Je tremble. Pas parce que j'ai froid. C'est quelque chose qui me dépasse, une force qui émerge de mon cœur et qui fait s'ébranler mes fondations. Ce n'est pas vraiment de la peur; c'est l'excitation face à l'inconnu, ne pas savoir si l'on reviendra de ses terres que l'on s'apprête à explorer.
Aujourd'hui je tremble sans savoir pourquoi. Je frémis face au néant. Alors je prends une décision : je vais rentrer en moi. Je plonge dans le cercle de ma poitrine, je dénoue mon estomac fatigué.
Me voici. Où suis-je? Je ne le sais pas. Mais peu m'importe. Nées de rien, des formes s'amorcent devant mes yeux. Dansantes et sautillantes, je les admire. J'aimerais être comme elles : libres de contraintes, capables de tout. Mais être capable de tout, n'est-ce pas aussi n'être capable de rien ? Me vient un goût amer à cette idée.
Peut-être qu'à pouvoir tout goûter on finirait par ne plus savourer ? Alors je laisse les flammes colorées se disperser, s'affaiblir, jusqu'à s'évanouir.
Je continue mon chemin, car oui il y en a un. Il semble qu'il vient d'apparaître, mais peut-être ne l'avais-je seulement pas remarqué. Tout est noir autour de lui.
Je passe entre ses arbres arrondis, les racines et les branches noueuses qui se rejoignent et s'entortillent entre elles. Le bois est sec, il se meurt semble-t-il.
Je continue à avancer dans les fourrées. Entre les branches, le néant fait place à de vastes prairies.
Au loin, devant moi se dessine une vieille chaumière. La bicoque est certes un peu délabrée, mais elle est chaleureuse. Plus je m'en approche, plus la verdure s'épanouit; à son seuil les bourgeons ont éclos et on entend siffler les oiseaux.
J'hésite un instant : dois-je entrer ou dois-je me perdre entre les doigts de dame Nature ?
Écoutant mon instinct, je franchis ce qui me sépare de l'entrée et pousse la porte. La cabane est plus grande à l'intérieur que ce qu'elle semblait être. Dedans le feu crépite ; il y fait bon. Il y a là une vieille dame, avec pour toute compagnie un colibri dans une cage d'argent ; elle me regarde avec bienveillance. Elle ne parle pas, mais elle irradie de bonté et de douceur. Un sourire approbateur et serein sur les lèvres, elle me regarde emporter son fardeau.
En ressortant de la maisonnette, je décide de rendre à l'oiseau captif sa liberté tant attendue. Au creux de ma main, celui-ci patiente quelques secondes avant de s'envoler; je crois que c'est sa manière de me remercier. Grâce au battement de ses ailes, c'est comme si l'air était plus frais ; l'atmosphère s'est allégée.
En revenant sur mes pas, quelque chose semble différent. Jetant alors un regard en arrière, je m'aperçois que des pensées ont fleurit sous mes pas.
En quittant mon bois intérieur, mon jardin secret qui soudain renaît, je tremble encore : je crois que je tremble de joie.