Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

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Auteur Sujet: Incontrôlable  (Lu 7384 fois)

Hors ligne Moyen Moyen

  • Grand Encrier Cosmique
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    • Expericulum
Re : Re : Incontrôlable
« Réponse #15 le: 24 Août 2012 à 11:53:55 »
J'ai jamais écrit de JDR et me suis ennuyée la seule fois où j'y ai joué, lol. Mais j'ai pas du tout l'impression que ce que je décrivais soit la même chose qu'une écriture de JDR. Pour ce que j'en sais, en JDR il faut procéder en arborescence, en sachant que les joueurs peuvent prendre plein de directions différentes.

Ah oui non c'est un mythe ça  :mrgreen:
A de très rare exceptions prés les scénar de JdR sont linéaires.
Ce qui est intéressant, ça n'est pas où on va, c'est comment on y va.
Donc en général le maître de jeu sait très bien comment se fini le scénar, la seul arborescence est de savoir si les joueurs réussissent ou échouent..
Le cas contraire se trouve éventuellement dans certains scénar de psychopathes (et encore je me souviens pas en avoir réellement vu), le plus souvent ils posent une situation A avec un cadre très détaillé... suffisemment pour que le MJ ait réponse à toutes les idées tordues des joueurs...
Auquel cas la situation B sera amenée par les joueurs (là on est déjà avec du joueur un peu expérimenté).

Je me suis peut-être mal exprimée, mais c'est pas du tout ça que je voulais dire en décrivant ma façon de procéder. J'ai la structure globale en tête, et entre chaque "point fixé" j'invente à l'avance, jusqu'au "point fixé" suivant, en laissant pour le reste une ligne générale sans les détails. C'est au moment où j'arrive au "point fixé" suivant que j'envisage les détails de la suite. (Ou quand j'ai une idée pour plus loin, elle se transforme en futur "point fixé").
C'est pour ça que je n'appelle pas ça "partir dans tous les sens". Mais force est de constater que ce n'est pas non plus un plan strict et arrêté.

Oui c'est un peu ça que j'appel "fractale", enfin en se qui me concerne ça serait pas forcément linéaire, plutôt récursif: je pars de l'ensemble et je détaille au fur et à mesure.
Du coup ma méthode est probablement  moins souple.
Mais c'est bien ce que j'avais compris.  ;)

Euh je pige pas le souci, kodoma. Je suis cohérente avec moi-même, xD.
Oui tout à fait mais le fait que tu admettes d'un côté qu'il failles de la structure et affirme de l'autre qu'il faille de la spontanéité me semblait intéressant puisque je pense qu'il faut effectivement des deux.

Bref écrire sans plan ne veut pas dire que ton texte sera incohérent au possible. Bien sûr que non. Parce que la relecture et le retravail de ton texte est aussi là pour redresser la barre. Plus que le plan, le point essentiel dans l'écriture, c'est la relecture et le retravail de nos phrases et de nos chapitres.

Là je suis pas vraiment d'accord, quand on en est à la relecture on a déjà pondu le texte, et je pense primordial d'avoir pris le temps de suffisamment savoir où on va avant d'y aller pour pas trop se perdre soi-même et trop avoir à retravailler... ça devient vite excessivement fastidieux  :D

Après je ne peux pas te contredire sur le fait que chacun voit midi à sa porte.
J'exprime la façon que j'ai d'aborder le truc pour bien faire... de mon point de vue.
« Modifié: 24 Août 2012 à 12:23:47 par kodama »
Si tu veux tout savoir, moi aussi.
Jette-lui la pierre dans le doute.
Les grandes choses sont celles qui ne s'achètent pas.

Hors ligne Become

  • Troubadour
  • Messages: 398
Re : Incontrôlable
« Réponse #16 le: 24 Août 2012 à 23:42:44 »
Milora tu parles de points fixes. Et c'est exactement ça. Il y a des points dans l'histoire, ou si on veut c'est des destinations plutôt et le personnage y accède. Après, comment il y accède, c'est là où on développe en imaginant. En fait, quand on parle d'un plan, ce n'est pas strict, droit et détaillé Pour tous ceux qui n'utilisent jamais de plan, ils peuvent quand même comprendre car ils ont une idée d'histoire, de personnages, sinon ils n'écriraient pas. Peut être que la visualisation du personnage ou de l'intrigue est moins étoffée, mais toujours est-il qu'ils savent de quoi ils parlent. En partie.

Enfin ce n'est pas exactement de quoi je parlais en posant ma question au départ, même si c'est intéressant les différentes conceptions des gens sur les plans. Ca a peut-être avoir avec le fil sur la crédibilité/cohérence. Si on écrivait une histoire, un roman, un texte court sans contrôler les mots qui sortent tous seuls, le registre, le ton, sans vouloir imposer votre volonté au papier mais en laissant le papier s'imposer lui-même? Et même si vous trouvez ce que vous écrivez idiot, irrationnel, incohérent même. Vous ne contrôlez pas les mots, ni comment tourne le texte. Peut-être que vous arrivez dans une impasse comme le dit Olive. Mais c'est justement cette impasse qui est intéressante. En fait, c'est là où vous vous réveillez, où votre esprit rationnel veut reprendre les rênes et rediriger votre écriture. C'est quand vous vous dites que vous écrivez n'importe quoi que vous êtes dans l'écriture incontrôlable dont je parle, et l'impasse c'est juste parce que vous vous bloquez. Enfin je crois. C'est une théorie. N'ayant pas encore moi-même tenter l'expérience, je ne peux affirmer ce que je dis.

Je ne sais pas si maintenant ce que je voulais dire est plus clair. Je l'espère.

Vivons d'humour et de crème fraîche

Anlor

  • Invité
Re : Incontrôlable
« Réponse #17 le: 24 Août 2012 à 23:54:15 »
Je ne suis pas sûre que l'on puisse "laisser parler le papier". Pour moi, quand mon histoire commence à dévier, c'est plutôt que je m'intéresse à certains aspects que je n'avais pas clairement envisagé au départ : une fin que je trouve trop longue à amener et que je raccourcis ou un personnage qui se détache un peu du lot...
Après, comme toi, je n'ai jamais fait l'expérience de l'écriture automatique, mais le seul aperçu que j'ai eu d'un texte assez long et très peu préparé m'a donné cette impression. L'année dernière, pour le NaNo, je me suis retrouvée à devoir écrire un texte de 50 000 avec pour seule idée de base un pigeon qui parlant ami avec un ukuléliste et qui va rencontrer d'autres musiciens au cours de son aventure. Ben il s'est trouvé que je me suis vite lassée de mon pigeon et que je me suis concentrée sur les persos secondaires, et que l'histoire de mon pigeon est devenue beaucoup moins intéressante à mes yeux que celle d'un pianiste que j'avais fait débarquer là-dedans un peu par hasard.
Est-ce qu'on peut parler d'écriture incontrôlable ? Je ne crois pas. Je pense que tu finis toujours par retomber sur des scénarios que tu avais plus ou moins prévus, que tu approfondis certains aspects mais que tu n'ai jamais "entrainé" quelque part. A la rigueur, tu peux peut-être te retrouver embarqué dans une direction que tu n'avais pas du tout prévue, mais en y réfléchissant, tu te rends souvent compte que c'est une histoire que tu as lue peu de temps avant ou un truc du genre.
'fin voilà, faudrait faire l'essai...

Hors ligne Milora

  • Trou Noir d'Encre
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  • Championne de fautes de frappe
Re : Re : Incontrôlable
« Réponse #18 le: 25 Août 2012 à 00:30:52 »

Enfin ce n'est pas exactement de quoi je parlais en posant ma question au départ, même si c'est intéressant les différentes conceptions des gens sur les plans. Ca a peut-être avoir avec le fil sur la crédibilité/cohérence. Si on écrivait une histoire, un roman, un texte court sans contrôler les mots qui sortent tous seuls, le registre, le ton, sans vouloir imposer votre volonté au papier mais en laissant le papier s'imposer lui-même? Et même si vous trouvez ce que vous écrivez idiot, irrationnel, incohérent même. Vous ne contrôlez pas les mots, ni comment tourne le texte. Peut-être que vous arrivez dans une impasse comme le dit Olive. Mais c'est justement cette impasse qui est intéressante. En fait, c'est là où vous vous réveillez, où votre esprit rationnel veut reprendre les rênes et rediriger votre écriture. C'est quand vous vous dites que vous écrivez n'importe quoi que vous êtes dans l'écriture incontrôlable dont je parle, et l'impasse c'est juste parce que vous vous bloquez. Enfin je crois. C'est une théorie. N'ayant pas encore moi-même tenter l'expérience, je ne peux affirmer ce que je dis.

Je ne sais pas si maintenant ce que je voulais dire est plus clair. Je l'espère.
Ah, je vois... L'écriture automatique, tu veux dire ? Je crois que certains le font parfois, ici (Ambriel et Rain, non ?).
Personnellement... j'aime pas. Déjà, j'y arrive pas : devant le papier, j'arrive pas trop à écrire n'importe quoi, sinon ça tourne vraiment au degré zéro de l'écriture (genre là si j'essaie j'écris : tomate laitue tortue dans sa coquille en haut d'un balcon. C'est même pas original en plus : en écrivant la phrase je me suis aperçue que ça décrivait l'illustration d'un bouquin que j'adorais étant petite  :D ). Non, et puis même, l'écriture automatique ça rend jamais quelque chose de très intéressant à lire, à part pour rigoler dans le genre "ah ah ah, c'est loufoque !", mais à ce compte-là, je préfère les textes qui travaillent leur humour et leur côté absurde (parce que oui, je milite pour revendiquer le travail des textes absurdes et de l'humour ^^).
Et puis même, moi ce que j'aime dans l'écriture, c'est créer quelque chose, une histoire, une ambiance, un personnage. Du coup, non, l'écriture automatique n'a pas trop d'attrait à mes yeux...
Mais bon, tout ça c'est juste mon point de vue personnel et il est tard et maintenant que j'y ai repensé j'aimerais bien relire ce livre avec une tortue et une laitue sur un balcon...  :-¬?
Il ne faut jamais remettre à demain ce que tu peux faire après-demain.

Hors ligne Become

  • Troubadour
  • Messages: 398
Re : Incontrôlable
« Réponse #19 le: 25 Août 2012 à 17:09:23 »
D'accord je vois, merci pour ces réponses ! Je pense que j'arrive mieux à cerner maintenant l'écriture automatique et peut-être que j'essaierai un jour, pour voir ce que ça donne, mais n'en ferai pas non plus quelque chose de développé.
Vivons d'humour et de crème fraîche

Hors ligne Aphone

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Re : Incontrôlable
« Réponse #20 le: 27 Août 2012 à 09:14:46 »
Concernant les romans, il me paraît inconcevable de contrôler ses personnages tout au long de l'histoire. Il ne m'est jamais arriver qu'un seul des protagonistes reste exactement celui qu'il était au début. De même que le personnage principal n'est jamais celui que j'apprécie le plus. Si je prends mon roman actuel, Sephora est le personnage principal, atteinte d'une amnésie liée à ses origines. C'est le personnage que j'ai deviné en premier et, pourtant, celui que je continue d'apprécier le moins. A contrario, Kheran "son frère", est le personnage le plus profond. Je sens qu'il en a sous le pied. L'un comme l'autre ne correspondent déjà plus à ce qu'ils étaient quand ils sont sortis de mon imagination. Et j'en suis qu'à la partie scénario...

Après, pour ce qui est des plans -ou scénarii-, tout dépend des textes en question. J'aime bien me laisser porter par l'imagination ; je laisse l'histoire se dérouler d'elle-même, sans vraiment m'imposer d'entrave. J'ai déjà recommencé deux fois l'écriture totale de mon roman, juste parce que je trouvais des idées qui transcendait l'intrigue.
Pour les textes courts, je ne fais aucun plan. Je pose l'idée de base et je la déroule. Mais je ne pourrais fonctionner comme ça pour un roman. J'ai besoin d'une histoire structurée, que les éléments soient dilapidés au fil de l'eau. J'aime que le lecteur, en refermant le livre se dise "ah, c'était prévu depuis le début". Qu'en le relisant il trouve des éléments auxquels il n'avait pas donné de sens auparavant. Et, personnellement, c'est quelque chose que j'aurais du mal à faire sans plan. Parce que connaître l'histoire dans sa globalité avant la rédaction me permet d'avoir ces coups d'avance sur le lecteur qui font tout.
La curiosité est le remède à l'ennui.
Il n'y a pas de remède à la curiosité.

- Dorothée Parker

Hors ligne Jack O Lantern

  • Plumelette
  • Messages: 13
Re : Incontrôlable
« Réponse #21 le: 28 Août 2012 à 04:12:27 »
Fort intéressants à lire, ces différents points de vue.
Je ne fais jamais de plan, ni pour les nouvelles, ni pour les romans, sauf une fois et j'ai pris beaucoup moins de plaisir à écrire. Après ça forcément, il y a autant de façon de construire un récit qu'il y a d'écrivains, je comprends parfaitement que certain-e-s ne se sentent pas bridé-e-s en écrivant un plan à l'avance.
La plupart du temps, en revanche, je prends des notes à mesure que les idées me viennent et je les intègre au récit quand ça s'y prête. Mais quand je commence un nouveau truc, généralement, c'est avec une seule et unique idée en tête. Un personnage avec une profession peu courante, un trouble mental peu courant, une rencontre insolite, etc, j'en sais pas plus (parfois même, c'est seulement un prénom qui m'a tapé dans l'oeil !), le reste vient au fil de la progression... et très souvent, ne vient pas, d'ailleurs ! Le revers de la médaille, c'est que je me retrouve assez régulièrement en panne d'inspiration et le texte finit dans les méandres de mon ordinateur. C'est frustrant, mais ça n'est jamais perdu, il m'arrive souvent de repiocher un personnage ou une idée que je n'ai pas fini d'exploiter pour créer autre chose avec.
Pour les deux derniers romans que j'ai écrit, par contre, c'est allé vraiment tout seul, pas de prise de note, rien du tout. Et c'est là que ça me parle vraiment, les questions que tu soulèves. Je me suis heurtée à ce dilemme, changer complètement la personnalité d'un personnage pour qu'il corresponde à mes attentes, ou choisir la cohérence... et j'ai choisi la cohérence. ça m'a vraiment frustrée, mais ça aurait tout foutu en l'air si j'avais cédé. En gros, le personnage principal est quelqu'un de très passif, assez faible, renfermé sur lui-même, toujours spectateur de sa propre vie, incapable de se sortir du pétrin dans lequel il s'est mis (je l'aime bien quand même). Au bout d'un moment, j'en ai eu marre et j'ai eu envie de lui dire "mais REAGIS, mollusque ! Au moins enfuis-toi, bats-toi, fais quelque chose, c'est-y pas possible de rester là comme un con, t'as un instinct de survie oui ou merde ?" Seulement c'était contraire à sa personnalité profonde. Donc je l'ai laissé s'enliser en le traitant de mollasson et j'ai fait en sorte qu'il prenne sa revanche dans un deuxième tome qui se déroule dix ans plus tard, je supportais pas qu'il reste comme ça à regarder quelqu'un dévaster sa vie. Les dix ans écoulés me permettant de le façonner à la mesure de son adversaire... j'ai trouvé une sorte de compromis, en un sens.

Bon après comme de nombreux autres l'ont souligné, un personnage évolue forcément au fil du récit, sauf si c'est une nouvelle qui se passe en une journée et où il se passe pas grand-chose d'intéressant (mais dans ce cas-là c'est pas passionnant non plus à lire ou à écrire). Et ton personnage, il finit bien par se trouver. Au début d'un récit, quoi de plus normal que de tâtonner, tester ses réactions, le mettre dans des situations impossibles rien que pour voir comment il s'en sort ? Mais au fil des pages, il y a quand même un moment où il faut arrêter le tir. Je n'ai jamais trop rencontré ce problème de faire varier le caractère d'un personnage, dans la mesure où je les cerne assez rapidement. Si ce n'est pas le cas, j'arrête d'écrire assez vite.
Après il faut aussi prendre en compte le fait que personne n'a un caractère réellement défini. Damasio disait dans la Zone du Dehors quelque chose comme "comprenez que vous n'êtes pas quelqu'un de défini, vous bougez sans cesse, ne soyez pas, devenez toujours !". J'ajouterai qu'on ne peut jamais prétendre complètement à la cohérence, vu le nombre de gens qui se bousculent en nous. Dans la vraie vie, il arrive bien à des gens lâches d'avoir un comportement héroïque, à des gens timides de  déborder d'assurance en une situation précise, à des gens froids et distants de faire un gros câlin à leur prochain... heureusement, sinon ce serait pas chiant, la vie. On peut bien appliquer le même principe dans la fiction. Faut juste que ça reste un minimum crédible.
Prends garde à ne pas te perdre en étreignant des ombres...

 


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