Je veux, si l'on m'attaque, un sang-froid qu'on m'envie ;
Que ma bouche sourie, que mes lèvres soient closes ;
Mais que mon aura seule effraie ceux qui m'ennuient,
Et que mon regard dise : "Eh ! Viens donc si tu l'oses !"
Je voudrais adopter les mots prompts et concis
Que l'enfant niais emploie pour décrire les choses ;
Lorsque quelqu'un dirait : "voilà un beau taillis
D'où surgissent des fleurs", je dirais : "Oh ! Des roses !"
Et puisque "Dosis sola venenum facit",
Je voudrais affirmer qu'il n'y a que la dose
Qui transforme en poison tout ce qui est gentil ;
Que rien n'est immortel, que tout se décompose !
J'aimerais tellement, comme il me prend la nuit,
Que mon visage affiche un air triste et morose ;
Que je puisse rester dans cet état d'ennui
Sans que tous mes amis ne crient à la névrose !
Du traître, du mauvais, du bon, de l'asservi,
J'aimerais bien cesser de rechercher la cause ;
Et de ce rêve doux, que l'on appelle "vie",
Je voudrais un beau jour mettre fin à l'hypnose !