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À l’angle du jardin se trouve un érable du Japon, Acer palmatum.
Une famille de pigeons s’y était installée tardivement dans l’année. Le nid de pigeon est sommaire : quelques brindilles disposées en croix suffisent pour que les oiseaux s’y installent. Le nid, placé assez haut dans l’arbre, ne me permettait pas de distinguer ce qui s’y passait. Je voyais les allers-retours des parents, le bruit des ailes signalait du mouvement.
Ce jour-là, je suis sorti de la maison pour m’asseoir sur le banc au pied de l’érable. J’ai regardé derrière moi après avoir entendu comme un léger bruit, comme des feuilles froissées dans la plate-bande, et j’ai vu sur la pelouse le corps inanimé d’un bébé pigeon. Il était froid, lacéré de plaies, mort.
Derrière les larges feuilles d’anémones du Japon, j’entendis bouger. J’écartai les feuilles et m’apparut un bébé pigeon immobile, mais vivant, la tête tournée vers moi. Je le regardai sans voir de blessure. Dans l’arbre, le nid était détruit.
Autant le pigeon adulte est un bel oiseau, autant les petits sont laids, avec leur tête nue, leur gros bec démesuré.
Je suis allé chercher une serviette le plus vite possible pour l’entourer. Je l’ai pris dans mes mains et suis allé le déposer dans un carton. Ses ailes semblaient en bon état. Il avait dû tomber du nid pendant l’échauffourée et son frère lui avait sauvé la vie.
J’ai appelé un centre de soins spécialisé. Ils m’ont répondu que je pouvais l’amener le lendemain au centre et de ne pas le nourrir pendant la nuit. J’ai décidé de le garder.
Le lendemain matin, j’ai ramassé des brindilles que j’ai disposées en croix sur un embranchement de la haie de charmilles et j’ai déposé l’oisillon dessus.
Le jour suivant, le pigeonneau n’était plus dans le nid. Je l’ai retrouvé au pied de la haie. Dans le bûcher, tout près, j’ai vu une caissette en plastique d’un bleu vif, laide, et j’ai imaginé qu’elle pourrait être utile. Je l’ai posée sur une fourche, à environ un mètre quatre-vingt de hauteur. A l’intérieur, j’ai reconstitué un nid et déposé l’oisillon dessus.
J’ai attendu. Un jour, deux jours, trois jours. Rien.
Le cinquième jour, un pigeon adulte est apparu. Il s’est posé sur le nid. Il a déposé dans le bec du survivant un ver puis il est reparti. Il est ensuite revenu chaque jour s’occuper du pigeonneau jusqu’à ce que celui-ci soit capable de partir.
Depuis, chaque fois qu’un pigeon se pose près de ma terrasse l’émotion m’étreint, encore.