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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Ça plane pour elle (une courte enquête d'Axtone Latuile)

Auteur Sujet: Ça plane pour elle (une courte enquête d'Axtone Latuile)  (Lu 1503 fois)

Hors ligne Lordius

  • Troubadour
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Ça plane pour elle (une courte enquête d'Axtone Latuile)
« le: 26 Janvier 2014 à 17:49:57 »
Pour un concours de nouvelles. Les contraintes sont fortes : nouvelle noire, max 6000 signes (environ 1000 mots) et 10 mots imposés ! 10 mots, c'est beaucoup. Heureusement, les contraintes sont les mêmes pour tous les candidats.

La mort planait sur la ville. Une nouvelle substance illicite fauchait les aspirants à l’évasion. Ce dérivé opiacé, bon marché et jouissif, avait un effet secondaire fâcheux : arrêt cardiaque en cas de légère surdose.

Dans cette ville endeuillée, Anaisthêsia Saturne, une étudiante, avait disparu. Sa sœur avait mandaté le détective privé Axtone Latuile pour la retrouver.

La police n’avait même pas enquêté : vous pensez, une junkie majeure… Elle faisait partie des nombreux morts, assurément.

Sauf qu’on n’avait pas retrouvé son corps.

D’après sa sœur, peu avant sa disparition, Anaisthêsia avait fréquenté assidument une discothèque proche des quais : le Zulu Love. Axtone, en ce tout début d’avril peu enclin au poisson, s’y rendit en vélo au milieu de la nuit en fête. Le Zulu Love avait été à l’origine une boite de nuit pour les Africains, mais des râleurs humanistes avaient agité l’épouvantail ségrégationniste, et depuis les Blancs étaient autorisés.

Le personnel et les quelques clients qu’il interrogea ne l’avaient pas vu depuis longtemps. Le détective quadragénaire sortit avec soulagement de la cave sombre et bruyante : la chaleur et l’exemple lui donnaient soif d’alcool. Il ne fallait pas replonger.
Il avisa au fond du parking de la discothèque, dans un coin sombre, plusieurs jeunes qui allaient frapper à tour de rôle à la vitre d’un conducteur assis au volant d’un 4x4.

Furtivement, ils échangeaient paroles, billets et sachets. Tel un client, Axtone toqua à la vitre. Le dealer était à la fois chic et discret, costume sans cravate, chemise de marque, physique passe-partout, monsieur tout le monde fondu dans la masse des psychotropes.

Le détective lui montra la photo de la disparue.

— Une de tes meilleures clientes, tenta-t-il. Je la cherche. Sa sœur s’inquiète.

Les yeux bleus délavés fixèrent un moment ce client pas comme les autres.

— Bon écoute, vieux… J’ai assez d’ennemis comme ça. Je vais te dire la vérité : je lui ai sauvé la vie. L’était au pied du mur. Plus de fric. Elle voulait me payer en nature, mais moi je préfère les hommes. Je l’ai présentée à mon cousin. Il l’a remise sur les bonnes traces, comme qui dirait.

— Comment s’occupe-t-il ?

— Protecteur. Mais ses filles n’ont pas le droit de toucher à la dope. Je lui ai sauvé la vie, à la poulette.

— Tu l’as envoyée au couvent moderne, t’es un philanthrope. Donne-moi l’adresse de ton cousin.

— Négatif. Je t’ai déjà bien rencardé. Elle est en vie. C’est ça qui compte.

— Pour ma cliente, il m’en faut un peu plus. Savoir si elle a survécu à ta philanthropie. Je lui ferai pas de tort, à ton cousin. Comme à toi : je n’ai pas envisagé pour l’instant d’appeler la brigade des stups.

— Pauvre cloche, je serai loin avant qu’ils débarquent. File, j’ai du business.

L’attention du dealer fut ensuite absorbée par un client. Axtone en profita pour crocheter la serrure du réservoir d’essence. Il y introduisit un mouchoir en guise de mèche puis toqua à la carrosserie.

— Qu’est-ce que tu fous ? cracha le commerçant en s’extirpant de son magasin roulant.

Pour toute réponse, le détective alluma un briquet et l’approcha du mouchoir.

— Déconne pas ! J’en ai pour une fortune de marchandise, là-dedans. En plus, la caisse est pas assurée contre l’incendie… C’est bon, je te file son adresse…

— Si tu me bidonnes, la seconde visite de la cloche va te faire très chaud au corps et pas seulement à la marchandise. Qui se soucierait d’un marchand de mort parti en cendres ?

Le dealer avait été réglo. Le cousin tenait un business d’escort-girls légal. L’agence Escorting Luxury avait pignon sur rue. Le gouvernement tolérait cette prostitution raffinée par pragmatisme, comme en Suisse.

Axtone se déguisa en homme d’affaire : costume-cravate, rasé de près. L’âge collait aussi, la quarantaine fatiguée. Le bureau d’accueil était minuscule. L’hôtesse d’accueil derrière son comptoir avait de beaux restes. Elle devait avoir connu de près le métier de ses protégées.

— Bonjour, dit Axtone. Un ami à moi m’a conseillé une de vos employées.

La dame hocha la tête. L’agence travaillait via le bouche-à-oreille – et internet aussi.

— Il m’a dit qu’elle était très cultivée, roucoula le faux client. J’aime les filles qui ont de la conversation.

— Toutes nos employées doivent passer un test de culture générale, monsieur, répondit-elle avec un sourire commercial qui avait dû lui rapporter gros dans sa jeunesse. Notre service est de fournir avant tout une demoiselle de compagnie. Le reste n’est qu’un plus.

Axtone lui montra la photo d’Anaisthêsia. Alors, envolé le sourire de façade.

— Elle n’est pas disponible, je regrette. Je peux vous proposer un profil équivalent.

— C’est elle que je veux.

— Elle ne fait plus partie de nos effectifs.

— Où peut-on la joindre ?

— Notre agence se pose la même question… soupira la dame. Si vous la retrouvez, faites-nous signe.

— Que lui est-il arrivé ?

L’hôtesse lui fit signe de patienter. Elle se leva et se rendit dans un petit bureau derrière le comptoir. Quand elle en revint, elle avait retrouvé son sourire d’accueil :

— Monsieur Martino va vous recevoir.

Axtone entra dans la petite pièce. Assis à son bureau, le cousin du dealer était en train de faire sa comptabilité sur son PC. Il avait le physique du souteneur, jeune beau gosse costaud, sûr de lui, l’air pas commode du dernier de la classe.

— Expliquez-moi pourquoi vous tenez tant à elle, préambula le chef d’entreprise.

Axtone lui raconta toute la vérité.

— Moi aussi, je l’ai cherchée ! rugit le cousin rougissant. Cette morue s’est carapatée avec mes économies. Elle a pris l’avion et quitté le pays.

— Il n’y a plus d’employés honnêtes, compatit Axtone.

— L’ingrate ! Même pas un mot de remerciement pour l’avoir sauvée de la drogue et lui avoir appris un métier…

Mission accomplie : la sœur allait être rassurée. Non seulement Anaisthêsia était riche et vivante, mais elle avait réussi à s’extirper de cette ville délétère.







« Modifié: 28 Janvier 2014 à 16:35:03 par Lordius »

Hors ligne Thérébentine

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 069
Re : Ça plane pour elle (une courte enquête d'Axtone Latuile)
« Réponse #1 le: 26 Janvier 2014 à 22:57:29 »
Rien a redire sur cette nouvelle. C'était quoi les 10 mots?
"Faites des bêtises, mais faites les avec enthousiasme" Colette

Hors ligne Tapache

  • Tabellion
  • Messages: 29
Re : Ça plane pour elle (une courte enquête d'Axtone Latuile)
« Réponse #2 le: 26 Janvier 2014 à 23:06:40 »
Bonsoir,

J'aime beaucoup tout ce qui est transmis par cette nouvelle, et la foule de détails qu'on obtient en très peu de mots. Si en plus on considère les contraintes, c'est vraiment une belle nouvelle -enfin à mon goût !
Comme Thérébentine, je suis curieuse de connaitre les 10 mots...

Hors ligne Lordius

  • Troubadour
  • Messages: 369
    • Le journal de Lordius
Re : Ça plane pour elle (une courte enquête d'Axtone Latuile)
« Réponse #3 le: 27 Janvier 2014 à 08:09:46 »
Merci pour vos commentaires.

Les 10 mots sont :
« avril », « morts »,  »traces », « love », « zulu », « Anaisthêsia », « saturne », « mur », « dernier »,  « quais »

Hors ligne philibert

  • Aède
  • Messages: 162
Re : Ça plane pour elle (une courte enquête d'Axtone Latuile)
« Réponse #4 le: 28 Janvier 2014 à 13:41:26 »
Bravo Lordius,
A mon tout petit avis, j'ai bien aimé ton récit.
Quand on prend en compte les contraintes cela devient un très bel exercice tout en gardant un style teinté de roman noir.
Ca m'a un peu fait pensé au livre sans nom.
Après question mise en page sur le forum, je ne suis pas fan des textes justifiés, parce qu'ici les pages sont trop larges, et les mots semblent souvent détachés les uns des autres.Mais là on est bien d'accord, je chippppppottte

Hors ligne OliveDuWeb

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 665
  • Une tapenade de mots dans une mer d'huile d'idées
    • Page auteur
Re : Ça plane pour elle (une courte enquête d'Axtone Latuile)
« Réponse #5 le: 28 Janvier 2014 à 14:26:26 »
Rien à redire : c'est du Lorius tout craché.
Précis, sans fioriture mais avec multitude de détails pertinents.

Deux petits accrocs en ce qui me concerne :
Citer
Les morts planaient sur la ville. Une nouvelle substance illicite fauchait les aspirants à l’évasion. Ce dérivé d’un dérivé opiacé, bon marché et jouissif, avait un effet secondaire fâcheux : arrêt cardiaque en cas de légère surdose.
"Les morts planaient sur la ville" : j'ai plutôt l'habitude de voir "la mort" qui plane, pas "les morts". Je comprends bien que c'était un des mots imposés, mais la formulation m'a gêné.
"Ce dérivé de dérivé" : la répétition me semble un peu lourde.

On n'ose pas en redemander  :mrgreen:
"Les seuls beaux yeux sont ceux qui vous regardent avec tendresse" (Coco Chanel)

Hors ligne Lordius

  • Troubadour
  • Messages: 369
    • Le journal de Lordius
Re : Ça plane pour elle (une courte enquête d'Axtone Latuile)
« Réponse #6 le: 28 Janvier 2014 à 16:38:59 »
Merci pour vos commentaires.

J'ai pris en compte les 2 remarques d'Olive. J'ai aussi modifié l'expression " chaud au cœur et au corps " parce que " chaud au cœur " est positif, et ça ne colle pas avec la menace de mort proférée par Axtone.

J'ai aussi enlevé la justification pour faire plaisir à Philibert. Mais franchement, quoi qu'on fasse, sur ce type de support html, la présentation sera merdique.

Hors ligne philibert

  • Aède
  • Messages: 162
Re : Ça plane pour elle (une courte enquête d'Axtone Latuile)
« Réponse #7 le: 28 Janvier 2014 à 16:41:01 »
Merci  mais je suis sûr que ce ne choquait que moi >.<
oui c'est vrai que bien que tout soir compatible, rien ne l'est vraiment en informatique et c'est usant !

Hors ligne Babataher

  • Troubadour
  • Messages: 389
Re : Ça plane pour elle (une courte enquête d'Axtone Latuile)
« Réponse #8 le: 28 Janvier 2014 à 17:05:07 »
Bonjour Lordius,
Comme toujours, direct et animé.
Citer
Elle a pris l’avion et quitté le pays.
Je ne sais pas si après la conjonction 'et' il faut réécrire l'auxiliaire avoir pour l'autre verbe 'Elle a pris l'avion et a quitté le pays'. à vérifier.
Au plaisir.
Une phrase n'est bien construite que si elle est écrite de telle manière que personne ne remarque qu'elle a été construite.

Hors ligne Lordius

  • Troubadour
  • Messages: 369
    • Le journal de Lordius
Re : Ça plane pour elle (une courte enquête d'Axtone Latuile)
« Réponse #9 le: 29 Janvier 2014 à 11:18:06 »
Philibert, la suppression de la justification n'a pas fonctionné, en fait.

Babataher, pour moi ça passe, " Elle a pris l’avion et quitté le pays. "

Hors ligne philibert

  • Aède
  • Messages: 162
Re : Ça plane pour elle (une courte enquête d'Axtone Latuile)
« Réponse #10 le: 29 Janvier 2014 à 12:08:16 »
 ;D c'est bien ce qui me semblait ! je me disais que je t'avais embêté pour rien parce que ca changeait pas grand chose ....

 


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