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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Le temps d'un trajet

Auteur Sujet: Le temps d'un trajet  (Lu 2557 fois)

Fuse

  • Invité
Le temps d'un trajet
« le: 11 Mai 2010 à 18:50:38 »
Bonsoir, voici une brève nouvelle écrite récemment sur l'idée d'une amie. Elle s'inscrit dans le quotidien d'une époque contemporaine, un cadre d'écriture qui m'est peu familier, tout comme l'emploi du "je", qui fut un choix de dernière minute… M'enfin je n'en dévoile pas plus :)

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La matinée avait été pluvieuse. Du banc où je me trouvais assise, je pouvais apercevoir des traînées humides parsemer la route goudronnée, et un parfum de pluie chatouillait mes narines. Une paire d'écouteurs enchâssée dans mes oreilles, je scrutai le ciel démesuré et bas, convulsé de nuages sombres. Cette grisaille brouillée ne présageait rien de bon.

Comme pour faire écho à mes pensées, les premières gouttes vinrent claquer timidement. D'abord espacées, elles picorèrent de plus en plus lourdement la frêle toiture de l'arrêt de bus, l'animant d'une vie désaccordée. L'averse fut bientôt diluvienne, croulant en trombes épaisses, et je me mis à regretter de ne m'être armée d'un parapluie en sortant.

Mon regard fut alors happé par ce qui se hâtait, inexorable, en direction de l'arrêt. À cette distance, cela se résumait à un liseré confus, un trait sombre et insaisissable découpant le paysage. Emplie de curiosité, j'observai l'esquisse prendre forme.
Je fus bientôt convaincue qu'il s'agissait d'un homme, jeune de surcroît. Les gifles rageuses du vent soulevaient les pans de sa veste et cinglaient ses cheveux noir de jais. Pensive, je suivis la course effrénée de l'eau sur son parapluie.  

Serein dans la clameur grondante de l'averse, le jeune homme gagna bientôt l'arrêt. C'est alors qu'une pensée me heurta avec violence. Joachim. Comment ne l'avais-je reconnu avant? Après s'être adressé l'ombre d'un regard confus, nous nous sommes détournés. Une tension vague se tissa entre nous tandis que nous sombrions dans le silence.

Absorbée par la musique que diffusaient mes écouteurs, je ne m'avisai de l'arrivée de mon transport qu'au dernier moment. Ni d'une ni de deux, je me ruai vers la porte automatique, m'engouffrant de justesse dans l'embrasure. C'était moins une!

L'atmosphère qui régnait à l'intérieur me chavira de nausées. Le cœur au bord des lèvres, je fendis tant bien que mal la masse grouillante des passagers, déterminée à me frayer une place. Je jouai des coudes autant que je pus, mais mon sort semblait d'ores et déjà scellé. Quand le bus s'ébranla, je heurtai de plein fouet un flanc pansu et moite. Je ne me hasardai à regarder le propriétaire, qui se mit à renâcler bruyamment. Pétrie de dégoût, je tentai de m'extraire, à grand renfort de contorsions vaillantes. En vain. À mon plus grand désarroi, l'homme ne daignait fléchir, son visage replet fourrageant dans les méandres de ma chevelure.

Prise au piège contre cette masse abjecte, je m'apprêtai à rendre les armes. C'est alors qu'il entra en scène. Sans cérémonie, il s'empara de mon poignet et, d'une impulsion, défricha un passage jusqu'à une rambarde inoccupée. Un battement de cœur plus tard, je me trouvais adossée au pilier, face à Joachim. Nos corps étaient proches à se toucher. Mes narines relevèrent son odeur, subtile et masculine, à mille lieux du parfum rance de sueur des autres passagers. Embaumée par une douce chaleur, je me concentrai sur le crépitement de l'ondée martelant le bus.

Parfois, des cahots ébranlaient le transport, écourtant la distance entre nos deux corps. Ils en venaient à s'effleurer, à mon plus grand trouble. À chaque contact, une sensation, violente puis douce, s'emparait de ma chair, sans que je parvienne à me l'expliquer. Nous fûmes ainsi ballotés une quinzaine de minutes, puis ce fut notre arrêt. Nous descendîmes, et, l'espace d'un soupir, je songeai à remercier Joachim. Mais déjà il s'éloignait, sa silhouette s'estompant dans la grisaille brouillée du paysage. Fidèle à lui-même, il ne m'avait adressé un mot.  
« Modifié: 14 Mai 2010 à 17:33:12 par Fuse »

Hors ligne Loïc

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Re : Le temps d'un trajet
« Réponse #1 le: 11 Mai 2010 à 19:10:19 »
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Une paire d'écouteurs enchâssée à mes oreilles

Enchâssée dans, non?

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Les gifles rageuses du vent rebroussaient les pans de sa veste et cinglaient ses cheveux noir de jais.

J'ai un peu de mal avec le rebrousser je crois, 'fin je trouve que le mot va pas bien là, même si je pense comprendre l'image de la veste qui va en sens inverse de lui... Bref vaut mieux attendre le commentaire de quelqu'un d'autre (super utile sur le coup).

Sinon, à part ça, j'aime bien, même si ça fait très bizarre dans la mesure où il y a un certain nombre de mots qu'on ne s'attend pas à trouver dans le texte, mais ça rend pas mal, en tout cas c'est mon impression. Le texte est sympa à lire aussi dans la mesure où on sait pas où on va, mais on y va sans problème, en tout cas il donne envie de continuer à lire. Pour ce qui est du je, ça rend mieux à mon avis que si ça avait été à la troisième personne.
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Hors ligne Minyu

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Re : Le temps d'un trajet
« Réponse #2 le: 13 Mai 2010 à 20:47:39 »
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elles picorèrent de plus en plus lourdement la frêle toiture de l'arrêt de bus
Le picorèrent me gêne vraiment...
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Mon regard fut alors attrapé
Euh, ce n'est peut-être pas le verbe le plus approprié ?
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Les gifles rageuses du vent rebroussaient les pans de sa veste
Je suis du même avis que Loïc.
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C'en était moins une!
Le en me semble de trop...
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me chavira de nausées
On peut mettre un COI avec le berbe chavirer ?  ???
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Quand le bus s'ébranla, je heurtai de plein fouet un flanc pansu et moite, dont je ne me hasardai à regarder le propriétaire, se mit à renâcler bruyamment
Je bute sur la construction de la phrase, surtout le "se mit à renacler bruyamment". Parce qu'on dirait que c'est le flanc qui renâcle, et dans ce cas celui-ci est à la fois COD et sujet...  :huhu:
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à grand renforts
renfort

En bref : j'ai bien aimé ce texte, mais le personnage de Joachim m'a laissée sur ma faim - un peu trop flou peut-être. Et le caractère de la protagoniste n'est peut-être pas assez creusé...? Certaines tournures de phrases m'ont gênée, mais c'est très bien écrit, je trouve - même s'il n'y a pas d'intrigue.
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Fuse

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Re : Le temps d'un trajet
« Réponse #3 le: 14 Mai 2010 à 17:36:29 »
Tout d'abord merci pour vos lectures et vos commentaires  :)

Corrections apportées!

À propos du verbe "rebrousser", peut être que "soulever" est plus adéquat? Et "mon regard fut happé" ?
En revanche je tiens à "picorèrent" et "me chavira de nausées" même si j'admets que ces tournures ne sont peut être pas les meilleures… 

Quant à la phrase sur laquelle tu achoppes Minyu, mea culpa il manquait un "qui".
C'est en fait "Quand le bus s'ébranla, je heurtai de plein fouet un flanc pansu et moite, dont je ne me hasardai à regarder le propriétaire, qui se mit à renâcler bruyamment. " 

Mais peut être est-ce mieux "Quand le bus s'ébranla, je heurtai de plein fouet un flanc pansu et moite. Je ne me hasardai à regarder le propriétaire, qui se mit à renâcler bruyamment. " ?

En ce qui concerne Joachim, en fait le personnage baigne dans un flou volontaire. Je souhaitais lui insuffler un caractère insaisissable. C'est un choix fait dans l'ambition de transmettre toute la frustration qu'éprouve cette jeune fille (peu étoffée et lambda en effet) 

Voilà, merci encore, et vos avis positifs me vont droit au cœur!

Hors ligne Minyu

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Re : Le temps d'un trajet
« Réponse #4 le: 14 Mai 2010 à 17:50:44 »
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À propos du verbe "rebrousser", peut être que "soulever" est plus adéquat? Et "mon regard fut happé" ?
Ceci n'est que mon humble avis, mais je te conseille "faisaient virevolter".  ^^ Sinon, le "mon regard fut happé" est bien mieux que "fut attrapé", effectivement.
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Mais peut être est-ce mieux "Quand le bus s'ébranla, je heurtai de plein fouet un flanc pansu et moite. Je ne me hasardai à regarder le propriétaire, qui se mit à renâcler bruyamment. " ?
Je pense en effet que ce serait moins flou - donc mieux. Mais encore une fois c'est très subjectif.
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Re : Le temps d'un trajet
« Réponse #5 le: 14 Mai 2010 à 18:00:01 »
avant toute chose, n'oublie pas l'index, merci !


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Mon regard fut alors happé par ce qui se hâtait, inexorable, en direction de l'arrêt.
je pige pas pas le "inexorable", je ne pense pas qu'on puisse rattacher un adjectif à un pronom décumulatif ("ce qui")
c'était peut-être plutôt "inexorablement" ?
 
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Comment ne l'avais-je reconnu avant?
petite espace avant le point d'interrogation en fuite

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Après s'être adressé l'ombre d'un regard confus, nous nous sommes détournés.
wah quelle phrase :mrgreen:
je trouve la phrase hyper lourde, c'est dommage, l'idée était bien

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Une tension vague se tissa entre nous tandis que nous sombrions dans le silence.
hum. En fait j'aime bien les termes mais pas la syntaxe. C'est la syntaxe qui est lourde. Tu devrais peut-être tenter de dynamiser ton écriture en faisant des phrases nominales ou des phrases du genre "tension vague qui se tisse". Enfin viser la brièveté pour frapper quoi. Parce que là le "tandis que" je le trouve très maladroit.

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L'atmosphère qui régnait à l'intérieur me chavira de nausées.
hum étrange construction, mais j'aime l'idée

Je trouve qu'à certains moments t'en fais un peu trop en choisissant exprès des termes inusités, ça devient presque comique en fait. Sauf que je suis pas sûre que ce texte soit comique.
Sinon c'est sympa, mais comme ça, il manque une fin je trouve, un petit truc, parce que là ça fait début mais pas texte en soi je trouve.
« Modifié: 14 Mai 2010 à 18:03:26 par ernya »
"Je crois qu'il est de mon devoir de laisser les gens en meilleur état que je ne les ai trouvés"
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Re : Le temps d'un trajet
« Réponse #6 le: 31 Mai 2010 à 21:28:26 »
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L'atmosphère qui régnait à l'intérieur me chavira de nausées.
Même si je comprends l'idée, la formulation m'a laissée perplexe.

Pour ce qui est du texte, ça se lit tout seul, l'ambiance est particulière et pour un thème relativement commun, je trouve qu'il s'en sort finement. Même si les personnages sont à peine esquissés, il ne me laisse pas le sentiment d'un texte inachevé.
"Je suis la serveuse du bar Chez Régis ! Ou un leprechaun maléfique barrant l'entrée d'un escalier imaginaire..."

Et puis la Nuit seule.
Et rien d'autre, et plus rien de plus.

Avant l'hiver, Léa Silhol

 


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