Mousse crémeuse de caféine matinale au coin des lèvres. Deux sucres, un soupçon de lait pourtant il n'a rien fait.
Rapidement l'écume arabica s'efface sur le filtre d'un stick nicotine, toujours la même marque de cigarette. Le rituel du chameau pour mieux cracher comme un lama, la révolte des poumons, le ras le bol d'un teint pâlot. Les paupières s'ouvrent sur des pupilles encore peu dilatées.
Quelques lattes plus tard il est à peine neuf heures, aux dires de la pendule murale sans tic tac. Glüups a toujours trouvé ça agaçant ce décompte sonore des secondes. Involontairement son cerveau se mettait à compter les petits sons et une horloge mentale lui indiquait précisait le déroulement du temps.
Il avait en horreur le fait de ne pouvoir être libre du mouvement de sa vie. Existence sur laquelle il avait beaucoup de questions sans réponses, beaucoup trop pour lui permettre de se caler confortablement contre un oreiller pour une nuit de sommeil. Sans avoir à compter inutilement les moutons, les chèvres ou les lamas. Une fois il s'est étonné de surprendre le 2105' ovin sauter la barrière et toujours pas le moindre bâillement. Par contre les bêlements...
Glüups a passé sa nuit, comme toutes les autres, les yeux scotchés à son télescope. Scruter le ciel du crépuscule à l'aurore pour tenter de trouver une réponse.
Dans sa tête, un jus d'amnésie depuis un temps qu'il ignorait. Toujours peut être.
Pas de souvenir de parents, d'amis, de collègues de travail.
L'éphéméride de sa vie résumé à une feuille qu'on arrache au quotidien, sur un bloc du frigo.
Les chroniques de son évolution brassées dans un flou cérébral.
Un matin, sûrement, il s'était réveillé dans son appartement. Couché sur le parquet en position foetale, il s'était levé pour boire un café et fumer une clope.
Son compte bancaire indiquait une belle situation financière alors pourquoi chercher dans le passé. La réponse était là haut, quelque part au milieu des étoiles, il le savait.
De toute façon on s'appelle pas Glüups quand on est né sur terre. Aucune mairie n'accepterait un prénom aussi con, même en graissant la patte où en faisant picoler le maire. Glüups, c'était bien la seule chose dont il était sûr. Son physique lui paraissait une vingtaine d'années, ça lui suffisait amplement comme élément. Pourquoi tant de précision ? 20, 21, 22 ... C'était bien la même chose. Tic Tac...
La réponse n'était pas dans un passé qui n'existait plus que dans les faits, mais dans les résultats de ses recherches futures entre les constellations.
Il n'avait, de toute façon, ni envie de sortir mener l'enquête, ni envie de recueillir des preuves ou de tracer un arbre généalogique sur le mur de son salon. Plutôt y dessiner une croix du sud, un dauphin, une hydre.
Vissé à son télescope il scrute et attend un signe. Peut être que quelque part ?
Sa longue vue est la meilleure du marché. Il pourrait voir péter une mouche jupiterrienne ou en voir une se faire bouffer par un crapaud buffle Vénusien. Du bon matos digne de la NASA.
Alors peut être que quelque part il verrait, un soir, ses parents lui faire des signes de la fenêtre de leurs cuisine.
Il lui resterait à marquer sur sa carte du ciel l'endroit où aller. Et puis trouver le moyen de construire sa navette. Et ça c'était pas gagné...
De toute façon, si tout ça n'était que du pur délire dans sa tête de taré, il s'en foutait.
Il était insomniaque et le ciel, un si bel endroit pour y passer ses nuits.
... A suivre