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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Gouttelettes de vies.

Auteur Sujet: Gouttelettes de vies.  (Lu 2225 fois)

Hors ligne Maestitia

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Gouttelettes de vies.
« le: 07 Juillet 2009 à 19:35:13 »
Sur le fleuve tumultueux de la vie, soufflent les courants des envies. Des vulgaires aux irrationnelles, des prosaïques aux vaporeuses, des éphémères aux immortelles, des confinées aux affranchies, c’est un torrent d’envies bigarrées qui coule dans nos veines.

D’une vie aux vies enviant une vie d’envies en vie, en vie.    

Parce que ce matin-là, on se sera senti en vie. Parce que cette aube-là se sera apparentée aux prémices de toutes les envies. Sans qu’on sache pourquoi. Sans qu’on sache comment. D’ailleurs, à ce dit instant, on n’a pas vraiment envie de se livrer à quelque analyse vaine. Comme si le simple fait de se sentir en vie évinçait tout ce superflu ordinaire indigeste. Et, brutalement, c’est une vague d’envies enivrées qui submerge un quotidien imprégné.

Les cinq sens en éveil. On a envie de respirer toute l’atmosphère, d’inhaler entière l’impalpable bise, à s’en déchirer les vaisseaux, à en étouffer subrepticement tout discernement, à se laisser tanguer par l’étourdissement. On a envie de s’imprégner de toutes les peintures, de percevoir la moindre éclaboussure des gouttelettes de couleurs, à s’en griller les rétines, à en abîmer les tableaux de les contempler, à se perdre contre un vent d’aveuglements. On a envie de percevoir toutes les mélodies, de distinguer le moindre mot égaré, à s’en écorcher les tympans, à en offenser les silences dorés, à s’oublier impunément contre un brouhaha désordonné. On a envie de déguster chaque saveur, de se délecter de tous les plaisirs sucrés, à s’en écorcher les papilles, à en rendre fades les bouquets les plus épicés, à exhiber à cette appétence les meilleures gourmandises. On a envie de sentir intensément la moindre caresse satinée, de frissonner sous le simple frôlement, à s’en déchirer les tissus, à réveiller effrontément la sensation engourdie, à se laisser bercer par ce souffle de volupté. On a envie de démesures. De voir l’imperceptible. D’entendre l’indicible. De dire l’inexprimable.
   
D’une vie d’envies inassouvies déviant contre un vent vivifiant.

On a envie de chocolat. De caramels mous et de fraises Tagada. On a envie de boîtes à musique. De mélodies étourdissantes et symphoniques. On a envie d’amour. D’un cœur qui bat au rythme des tambours. On a envie de fantastique. D’ivresse électrique qui vacille sous l’acoustique. On a envie d’un tout. D’un absolu universel contre lequel virevolte une farandole d’envies emmêlées. Entre la certitude et l’incertain. Entre le prélude et le refrain. Entre la latitude et le vain. Entre réalité et chimères clairsemées.

On a envie d’imprévus. D’entrevues étonnantes et accidentelles. On a envie de marcher dans la rue et de voir s’épanouir ces jambes qui d’ordinaire chancellent. On en a marre du déjà vu. De ce quotidien embrumé digéré. On a envie de courir comme des dératés et de chuter contre un songe éloigné. On a envie de rencontres impromptues. Au détour d’une ruelle ou dans un ascenseur. Dans un parc serein ou au comptoir d’un bar. On a envie. De samedis soirs sur la Terre. De regards enchevêtrés. Un deux trois ou des milliers. On a envie. De peaux frôlées. De troubles émancipés. De mots mélangés. On a envie. De pas de danses entremêlés. De corps fusionnés. De cœurs déchaînés. On a envie. D’émotions troublées. D’émotions émancipées. D’émotions à l’excès. On a envie. On a envie d’une autre vie mêlée à la notre. D’ailleurs, on a déjà envie de l’autre. On a envie de faire l’amour. N’importe où, tout de suite. Vite, on a envie. De chanceler sous ses caresses délicieuses. On a envie. De chavirer sous son parfum délectable. On a envie. De vibrer sous ses mots doucereux. On a envie. De se donner, entier. On a envie. A n’en plus sentir son corps se perdre sous de doux soubresauts. A perdre tout discernement derrière l’exquis chaos.

D’une vie d’envies viscérales qui dévie contre un râle avili.      

Parce que cette soirée-là, on se sera senti un peu moins en vie. Parce que ce soir-là se sera apparenté au caveau de toutes ces envies trépassées. Sans qu’on sache pourquoi. Sans qu’on sache comment. D’ailleurs, à ce dit instant, on a un peu envie de s’égarer contre quelque analyse vaine. A se perdre aveuglément contre le mur du dégoût, contre la plaque des désenvies. Comme si cette non envie soudaine terrassait insolemment cet instant d’avant déjà négligé. Et, brutalement, c’est un coup de tonnerre sclérosant qui ensevelit la moindre envie.

Et on s’engendre soudain despotes de nos vies. A se faire maîtres de nos envies. Mécaniquement, on fait le tri. A dissocier l’essentiel du superflu. A éloigner l’édulcoré du cru. A raccommoder l’entendement au perçu. A vrai dire, on n’a plus envie de grand-chose. On ne s’imagine même plus en vie. A errer contre un temps dissolu. A s’oublier derrière un instant perdu. A égarer l’ingénu. A en perdre la vie. On n’a plus d’envies. Plus envie de rien, perdu contre un néant nébuleux. Pourtant, on aurait envie d’envies. On en aurait plus qu’envie, on en aurait besoin. Quand le besoin se substitue soudain à l’envie et se fait souverain. On a besoin d’une cigarette, on l’allume et on tire une taffe, à se perdre dans cette brume acerbe. On a besoin d’alcool, n’importe lequel. On a besoin de ce degré qui coule dans nos veines, qui nous monte à la tête. On se sert un verre. De whisky, de vodka, de rhum, d’absinthe, ou de n’importe quoi. On se sert un verre et on boit. On se sert un verre, puis deux trois et on ne compte même plus. On oublie de compter et on boit un peu. On ne compte plus depuis longtemps et on boit beaucoup trop. On n’a plus envie que de se perdre dans ces degrés alcoolisés. On a besoin, plus que jamais, d’un absolu grisant, mais on n’en a plus envie. Et puis, plus aucune envie, à en crever d’ennui, mais grisés.

D’une survie vinifiée que l’on nie, presque plus en vie, à envier cette vie d’envies.

On n’a même plus envie de nutella. D’un écœurement incontrôlé face à ce brouhaha désordonné. Pas la moindre envie de sucres d’orge, de moelleux ou de tartes Tatin. On estompe machinalement le moindre dessein. Et le doux nectar qui nous enivre nous oublie finalement sur le bas côté. On est conscient, ou peut-être pas, mais on a déjà perdu l’équilibre. A s’éloigner clandestinement du sentier des innombrables envies. La non envie s’apparenterait-elle alors à une grossière envie exhibée lorsque ne subsiste que la seule envie amplifiée, celle d’en crever ? En crever, mais enivrés !

On n’a plus envie mais besoin. On a besoin mais plus l’envie. Et, juste à côté, il y a cette âme. Ce corps dont, juste avant, on avait envie. Cette main dont, juste maintenant, on a besoin. Cet être lointain, cet autre incertain, ce concept distinct, ce Dieu souverain. Et, face à lui, toutes ces pensées diluviennes se font vaines. Alors, on s’agrippe à sa main. A en écorcher ce temps obscur. A en érafler sa peau doucereuse. A tracer les sillons du chemin du néant  aux envies rachetées. Et, à nouveau, on a envie. De cheminer le long de la route des envies endormies. On a envie de crier pour réveiller ces assoupies. On a envie de sourire pour les sortir de cet état d’atrophie. On a envie de rire pour leur rendre leur éclat terni. On a besoin de les sentir en vie. On a besoin de se sentir en vie. On en a envie. On est en vie.
« Le talent, ça n’existe pas. Le talent, c’est d’avoir envie de faire quelque chose. » [Jacques Brel]
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Hors ligne ernya

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Re : Gouttelettes de vies.
« Réponse #1 le: 07 Juillet 2009 à 22:19:20 »
pense à poster à chaque nouveau texte, le titre et le lien dans l'index ;)


On a envie. De samedis soirs sur la Terre. De regards enchevêtrés. Un deux trois ou des milliers. On a envie. De peaux frôlées. De troubles émancipés. De mots mélangés. On a envie. De pas de danses entremêlés. De corps fusionnés. De cœurs déchaînés. On a envie. D’émotions troublées. D’émotions émancipées. D’émotions à l’excès. On a envie. On a envie d’une autre vie mêlée à la notre. D’ailleurs, on a déjà envie de l’autre. On a envie de faire l’amour. N’importe où, tout de suite. Vite, on a envie. De chanceler sous ses caresses délicieuses. On a envie. De chavirer sous son parfum délectable. On a envie. De vibrer sous ses mots doucereux. On a envie. De se donner, entier. On a envie. A n’en plus sentir son corps se perdre sous de doux soubresauts. A perdre tout discernement derrière l’exquis chaos.
la répétition "on a envie" est un peu lourde à force, je trouve
il faudrait peut-être raccourcir un chouïa pour que l'émotion ne soit pas anéantie par la trop longue répétition, mais ce n'est que mon humble avis

D’une vie d’envies viscérales qui dévie contre un râle avili.  
à part la première  phrase qui me gêne avec la répétition de "en vie" à la fin, j'aime bien tes phrases en italique    

Parce que cette soirée-là, on se sera senti un peu moins en vie. Parce que ce soir-là se sera apparenté au caveau de toutes ces envies trépassées. Sans qu’on sache pourquoi. Sans qu’on sache comment. D’ailleurs, à ce dit instant, on a un peu envie de s’égarer contre quelque analyse vaine. A se perdre aveuglément contre le mur du dégoût, contre la plaque des désenvies. Comme si cette non envie soudaine terrassait insolemment cet instant d’avant déjà négligé. Et, brutalement, c’est un coup de tonnerre sclérosant qui ensevelit la moindre envie.
je trouve que ça répète trop, ça reprendre trop le début, c'est vraiment cette répétition qui m'empêche de vraiment me laisser prendre dans la valse de tes phrases, c'est dommage

Et on s’engendre soudain despotes de nos vies. A se faire maîtres de nos envies. Mécaniquement, on fait le tri. A dissocier l’essentiel du superflu. A éloigner l’édulcoré du cru. A raccommoder l’entendement au perçu. A vrai dire, on n’a plus envie de grand-chose. On ne s’imagine même plus en vie. A errer contre un temps dissolu. A s’oublier derrière un instant perdu. A égarer l’ingénu. A en perdre la vie. On n’a plus d’envies. Plus envie de rien, perdu contre un néant nébuleux. Pourtant, on aurait envie d’envies. On en aurait plus qu’envie, on en aurait besoin. Quand le besoin se substitue soudain à l’envie et se fait souverain. On a besoin d’une cigarette, on l’allume et on tire une taffe, à se perdre dans cette brume acerbe. On a besoin d’alcool, n’importe lequel. On a besoin de ce degré qui coule dans nos veines, qui nous monte à la tête. On se sert un verre. De whisky, de vodka, de rhum, d’absinthe, ou de n’importe quoi. On se sert un verre et on boit. On se sert un verre, puis deux trois et on ne compte même plus. On oublie de compter et on boit un peu. On ne compte plus depuis longtemps et on boit beaucoup trop. On n’a plus envie que de se perdre dans ces degrés alcoolisés. On a besoin, plus que jamais, d’un absolu grisant, mais on n’en a plus envie. Et puis, plus aucune envie, à en crever d’ennui, mais grisés.
(je mets en gras, ce qui me paraît répétitif ou qui casse un peu le rythme)

j'aime pas trop la fin, je ne l'ai peut-être pas comprise
mais je trouve qu'elle ne clôt pas super bien le texte
je veux dire, ton texte a une certaine puissance qui semble être totalement essoufflée ( pour moi! ) à la fin, c'est dommage
sinon j'ai bien aimé, il y a quelque chose, une recherche des mots, des sonorités et du rythme qui donne au texte une couleur très spéciale, presque plus forte que le sens même des phrases, le seul bémol, ce serait la répétition qui alourdit un peu le texte et le rend moins puissant ou du moins diminue ses effets

bref, moi, je te conseillerais de couper quelques petits bouts pour garder tout au long du texte son intensité ^^
 et j'aime bien le titre aussi^^
« Modifié: 08 Juillet 2009 à 10:55:18 par ernya »
"Je crois qu'il est de mon devoir de laisser les gens en meilleur état que je ne les ai trouvés"
Kennit, Les Aventuriers de la Mer, Robin Hobb.

Hors ligne Fubuki

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Re : Gouttelettes de vies.
« Réponse #2 le: 08 Juillet 2009 à 04:05:28 »
Oh j'aime le texte =)

Citer
On a envie d’imprévus. D’entrevues étonnantes et accidentelles. On a envie de marcher dans la rue et de voir s’épanouir ces jambes qui d’ordinaire chancellent. On en a marre du déjà vu. De ce quotidien embrumé digéré. On a envie de courir comme des dératés et de chuter contre un songe éloigné. On a envie de rencontres impromptues. Au détour d’une ruelle ou dans un ascenseur. Dans un parc serein ou au comptoir d’un bar. On a envie. De samedis soirs sur la Terre. De regards enchevêtrés. Un deux trois ou des milliers. On a envie. De peaux frôlées. De troubles émancipés. De mots mélangés. On a envie. De pas de danses entremêlés. De corps fusionnés. De cœurs déchaînés. On a envie. D’émotions troublées. D’émotions émancipées. D’émotions à l’excès. On a envie. On a envie d’une autre vie mêlée à la notre. D’ailleurs, on a déjà envie de l’autre. On a envie de faire l’amour. N’importe où, tout de suite. Vite, on a envie. De chanceler sous ses caresses délicieuses. On a envie. De chavirer sous son parfum délectable. On a envie. De vibrer sous ses mots doucereux. On a envie. De se donner, entier. On a envie. A n’en plus sentir son corps se perdre sous de doux soubresauts. A perdre tout discernement derrière l’exquis chaos.

Personellement la répétition de "On a envie" ne me gène pas plus que çà mais c'est cette (sur?)abondance de point qui me hache la lecture et l'essouffle et la rend inconfortable. Je pense qu'ajouter quelque virgules ou point-virgule ne serait pas de trop ...


J'ai pas trop compris la fin non plus ... et après l'intensité du début c'est vrai qu'on a l'impression que c'est un soufflé qui retombe mais après tout pourquoi pas  ^^

Par contre pareil j'aime beaucoup le style, l'écriture, le ton, le rythme, les mots, la musique du texte ...  :)
Fire your Dragon up !

Hors ligne cocopops

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Re : Gouttelettes de vies.
« Réponse #3 le: 08 Juillet 2009 à 13:55:21 »
petit commentaire pas forcement tres utiles après ceux qui sont déja paru.

Je n'ai pas été choqué par l'abondance de répétition, même pas géné un tout petit peu. Le texte me parait un peu trop sacade parfois, mais sa a deja ete dis.
Je trouve, ce n'est que mon avis de novice pas vraiment illuminé, que la fin du texte s'engrenge bien avec le reste.

Mon avis personnel pas construit du tout, j'ai beaucoup aimé ton texte, vraiment beaucoup :coeur:

 


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