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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Ténèbres

Auteur Sujet: Ténèbres  (Lu 1821 fois)

Wilhelm

  • Invité
Ténèbres
« le: 09 juillet 2011 à 17:05:58 »
Ténèbres

C'était le soir. Je rentrai d'une journée de travail comme les autres, c'est à dire monotone, vide, et triste. La vie avait perdu de son sens depuis bien longtemps déjà. Depuis plus de quatre ans, la dépression rongeait mon âme tel un fluide corrosif circulant dans mes veines. J'avais tout le temps envie de mourir. Le bus me déposa dans une rue située à quelques kilomètres de la maison de banlieue où j'habitais. Les passagers qui descendirent avec moi se dispersèrent, puis disparurent aux coins de la rue. Le soleil, déjà très bas dans le ciel, faisait faiblement briller les façades des maisons d'une lueur vermeille. L'avenue, plongée dans l'ombre portée par les grands immeubles, semblait s'étendre à l'infini derrière l'arrêt de bus.
Je me faufilai quelques blocs plus loin entre deux bâtisses abandonnées avant de m'engouffrer dans un petit tunnel noir qui menait vers mon quartier. Après l'avoir traversé, je continuai ma route, ne rencontrant personne en chemin hormis quelques gosses en vélo qui me dépassèrent pour retourner dans leurs foyers. Au bout d'un moment, je constatais quelque chose de bizarre. Les ruelles étaient devenues subitement obscures. Je vis que les lampadaires de ce côté de la ville ne fonctionnaient plus malgré le fait que certains d'entre eux émettaient encore une lueur mourante. Je me mis à frissonner sans raison. Peinant à distinguer le trottoir noyé dans les ténèbres de la nuit naissante, je hâtai le pas. Je ne croisai qu'une seule voiture tout au long de mon chemin qui vint vers moi avant de disparaître rapidement, avalée par l'orifice béant du tunnel.
L'endroit était désert, et pourtant j'avais la désagréable impression que quelqu'un marchait sur mes talons, juste derrière moi. À chaque fois que je me retournai, je ne vis personne. L'allée était vide et j'étais seul. En reprenant ma marche, je sentais néanmoins à nouveau la même présence invisible, très proche.
J'arrivai enfin chez moi. Je dus m'y prendre à deux fois afin de tourner ma clé dans la serrure de la porte tellement j'étais nerveux. Debout dans l'embrasure de la porte, je me retournais vers la rue. J'apercevais plusieurs silhouettes humaines qui se détachaient sur un fond gris dans les dernières lueurs vespérales du jour. Elles étaient tournées vers la maison et avaient l'air de me regarder depuis l'autre côté de la rue. Effrayé, je fermai la porte derrière moi. En allumant les lumières du couloir, je me sentis plus rassuré. Je vivais dans une vieille demeure construite par mes grands-parents qui commençait aujourd'hui à se délabrer. Ma grand-mère malade habitait seule ici. À l'étage, je la trouvai assise sur une chaise, fixant comme à son habitude le mur blanc du salon comme si elle y lisait quelque chose. Elle ne parvenait plus à parler depuis son cancer, ni même à comprendre ce que je lui disais. Son regard était pourtant satisfait. Elle avait le visage épanoui malgré le fait qu'elle mourait chaque jour davantage. Il y avait quelque chose qui me glaçait depuis que j’étais rentré, l'impression qu'un étranger s'était introduit ici, nous épiant, caché dans l'ombre des recoins de la pièce, sous la table, derrière le canapé, les pots de fleurs et les meubles.
Par la suite, j'ai commencé à m'affoler à cause de ce que j'observais par la fenêtre alors que je fermais les volets. En réalité, je ne voyais rien car la nuit d'encre avait enveloppé l’extérieur, absorbant dans sa noirceur ce qui entourait la maison. Je me résolus de quitter les lieux afin de me rassurer, de vérifier si cette impression de vide était due à un effet de lumière ou non. Je dévalai l'escalier et ouvris la porte d'entrée. Je voulus faire un pas vers l'extérieur mais mon pied de ne rencontra pas le sol. Je fis un bond en arrière. Je n'ai pas immédiatement compris ce qui était en train d'arriver. Ce que je vis alors me pétrifia sur place et je me tins immobile quelques instants, debout dans l'embrasure de la porte. Dehors, un immense gouffre noir s'étendait à mes pieds. Les marches de ma maison, la rue, la ville et le ciel avaient totalement disparu. L'univers entier semblait s'être désagrégé, laissant place à un chaos infini. C'était comme si un dessinateur avait gommé l'ensemble de son ouvrage, rendant ainsi sa feuille vierge. Ma maison avait l'air de flotter telle une tache dans cet incommensurable vide. Il y régnait un silence de mort. Apeuré, je décidai de jeter l'un des stylos de ma poche vers l'endroit où devait se trouver normalement la pelouse du jardin. Il est tombé bien en dessous du niveau normal du sol, et j'ai suivis sa chute du regard jusqu'à ce qu'il disparaisse dans l'abîme après avoir progressivement rétrécis dans le vide. J'éprouvais une sensation atroce de vertige. Je n'arrivais pas à comprendre comment un tel néant avait pu engloutir le monde. Je croyais voir un millier d'ombres noires qui étaient là, m'observant depuis l'extérieur.
J'ai fermé ma porte à double tour, puis je suis remonté en titubant à l'étage. Ma grand-mère n'était plus là. Le fauteuil où elle était assise était vide. Il ne portait même plus l'empreinte de son corps alors qu'elle s'était assise dessus toute la journée. Je l'appelai par son nom pendant quelques minutes dans toutes les pièces de la maison. Les murs renvoyaient l'écho de ma voix. La demeure était désespérément trop calme. Au bout d'un instant, l'éclairage des lampes commença à faiblir, puis s'est définitivement éteint. Je m'orientai en longeant les murs. Je pressentais des présences très proches de moi qui s'évanouissaient une fois que je les palpais. J'allai pousser un dernier appel, lorsqu'un profond soupir retentit derrière mon épaule. Je pensais alors que ce bruit avait été émis par ma grand-mère. En faisant volte-face, je n'aperçus que les formes floues du buffet et de la table qui émergeaient dans la pénombre. Mes cris devinrent des gémissements d'angoisses, et à chacun de mes hurlements répondait le même soupir désenchanté.
Mes yeux se sont peu à peu adaptés aux ténèbres et j'ai pu alors apercevoir de grandes silhouettes humaines qui se tenaient prostrées aux coins des murs, immobiles. Elles me regardaient comme des animaux qui dévisagent une proie. Elles se sont alors progressivement avancées en cercle vers moi. Je me suis accroupi, rampant pour leur échapper mais d'autres ombres approchaient vers moi depuis l'escalier. Elles m'ont attrapé, puis m'ont enveloppé dans leur corps d'ébène. Je me sens mieux à présent.


Wilhelm
« Modifié: 10 juillet 2011 à 13:11:22 par Wilhelm »

Hors ligne ernya

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Re : Ténèbres
« Réponse #1 le: 09 juillet 2011 à 17:41:30 »
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Le soleil, déjà très bas dans le ciel faisait faiblement briller les façades des maisons d'une lueur vermeille.
Le soleil, déjà très bas dans le ciel, faisait …

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L'avenue, plongée dans l'ombre portée par les grands immeubles semblait s'étendre à l'infini derrière l'arrêt de bus.
L’avenue, plongée dans l’ombre portait par les grands immeubles, semblait…

Citer
Je vis que les lampadaires de ce coté de la ville ne fonctionnaient plus malgré le fait que certains d'entre eux émettaient encore une lueur mourante.
Côté

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Cela m'angoissa malgré ma solitude apparente.
Je trouve cette phrase un peu maladroite. Parce que bon, ça reste normal d’être angoissé quand on a l’impression de ne pas être seul. Du coup, je serais toi, je la virerais. Elle est sous-entendue^^

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Debout dans l'embrasure de la porte, je me retournais du coté de la rue.
Côté

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Elles étaient tournées vers la maison et avaient l'air de me regarder depuis l'autre coté de la rue.
Côté

Citer
Effrayé, je fermais la porte derrière moi.
Fermai ?
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Elle avait le visage épanoui malgré le fait qu'elle mourait chaque jour davantage. Il y avait quelque chose qui me glaçait depuis que j’étais rentré, l'impression qu'un étranger s'était introduit ici, nous épiant, caché dans l'ombre des recoins de la pièce, sous la table, derrière le canapé, les pots de fleurs et les meubles.
La transition entre les deux phrases ? (attention à ne pas utiliser trop souvent les mêmes structures, je pense ici à "malgré le fait que")

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Par la suite, j'ai commencé à m'affoler à cause de ce que je crus observer par la fenêtre alors que je fermais les volets.
« à cause de ce que je crus » c’est vraiment méga lourd.
 
Citer
la ville et le ciel avaient totalement disparus.
Disparu

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L'univers entier semblait s'être désagrégé, laissant place à un chaos infini.
Bof, les notions d’univers et de chaos, j’ai du mal à les associer ici. L’impression d’univers peut-être plus avec ce vide créé. Mais le chaos ?

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Ma maison avait l'air de flotter telle une tâche dans cet incommensurable vide.
Tache

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En réalité, il est tombé bien en dessous du niveau normal du sol, et j'ai suivis sa chute du regard jusqu'à ce qu'il disparaisse dans l'abîme après avoir progressivement rétrécis dans le vide.
Pourquoi tu mets « en réalité » ? Ce n’est pas la réalité. Du coup autant commencé ta phrase à « il… »  (et tu as déjà utilisé "en réalité)

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Au bout d'un instant, l'éclairage des lampes a commencé à faiblir, puis s'est définitivement éteint.
Problème de temps, il faudrait du passé simple

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Je préssentais des présences très proches de moi qui s'évanouissaient une fois que je les palpais.

Pressentais

C’est tout ?
J’avoue être assez déçue par cette fin ! J’aurais voulu en savoir plus sur ce monde qui se disloque. C’est franchement dommage, ça fait un peu « je me suis pas foulé ».  Ca serait bien d’aller au bout de ton idée, de ton univers. 

Pour le début, fait gaffe au champ lexical de la noirceur, t’en abuses un peu trop souvent. Sinon le début était engageant, le mec flippe pas trop, c’est assez étrange mais ça passait bien. Mais cette fin non quoi. :huhu:
"Je crois qu'il est de mon devoir de laisser les gens en meilleur état que je ne les ai trouvés"
Kennit, Les Aventuriers de la Mer, Robin Hobb.

Hors ligne Plume d'argent

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Re : Ténèbres
« Réponse #2 le: 09 juillet 2011 à 18:03:38 »
Une fin rageante, en effet. C'est comme construire un pile de cartes pour la démolir. Il y avait une certaine tension, une bonne idée derrière, fallait continuer sur sa lancée.

Wilhelm

  • Invité
Re : Ténèbres
« Réponse #3 le: 09 juillet 2011 à 18:04:03 »
Merci beaucoup pour la correction que tu as apportée à mon texte, c'est corrigé désormais.
J'ai voulu que la fin soit volontairement frustrante, comme c'est le cas pour à peu près tous les textes de registre fantastique. Je n'ai voulu donner aucune explication à tout ça, vu qu'il s'agit encore une fois de la retranscription d'un cauchemar que j'ai fais et c'est pourquoi l'ambiance reste assez onirique. Concernant le final "Je me sens mieux à présent", j'avais voulu le mettre en lien avec la dépression du personnage, sa volonté de mourir. Les ombres de la nuit peuvent correspondre à sa dépression qui mange chaque parcelle du monde qui l'entoure, pompant la substance de sa vie, l'acculant au suicide. Il se sent mieux, car il est libéré de ses problèmes, de sa douleur intérieure. Il entre dans la mort et se confond avec le néant infini qui l'entoure.

Merci encore pour l'attention que tu as porté à mon texte, c'est vraiment sympa de ta part.

Hors ligne Kathya

  • Grand Encrier Cosmique
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Re : Ténèbres
« Réponse #4 le: 31 juillet 2011 à 20:51:23 »
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quelqu'un marchait sur mes talons, juste derrière moi.
"juste derrière moi" est pas indispensable.

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À chaque fois que je me retournai, je ne vis personne.
Y a un petit souci de temps, ça serait mieux à l'imparfait.

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L'allée était vide et j'étais seul.
On avait cru comprendre. :P

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les dernières lueurs vespérales du jour.
"vespérales du jour" même si ça se comprend grammaticalement, c'est un peu bizarre et surtout très lourd comme formulation... ^^"

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Je vivais dans une vieille demeure construite par mes grands-parents qui commençait aujourd'hui à se délabrer. Ma grand-mère malade habitait seule ici.
En clair il y vit, mais sa grand-mère y vit seule... Je veux bien qu'il ait une piètre estime de lui-même, mais lui + sa grand-mère, ça fait déjà 2.

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la nuit d'encre avait enveloppé l’extérieur
"l'extérieur" je trouve pas ça très convaincant...  ::)

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mon pied de ne rencontra

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Je fis un bond en arrière.
Il a de la chance de pas être tombé avec l'élan.

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Ce que je vis alors me pétrifia sur place et je me tins immobile


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à un chaos infini
Le chaos ça sous-entend du quelque chose en vrac, là finalement c'est plutôt bien rangé, c'est du nettoyage par le vide.

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des animaux qui dévisagent une proie.
Peu effrayant.

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Elles se sont alors progressivement avancées en cercle vers moi. Je me suis accroupi, rampant pour leur échapper mais d'autres ombres approchaient vers moi
Répétition.

Un détail qui m'a choqué, c'est à se demander si la grand-mère est pas empaillée. Il a pas beaucoup d'interaction avec elle, mais il ne lui parle même pas, et ne s'inquiète pas de la laisser en proie aux ombres bizarroïdes au point de quitter la maison sans un regard en arrière. C'est même pas comme s'il voulait la ménager, il en parle pas et c'est assez bizarre.

J'ai eu du mal à rentrer dans le texte et ça ne m'a pas vraiment convaincu. Le narrateur était terrorisé, moi pas. L'idée de base est sympa, mais pas assez approfondie à mon goût. La fin en elle-même me dérange pas mais elle arrive trop vite, c'est presque trop simple, alors que c'est justement une fois qu'on sait qu'y a *vraiment* quelque chose qui se rapproche que ça aurait pu devenir oppressant. ^^
"Je suis la serveuse du bar Chez Régis ! Ou un leprechaun maléfique barrant l'entrée d'un escalier imaginaire..."

Et puis la Nuit seule.
Et rien d'autre, et plus rien de plus.

Avant l'hiver, Léa Silhol

 


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