Bonjour, ce texte fait suite au texte "Le poison de Satan"
https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=40401.msg630689#msg630689.
Vos sympathiques commentaires m'ont donnés envie d'aller plus loin et voilà le résultat.
Je continus à poser des jalons pour la suite, donc tout n'est pas dit, mais il y a peut-être des manques.
Bonne lecture et belle journée.
L’œil du Mollah
En ce mois de septembre de l'an cinquante-six, après l'avènement du Califat Suprême, les inquisiteurs avaient repris leur quête rédemptrice. Dans la contrée de Sybéria, la caravane de l'inquisiteur Moustafar avançait péniblement dans les tourbières. Autrefois gelée, la steppe, c'était retrouvé gorgée d'eau et par endroits, le méthane provoquait des détonations causées par les grosses bulles qui éclataient. Il faisait près de trente degrés Celsius, mais aucun être humain ne s'aventurait jamais sans précautions vestimentaires, car les moustiques tigre pullulaient et depuis peu, de nouvelles maladie venue d'Afrique étaient apparues. Les camions à chenilles avançaient au ralenti, tandis que des drones volaient alentour afin de donner une vue d'ensemble au chef de convoi et de débusquer quelques ennemis de la vraie foi.
Grâce à ses implants optiques, l'inquisiteur avait accès à une myriade de programmes de réalité augmentée et scrutait les environs avec envie. Envie d'avoir un mécréant à interroger et à faire parler, car il s’ennuyait. De plus, il devait une mise à mort à son bras droit qui l'avait sorti d'un mauvais pas. Un mouvement attira son attention et il fit immédiatement un zoom sur l'objet en question. Ce n'était qu'un bison, il donna quelques ordres et la bête fut immédiatement traquée et abattue. Ce soir, les hommes mangeraient de la bête sauvage.
Ces hommes faisaient partie de l'Organisation religieuse terroriste Islamo-Baha’ï, à laquelle s'étaient ralliées des Nizârites, des membres de l'Ordre des Neuf Angles et des Thugs. Les quelques femmes présentes servaient d'esclave sexuelles et de bonnes à tout faire. Cependant, l'inquisiteur était très strict quant au "respect" de ces femmes, surtout qu'elles ne pouvaient être remplacées qui si de nouvelles étaient capturées.
L'Organisation religieuse terroriste régnait presque en totalité sur l'Europe Occidentale et Centrale. Les derniers gros combats avaient eu lieu en Russie et il avait fallu l'utilisation préventive de quelques bombes nucléaires à fragmentation, afin de rendre inutilisables les sites d'armements russes ainsi que l'annihilation de trois grandes villes, pour que le gouvernement russe négocie un cessez-le-feu.
Le Mollah Inquisiteur Moustafar faisait partie des plus proches du Mollah Suprême et avait reçu le privilège et le grand honneur de pister et de capturer l'homme que l'on nommait ''le Poison de Satan''. Il avait été apparemment aperçu dans la région de Krasnoïarsk.
Le soir approchait, les nuages se tintaient d'orange et de rouge, il faudrait dans l'heure stopper le convoi afin de passer la nuit en sécurité et de s'amuser un peu.
Debout dans un trou de tourbe, Hystéria observe avec sa paire de jumelles le convoi en approche. L'écriture en arabe sur les camions ne lui laisse aucun doute quant à sa nature, il s'agit du convoi d'un de ces "enfoirés de fils de pute d'inquisiteurs" annoncé il y a deux jours. Le temps de refermer le trou avec une plaque de bois, elle rejoint son père par le réseau de tunnels.
L'inquisiteur jubile intérieurement, l’œil du Mollah, un vieux satellite militaire russe, vient de repérer un village rebelle pas très loin et il donne l'ordre au convoi de s'y diriger.
Hystéria est allongée sur sa couche, un bras derrière sa tête en soutien. Les yeux au plafond du bunker, elle écoute avec son père une chaîne d'information en continu américaine sur le terminal à cryptage quantique. Le bunker souterrain se compose en fait de cinq compartiments, reliés par de cours tunnels et sécurisés par des portes blindées, d'où partent d'autres tunnels conduisant à des points d'observations. L'électricité est produite par une micro centrale à méthane, la vapeur d'eau étant recyclée afin que rien ne puisse indiquer à un quelconque ennemi la présence de ce poste d'observation avancé.
Dépressive et un peu instable, psychologiquement, Hystéria a vu sa mère mourir sous ses yeux, tuée par un commando du Califat Suprême. À trente-trois ans, elle rêve de buter le plus possible de ces fous de Dieu, alors qu'elle est coincée dans ce trou à rat en compagnie de son père adoptif.
– Alors ça y est, ils l'ont enfin trouvé, dit son père.
– Quoi, qu'es-ce-que tu dis ?
– Je dis qu'ils l'ont enfin trouvé.
– Désolée, je suis pas multitâche, j'étais mentalement en train de buter ces fils de putes et de toute façon, ça fait un moment que j'écoute plus ce qu'ils racontent aux infos. C'est quoi qu'ils ont trouvé ?
Son père se retourne afin de pouvoir la regarder et souri.
– Pas quoi, mais qui !
– OK, alors c'est qui qu'ils ont trouvé ?
– l'Ange de la Rédemption Finale.
– Rien que ça, super, youpi, la guerre est finie, puis elle se tourne sur le côté. Et il se trouve où cet Ange de la Rédemption Finale ?
– Dans un des villages de la forêt des sorciers.
Après un temps, il reprend.
– Et je sais lequel.
Hystéria se retourne sur le dos, intriguée par ce que vient de dire son père.
– Ils ont donné le code, Hystéria, tout est codé et je connais tous les codes. Ils ont dit que la société Stéllia Robotics va envoyer un nouveau type d'hybride en Europe, afin de le mettre à l'épreuve du terrain.
– Et ça veut dire quoi ?
– Ça veut dire que tu prépares tes affaires et des armes, ont part, pour la forêt des villages de sorciers. Tu voulais te battre ? Tu vas en avoir l'occasion ma fille.
Pendant qu'elle se change et observe la tâche noire qui lui recouvre presque entièrement l'abdomen et la poitrine, elle se pose des questions sur ce père adoptif. Qui est-il vraiment et son adoption par lui est-elle juste un heureux hasard ? Elle sent que quelque chose lui est cachée, mais n'a aucune idée de ce que cela peut-être.
Le père adoptif d'Hystéria est content de passer enfin à l'action et en même temps, terrifié de devoir y aller, ce n'est pas un combattant, juste un ancien scientifique de cinquante-six ans qui commence à avoir des rhumatismes à force d'avoir vécu dans ce bunker.
Deux heures plus tard, ils sortent du bunker en sachant qu'ils n'y retourneront jamais.