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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Le dauphin et la sirène (conte)

Auteur Sujet: Le dauphin et la sirène (conte)  (Lu 2563 fois)

Hors ligne Vanille

  • Plumelette
  • Messages: 10
Le dauphin et la sirène (conte)
« le: 14 Novembre 2013 à 17:18:10 »
Bonjour !
un petit texte par lequel je ne suis pas tout à fait convaincue moi-même (au niveau de la forme principalement... en fait j'ai peur que ce soit un peu lourd ; enfin vous me direz)
merci d'avances pour vos commentaires :)


 
Il était une fois un dauphin. C’était un beau, un bon petit dauphin, âgé de quelques mois tout juste, à la peau joliment bleutée, sur laquelle les rayons du soleil jouaient de façon charmante avec l’eau salée. Ce dauphin était amoureux d’une sirène. Il faut dire que cette sirène était la plus jolie sirène à huit miles marins : des yeux verdoyants comme un champ d’algues en pleine floraison ; de très beaux cheveux sombres, de l’ombre des profondeurs ; une peau blanche comme la nacre irisée d’une conque marine et des lèvres violettes comme les pics adoucis d’un oursin. Cette sirène était jeune, comme lui, elle était joyeuse, comme lui, et elle l’adorait, presque autant qu’il l’adorait.
Nos deux amis coulaient ainsi des jours heureux, dans les eaux claires et chaudes de l’Océan Emeraude, jouant loin des léopards de mer et autres orques, peuples des eaux froides et profondes rendus agressifs par carence de vitamine D.
Un jour, cependant, qu’ils s’ébattaient dans les courants marins, ces gais lurons insouciants se perdirent dans un dédale d’arcades sous-marines, de fissures et de grottes, et tombèrent soudain face à bec avec un énorme poulpe. Le céphalopode benthique géant sembla à leur vue fort mécontent (ou bien plutôt satisfait, c’est selon), et se mit en devoir d’en faire son dîner. Comme tout le monde le sait, en effet, les pieuvres marines dînent d’encre et de chair fraîche… mais surtout de chair fraîche – hormis celles ayant fait vœu de frugalité, bien entendu.
Voici nos amis éperdus s’enfonçant de plus en plus loin dans le labyrinthe de leur mésaventure, esquivant tant bien que mal le bec vorace qui leur faisait la chasse. Une main soudain saisit la main de la sirène ; la sirène agrippa la nageoire de son cher dauphin, et tous deux tout à coup se trouvèrent à l’abri, ayant passé par une faille dans une salle souterraine.
La sirène, après avoir écouté leur ennemi tempêter contre l’accès trop étroit puis renoncer dépité, découvrit en se retournant l’inconnu qui les avait sauvés.
C’était un triton. Et quel triton ! Ses yeux avaient le mystère des abysses et l’espièglerie de l’océan, ses cheveux avaient la couleur du sable sec et la fraîcheur de l’eau cristalline, son air était rieur comme un banc de poissons clowns chatouillés dans leur anémone par le soleil de midi.
La sirène et le dauphin en fête furent menés par leur nouveau compagnon loin du Kraken qui les avait menacés, loin dans le dédale des eaux profondes, loin comme ils n’avaient jamais été dans l’Océan Emeraude. Au détour d’un gouffre, un spectacle inouï se présenta à leurs yeux. Le soleil, éclatant, déployait ses longs rayons dans une corolle que se renvoyaient les algues suspendues. Anguilles, requins, poissons de toutes sortes flânaient dans une débauche de couleurs crépitantes entre les tours d’une ville engloutie. Les vitraux d’une vieille cathédrale en ruines léchaient de leurs reflets les pierres mouillées qui s’allumaient comme autant de pierres précieuses.
Cette ville oubliée devint leur nouveau terrain de jeux.
Mais le dauphin peu à peu sentit une tristesse sans nom envahir son être, couler dans ses veines, éteindre ses chants. Il voyait bien que son amie était terriblement fascinée par leur nouveau compagnon ; que ses regards étaient aimantés par son corps chatoyant ; que ses yeux appelaient sans cesse la caresse de ses yeux, ses cheveux l’étreinte malicieuse de ses cheveux. La sirène ne chantait plus ; car les sirènes sont comme les rossignols, qui ne chantent que tant qu’ils sont en mal d’amour. Et le dauphin, au fur et à mesure qu’il perdait son amie, sentait avec toujours plus de force l’ampleur de son amour pour elle, de sa tendresse grandissante, implacablement dévorante.
Alors, sans rien dire, il partit. Doucement, silencieusement, avec la discrétion du désespoir et la simplicité de la résignation. La sirène tout à coup goûta un nouveau silence. Elle chercha son ami un temps, sans comprendre, sans savoir quoi faire, puis elle se rendit à l’évidence. Mais toujours, au milieu des jeux, un rire lui manquait, une nageoire taquine, un reflet bleuté dans les vagues faisait défaut à la lumière de la mer. Elle se rendit à l’évidence mais elle ne pouvait s’empêcher, régulièrement, de s’arrêter à l’entrée d’une galerie, de scruter un courant, croyant voir l’absent sans cesse, et ne le voyant jamais.
Un jour pourtant, sans que rien ne l’annonce, un dauphin en tout point semblable à son dauphin se présenta à son regard, au détour d’une épave. Lui ne l’avait pas aperçue, mais plus elle l’observait et plus elle était persuadée qu’il s’agissait de son dauphin. Il était beau, doux, joyeux, tout comme son dauphin ! C’était lui, ça ne pouvait être que lui. Alors elle alla le voir. Mais le dauphin ne la reconnut pas. Elle se dit que ce n’était pas grave. Il était si jeune encore, si insouciant ! Il aurait oublié. D’ailleurs son regard sur le monde portait l’émerveillement du nouveau-né, l’inaltérable fascination de l’inconnu. En fait, c’était comme si son cerveau, à mesure que le temps passait, rajeunissait. Il avait la capacité merveilleuse de s’émerveiller chaque jour des choses croisées la veille, de découvrir un nouveau monde chaque matin, de ressentir à chaque instant le bonheur incrédule de se sentir exister, comme si c’était une sensation neuve.
Le dauphin resta avec la sirène. Ils étaient heureux, et la sirène avec son beau triton eut des enfants magnifiques qui passèrent leurs journées à s’ébattre joyeusement en compagnie du dauphin ; mais en les regardant elle ne pouvait s’empêcher de ressentir par moments une nostalgie secrète, inconnue et amère. Puis les enfants partirent chacun de leur côté découvrir le vaste océan, et le triton, après une nouvelle rencontre avec son vieil ennemi, dans laquelle il aura eu moins de chance, ne revint plus non plus.
La sirène alors sentit le poids des ans peser sur ses nageoires, et commença à regarder la blancheur de l’écume à la crête des vagues avec une nostalgie nouvelle. Un jour, elle se tourna vers son dauphin, son cher petit dauphin, qui lui aussi avait vieilli, malgré sa joie et sa naïveté toujours intactes, elle se tourna vers lui et lui offrit un long regard très tendre, un regard qui disait merci. Ce regard lui disait, le temps est venu, malgré ton souvenir à jamais présent, oui, le temps est venu maintenant. Alors elle ferma les yeux, ses beaux yeux d’algues vertes, et ne les rouvrit plus.
Autour d’elle, dans le silence moelleux et cristallin de la mer azurée, dans le silence sans secret d’un moment qui se tait, le dauphin avait disparu.
« Modifié: 19 Novembre 2013 à 00:10:13 par Vanille »
Un jour,
il y aura autre chose que le jour.
                              [Boris Vian]

Hors ligne Geekolas

  • Calligraphe
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Re : Le dauphin et la sirène (conte)
« Réponse #1 le: 14 Novembre 2013 à 19:25:26 »
Ouah... Très beau texte, et déchirant en plus  :D

L'écriture est fluide, la lecture agréable. C'est un voyage sympa dans le monde des abysses !

Citer
Nos deux amis coulaient ainsi des jours heureux, dans les eaux claires et chaudes de l’Océan Emeraude, jouant loin des léopards de mer et autres orques, peuples des eaux froides et profondes rendus agressifs par carence de vitamine D.
Comme un ballon qui se dégonfle... Cette vitamine D brise l'effet de la phrase. Ca ne colle pas !

Par contre, j'ai eu un doute, c'est le même dauphin à la fin ou pas ? Le changement de point de vue (Dauphin puis sirène) m'a perturbé je l'avoue.

Ce fut un plaisir  :)

Hors ligne Aquarelle

  • Aède
  • Messages: 233
Re : Le dauphin et la sirène (conte)
« Réponse #2 le: 15 Novembre 2013 à 21:31:11 »
Salut !

Franchement sur la forme je ne trouve pas grand chose à redire, c'est tout joli tout mignon :) !
Juste :
Citer
jouant loin des léopards de mer et autres orques, peuples des eaux froides et profondes rendus agressifs par carence de vitamine D.
Effectivement moi aussi ça m'a un petit peu fait tiquer cette vitamine D, même si je ne sais pas si finalement ça m'a vraiment gênée. C'est seulement que ça m'a prise au dépourvu...

Citer
La sirène et le dauphin en fête furent menés par leur nouveau compagnon loin du Kraken qui les avait menacés
Là je trouve que le "en fête" est un peu drôle.

A part ça j'ai bien aimé ce conte marin et l'univers que tu as esquissé :).

Hors ligne Vanille

  • Plumelette
  • Messages: 10
Re : Le dauphin et la sirène (conte)
« Réponse #3 le: 19 Novembre 2013 à 00:06:54 »
Merci pour vos réponses ! :)

la vitamine D fait référence au soleil (en gros c'est une petite touche d'humour qui me semblait coller avec l'univers du conte mais peut donc pertruber... je note!)

quant à savoir qui est le dauphin de la fin... le but c'est précisément que je ne donne pas de réponse ^^ à toi de décider !
Un jour,
il y aura autre chose que le jour.
                              [Boris Vian]

Hors ligne MystiGrigri

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Re : Le dauphin et la sirène (conte)
« Réponse #4 le: 13 Février 2016 à 17:43:11 »
Rien à redire ! Sauf peut-être effectivement cette histoire de vitamine D... qui fait un peu tâche dans la phrase, mais ce n'est que détail comparé à l'ampleur du reste du texte. La ponctuation sur certaines phrases me perturbe un peu, mais ce n'est que jugement de valeur, il faut encore que je m'ouvre aux manières d'écrire de chacun. J'aime tout particulièrement ta description des émotions, le vide, l'absence, aussi bien celle du dauphin que des membres de sa famille disparus avec le temps. Ton texte me met réellement en émoi. Je le trouve vraiment adorable, et véridique, quelque part. La fatalité du temps qui passe et des sentiments non réciproques, le regret de la perte, qu'on parle de mort ou non, d'êtres qu'on a un temps choyés autant voire plus que notre propre âme, ce sont des expérience que tout le monde en théorie goûtera un jour.
Pour ce qui est du dauphin, je me réserve le droit de décider s'il s'agit ou non de celui du début bien sûr et préfère garder mon avis jalousement pour moi  :-¬?
On est bien libre de l'interpréter de plusieurs manières à la fois, après tout, pourquoi pas les deux ?
Le temps que j'ai passé à te lire est un temps bien utilisé.

Au plaisir de te lire de nouveau !

Lol  :banane:
"A leurs oreilles les pas du solitaire retentissent trop étrangement à travers les rues."
"Joie enivrante et oubli de soi, ainsi me parut un jour le monde." Ainsi parlait Zarathoustra, F. Nietzsche

"Bien qu'on ait du coeur à l'ouvrage,
  L'Art est long et le Temps est court." Poésies, C. Baudelaire

Hors ligne AJGF

  • Calligraphe
  • Messages: 141
Re : Le dauphin et la sirène (conte)
« Réponse #5 le: 14 Février 2016 à 09:56:57 »
Bonjour,

Je rejoins l'avis général. Au niveau de la forme, il n'y a rien à dire, ton histoire tient la route.
Cependant, je trouve que parfois la ponctuation est assez mal placée.
Sur le fond, c'est une histoire mignonne.

Au plaisir.

 


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