Bonsoir,
Cela doit faire beaucoup quand même trois textes courts en une semaine, mais promis, c'est le dernier de cette série, après je vous fous la paix.
Si vous n'avez pas lu les deux premiers textes, je vous conseille vivement de les parcourir tout d'abord, même en travers, histoire de comprendre le contexte et les événements de l'histoire. Il a été écris il y a plusieurs jours, aussi est-il possible que toutes les remarques faites sur les textes précédents n'y aient pas été reportées (surtout concernant l'écrémage du style).
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Partie I] [
Partie II]
Kath m'a donné un coup de main pour certaines tournures de phrases, et pour certains termes que le macho que je suis avait peut être trop rapidement utilisé.
J'avais promis un peu de changement et quelques explications dans ce dernier texte, j'espère que je me suis montré à la hauteur.
Oh j'oubliais, on change de registre par moment, par sécurité, éloignez vos yeux chastes si vous êtes facilement choqués. On reste dans un registre non-adulte, mais bon. Ce n'est pas non plus de la bibliothèque rose.
Bonne lecture.
Un triptyque du haras - Partie III - Non mais là c'est n'importe quoiFulgurance
Le temps avait sans doute enjolivé les souvenirs de notre adolescence, mais je n’aurais jamais rêvé que faire l’amour avec Horace me laisse à ce point exsangue et apaisée. Le souvenir du repas avait quitté mon esprit, les horreurs dites par mon père, la blessure de mon tendre ami ; je ne savais plus très bien comment je m’étais retrouvée là, luisante d’écume, essoufflée, mon homme depuis peu endormi allongé contre moi, le visage posé sur mon épaule.
À ses paroles, j’avais le sentiment de lui avoir fait vivre une chose qui dépassait tout ce qu’il avait pu connaître, que nous avions vécu une expérience sans pareille, hors de portée des Dieux et des Hommes.
Y avait-il de l’orgueil à penser que nous étions les seuls à vivre cela ? Oui, sans doute au même moment, à moins d’une heure de cheval, d’autres personnes exploraient leurs limites, et s’aimaient de tout le corps, se chuchotaient des mots tendres ou des horreurs à l’oreille. Des anges, des lapins, des cailles, des chatons, des roudoudous en sucre, qui devaient se caresser, se mordiller, s’embrasser, explorer des doigts ou du bout des lèvres d’improbables
terra incognitae, à la recherche de l’Eldorado, de l’Atlantide, du Très Saint Graal. De vieilles gens qui faisaient ça ensemble depuis des années, dans le mariage ou hors mariage, devaient sûrement espérer arriver au bout de la course sans s’essouffler. Des quadragénaires usés épiçaient certainement leur vie amoureuse de cravaches, de cordes et de statues de poulet en plâtre. Des filles qui ne se sentaient pas bien expliquaient sans doute à des mecs un peu frustrés que « ce n’est pas toi, c’est moi », tandis que le jeune projectionniste du cinéma expliquait probablement sa petite panne d’entrain au jeune homme qui l’attendait tous les soirs et qui l’avait raccompagné chez lui.
Et si l’on se penchait à la fenêtre, il y avait à portée du regard mais à dix ans de là un jeune fils de la Guadeloupe, un peu maigre et plein de charme, qui déboutonnait le chemisier d’une petite béjaune pour venir mordre à son corsage les premiers fruits d’un amour tout juste fleuri.
L’insoutenable caractère pesant des Adieux (sauf que des fois c’est rapide)
La chaleur dans la pièce avait fini par sécher ma peau, il fallait à présent que je regagne ma chambre, sinon Dominique risquait de poser des questions demain matin. Il avait l’air contrarié après le trajet vers l’hôtel, et n’avait même pas daigné saluer Horace. Mon père et son homme de maison avaient longuement discuté ensemble avant le repas, et quand j’étais montée chercher celui qui allait redevenir mon amant dans sa chambre, j’avais eu un instant l’impression que le vieux maître d’hôtel fouillait mes pensées du regard.
Toujours était-il qu’il valait mieux ne pas m’éterniser dans ces draps froissés. Je passai ma chemise de nuit après avoir tenté de retrouver mes sous-vêtements, qui avaient décidé de se cacher au pied du lit. Rien de mes recherches ou des acrobaties que je fis pour me vêtir ne réveilla mon homme, et c’est l’esprit léger que je m’aventurai dans le couloir.
Un léger grincement de porte annonça ma visite dans les lieux interdits la nuit de la villa obscure, les rayons d’une fin de nouvelle Lune peinant à éclairer les quelques fenêtres qui me séparaient de ma propre chambre.
Le contact froid du plancher me rappela que je tenais mes chaussettes à la main, et que j’aurais l’air très « digne » si l’on me surprenait ainsi. Mes pas, les plus silencieux possibles compte tenu des protestations des lattes de bois recouvrant le sol du couloir, se muèrent en glissades de la plante des pieds dignes d’une judoka, me rapprochant de plus en plus de la fin de mon voyage : je n’avais plus que quelques mètres à parcourir pour atteindre la poignée ma chambre. Mais comme toujours, les choses ne pouvaient pas bien aller jusqu’au bout.
Me préparant à retrouver mon petit univers de l’autre côté de la porte qui arborait mon nom depuis que j’avais dix ans, mon pas de patineuse fut arrêté par une douleur pénétrante qui traversa mon pied. Je me mordis presque la lèvre jusqu’au sang pour ne pas hurler, et un début de chute se transforma en accroupissement des plus rapides. Mes yeux cherchaient ce qui avait bien pu transformer mon pied en brochette, et distinguèrent dans la pénombre une solide bûchette de bois fichée sur le côté de mon petit orteil. Je la retirai quasiment instinctivement, et une belle quantité de sang se mit à dégouliner sur et entre les lattes qu’Hortense avait dû cirer la veille.
« Meerr… credi ! », étouffai-je en cherchant un mouchoir. Mais quelle sale habitude de glisser ces derniers sous l’élastique de mon short en soie, cette preuve de mon infidélité à mon lit devait à présent se trouver quelque part dans le capharnaüm qu’Horace et moi avions laissé. Vaille que vaille, je me résolus à éponger le sang avec une de mes chaussettes, appliquant l’autre contre mon pied. Un petit instant de patience, et je pourrais reprendre ma périlleuse excursion vers mon petit monde à moi.
J’allais m’y employer lorsque des bruits se firent entendre dans la chambre de mon père : le pas lourd d’un homme de cinquante ans qui se prépare à sortir de son petit monde à lui.
Quand les loups sortent du bois
La silhouette épaisse et râblée de papa apparut à contre-jour dans l’encadrement de sa porte. Il était vêtu de sa traditionnelle robe de chambre rouge et noire, et venait visiblement de s’allumer un cigare.
Je l’observais de sous un guéridon qui décorait le couloir, un cendrier dans une main, et une sorte de petit linge blanc dans l’autre. Il avança vers la chambre d’Horace, à l’autre bout du couloir, toujours d’un pas lent, mais qui semblait dynamique par rapport à sa bonhomie habituelle.
Il s’installa contre le mur à côté de la porte, posant le Luxury Ashtray sur le rebord d’un pot de fleur. Il tirait méthodiquement des bouffées de ses feuilles de tabac roulées, semblant attendre… ou peut-être écouter ? Une frayeur m’empoigna au plus profond de la cage thoracique : s’était-il levé à plusieurs reprises ? Avait-il écouté la conversation que nous avions eue Horace et moi, ou pire, ce qui s’en était ensuivi ?
Je commençais à me sentir tout à coup trahie. Salie et trahie. Mon père avait toujours eu toute mon affection, et même si nous n’avions pas eu que des moments heureux, notamment quand il s’agissait de la gestion des haras, je m’étais toujours convaincue qu’il ne voulait que mon bien. Aussi pourquoi avait-il invité mon ami d’enfance chez nous ? Pourquoi l’avait-il insulté à la fin du repas ? Et pourquoi était-il à présent comme un maton à côté d’une entrée de cellule, à attendre que son détenu tente de s’évader ?
Mon poing se resserra autour de ma chaussette ensanglantée, et je manquai de peu de me cogner la tête sur le guéridon en me redressant. J’allais quitter ma cachette pour lui poser toutes mes questions quand des bruits de pas se firent entendre dans l’escalier qui montait jusqu’au couloir. Pas mesurés, quasi-métronomiques : Dominique. L’invariable pantin de maison, aux ordres de mon père depuis la plus tendre enfance de ce dernier, que venait-il faire à cette heure-ci ?
La peur et le sentiment de trahison que je ressentais redoublèrent. Non à vrai dire j’étais proprement terrifiée parce que je découvrais que ces personnes qui vivaient sous le même toit que moi, qui triaient mon linge ou écoutaient mes confidences les plus personnelles, se préparaient à faire quelque chose que je ne comprenais pas.
Dominique se montra enfin. Il était vêtu d’une gabardine et transportait une petite boite qui aurait pu contenir des lunettes.
« Alkesh, dit Dominique à mon père, j’ai pris soin d’extraire le maudit métal des bagages du gamin. En revanche, pour ce qui est de la valise qu’il avait à l’hôpital, même pendant le dîner, je n’ai pas pu y accéder. Quelqu’un l’a « protégée ».
— Pas lui en tout cas, répondit papa – ou fallait-il l’appeler Alkesh ? – à Dominique, je connais Horace de longue date, et je n’ai rien remarqué le concernant lorsque je l’ai vu aux écuries ce matin.
— Ta fille dort ? murmura le maître d’hôtel.
— Je ne sais pas. J’ai cru l’entendre se lever tout à l’heure, il faut qu’on s’assure qu’elle ne sera pas blessée cette nuit, voire même qu’elle ne sache pas ce qu’il s’est passé.
Baba a été très claire sur ce point : que personne ne touche à un cheveu de Tatiana. »
Qu’est-ce que sa grand-mère venait faire dans cette histoire ? Ou alors dans un moment aussi surréaliste, il aurait pu aussi bien parler de
Baba Yaga, cette vieille sorcière des légendes qui l’avaient bercé enfant. « Personne ne touche à un cheveu de Tatiana », mais quelqu’un allait-il toucher à un cheveu d’Horace ? Mon père aurait été seul, je me serais dressée aussitôt pour l’assaillir de questions, mais le sociopathe qui lui faisait face continuait à me paralyser. Plus encore à présent qu’il se dirigeait vers ma chambre, et de facto vers ma cachette.
Il se rapprochait, masquant la vue que j’avais de papa, noyant le fond du couloir dans l’ombre, sans un bruit, alors que je savais fort bien que ce plancher grinçait davantage qu’une vieille arthritique ; je cessai de respirer le temps qu’il passe devant moi et atteignant ma chambre, pose la main sur la poignée. Mon absence allait être dévoilée dans un instant.
Bon Sohar chers invités
« Non Teniok, ordonna d’une voix ferme mais basse mon père à Dominique, si elle s’est couchée il y a peu, elle va te voir quand tu ouvriras la porte. J’ai déjà tout prévu, tiens. »
Il lança le carré de linge à Dominique, lequel rattrapa l’objet avant qu’il ne touche le sol. Je déglutis par réflexe quand il se baissa à demi pour cela, mais n’avais visiblement toujours pas été repérée.
Pseudonymes, matériel étrange, noctambulisme, je nageais toujours en pleine brume et tentais de trouver un haut fond de bon sens pour sortir la tête de l’eau. Ce que je vis ensuite n’allait pas y aider : Dominique posa le morceau de tissu sur le sol, le dépliant non loin de la porte de ma chambre. J’y vis alors d’étranges dessins qui me firent penser à ceux que je réalisais avec un spirographe étant fillette. Dominique (ou était-ce Teniok ?) ouvrit ce qui ressemblait à un étui à lunettes et en tira une sorte de peigne ancien en écaille. Puis il fut pris d’une sorte de tressaillement quand son poing se referma sur l’objet. Il prononça des paroles qui me rappelèrent mes cours de langues anciennes, ceux concernant les racines des langues indo-européennes. Mots abscons, mais je compris vaguement quelque chose en rapport avec un phare.
Mon père se tenait toujours à l’écart et fumait en silence, il observait la scène sans étonnement, alors même que les formes circulaires sur le drap semblaient s’animer pour former une sorte de petite trappe. Cette trappe parut s’ouvrir mais rien ne la franchit. Pourtant Teniok (mais en fait Dominique, j’en suis sûre) s’adressa, toujours dans cette curieuse langue, à quelque chose qui n’était pas là. Il désigna la porte de ma chambre, et tendit son curieux peigne devant lui, puis s’inclina avec déférence face à son ami imaginaire.
Je perçus tout à coup la surprise dans son regard, et le ton interrogateur de sa voix ; Alkesh (mais n’était-ce pas mon père ?) de son côté éteignit son cigare et pointa un doigt menaçant dans la direction de Dominique, vociférant dans ce même baragouin étrange que j’avais entendu prononcer par le maître d’hôtel. Dominique parla à son tour, attendit, puis fut projeté en arrière avec violence. La trappe qui s’était ouverte sur le carré de linge cracha une lampée de sang qui recouvrit ce qui était invisible l’instant d’avant : une forme humanoïde dotée d’appendices qui évoquaient quelque créature marine de légende.
Dominique, avec une vivacité stupéfiante, empoigna le pot de fleurs séchées qui se trouvait sur le guéridon sous lequel j’étais cachée, et le lança sur la silhouette. Mon père décrocha l’une des épées décoratives accrochées au mur, et tira la lame de son fourreau : l’objet était visiblement destiné davantage à combattre qu’à orner les murs d’une villa d’éleveur de chevaux. Dire que je ne savais rien de la vraie nature des décorations de ma propre maison !
Teniok (non en fait cela ne pouvait être Dominique, il était beaucoup trop agile pour un homme de cet âge) empoigna une autre des armes au mur, et les deux hommes avancèrent vers la silhouette, mi-invisible, mi-tâchée de sang. Le maître d’hôtel effectua une légère génuflexion, portant tout son poids dans un coup qui tenta de blesser la forme empourprée au niveau de ce qui devait être des jambes mais n’en avait pas la forme, coordonnant ainsi cette attaque avec le mouvement tournoyant que décrivait mon père au niveau du torse de leur adversaire. Les deux hommes ne s’étaient pas concertés, et pourtant cela avait été effectué parfaitement, de sorte que si Teniok se trouva immédiatement paré, désarmé, et repoussé, Alkesh fit mouche et arracha à la forme un râle de douleur. Le quinquagénaire retira sa lame vivement, et après un moulinet frappa de plus belle en petits coups saccadés, au fur et à mesure que s’éteignaient les cris d’agonie de ce qui était déjà couvert de sang avant le combat, et n’avait eu aucune chance. Revenant à la charge, Dominique empoigna le guéridon qui me servait de cachette pour porter le coup final… et révéla ma présence.
Surprise, je lâchai un cri strident qui les surprit un instant, et en profitai pour me redresser, tenant toujours à la main mes chaussettes blanches entachées de rouge.
« Elle nous a vus, grommela le maître d’hôtel, dans le regard duquel je lus une sentence de mort.
— Non, Baba a dit qu’on ne la touchait pas, l’arrêta mon père.
— Elle a dit qu’elle la voulait en forme… rien n’empêche qu’on la garde sous clé quelque part. »
Je tentai de fuir vers les escaliers en hurlant le nom d’Horace, mais Alkesh se rua pour me couper la retraite. Pas essoufflé, il posa la main sur ma joue, me faisant sursauter : « Désolé Tatiana, mais j’ai une promesse à tenir. »
Rebattre les cartes
« Tu ne peux pas partir, me dit mon père avec un visage neutre, mais avant toute chose, est-ce que tu es de mèche avec ce négrillon, est-ce que tu prévoyais d’aider Horace dans sa mission pour le T… »
La porte derrière lui vola en éclats, et je vis mon ami d’enfance complètement nu, tenant sa canne d’une main et un
Taser de l’autre. Sous l’effet de la surprise, mon père laissa échapper son arme et tourna la tête, incrédule. Teniok, qui avait toujours le guéridon en main, fut plus prompt et l’abattit sur l’épaule du jeune homme : ce dernier évita le meuble de justesse en le laissant s’écraser au sol, et asséna un coup avec la tête de sa canne à la tempe du vieux maître d’hôtel. Celui-ci chancela, tenta de se reprendre, mais fut terrassé lorsqu’Horace lui vida tous les volts du
Taser à travers le corps.
Mon père, plus malin, m’empoigna par les cheveux, sans pour autant que je lui offre le plaisir de crier à nouveau, et pointa un doigt vers mon amant :« La vérité nue, Horace… voilà une école d’ingénieurs bien étrange où l’on apprend à maîtriser des êtres bien plus sages et plus anciens que soi. Allez, tu vas te mettre à genoux bien calmement ou je t’assure que Tatiana souffrira. Nous allons voir si tu te fiches d’elle ou pas.
— Alexis, bredouilla le jeune homme, je vous assure que je ne savais rien de tout ça. Enfin vous me connaissez depuis que Tiane et moi sommes enfants… je vous promets que c’était un hasard. Si j’avais su, ajouta-t-il en se mettant à genoux et en posant sa canne et le
Taser sur le sol, que vous étiez un…
— Silence. Il y a des choses qu’il faut que je sache, par exemple si elle est de mèche avec toi. »
Je sentis le regard de mon père se poser sur l’homme qu’il était en train d’humilier. Qu’avait-il pu découvrir ? Soudain je fus perdue. Confuse. Même Horace cachait un secret, sans doute avait-il un nom secret comme les autres, et tout ce que nous venions de vivre n’avait été qu’une mascarade ? Il répondit lui-même à ma silencieuse question à voix haute :
« Non je vous le promets Alexis, j’étais juste venu ici pour revoir votre fille qui me manquait énormément. Et je ne suis venu que parce qu’elle m’a envoyé cet e-mail disant qu’elle voulait que je vienne.
— Hein, m’indignai-je, quoi ? Mais non je n’ai jamais envoyé… enfin c’est toi Horace qui m’a écrit pour me dire que tu voulais venir… enfin… je n’ai pas…
— Ça suffit, nous coupa Alkesh, je veux le fin de mot de cette histoire, qui a écr… »
Une secousse brutale l’interrompit. Quelque chose venait de percuter mon père avec assez de violence pour que j’en ressente l’onde de choc jusque dans mes entrailles déjà bien retournées. Je n’eus pas le temps de réagir que je reconnus la voix qui prit alors la parole :
« C’est moi qui vous ai écrit à tous les deux. Je suis désolée, reprit Hortense, mais j’avais besoin d’Horace ici pour éliminer ces deux-là le temps de te faire partir Tatiana.
— Comment ? Ah ça suffit les mystères et les… non, non, non, d’abord mon père, ensuite mon chéri, et maintenant toi ?
— Je t’assure, me répondit l’ancienne cheffe de rang d’une voix solennelle, qu’Horace ne savait rien de tout ça. J’aurais voulu avoir plus de temps, mais avec l’accident de ce matin, Dominique et ton père ont découvert que ton Jules travaillait sans le savoir pour mes patrons.
— Quoi, s’exclama le jeune homme en se relevant et cachant tant bien que mal sa nudité, Hortense, vous êtes aussi au service du Temple ? Depuis…
— Je vous dirai tout, mais dépêchez-vous. Prenez vos affaires, mettez-vous quelque chose sur le… hé bien sur le dos, et je vous expliquerai dans la voiture. Disons simplement que c’est moi qui ai protégé tes valises contre la fouille, et qui ai glissé ce truc électrique dedans. »
Sans mot dire, j’allai chercher de quoi m’habiller en boitant légèrement, et remarquai alors une auréole de sang sur le linge blanc que Dominique avait utilisé pour invoquer la créature invisible. Mon sang, celui de mon pied blessé. Un instant je regardai Horace qui boitait de la même façon que moi, du même côté… je finis par lui sourire et me hâtai d’aller exécuter les ordres de ma gouvernante.
Quinze minutes plus tard, alors qu’Horace avait rendormi Teniok lors d’une tentative de ce dernier pour ouvrir les yeux, nous étions tous trois prêts à partir. Mon père murmura quelque chose à propos d’une certaine Baba qui allait me trouver avant que son employée de maison lui assène un magistral coup de pied qui le souleva légèrement du sol.
Nous montâmes dans la voiture d’Hortense et cette dernière prit le volant. Ni Horace ni moi n’avions vraiment dormi, et sur le siège arrière, nous nous blottîmes l’un contre l’autre, préférant repousser les questions à plus tard. Avant de sombrer pour de bon, je sentis sa main se glisser dans mon chemisier. Ce détail n’échappa pas à notre conductrice qui marmonna…
« Baratineur et dégueulasse… tout comme son oncle. »