J’ai dit Artaud, j’ai dit même Genet et on n’était pas encore revenu de Paris. De son grand théâtre. Et puis il y en avait d’autres aussi qui marchaient, ils faisaient le même voyage que nous. Ils allaient crever après Paris. On était là pour ça faut dire. Pour aller crever peut-être un peu plus loin, ça brûle aussi. Là-bas.
Parce que Paris c’est un incendie énorme. Le feu ça sort par les fenêtres les bouches de métro quand il n’y a plus personne pour y regarder… Quand il n’y a plus la foule et c’est à ce moment là de carnage que tu me prenais la main et les poumons froids tu sortais de ta bouche un peu d’alcool et de neige, pour tenir la nuit. On choisissait un banc, on regardait la rue brûler et on parlait de Céline. Il nous fallait tout ça pour en parler je me souviens c’était toujours un peu de vodka qui tombait sur ta main et moi j’avais mes livres. C’était mon langage Céline, ma manière de mentir, c’était tout ce que tu n’aimes pas.
Et ce soir je mens tu entends ? Je suis sorti de cette ville-volcan je vais mourir plus bas, la voix perdue dans un grand parc un manège où toujours le soir passe il y a dessus des visages d’enfants des couleurs d’églises, tout ça tourne et meurt à chaque fois. Mais pas comme nous, ça ne va pas plus loin pour mourir. Ça crève là. Ça crève en rond.
Ce soir je mens mal, pas comme lui, c’est pas facile de mentir quand on sait que dans le parc il y aura le bout, l’extrémité de la nuit qui m’attends et qui regarde la lumière danser aussi. Je commençais à tourner avec, moi. Fallait l’entendre le piano derrière, et les vitraux qui passaient dans la rue, tout autour, ils se brisaient ça faisait du bruit, ça faisait de la belle mort ce parc là.