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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Poésie (Modérateur: Claudius) » Toxines poétriques

Auteur Sujet: Toxines poétriques  (Lu 1279 fois)

Hors ligne PierreLefebvre

  • Plumelette
  • Messages: 15
Toxines poétriques
« le: 20 décembre 2013 à 13:26:09 »
Pouf pouf.
Longue absence, me revoilà.
Longue absence, parceque j'suis toujours avec ce foutu sac à dos.
Ai beaucoup écrit, mais pas beaucoup tapé.
Récemment, tapé ça, que je poste ici.
C'est vaguement de la poésie. Des rimes pauvres, en fait. J'aime pas les rimes. En fait, j'écris jamais de poésie. Mais là, j'étais dans un autre état. Sous le règne fungi, pour éviter les mots clefs dérangeants.
Voici le texte :


Que d'envolées lyriques, lubriques associées
La mort aux rats me tire vers cet étrange sabbat
Où brûle le désir d'un renouveau aimé.
Être deux, être à demi...Fini les cachotteries.
C'est trop tard pour dormir,
Trop tôt pour s'éveiller
S'imiscer dans l'ordure et le chaos,
Pour en ressortir...
Quoi ?
En ressortir...
En ressenti ?
Rien.

Toc ! Toc ! Toc ?
Qui est là ?
Le coiffeur, coupeur de tête charmeur
Venu pour s'abreuver
De ta charmante mine
Savament préparée.
Le sucre cristalise
Sur tes cheveux dorés.
Que demander de plus ?
Des taches, maintenant, voilà qu'ils nous mettent des taches...
Du sang sur les vitrines,
De l'encre à mon papier. Et ta tête se vide sur le parquet mouillé.

Braver les interdits, en mourir et renaître
Boulette de papier
Entre tes mains coquines,
Coquinement cloquées.
À mon sac qui se vide,
La peur d'une vie passée
À marcher dans les ruines
De ceux qu'ont essayé.
Tenté d’échafauder la muraille des guignes...
Fallait pas se tromper.
À mourir de ce vice, quitte à être oublié.
Enterré sous les dunes, le pantalon trempé.
Ah ! La plaisante vie...Mais quel immonde farce...
J'vais faire le reste à pieds.

Comme de l'encre solide...
Ancre ? Qui m’appelle ?
Je suis là, oui c'est moi,
La chaussure à ton pied.
Ce que je vais t'faire vivre,
Personne n'a essayé.
Comme de l'encre solide
Sur du papier mouillé.

Seul.
La musique des mots, la parodie des gestes.
Faites les donc déguerpir, tous ces moutons zélés.
Que suis-je en train d'écrire ?
D'accomplir de si niais ?
Sournoisement habile sur du papier craché.
Mon encre : de la bile
Et mes gestes ont lâché...
De la poésie ? Quel odieuse tricherie !
Buvons encore un peu,
Les chapeaux vont aider...
Celui-là est cynique, et celui-ci si gai...
Comme de plaisantes quilles sur un terrain trempé
Jouons à la pétanque dans mon jardin secret.

Drôle de camomille, pour de longues soirées...
Voilà que « ça » recommence.
Écrire normalement me demande des efforts, c'en est presque douloureux.
C'est un petit lutin caché dans l'écriture, qui s'amuse à gâcher
Ce que j'aurai pu dire, écrire ou... Oh, laisse tomber.
De ce genre de sachet, on ne fait qu'un seul thé.
Et gna, et gna, et gna !
Quand vais-je donc m'arrêter ?

Toutes ces assiettes vides, vides de saleté.
La crasse s'éparpille sur le carrelage outré.
Vautré dans les ordures... Tiens ? Une tache de café.
Mais qu'est-ce donc que ce rire ?
Quelles paroles sont sacrées ?
Le cendrier... trop loin...
Rapproche-le s'il-te-plaît.
S'il te plaît ?
Bien sur qu'il me plaît, ce cendrier !
Dommage qu'il soit cassé.
Comme tant de choses ici, empreintes d'emprunté.
Une empreinte de signe sur du sable volé.

Les mots ont des températures, et les tiens sont brasier.
Tes yeux, à mon désir, ne font qu'une bouchée.
Comme un ivrogne vide sa bouteille de laid :
Moi, goulûment, j'aspire
Tes plus sucrés secrets.
Me voilà sans mot dire, tout comme un chien mouillé
Qu'on ferait déguerpir,
D'un geste, sans regret.
Tu es ma nicotine, que je brûle en secret.
Secrètement stérile, derrière ce canapé.
Aller simple pour le vide, présentez vos billets.
Tchakatchak, clac et gling !
Voilà que des ratures viennent tout encombrer.
Dans ce champ je cultive depuis peu des pensées.
Elles étaient si fébriles, et sont déjà fanées...

Le voilà qui me quitte, je suis dépossédé.
De ce démon de bites, de chair et de fumée.
Allons-donc, c'était court...
Sur que j'y replongerai
Ma tête si docile
Dans ce bain si opaque qu'on en dirait du lait.
Par pitié, ne me dites pas que c'est
Déjà l'heure de dormir,
Et que, demain,
C'est la sobriété...
Je ne veux pas revivre cette mortelle étreinte qu'est la réalité.

Et me revoilà sobre, les pages rouges complétées.
J'ai bien fait de te dire de venir,
Sacré crétin d'lutin.
Oui, douloureusement sobre.
Les mots n'ont plus cette profondeur
Qui un temps les plongeait
Dans un immense vide
Dont je ressort vanné.
Ne subsistent que bribes, le reste ?
J'ai oublié...
Comme une niaise comptine, qu'on apprend puis renie,
Jusqu'à s'en contenter.
Et voilà, c'est fini...
Plus de mots, plus d'oubli
Ne reste que l'ennui
Qu'est souverain ici.




Et le voilà encore, prêt à tout déformer
Comme si c'était facile d'écrire sans penser...

P.
« Modifié: 20 décembre 2013 à 13:58:58 par PierreLefebvre »

pehache

  • Invité
Re : Toxines poétriques
« Réponse #1 le: 21 décembre 2013 à 09:01:12 »
Bonjour,
un sens certain du rythme, quelques passages sympas, mais le fond, l'idée... m'endorment au plus haut point.
J'accrocherai davantage la prochaine fois, sans doute.

Hors ligne Ambrena

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Re : Toxines poétriques
« Réponse #2 le: 21 décembre 2013 à 10:54:22 »
Alors :

Citer
lubriques associées
Pourquoi "lubriques" ? Ce mot est étrange, ici, on ne sait pas très bien de quoi on parle...

Citer
S'imiscer dans l'ordure et le chaos
S'immiscer
A part cette faute-là, je trouve ce vers très beau.

Citer
Quoi ?
En ressortir...
En ressenti ?
Rien.
J'aime bien le parallélisme de construction, mais l'effet ne fonctionne pas, pour moi. Peut-être parce que le "ressenti", là encore, est un mot trop vague.

Citer
Le coiffeur, coupeur de tête charmeur
Venu pour s'abreuver
De ta charmante mine
Savament préparée.
Savamment
Par contre, là, j'aime beaucoup. J’imagine en fait une sorte de Sweeney Todd...

Citer
Le sucre cristalise
cristallise
Et euh, ça ne veut rien dire. xD

Citer
Sur tes cheveux dorés.
Trop cliché, à mon avis.

Citer
Du sang sur les vitrines,
De l'encre à mon papier. Et ta tête se vide sur le parquet mouillé.
Cruel et poétique. J'aime bien ! ;)

Citer
Comme de l'encre solide
Sur du papier mouillé.
Encore "mouillé" ? Mais qu'est-ce que c'est que cette manie ?
Mais l'image de "l'encre solide" est bien trouvée, hein.

Citer
Comme un ivrogne vide sa bouteille de laid
De "laid" ? :o

Enfin bon, dans l'ensemble, ça se lit bien, mais c'est trop chaotique pour que j'aie vraiment accroché...
"J’ai soudain la sensation limpide d’avoir gaspillé ma jeunesse… L’avoir vue s’échapper de mes mains comme l’anguille effrayée et m’appeler à présent sur le lierre du tombeau, où patiente depuis toujours le chant des enfants, les raisins volés…"

Roi Loth, Kaamelott, Livre V

Hors ligne PierreLefebvre

  • Plumelette
  • Messages: 15
Re : Toxines poétriques
« Réponse #3 le: 23 décembre 2013 à 01:22:51 »
Merci beaucoup pour ces conseils, corrections et appréciations.
C'est très chaotique, en effet, et peu intéressant d'un point de vue du fond, je dois l'admettre.
J'ai surtout trouvé ça curieux, c'est pour ça que je l'ai mis ici : c'est, en quelque sorte, le témoin d'une nuit entière, seul, à écrire, tout en sueur, pendant que la psilocybine faisait son nid, le défaisait et m'abandonnait. Voilà, le mot clef repérable est sorti, mais qu'importe, cette précision était, à mon sens, nécessaire.

Quelques élucubrations additionnelles :

"lubriques associées" : Pas clair du tout, effectivement. Envolées lyriques sur fond de pensées lubriques, forme mise à part, c'est plus compréhensible ?

"En ressenti" : Je suis malheureusement incapable d'expliquer ça sans raconter le reste de ma vie, et même si cette "explication" ressemble à une tricherie démagogue, ça a réellement un sens pour moi.

"Le sucre cristallise" : Si si, ça veut dire quelque-chose.C'est très maladroit, certes, mais quand on fait du pralin, le sucre fond et (re)cristallise sur les noisettes. Un peu tiré par les cheveux (dorés ?), c'est vrai.

"mouillé" : Oui, c'est une manie, en effet. Dans l'état où je me trouvais, tout était mouillé et humide à mes yeux. Une sorte de vision gluante du solide.

"De laid" : Au départ, j'avais mis "De lait", mais ça ne voulait rien dire (Comme beaucoup de choses dans ce texte, en fait...), j'ai triché et remplacé par "de laid", qui signifie plus ou moins de la vinasse.

Merci encore pour ces commentaires !

 


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