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Le Monde de L'Écriture » Salon littéraire » Salle de lecture » Romans, nouvelles » Les Faucheurs Sont Les Anges (Alden Bell)

Auteur Sujet: Les Faucheurs Sont Les Anges (Alden Bell)  (Lu 1582 fois)

TempleWilliams

  • Invité
Les Faucheurs Sont Les Anges (Alden Bell)
« le: 19 novembre 2013 à 02:09:45 »




Histoire (quatrième de couverture) :

Temple n'a aucun souvenir du monde avant la chute. Du monde avant les zombies, avant les camps de survivants, avant les plaines de suie où tombent les vivants et se lèvent les morts. Temple a quinze ans, mais le temps de l'innocence est depuis longtemps révolu. Seule face à la nature, à ses miracles et à sa sauvagerie, elle est pourtant décidée à profiter de ce que la vie peut encore lui offrir, et à découvrir ce que dissimule l'horizon. Et derrière cette adolescente au coeur simple et dur, habitée par le désir d'être juste, se profile l'ombre de l'homme qui a juré de la tuer.

Quelques mots sur l'auteur :

Alden Bell, en fait, c'est un pseudonyme pour Joshua Gaylord (auteur de Hummingbirds). Professeur à New York, il y vit avec sa femme, la gagnante du prix Edgar-Allan-Poe 2008 pour son roman Queenpin (Adieu Gloria).


Avis personnel :

Alors... Un mot : Wow. J'ai tenue à faire cette fiche car ce roman est mon roman favori. Je n'achète jamais de lire sur un coup de tête et passe en général des mois de recherches pour un seul livre, ne voulant pas être déçue. Et lui, la couverture m'attire dans le rayon, mais j'ai peur : C'est classé dans le Young Adult, et je dois dire que je méprise plutôt ce genre. Mais, bon sang, on me cite La Route de Cormac, Fantasy Book Reviews que je lis parfois en fait l'éloge sur la couverture, mais je le repose, ce n'est pas dans mes habitudes.
Et puis je reviens quelques seconde plus tard en me rappelant un autre titre figurant sur le quatrième de couverture : Into The Wild, et pas le film, non, mais bien celui de Krakauer. C'est décidé, je le prends. Et quelle surprise le soir même, quand je commence la lecture, et dévore le livre en un temps records.

Alors que le genre de zombie est maltraité, dénigré ou encore même tourné en ridicule/humour (Vivants), ici Alden (ou dois-je dire Joshua ?) débarque dans le genre avec un roman coup de point, qui vous frappe la conscience avec une force ravageuse, qui vous laisse à bout de souffle après chaque pensée de son héroïne, Temple, qui, par ce questionnement sans fin et tortueux d'être juste malgré la certitude d'être mauvaise, en devient plus juste que n'importe qui.  L'écriture est simple et dénouée de toute fioriture, on va droit au but et pourtant les thèmes sont abordés d'une telle façon qu'ils en viennent à trouver une compréhension métaphysique. C'est déchirant, vrai, et magnifique. La quête silencieuse et la compréhension tout aussi calme de Temple et de cet Homme qui a juré de la tuée, est une de ces relations que j'aimerais voir plus souvent entre un "héro" et un "méchant". Mélange fraternel et paternel, mêlé d'un sens aigüe de faire la chose juste encore une fois, Bell débouche sur une fin qui sonne plus juste que toute celles que j'ai pu lire, un affrontement qui n'en est plus vraiment un.

Et l'apocalypse dans tout ça, vous aller me dire ? Eh bien c'est tellement bien traité qu'on oublie que nous sommes dans un monde ravagé et sans aucun espoir de renaitre. Les morts sont là, ils sont devenus une routine pour une génération qui a grandit parmi eux, à s'en confondre presque. La scène de dîner d'un de ces morts vivants m'a freiné, et j'ai hésité à continuer lire en voyant arriver le passage : Est-ce que cela aller encore être traité comme quelque chose d'affreux, poussé par la folie seule et dégénérative ? Vision toujours rabâchée et  qui en devient barbante ? Eh bien non, Alden conjugue encore une fois simplicité et vérité frappante. Les morts sont là, partout, mais la vie non, alors il faut bien survivre. Et passé la morale première, on se rend vite compte que ce n'est pas si horrible que ça, que ce n'est pas un signe précurseur de folie, mais au contraire, d'une raison inévitable. Il nous transporte dans ce monde effacé et fade avec une telle facilité que cela en devient déconcertant. Nous ne sommes plus vraiment surpris de voir surgir un "sac à viande", on pense juste nous aussi à sortir notre machette, et c'est tout.

Que dire des personnage qui, au final, ne se compte qu'au nombre de deux alors que toutes les personnes que pourra rencontrer Temple l'influenceront dans sa quête sur elle même et la recherche de la vérité de son âme ? Ils sont vrais, incroyablement justes et torturés, mais de cette remise en question de soi silencieuse, douloureuse, qui est finalement acceptée et finit par faire partie d'eux, les rendant encore plus époustouflants, cette rédemptions qui leur échappe à chaque fois est comme un coup au coeur. Je ne peux donc que le conseiller, pour moi ça sera une énième relecture et la frustration de ne plus trouver un livre aussi extraordinaire !

Je m'excuse si la fiche est déjà disponible, mais après recherche, je n'ai rien trouvé.

Extraits :

"Et puis mince, dit-elle. On ne vit qu'une fois.
Elle place une cuillerée de viande dans sa bouche et mâche, laisses les sucs imprégner sa langue et ses dents. Puis elle déglutit et lève les yeux vers les hommes qui sont penchés vers elle, dans l'attente de son verdict.
C'est bon, dit-elle, ce qui déclenche un concert de cris de joie. On dirait du porc.
Je l'ai toujours dit, s'esclaffe Lee, la seule différence entre l'homme et le cochon, c'est un bon assaisonnement."


-x-x-x-

"Pour tout dire, un tel spectacle pourrait faire penser que le monde, au lieu de subir un cataclysme, s'est figé au milieu de sa construction, et que, en réalité, la main divine du Bâtisseur connait un arrêt momentané, que cette structure squelettique évoque davantage la promesse, l'espoir et l'ingéniosité que la déchéance et la ruine.
Mais il existe également d'autres lieux, qui furent autant d'oasis pour le voyageur, conglomérats de stations-service, fast-foods, motels. Les fenêtres sont intactes, l’électricité fonctionne, les portes vitrées coulissent encore, les haut parleurs laissent toujours échapper leur musique métallique, distordue. Des villes fantômes. Entièrement coupés du monde, ces endroits sont si morts que même les morts n'y habitent plus.
Ces villes-là, Wilson et ses hommes les traitent avec un respect silencieux, comme lorsqu'on arpente un cimetière sur la pointe des pieds. Il y a quelque chose de sinistre et de viscéralement solitaire dans cet abandon total. De spectral dans la façon dont pourriture et décomposition n'ont pas réussi à atteindre ces lieux à travers l'immense désert. Être abandonné par la dévastation, c'est être abandonné quand même."


-x-x-x-

"T'es au-delà de ça, et aussi au-delà du bien et du mal, dit-elle. Tu sais, c'est tous les jours qu'on s'acharne à faire ce qui est juste. Pas parce que c'est difficile: ça l'est pas. Simplement parce que ce qui est juste, ben ça te file entre les doigts. Trouve-moi une boussole qu'indique le bien et le mail, et j'deviens un soldat de la justice. Mais ces deux machins-là, c'est un terrain glissant, et les distinguer ça revient souvent à choisir à l'aveugle.
Elle se relève et actionne le loquet de la porte, qu'elle ouvre en grand. En deux enjambées, elle rejoint un M. Grierson aux gestes lents et dégaine la machette gurkha.
ET parfois, dit-elle, on fatigue à force de chercher à les distinguer. Il arrive qu'on agisse parce qu'on en a marre de réfléchir à tout ça. ET c'est quand on a renoncé à finasser que le stylo du diable est prêt à inscrire le score. Quand on se dit qu'on en a assez vu. Quand on se résigne à l'enfer.
Elle lève la machette et l'abat."

« Modifié: 08 septembre 2015 à 19:53:05 par Zacharielle »

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Re : Les Faucheurs Sont Les Anges - Alden Bell
« Réponse #1 le: 26 novembre 2013 à 22:16:13 »
J'avais failli commander ce livre, du coup je suis encore plus tenté! Mais c'est sur qu'un jour je le lirai!

 


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