J'avais jamais réécris de texte, bah voilà c'est chose faite!
C'est le tout premier vrai texte que j'ai écris, il y a plus d'un an, que j'ai un peu rafraichit en gardant l'esprit qui me tenait à cœur, disons qu'il est lisible mais qu'il y a encore surement moyen de l'ameliorer... (déjà pour le titre) Bref je vous laisse lire!
Il fut un jour un homme, qui ressemblait à beaucoup d’autres qui existèrent, un jour ma foi tout aussi semblable à d’autres jours. Seulement cet homme, était atteint d’un mal. Ses symptômes étaient peu communs en un seul temps donné, mais on pouvait les retrouver dans l’histoire.
Il voulait guérir, plein de bonne volonté, pour avoir une vie saine, voir même heureuse. Malheureusement aucun des médecins, d’onguents ou d’argent, après un rapide défilé, ne purent diagnostiquer quoique ce soit. Dieu même (en personne!) n’eu la foi de trouver la cause de ces choses-là.
Le pauvre bonhomme fut donc délaissé, la science lassée lui ferma ses portes, les verrouilla devant l’inconnu, le classant ‘mal bénin’ en sursis de plaider la folie s’il ne restait pas à l’ombre des lumières scialytiques.
La maladie ne se voyait pas. Il fallait regarder au travers des deux trous béant et vitreux, prévus à cet égard, pour l’apercevoir au creux des viscères crâniennes. Ce qui demande tout de même un certain sens de l’observation.
C’est pratiquement toujours le soir venu, que le satellite osseux semblait vouloir s’échapper de la gravité physique, se décrocher des vertèbres de ce squelette impuissant.
La boite crânienne semblait vouloir imploser, puis se répandre, partout, en une explosion cinglante à haute pression. Et elle faisait tout pour ! Assoiffée elle emmagasinait tout, se nourrissait de toutes les pensées, accumulait tous les souvenirs, se délectait de toutes les informations, voulait boire tous les savoirs, intarissable, tout cela dans le seul but de mieux éclabousser, de mieux dégouliner n’importe où. La boite pandorienne ne voulait plus appartenir à ce corps, à cette race, à ce monde, elle voulait, glaciale, juste se fendre de trop plein, s'ouvrir et se répandre.
La nuit venue recouvrant les vertes peurs de l’homme enivré, le mal agissait.
Toutes les nuits, un bruit strident venait percer de l’intérieur le crane du malheureux, qui résistait tant bien que mal. Tant et si bien qu’un jour, à force de se contenir, quelque chose sembla s’agiter dans sa tête, quelque chose bougeait. De plus en plus dérangeant, la chose s’étendait. Se tordant, se distordant les mains et la face de douleur, des coups sommèrent de sortir. Ca cognait de l’intérieur, se mordant maintenant les doigts au sang, les yeux perlant, le crane se déformait de tous les côtés. Etirant une face difforme, inhumaine, la mâchoire grande ouverte et ses mains s’y accrochant, dans un effort grisant l’horreur, une boule noire et visqueuse commença à sortir du fin fond de la gorge. La bile informe s’efforçait de s’extirper d’elle-même, en s’accrochant par de fin filament aux incisives, entre les régurgissements étouffés de l’homme à bout de souffle.
Ces fils de soie luisant, reflétaient un satin à l’odeur de soufre cramoisi. Un survivant de la croyance christique, dans un cas, aurait juré y voir un morceau de la robe baignée d’enfers de l’archange Satan.
Ainsi déglutit, l’homme s’efforçait, honteux, de cacher ses pelotes gluantes où il pouvait. Oui ‘ses’, car cet acte se répétait de plus en plus souvent, encore et encore la même scène d’horreur se rejouait, encore et encore les boules de souffre grossissaient… Mais ‘ses’, ‘ses’ difformités s’unissaient à lui-même, plus il les expulsait, plus il sentait que la masse mère qui grouillait dans son crane tisser des liens avec son système nerveux, constrictive elle se collait aux cavités jusqu'à en recouvrir le cortex originel. Il ne faisait plus qu’un avec elle, mais surtout, il s’habituait à cette idée. Il l’acceptait. Geste commun de ces blêmes maladifs atteints du ‘mal’, ils finissaient par faire corps avec leur mal. Ne sachant plus comment le cacher, pouvant aller jusqu'à montrer au monde leurs ‘procréations’, dans l’espoir quasi-instinctif de, peut-être, trouver un autre semblable mutant hideux.
Soudain vint la nuit (aussi soudaine qu’à son habitude).
Depuis des jours il souffrait lentement, les semaines s’étiraient et il ne souffrait plus seulement la nuit, à longueur de temps le mal se faisait de plus en plus aigu. Quand soudain la nuit.
La peau hurlante, écarlate, l’homme était recroquevillé, la douleur criarde croissant impitoyablement en son corps. Cette fois il ne gémissait plus, étalé sur le sol, ses membres ne pouvant plus supporter le poids du mal. Parcourut d’incessantes convulsions, les yeux révulsés, les mains spasmodiques, sa bouche béante laissait s’échapper en ses coins, un mince filet continu de soie sombre.
Une flaque se formait, un lac de souffre placide sur lequel flottait un capitaine tremblant.
L’obscurité se fendit alors en un point, l’homme qui reprenait comateusement ses esprits, distingua dans les rayons de la lune, une silhouette filiforme noire, harmonieusement sculptée.
L’apparition lui éclaircit la vue, les yeux écarquillés, mi-émerveillé mi-effrayé, intrigué, ses pensées s’ordonnèrent et devinrent soudainement limpides. Que cette chose lui rappelait comme une vieille amitié, qu’elle semblait chaleureuse comme aucun homme sur cette Terre, elle semblait briller d’une lumière discrète et pourtant éclatante, un feu de beauté si finement somptueux… Et puis quelle allure ! Quelle prestance ! Des courbes si lunatiques, pleines de féminité, si subjugante, sublime ! La carrure de la perfection se tenait là devant lui.
D’une voix chevrotante, d’un esprit confus, l’homme voulut balbutier une question.
« Ne parles pas, homme. Je connais tes questions plus clairement que tu ne les penses à l’instant. Ordonne-les. Je connais également toutes leurs réponses, et mieux que tu ne pourrais jamais les penser.
L’opaque tunique noire s’exprimait d’une voix d’une douce gravité, à la fois chantonnante et profonde. Si bien qu’un silence se fit.
- Toi, la Perfection, pourquoi m’accables tu d’un mal si horrible, qui me torture et m’empêche même de vivre en paix, m’éloigne en silence des autres et de mes envies premières ?
- Moi ? La perfection ? C’est en moi que tu vois la chimérique perfection ? Je représente donc ton idéal ?
Soit. Ton mal aime le savoir, alors sache que ce sont tes minables prédisposés sentiments qui le véhiculent, ils l’amplifient, le précipité t’utilisant comme une caisse de résonance. Sans ce mal, tu ne serais qu’une coquille vide en proie aux rapaces aux becs creux qui partagent ton ciel. Regardes donc les majestueuses ailes noires, larges et puissantes que cela t’as apporté, prend ton envol, survoles le monde pour en contempler la beauté, bien au-dessus des becs aiguisés qui te volent dans les plumes. Apprend d’elle, contemple, respire, inspire toi d’elle, là réside la guérison de ton prétendu mal, pour un peu que tu lèves les yeux au ciel, voir un peu que tu n’es pas le seul à planer librement au gré des vents.
Tu te dis atteint d’un mal ?
Cette viscosité noire est simplement la part d’humanité que tu as avalé. Oh tout le monde n’a pas eu la même part, certains attendent de la réveiller, d’autres encore sont atteints de ‘maux’ mais ce qui est sûr, c’est que tout le monde en a reçu une quantité. Beaucoup l’ont d’ores et déjà digérée, ils se sont battit leur propre humanité, colossal édifice : ce sont eux, les vautours aux becs creux d’en dessous les nuages qui s’y abritent. Un conseil, prends garde à t’y faire discret.
Tu me dis ta perfection ?
Je me façonne à tes idées, maitrise moi et vois l’étendue de tes pensées, de ton humanité, de l’humain même.
Oui elle est laide, paradoxale, hasardeuse, mais comme toi on peut finir par l’aimer, par familiarité.
-Je… Je ne suis pas sûr mais… Mais alors je suis guéri ?
S’emportant d’un coup dans une tempête de colère tentaculaire, le bienveillant se tordit, l’informe s’hérissa d’une exaspération mordante.
-Petit humain encore et toujours impatient ! Vous et votre impotent espoir, votre incapable paix confortable d’hypocrisie, la volonté de stabilité anarchie historique de vos vies ! Vous me répugnez à voir en moi la source des espoirs, désespérante et unique race de raison, la folie d’absence de réflexion vous détruira ainsi que la paisible nature, qui brûlera dans vos excréments d’humanité ! Et toi ! Plus incapable parmi les hommes aveugles, cyclope difforme, tu me voudras, tu me chercheras, jamais je ne serai là. Je viendrai hanter tes cauchemars insomniaques, je serai là simplement pour mieux disparaitre, te torturer.
Tu as ouverts la boite, précipité, impatient, tu sauras les raisons qu’il fallait connaitre pour pouvoir l’ouvrir. Toi l’enfant déshérité de tout, tu connaîtras le vrai mal. »
L’homme sortit furieusement de sa léthargie, il se jeta sur l’ombre. Bête déchainée, les yeux remplis par la peur, l’incertitude et la mort, il frappa. Frénétique, acharnement dément, il frappait et les jointures de ses poings s’écorchaient sur la masse noire, qui gisait au sol inerte. Le pourpre du sang se mêlant à la visqueuse noire, un sillon délicat coula au creux des reins d’une terre assoiffée.
Seul, avec un cadavre monstrueux, il fallait faire quelque chose avant que l’astre solaire ne pose sur lui son regard omniscient. Alors sous la lune complice il creusa, aussi profond qu’il put, son sang se mêlant à la terre sur le manche poisseux de sa pelle. Cramponnés dessus il s’acharnait comme un automate, bien décidé à ne plus revivre cette scène et à l’enfouir loin dans sa mémoire.
Seulement voilà, alors qu’il avait enfin achevé sa besogne, les premiers rayons inquisiteurs dévoilèrent au grand jour la terrible vérité : un filin, tout petit, tout fin et pourtant indestructible, brillait accroché à sa cheville, le reliant à la tombe sommaire. Il comprit que la maudite silhouette avait dit vrai, qu’elle reviendrait. Il comprit que chaque soir dans sa maison vide, chaque soir dans une ruelle obscure, chaque soir dans un parc désert il vivrait dans l’attente du retour de l’ombre. Il comprit qu’elle se dresserait entre lui et la Lune pour le plongé incessamment dans la pénombre de la solitude. Il comprit finalement que cette chaine serait son fil d’Ariane tout au long de sa courte vie, et qu’il ne pourrait, pour tenter de retrouver la paix, que vivre une pelle à la main et creuser, encore et encore, chaque soir plus profond pour enfouir ce filon, noir.
« - Voilà Mesdames et Messieurs ce qui s’est passé pour cet homme et sa pensée. C’est d’ailleurs ce qui arrive à tous les hommes qui vivent un cas similaire de leur présent
- Mais enfin ! Cessez ces histoires à dormir debout, vous avez juré de dire la vérité ! De dire ce qui s’est réellement passé cette nuit-là ! La famille de la victime est dans la salle bon sang…
-La vérité ? Mais qui pense encore que le monde est fait de vérités, de bien, de mal, d’espoir et de croyance ? A quelle époque suis-je ?
Ce que j’ai fait ? Je viens de vous l’expliquer du mieux que j’ai pu. Il n’y a pas ici de vérité, je ne fais qu’explorer et penser toutes les possibilités.’’
Trois coups de marteau fait en bouleau poli, découpé, résiné et inerte finalement, retentirent sourdement sur un reposoir en hêtre prévu à cet effet, tout aussi rigide et inerte.
Jugé fou.