante et protectrice.

De grandes cages encordées au plafond offrent le spectacle de femmes nues, lancées corps et âme dans des mouvements de danse extrêmement suggestifs. Pornographie consentie, le monde aux balcons s’écarte, les cuisses se font plus tièdes.

 


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