Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

22 Avril 2026 à 16:48:25
Bienvenue, Invité. Merci de vous connecter ou de vous inscrire.


Le Monde de L'Écriture » Salon littéraire » Salle de lecture » Romans, nouvelles » [Auteur] Jorge Luis Borges

Auteur Sujet: [Auteur] Jorge Luis Borges  (Lu 2741 fois)

Hors ligne ernya

  • Vortex Intertextuel
  • Messages: 7 683
  • Ex-dragonne
    • Page perso
[Auteur] Jorge Luis Borges
« le: 22 Janvier 2012 à 22:59:25 »




Jorge Luis Borges est écrivain argentin né à la toute fin du XIXe siècle. Il est mort à Genève en 1986, presque centenaire, c'est pas mal, n’est-ce pas ?
Chez lui, on parlait aussi bien l’espagnol que l’anglais, donc depuis tout petit il est bilingue.
Adulte, il s’engage dans de multiples activités culturelles : il fonde des revues, traduit notamment Kafka et Faulkner, publie des poèmes et des essais. À la fin des années 30, il commence à écrire des contes et des nouvelles. Il publie aussi des poèmes et une quantité considérable de critiques littéraires. Bref, Borges, c’est pas du tout un romancier, son truc, c’est la brièveté (du coup le fait de le mettre dans cette section est assez comique).
Il devient directeur de la bibliothèque nationale et professeur à la faculté de lettres de Buenos Aires.
Il devient peu à peu aveugle et cela aura une forte influence sur ses écrits. A la fin, il dictait ses textes.
Outre ces éléments biographiques, le monsieur est aussi connu pour son grand humour et son goût pour l’imposture. Il a par exemple écrit un conte fantastique "Pierre Ménard, auteur du Quijote", un texte court qui décrit brièvement la vie et l'œuvre publiée de l'écrivain imaginaire Pierre Ménard avant de détailler son invraisemblable projet secret : la réécriture du premier livre de Don Quichotte, à l'identique (et donc dans l'espagnol archaïque de Cervantes). Le livre obtenu à la fin, identique à l’original, serait pourtant meilleur parce que là où Cervantes n’a fait qu’écrire une œuvre avec le langage de son époque, Pierre Ménard se livre à une recréation linguistique. Bref, voilà un exemple de ce que fait Borges. C’est aussi le genre de gars qui aime bien inventer des citations ou inventer des choses qu’il n’a jamais dites.


Bien, maintenant que vous cernez un peu mieux le personnage, parlons plus abondamment de ce qu’il a écrit, ce phénomène.


Le livre de sable (el Libro de arena). C’est un recueil de nouvelles, la plupart sont très courtes. J’ai été attirée par le titre, je le trouvais assez poétique. Mais j’ai rapidement déchanté à la lecture. La toute première nouvelle est pas forcément mauvaise, elle évoque la rencontre qu’a fait le jeune Borges avec un autre lui-même vieux et aveugle, mais j’ai déjà lu ce genre de dédoublements sous la plume de Borges et à force ça devient un peu lassant, je trouve. A part la nouvelle avec Ulrica (qui est pourtant une histoire d’amour) et celle de « la nuit des dons » qui parle d’Indiens, de maison close et d’un meurtre, je les ai trouvées assez fades. Disons que j’arrivais souvent à la fin de la nouvelle sans trop savoir de quoi ça avait parlé. Peut-être que les lire dans le métro ne m’a pas non plus aidé à rentrer dedans. Bref, moi, ça m’a pas trop emballée. La plupart du temps, je les trouve trop courtes, y a peu d’événements, tout va très vite, du coup je trouve qu’on n’a pas le temps de s’attacher à ce qu’on lit. Si vous lisez l’espagnol, ça rend mieux en espagnol et c’est plus ou moins accessible (enfin en VO le plus accessible, ça reste ses poèmes, je pense).

Evaristo Carriego. En gros, c’est une sorte de biographie de Borges sur Evaristo Carriego, un poète argentin. Je dis « sorte de biographie » parce que parfois y a des chapitres assez étranges, par exemple, les derniers chapitres parlent de l’histoire du tango et donc moins d’Evaristo. Bref, les premières pages sont assez intéressantes, y a aussi de jolies citations de poèmes de Ruben Dario mais c’est vraiment le hasard qui m’a fait prendre ce bouquin (faudra que j’apprenne à mieux lire les 4e de couv’, moi).

Fictions. C’est un recueil de nouvelles. Dedans on trouve celle sur la Bibliothèque de Babel que vous connaissez peut-être (c’est une bibliothèque infinie) ainsi que cette fameuse nouvelle « Pierre Ménard, auteur du Quijote ». Les histoires sont assez courtes mais complexes (l’identité des personnages est souvent assez floue et l’écriture tire assez souvent sur le registre fantastique). On y retrouve la plupart des thèmes chers à Borges : l’infini, lieux imaginaires, réflexion sur ce qu’est une œuvre littéraire, les miroirs, les échecs…
Ma préférée est sans conteste « Les ruines circulaires ». Je l’ai trouvé très poétique, j’ai beaucoup aimé l’écriture : «  Nul ne le vit débarquer dans la nuit unanime, nul ne vit le canot de bambou s’enfoncer dans la fange sacrée, mais, quelques jours plus tard, nul n’ignorait que l’homme taciturne venait du Sud et qu’il avait pour patrie un des villages infinis qui sont en amont, sur le flanc violent de la montagne, où la langue zende n’est pas contaminée par le grec et où la lèpre est rare. Ce qu’il y a de certain c’est que l’homme gris baisa la fange, monta sur la rive sans écarter (probablement sans sentir) les roseaux qui lui lacéraient la peau et se traîna, étourdi et ensanglanté, jusqu’à l’enceinte circulaire surmontée d’un tigre ou d’un cheval de pierre, autrefois couleur de feu et maintenant couleur de cendre. Cette enceinte est un temple dévoré par les incendies anciens et profanés par la forêt paludéenne, dont le dieu ne reçoit pas les honneurs des hommes. »
 Dans l’ensemble, ça m’a fait un peu le même effet que pour l’autre recueil de nouvelles, je trouve qu’on a du mal à s’attacher au texte. En tout cas, moi, j’ai souvent eu du mal à rentrer dedans et en refermant le recueil, j’aurais bien été en peine de dire de quoi ça parlait.

Niveau poésie, je connais surtout ce que j’ai étudié en cours (c'est-à-dire une douzaine de poèmes). Parfois, je trouve qu’il s’éloigne pas vraiment de ce qui a déjà été fait, qu’il reprend exactement les mêmes thématiques (le fleuve, le temps, la mémoire) et niveau versification, faire rimer « agua » avec « agua », on fait mieux quand même. Ceci dit, certains poèmes sont très sympas, plutôt rythmés et avec de jolies images. Je vous mets ceux que j’ai préférés en version originale et avec mon humble traduction pour ceux qui ne parlent pas espagnol.


Ajedrez                                                                            Le jeu d'échec

I
En su grave rincón, los jugadores                                Dans leur grave recoin, les joueurs
rigen las lentas piezas. El tablero                              Dirigent les lentes pièces. L'échiquier
los demora hasta el alba en su severo                    Les retarde jusqu'à l'aube dans sa sévère
ámbito en que se odian dos colores.                        Enceinte où deux couleurs se détestent.

Adentro irradian mágicos rigores                       A l’intérieur irradient de magiques rigueurs
las formas: torre homérica, ligero                               Les formes : tour homérique, léger
caballo, armada reina, rey postrero,                            Cheval, reine aimée, roi dernier,
oblicuo alfil y peones agresores.                                  Fou oblique et pions agressifs.

Cuando los jugadores se hayan ido,                            Lorsque les joueurs seront partis,
cuando el tiempo los haya consumido,                      Lorsque le temps les aura consumés
ciertamente no habrá cesado el rito.                         Le rite n'aura certainement pas cessé.

En el Oriente se encendió esta guerra                          Dans l’Orient éclata cette guerre
cuyo anfiteatro es hoy toda la tierra.                         Dont l’amphithéâtre est toute la terre.
Como el otro, este juego es infinito.                             Comme l’autre, ce jeu est infini.


II
Tenue rey, sesgo alfil, encarnizada                                      Faible roi, fou biaisé, reine
reina, torre directa y peón ladino                             Acharnée, tour directe et pion malin,
sobre lo negro y blanco del camino                         Sur le noir et le blanc du chemin
buscan y libran su batalla armada.                       Ils cherchent et livrent une bataille armée.

No saben que la mano señalada                               Ils ne savent pas qu’une main signalée
del jugador gobierna su destino,                                      Du joueur gouverne leur destin,
no saben que un rigor adamantino                   Ils ne savent pas qu’une rigueur adamantine
sujeta su albedrío y su jornada.                           Assujettit leur libre arbitre et leur voyage.

También el jugador es prisionero                                        Le joueur aussi est prisonnier
(la sentencia es de Omar) de otro tablero      (la sentence est d'Omar) d'un autre échiquier
de negras noches y blancos días.                                 De nuits noires et de jours blancs.

Dios mueve al jugador, y éste, la pieza.            Dieu dirige le joueur, et ce dernier, la pièce.
¿Qué Dios detrás de Dios la trama empieza   Quel dieu derrière Dieu commence l’histoire
de polvo y tiempo y sueño y agonías?      De poussière et de temps et de rêve et d’agonies ?


La lluvia                                                                        La pluie
Bruscamente la tarde se ha aclarado                                Brusquement la soirée s’éclaire
Porque ya cae la lluvia minuciosa.                         Parce que tombe déjà la pluie minutieuse.
Cae o cayó. La lluvia es una cosa                      Tombe ou est tombée. La pluie est une chose
Que sin duda sucede en el pasado.                                Qui sans doute a lieu dans le passé.

Quien la oye caer ha recobrado                                Celui qui l’entend tomber a retrouvé
El tiempo en que la suerte venturosa                              Le temps où le sort heureux
Le reveló una flor llamada rosa                                  Lui révéla une fleur nommée rose
Y el curioso color del colorado.                                    Et la curieuse couleur du rouge.

Esta lluvia que ciega los cristales                                Cette pluie qui aveugle les vitres
Alegrará en perdidos arrabales                                   Réjouira dans les faubourgs perdus
Las negras uvas de una parra en cierto        Les raisins noirs de la treille dans une certaine

Patio que ya no existe. La mojada                              Cour qui n’existe plus. La soirée
Tarde me trae la voz, la voz deseada,                   Mouillée m’apporte la voix, la voix désirée
De mi padre que vuelve y que no ha muerto. De mon père qui revient et qui n’est pas mort.


Brefouille, moi, j’ai quand même un peu de mal à accrocher à Borges, quand on l’étudie, on prend plus le temps de regarder dans le texte et du coup c’est intéressant mais à lire, comme ça, je trouve pas ça transcendant. Je crois que je vais me limiter à lire sa poésie et trouver El Hacedor.


Et vous ? Qu’en avez-vous pensé ?


« Modifié: 08 Septembre 2015 à 19:55:31 par Zacharielle »
"Je crois qu'il est de mon devoir de laisser les gens en meilleur état que je ne les ai trouvés"
Kennit, Les Aventuriers de la Mer, Robin Hobb.

Hors ligne Gros Lo

  • ex Lo
  • Clochard céleste
  • Vortex Intertextuel
  • Messages: 9 903
    • olig marcheur
Re : Jorge Luis Borges
« Réponse #1 le: 22 Janvier 2012 à 23:55:03 »

J'ai juste lu la première partie de Fictions. J'aimais bien la manière dont s'articulaient les nouvelles, le fil conducteur est bien présent et incompréhensible à la fois ou beaucoup trop touffu, enfin je trouvais ça cool. Mais sinon c'est un peu toujours la même idée de pousser n'importe quel concept jusqu'à aboutir à son absurdité... faudrait que je finisse.
dont be fooled by the gros that I got ~ Im still Im still lolo from the block (j Lo)

Hors ligne Baptiste

  • Palimpseste Astral
  • Messages: 3 616
  • Pingouin de Patagonie
    • Rêves de comptoir
Re : Jorge Luis Borges
« Réponse #2 le: 26 Décembre 2013 à 21:02:59 »
Moi j'ai adoré l'aleph.

cette idée qu'il existe à Bueno Aires un lieu ( en plus sous un escalier) d'où l'on puisse voir tout les lieux du monde
... C'est magique quand même

D'ailleurs c'est ( je crois) le seul recueil que j'ai lu de lui. Mais le livre de sable me tente bien quand même

Hors ligne Milora

  • Trou Noir d'Encre
  • Messages: 10 986
  • Championne de fautes de frappe
Re : Jorge Luis Borges
« Réponse #3 le: 28 Décembre 2013 à 18:13:13 »
J´ai jamais lu en entier d´oeuvre de lui, juste lu et étudié quelques nouvelles ou poèmes  pour les cours d´español (en VO du coup). Et j´ai pas du tout accroché, j´avoue. J´ai trouvé ca assez opaque, vraiment pas très prenant, enfin le genre de trucs aue je classais volontiers dans les classiques ennuyeux lus pour les cours... Mais c´était il y a plusieurs années du coup je pourrai pas être plus précise sur mes impressions, j´en retiens juste que j´ai aucune curiosité pour le reste de son oeuvre...
Il ne faut jamais remettre à demain ce que tu peux faire après-demain.

Hors ligne Surahki

  • Scribe
  • Messages: 82
  • Spécialiste en procrastination
Re : Jorge Luis Borges
« Réponse #4 le: 06 Mars 2014 à 10:31:25 »
De Borges, je n'ai lu que deux nouvelles : La Bibliothèque de Babel et La Loterie à Babylone. Et s'il ne faut en lire qu'une (je pense à ceux qui ont du mal à accrocher parce qu'il faut reconnaître que ses textes ne sont pas toujours aisés), jetez-vous sur La Bibliothèque de Babel. Plus de deux ans après lecture, cette nouvelle me revient régulièrement en tête. Je suis presque incapable de voir un livre sans me dire "Tiens, il doit donc être dans la Bibliothèque de Babel, et toutes les variations imaginables aussi..." Et imaginer ces milliards de livres en ce lieu donne quelque peu le vertige...

Au fond, cette bibliothèque est, pour nous, une version du paradis et du purgatoire à la fois : le paradis pour tous les livres qui s'y trouvent, le purgatoire pour y trouver précisément le livre qui nous intéresse dans la version que nous voulons...
Pourquoi se compliquer la vie à la simplifier alors qu'il est si simple de se la compliquer ?

Hors ligne Miromensil

  • Comète Versifiante
  • Messages: 5 557
  • Mon nu mental
    • Mimerions
Re : [Auteur] Jorge Luis Borges
« Réponse #5 le: 20 Juin 2016 à 21:07:03 »
Oh j'avais pas vu qu'il y avait un fil sur cet auteur ! J'ai lu Fictions, et aimé particulièrement Funes ou la mémoire. Le personnage me trotte encore en tête parce qu'il pose la question du rapport entre l'oubli et la mémoire, le tout sur un fond assez mystérieux..

 


Écrivez-nous :
Ou retrouvez-nous sur les réseaux sociaux :
Les textes postés sur le forum sont publiés sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Merci de la respecter :)

SMF 2.0.19 | SMF © 2017, Simple Machines | Terms and Policies
Manuscript © Blocweb

Page générée en 0.023 secondes avec 24 requêtes.