Car je pleure toujours
Tu ne m’en voudras pas, n’est-ce pas, de pleurer autant
Tu es parti sans rien dire, à la fleur, à la force de l’âge
Déjà grand, déjà accompli, mais ayant encore devant toi
Toute une vie à vivre !
Et nous sommes restés là, seuls, interdits, ahuris, hébétés
Nous n’avons pas compris la rapidité violente du destin
Si c’est la Fatalité qui parfois prête la main aux hommes
Ou la volonté de Dieu !
C’est surtout pour cela que je pleure : de ne pas comprendre
C’est pour cela que j’ai pleuré autant en ce samedi maudit
Ce samedi où j’ai appris, touchant ton corps devenu de glace,
L’horreur de la mort !
…
Ils ont dit qu’un homme ne pleure pas ainsi, que c’est indigne
Ils ont dit qu’il faut savoir garder le silence, rester philosophe
Sans doute m’en veulent-ils d’en pleurer encore aujourd’hui
Et de faire preuve de tant d’impudeur, de tant d’indécence
De tant d’exubérance !
Mais les larmes excessives ne sont pas toujours de crocodiles
Et même, elles ne découlent pas seulement de la souffrance
Elles coulent aussi de l’indignation, de la colère, de la révolte
La révolte de t’avoir vu tant souffrir, tant lutter… pour rien !
Pourquoi ? Pourquoi ?
Qui pourra jamais me dire quel était le sens de cette lutte
Ce que tu combattais autant dans ces journées tenebreuses
Et si tu aurais pu t’en sortir !
Qui pourra jamais me dire ce que je dois faire de ces mots
Ces mots que je n’ai pas la force d’éteindre comme tu l’as été
Et qui me brulent tant le cœur !
-tiayatiofack-