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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Le journal.

Auteur Sujet: Le journal.  (Lu 993 fois)

Hors ligne ML

  • Plumelette
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Le journal.
« le: 19 Novembre 2013 à 20:49:10 »
Bonjour,
Je me suis amusée à créer deux nouvelles dans un même lieu, avec les mêmes personnages mais dans des situations différentes.

Hors ligne ML

  • Plumelette
  • Messages: 12
Re : Le journal.
« Réponse #1 le: 19 Novembre 2013 à 20:49:26 »
La promotion

— Vous le savez déjà, notre responsable de la rubrique sportive, monsieur Anton Briks, nous quittera dans quelques jours après vingt ans de travail acharné. Une fois n’est pas coutume, j’ai décidé de choisir son successeur selon différents critères. Tout d’abord, seul un membre de son équipe est susceptible d’être nommé, à savoir tous ceux que j’ai réunis ici. Vous avez donné votre temps pour faire de ce quotidien une part importante de la vie des citoyens de cette ville. Il est donc normal que vous passiez en priorité.
Les journalistes s’entre-regardèrent, légèrement surpris par la nouvelle. Avec ses dix ans de carrière, chacun était persuadé que Carl Donovan remplacerait leur ancien chef. Quelques regards s’allumèrent mais tous restèrent silencieux, attendant que le rédacteur en chef finisse son discours. Le requin Suzanne Volkov n’en perdait pas une miette. Nul doute qu’elle serait un adversaire redoutable dans ce choix. La grande blonde à la plastique parfaite possédait une intelligence subtile et un appétit insatiable.
— Voici comment nous allons procéder, continua leur patron. Vous allez tous me trouver un sujet correspondant à vos aptitudes et m’en ferez un article. Vous avez jusque dix-huit heures pour le poser sur mon bureau. Je jugerai ceux qui me l’auront rendu selon la qualité de leur travail. Aussi, vous suggère-je d’y mettre tout votre cœur et votre talent.
Sur ces mots, il quitta la pièce pour rejoindre son bureau. Erik Fincher et Suzanne Volkov ne perdirent pas un instant. Sans lancer un seul regard à leurs collègues, il s’installèrent dans leur espace de travail, décrochant leur téléphone pour se mettre à chuchoter. Jusque-là, ils avaient formé une équipe efficace sous l’égide et les directives d’Anton Briks. Ce changement radical, les mettant en concurrence directe, n’était pas forcément du goût d’Ethan Richardson. Mais après tout, ils se chargeaient des sports. Ce challenge improvisé motiverait les troupes et aiguiserait leur esprit de compétition. Sans compter que la place promise permettait de devenir un acteur décisionnaire dans les textes à imprimer et assurait un certain pouvoir sur les autres membres de l’équipe. Il n’osa pas imaginer ce que serait son quotidien sous les ordres de Volkov ou même de cette fouine de Fincher. Hors de question qu’ils obtiennent cette promotion !
A bien y regarder, il préférait sans aucune hésitation avoir Donovan ou même Sean Lopez comme supérieur. Le doyen de l’équipe n’était pas particulièrement bon rédacteur. Son enthousiasme et ses capacités incroyables à dégoter un nouveau sujet en quelques minutes étaient sans conteste ses plus grands atouts. Quant à Lopez, il était tout son contraire : maigre au niveau des contacts mais un talent littéraire à faire crever de jalousie. Ethan, lui, se considérait plutôt moyen dans tous les domaines, ce qui lui conférait peu de failles mais également peu de possibilités de sortir un article hors du commun. En d’autres termes, il n’avait guère de chance de gagner cette compétition. Du coin de l’œil, il jeta un dernier regard aux quatre autres journalistes confirmés de l’équipe puis s’installa à son tour derrière son bureau pour se mettre au travail. Valentina, la stagiaire, leur servit un café à chacun. Ils allaient en avoir bien besoin.
A bout d’une heure environ, Volkov brisa le chuchotement continu et les claquements des touches de clavier en faisant crisser sa chaise sur le vieux parquet. Un sourire aux lèvres, elle remplit rapidement son sac avant de lancer un regard qui en disait long à ses collègues. Ethan soupira. Elle avait trouvé un sujet en or et les toisait, narquoise. Comme à son habitude, elle prit le chemin des toilettes pour se remaquiller avant de partir. Donovan secoua la tête, amusé devant son petit manège. Sans doute pensait-il qu’elle leur jouait un petit tour pour leur mettre la pression.
La résonance de la porcelaine heurtant le sol carrelé et le hurlement de Volkov qui suivit le choc retirèrent le sourire du visage de Donovan. Les journalistes se précipitèrent vers la pseudo demoiselle en détresse et la trouvèrent trempée, assise sur le sol près du cabinet fendu. Elle se tenait le dos, pleurant de douleur mais surtout de rage. La vasque s’était brisée sous son poids. Ethan ignorait qui avait appelé les secours mais ils se déplacèrent réellement rapidement. Et Suzanne disparut avec eux pour le reste de la journée. Quelle aubaine ! Elle n’avait plus aucune chance de rendre un article à temps. Il cacha cette pointe de joie devant ses collègues, qui ne devaient pas en penser moins. Mais il était mal venu de rire du malheur  des autres.
L’ambiance s’en trouva dès lors plus détendue et chacun reprit ses travaux là où ils les avaient laissés. Les doigts surfaient en vagues rapides et habiles sur les claviers. Les appels téléphoniques pleuvaient plus sûrement que les gouttes en pleine mousson. Parfois, certains demandaient de menus services à la stagiaire. Ethan remarqua qu’ils étaient moins capricieux que les semaines précédentes. Peut-être avaient-ils peur qu’on ne la soudoie pour voler leurs idées. Sur le coup, elle s’en trouvait plus tranquille et pouvait profiter des meilleurs moments de son travail. Eux, au contraire, n’arrêtaient pas une seconde.
A l’heure du repas, personne ne descendit au restaurant ou à la sandwicherie. Les livraisons s’enchaînaient, l’une provenant du chinois au coin de la rue, l’autre du libanais ou encore du fast-food. La fatigue se lisait à présent sur chacun de leurs visages. Ils n’avaient pas pris une minute de pause, mis à part durant l’épisode Volkov dont le ridicule et l’absurdité de la situation les avaient vraiment détendus. Dans l’après-midi, ne souhaitant pas perdre un instant, Fincher alla même jusqu’à envoyer la stagiaire demander l’agrafeuse et tout un tas de bric-à-brac au bureau d’Ethan. Il ne manquait pas de culot ! Evidemment, le journaliste n’avait pas refusé, ne désirant pas mettre Valentina dans l’embarras. Mais tout de même… User de ruses aussi pitoyables pour déconcentrer un concurrent…
Lamentable.
Quelques minutes plus tard, Erik Fincher récolta ce qu’il avait semé. Probablement par souci de rapidité, il avait commandé chez un restaurateur peu soucieux de l’hygiène et son estomac, déjà sensible, n’avait pu le supporter. L’ambulance dut venir le chercher sur place. Là encore, avec célérité. Décidément, il était en veine ! Ni Volkov, ni Fincher n’obtiendraient cette promotion tant plébiscitée. Donovan et Lopez échangèrent un étrange regard de connivence. Auraient-ils organisé l’éviction de leurs dangereux collègues ? Perplexe, Ethan se promit de rester sur ses gardes. Au cas où.
Une heure passa dans un silence studieux. Les deux complices réitérèrent leurs échanges oculaires sous la surveillance d’un Richardson toujours plus suspicieux. Quand ils finirent par prendre l’ascenseur, ensemble, afin de se rendre à la machine à café un étage plus bas, Ethan reprit une respiration plus lente et plus sereine. Il serait bientôt temps de rendre l’article et il lui restait peu à écrire avant de l’achever. La pièce semblait beaucoup plus paisible après le départ de ses deux collègues. Seul le roulis de l’imprimante avec laquelle s’amusait Valentina vrombissait près du bureau du rédacteur en chef.
A trente minutes de la fin du compte à rebours, alors qu’Ethan finissait de relire son article pour la quinzième fois, la porte de service s’ouvrit. Deux policiers pénétrèrent dans les locaux, légèrement essoufflés. Il se dirigèrent droit sur le journaliste, un papier à la main.
— Ethan Richardson ?
Interrogateur et hésitant, il répondit par l’affirmative.
— Voici une commission rogatoire nous permettant de fouiller votre bureau.
Le journaliste leur laissa la place, très perplexe quant à la raison de cette intrusion. Les deux hommes ouvrirent les tiroirs, soulevèrent les dossiers puis les vidèrent sur le sol sans ménagement. L’un d’eux finit par retirer un sachet en plastique transparent contenant une quantité non négligeable de poudre blanche. Ethan ouvrit de grands yeux étonnés. Comment de la drogue avait-elle pu se retrouver dans son bureau ? S’il s’agissait d’un piège de Donovan et Lopez, quand avaient-ils pu approcher son lieu de travail ? Il ne l’avait pas quitté un seul moment.
L’instant d’après, il se retrouvait menotté et entouré des deux policiers dont l’un le poussa vers l’ascenseur.
— Non, dit son collègue, l’ascenseur est en panne. On reprend l’escalier.
Ethan tourna alors la tête vers Valentina. Assise à son bureau, elle terminait d’assembler les pages de son travail. Devant elle étaient posés un chiffon qui entourait un tournevis, le vieux fromage qui moisissait au fond du frigo commun depuis des mois et l’agrafeuse du journaliste accompagnée d’un tube d’aspirine vide. Malgré son statut, elle était un membre à part entière de l’ancienne équipe d’Anton Briks. La stagiaire serait donc la seule à rendre un article ce soir. A elle, la promotion !

Hors ligne ML

  • Plumelette
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Re : Le journal.
« Réponse #2 le: 19 Novembre 2013 à 20:50:12 »
Le prix

Le chef de rubrique Anton Briks claqua rapidement dans ses mains.
— Allez ! Allez ! Allez ! Encouragea-t-il vigoureusement son équipe.
Au journal, l’effervescence régnait. Suzanne Volkov et Erik Fincher s’activaient d’un bureau à l’autre, recueillant les dernières informations pour compléter leurs articles. Carl Donovan se massait les tempes, tentant de rester concentré au milieu de ce tohu-bohu. Sean Lopez et Ethan Richardson, quant à eux, travaillaient de concert dans un enthousiasme presque hystérique. Valentina, la stagiaire, s’occupait de rassembler les dossiers et de les trier pour que chacun s’y retrouve.
Malgré la pression exercée par l’annonce du rédacteur en chef Turner le matin même, toute la mécanique journalistique fonctionnait à merveille. Anton y avait mis du sien. Ce n’était pas tous les jours qu’on était sélectionné aux côtés de grands quotidiens comme le Walker pour obtenir le prix du meilleur journal de presse écrite du pays. Depuis qu’ils l’avaient appris, son équipe travaillait d’arrache-pied. Le chef de rubrique ne cessait de les pousser en ce sens, les incitant à toujours mieux faire.
Cette fois-ci, les enjeux étaient grands.
L’obtention de cette distinction permettrait de donner encore plus de crédibilité aux informations qu’ils partageaient. Mais cela ramènerait aussi, par extension, plus d’argent dans les caisses et ainsi élargirait leurs possibilités et accès aux évènements importants. En d’autres termes, c’était le moment idéal pour pondre les meilleurs articles de leur vie. Et Anton veillait de près à la qualité du travail de ses journalistes. Le rédacteur en chef Turner lui en était plus que reconnaissant. Il désirait atteindre la récompense pour montrer à tous ces requins géants qu’un outsider pouvait réellement être dangereux. « Le pouvoir de l’information surpassera celui de l’argent » affirmait-il. Encore une dernière ligne droite, la sortie de son quotidien le lendemain, et les jeux seraient faits.
Vers onze heures, ce matin là, un appel téléphonique faillit cependant leur faire perdre un temps et un journaliste talentueux. Lopez s’empressa de rejoindre Anton.
— Chef ?
— Que se passe-t-il, Sean ? S’inquiéta son supérieur en fronçant les sourcils.
— L’école de mon fils vient de me téléphoner, bafouilla-t-il légèrement. Il est malade et je n’ai personne pour le garder. Je vais devoir prendre ma journée pour m’occuper de lui.
— Allons, vous savez très bien que ce n’est pas possible aujourd’hui.
— Je n’ai pas le choix…
Anton soupira. Il devait rapidement trouver une solution ou il perdrait un précieux article. A ce moment-là, la stagiaire passa près d’eux. Une idée lumineuse naquit dans la tête du chef de rubrique.
— Valentina ?
— Oui, chef ? Répondit la jeune femme.
— Pourriez-vous me rendre un immense service, je vous prie ? Sean doit encore travailler son article mais il faut que son petit garçon se rende chez le médecin. L’y amèneriez-vous à sa place ?
La stagiaire accepta. Elle enfila rapidement son manteau, ravie de pouvoir sortir de la machine de guerre qu’étaient devenus les bureaux du journal. Anton se détendit en la regardant partir tandis que Lopez, après s’être répandu en milliers de remerciements, retourna à son poste de travail. Valentina absente, le chef de rubrique décida de faire taire son ego et de la remplacer le temps d’une journée. Il se plongea alors dans le tri d’un capharnaüm de dossiers. Mais il n’avait pas le choix et devait s’y retrouver avec la méthode de rangement de la jeune femme. Les membres de son équipe en avaient besoin. En tout cas, ils ne chômaient pas. Il les gardait à l’œil.
Quand midi sonna, les appétits s’éveillèrent. Mais Anton ne souhaitait pas que ses journalistes s’éternisent au restaurant et gâchent trop de temps au détriment de leur talent. Il savait que Volkov y allait pour chacun de ses déjeuners. Il n’en était pas question aujourd’hui. Pour ce faire, il n’avait guère le choix. Il insista pour les garder dans le bâtiment, leur offrant de sa poche un repas à chacun. Il commanda auprès d’un traiteur réputé. D’après des études sérieuses qu’il avait lues, une personne avec le ventre et le palais satisfaits produisait un travail de meilleure qualité. Il croisa tout de même les doigts pour que ce soit vrai.
Quatorze heures. Le temps filait à vive allure cependant Anton choisit de s’autoriser une pause dans son rangement de dossiers. Il devait vérifier l’avancée et la qualité des articles de son équipe. Jetant un regard rapide sur chacun d’eux, il sourit. Ses journalistes s’étaient surpassés. Jamais il ne leur avait vu un travail aussi juste et expressif. Il les encouragea à continuer dans leur lancée.
L’après-midi d’Anton fut tout aussi intense. Il dut trouver des boules Quies pour Donovan, acheter des cigarettes pour Richardson ou encore s’occuper de faire réparer l’ascenseur en panne afin d’atteindre la machine à café, trois étages plus bas. Il ne souffla pas un instant, additionnant à cela le calvaire du tri, la motivation à apporter et la relecture des textes. Le chef de rubrique se donnait l’impression d’être une soubrette. Il ne lui manquait plus que le tablier et la coiffe. Anton soupçonna ses subordonnés de profiter de la situation.
A dix-huit heures, la journée se terminait pour son équipe. Un par un, les journalistes lui remirent leur travail. Tous affichaient un sourire radieux, fiers de la qualité exceptionnelle de leurs articles. Le chef de rubrique était également heureux. Jamais il n’aurait cru qu’ils seraient aussi talentueux. Ce qu’il avait entre les mains valait de l’or et très certainement le premier prix tant espéré.
Au petit matin, Donovan fut le premier à déchanter. Il pénétra brusquement dans le bureau du rédacteur en chef Turner, sans même frapper, tandis que celui-ci s’apprêtait à ouvrir une enveloppe qui y était déposée. D’un geste sec, il claqua le Walker du jour devant lui.
— Cet enfoiré nous a tous doublé ! Cracha-t-il en pointant le quotidien du doigt. Ce sont nos articles qui sont là, signés par d’autres ! J’ai vérifié et il n’y en a plus une seule trace dans notre système informatique.
Turner jeta un œil sur le journal puis, sachant parfaitement à quoi s’attendre, il ouvrit l’enveloppe dans laquelle se trouvait un court message accompagné d’un courrier.
« Ci-joint, ma lettre de démission. Sachez, monsieur, que je ne vous remercierais jamais assez de m’avoir appris que le savoir et l’information étaient synonymes de pouvoir. Mais je me dois de vous révéler qu’il ne surpasse pas toujours celui de l’argent ou de la renommée.
Anton Briks, rédacteur en chef au Walker. »
« Modifié: 19 Novembre 2013 à 20:54:24 par ML »

Hors ligne Musyne

  • Prophète
  • Messages: 638
Re : Le journal.
« Réponse #3 le: 15 Décembre 2013 à 14:36:37 »
Bonjour ML,

Je viens de voir que tu n'avais aucun commentaire pour tes deux textes alors, me voilà ^^

La promotion

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Le prix

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


La lecture des deux nouvelles étaient fluide, je trouve que c'est bien rédigé, clair. J'ai une préférence pour la première, car j'ai trouvé la chute bien amenée : elle n'est pas surprenante, mais le personnage de la stagiaire passe tellement inaperçu qu'on ne se rend compte qu'au bout que c'était évident que c'était elle. J'ai juste trouvé que l'histoire du fromage pourri était un peu capillotractée, j'imagine mal que cela reste des mois dans un frigo commun parce que ça devait embaumer quand même  :D
La deuxième histoire m'a moins séduite car moins "croustillante" : il y a moins de rebondissements et la fin est peut-être plus "banale", attendue. Là aussi, je sais pas si un père accepterait aussi facilement qu'une stagiaire s'occupe de son fils malade.
L'exercice est en tout cas bien mené, et amusant. C'était une lecture agréable, merci :)

 


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