Voila un texte qui, au tout départ, devait répondre au sujet sur la pauvreté, puis je suis partis un peu n'importe comment sur les premiers paragraphes alors j'ai décidé de faire le sujet des Rivages, mais je me suis aperçue que je répondais à côté du sujet - yavait juste des étoiles :-°
Donc c'est juste un texte comme ça^^ J'en suis pas vraiment satisfaite, il y a des parties qu'il faudrait peut-être que j'allonge mais je l'ai déjà fait un peu et... j'ai peur que le lecteur trouve ça longuet

Je ne sais vraiment pas ce qu'une personne autre que moi peut en penser, il y a des passages que j'aime beaucoup, mais le tout ... bof. Je sais pas. J'attends vos commentaires, vous êtes les testeurs :-°
(jme rends compte que ça fait un peu long, désolée

mais c'est vraiment pas possible de couper ...)
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Les masses grouillantes se jetaient les unes contre les autres et le choc de leur rencontre se répercutait loin aux alentours. Les armées combattaient, blocs informes et fluctuants, semblables à de grandes machines sombres n’hésitants pas à sacrifier leurs composants.
Fracas de l’acier contre l’acier.
Gaelon, infime combattant parmi tant d’autres, maniait son épée avec adresse et même plaisir. Il avançait, un pas après l’autre, confiant dans les compagnons qui le secondaient. Sa lame était l’ultime prolongement de son corps, et il la plongeait, plongeait dans les corps chauds, transperçait les barrières de métal qui le gênaient. Les combats incessants, les passes d’arme sans fin, étaient les notes d’une mélodie désordonnée et dangereuse mais pourtant attirante. Gaelon se perdait dans cette musique, il n’était plus homme mais flux d’un tout imposant. S’il était resté conscient, la richesse de ses sensations l’aurait rendu fou ; alors il échappait à son corps, vivait en rêve et réagissait en conséquence – son épée combattait pour lui mais il restait sourd au monde extérieur et se plongeait dans la musique de combat.
Il combattait ainsi. Chef d’une petite troupe de mercenaires, Gaelon ne vivait qu’à travers sa lame, recherchait en permanence l’effervescence dans ce monde terne. Ce monde dont les puissants s’arrachaient la moindre parcelle, jamais satisfaits de ce qu’ils possédaient déjà. Ce monde maltraité, ravagé, atteint d’une maladie dont il ne pouvait espérer le remède. Il fallait bien trouver une raison de vivre dans cette folie furieuse ; alors Gaelon avait formé sa troupe, inculpant les bases à ses soldats et louant le groupe de mercenaires aux plus offrants. Lui, du moment qu’il pouvait s’oublier dans des batailles régulières, se moquait de savoir pour quoi il se battait.
Un coup adroit entailla l’avant bras de Gaelon et des frissons de douleur parcoururent tout son corps. Il accepta la souffrance, la transforma en notes aigues dans la mélodie du combat, et sa lame riposta en désarmant son adversaire puis en l’achevant. Il était la pointe de son épée, le métal solide qui déchirait la chair, et même le sang qui coulait tout du long … Il avançait, paraît, abattait son arme. Avançait, paraît, abattait. Son souffle lent rythmait ses gestes, devenait caverneux, sans commun rapport avec la respiration d’un être vivant.
Il trébucha soudain contre un corps inerte et s’arrêta.
Claquements de bannières dans le vent.
Le vide du silence couvrait peu à peu la symphonie qui l’avait porté jusqu’alors. La rage s’était brisée, plus rien ne lui faisait obstacle et lui permettait de s’exprimer – instant figé à la recherche d’un adversaire, vide grandissant qui n’était empli que de vide encore et, là, un son, non, c’était fini.
La musique qui se déversait dans son être s’était tarie. Immobiles, les corps au sol. Silencieux et hébétés, les survivants. Où qu’il portât le regard, un charnier moribond s’étendait. Les silhouettes grotesques des morts formaient un tapis moelleux, une montagne plane mais escarpée.
Ils avaient gagné, triomphé. Ils avaient vaincu leurs ennemis. Ils avaient défaits les autres soldats.
Les survivants se rassemblaient, peu nombreux – cela avait été un carnage, une boucherie irrémédiable. Ils n’avaient pas combattu –
ils s’étaient entretués.
Gaelon chercha derrière lui, regarda si l’un de ses compagnons avait survécu. Mais il était seul. Plus personne ne le soutenait, surveillait ses arrières. Seul … Son épée pendait dans sa main, désormais inutile. Après les courants qui l’avaient traversé et porté en avant, il n’était plus rien désormais. Une coquille vide, une carcasse sans aucun but. Alors que la poussière du combat se dispersait, on pouvait apercevoir des montagnes au loin, des cimes d’arbres touffus, de hautes cheminées de maisons nobles. Le dôme du commanditaire de cette escarmouche, un puissant qui avait payé la troupe de Gaelon à prix d’or. Lui avait tout gagné, il s’étendrait sur ces terres stériles tout en n’ayant nul besoin de rémunérer ceux qui avaient œuvré pour lui. Quant à Gaelon … que lui restait-il ? Son épée, encore, toujours. La carcasse qui lui tenait lieu de corps. Il pourrait s’engager, à nouveau, et se perdre dans les combats, cherchant le but de sa vie en semant la mort. Il parcourrait épée en main les plaines ravagées du royaume, survivrait peut-être encore dans les champs de désolations qui naissaient de la guerre.
Un camp avait été monté à l’écart du carnage. Gaelon s’y dirigea à pas lents, voûté à la manière d’un vieillard. Le soleil couchant éclairait les tentes d’une aura rouge sang. Agrippant son épée comme si tout le reste n’était qu’un leurre, le mercenaire s’assit à côté d’un feu solitaire et étendit ses jambes malmenées. Les flammes étaient un miroir qui lui divulguait sa vie ; il se reconnaissait en ce brasier se consumant peu à peu, en ces ondoiements éphémères qui n’avaient rien de tangible et ne duraient que le temps d’un songe. Les flammes fluctuantes l’attiraient, à la manière de la mélodie de son épée. Elles lui ressemblaient, oui.
Il tendit la main vers les flammes, songeant plonger en leurs cœurs afin de devenir tout comme elles. Il apaiserait leurs appétits insatiables et pourrait se satisfaire de même ; tout son être brûlerait avec son seul corps pour combustible. Sans inconnus impliqués, la symphonie pourrait être pure, enfin.
Il allait s’élancer dans le brasier quand un raclement l’en empêcha. Hésitant, il se retourna. Un soldat infirme s’était approché et le regardait d’un air étonné. Après que Gaelon eut déchiffré les couches de crasse et de sang qui défiguraient le visage du soldat, il reconnut l’un des siens, un homme qui s’était engagé il y avait tout juste quelques semaines. Il en restait donc, finalement ; mais bien mal en point.
« Chef ? Gaelon ? Que faites-vous ?
- Rien. »
Les flammes s’agitèrent et éclairèrent les bandages sales du soldat alors qu’il s’asseyait aux côtés de Gaelon.
« Rien, vraiment ? Vous regardiez pourtant les flammes avec une lueur dans les yeux …Si je ne me trompe, je ne la connais que trop bien : c’est celle d’un insecte fatigué attiré par une lumière mortelle.
- Et ? Qu’as-tu à en faire ?
Les propos de l’intrus dérangeaient la mélodie des flammes et de la nuit, mais Gaelon résista à son envie de le renvoyer. Malgré son désir de tranquillité, il estimait le soldat ; et peut-être appréciait-il tout de même la chaleur humaine.
« Nous voguons tous sur la même galère, bon gré, mal gré. Et il est humain de s’inquiéter pour ses condisciples. Pourquoi vous êtes-vous reclus, seul, près de ce feu ?
- Tout comme j’admets ton droit de t’inquiéter pour moi, j’ai le droit de ne pas répondre.
- Et j’ai de même le droit d’insister - ne jouez pas avec les mots. Venant d’un autre, encore … j’aurais compris. Mais vous ? »
Il insistait, les flammes dansaient alors qu’il continuait à discourir. Gaelon l’écoutait d’une oreille distraite ; qu’étaient les paroles d’un homme face aux mélodies sublimes de l’acier ? Les hommes étaient bien trop éphémères.
« Vous avez toujours possédé une volonté farouche ; voilà pourquoi je ne comprends pas. Lorsque je vous ai vu pour la première fois, votre aura m’a ébloui. Vous n’étiez que le chef d’une petite bande de mercenaires, mais vous étiez une étoile qui attirait à elle des étincelles plus faibles et qui ne manquait jamais de combustible. Je vous vois maintenant … éteint. Qu’avez-vous ?
- Tu me demandes ça en sachant que, de toute ma troupe, il ne reste plus que nous deux ?
- Vous pouvez toujours vous relever. »
Le soldat attendit une réponse mais, n’en obtenant pas, il continua.
« Lorsque vous m’avez trouvé, j’étais dans un état désespéré, je n’espérais plus que la mort. Les flammes me captivaient, et je les admirais comme vous le faites en ce moment. J’espérais me fondre en elles et quitter cette vie qui ne me livrait plus aucune joie. Puis vous êtes venu à moi, me captivant de manière plus profonde encore que Dame Mort ne l’avait fait. Vous m’avez rendu la volonté de vivre en me contant une légende de votre enfance, que vous semblez avoir oublié. Permettez-moi de vous la rappeler ; peut-être ensuite verrez-vous les choses d’autre manière.
« En des temps anciens, la nuit n’était éclairée que par une lune solitaire. C’était le temps où l’homme n’était pas encore homme, où il était animal pensant sans volonté et sans espoir. Il survivait, et c’était tout. Il vivait sans attendre d’avantage que ce qui lui semblait probable d’advenir. Le monde était triste, et arides les cœurs. Mais même une terre infertile peu enfanter de nouveaux bourgeons ; certaines graines se contentent pour seule nourriture de leur désir farouche d’évolution.
« Un homme et une femme s’aimait d’amour sincère, mais leurs tribus respectives étaient en désaccord. Ils décidèrent de s’enfuir et de se retrouver par une nuit sans lune au bord d’un lac. Cependant la nuit venue, les ténèbres qui les dissimulaient aux yeux de leurs parents les empêchèrent également de se retrouver. Ils se cherchèrent longtemps l’un l’autre, craignant de ne pouvoir s’échapper à temps.
« Mais ils ne perdirent pas espoir. Par leurs volontés farouches, naquirent deux étoiles scintillantes qui les guidèrent et leurs permirent de se retrouver puis de distancer leurs poursuivants. Et depuis cette nuit, les hommes possèdent l’espoir. Et chacun possède son étoile dans le ciel, plus ou moins brillante selon la volonté dont il fait preuve.
« Gaelon, où est passé votre étoile ? »
L’interpellé, yeux dans le vague, ne répondit pas. Silencieux, il resta immobile jusqu’à ce que le soldat finisse par s’endormir, puis il porta son regard vers le ciel.
Les étoiles, petites flammes scintillantes, décoraient la toile noire de la nuit. Elles paraissaient veiller sur le monde, éternelles. Pourtant, leur garde vigilante n’avait pas empêché les nombreux carnages. Peut-être éclairaient-elles les hommes ; mais elles étaient inatteignables, et froides. Elles n’étaient que silence. Gaelon n’avait plus d’étoile, n’en espérait pas. Elles n’étaient les notes d’aucune mélodie, ne susurraient nulle complainte. Elles étaient un espoir inatteignable et sans visage, les témoins de volontés inutiles et vouées à l’échec.
Devant Gaelon, le feu n’était plus que braises. Des petites particules encore incandescentes dansaient sur les cendres grises. Il s’imaginait reconnaître les visages de ses amis défunts dans les silhouettes abstraites, et il cligna les yeux pour tenter d’endiguer leur humidité.
Lorsqu’il regarda à nouveau le ciel, il vit.
Ce n’était pas les étoiles, pas des étincelles, pas de petites flammes non plus ; ce n’était rien de tout cela. Pas le noir de la nuit, ni la grisaille de quelques nuages. Non, il voyait le tout, l’ensemble formé par chaque élément. Il s’y voyait, aussi, reflet minuscule parmi cette immensité. Reflet plus parfait que par le feu. Le ciel était le miroir du monde. Et lui, Gaelon, ancien soldat, plus grand chose à présent, s’y dispersait et s’y perdait. Il entendait à présent, les notes s’y mêlaient, des musiques jamais identiques imprégnaient tout son être. Il y retrouvait celles qu’il connaissait déjà, acier sur champ de bataille, mais elles n’étaient qu’infimes parmi tant d’autres. Alors qu’il pensait se diluer à jamais dans ces symphonies grandioses, ses paupières clignèrent et il revint à lui même.
Gaelon, il était Gaelon.
Il voulut réveiller l’autre soldat qui reposait à ses côtés, lui faire part de sa découverte avant qu’il n’oublie ce qu’il avait ressentit, mais ses yeux se fermèrent lourdement et Morphée réclama son dû.
Lorsqu’il se réveilla, le soleil était déjà haut dans le ciel et le soldat de la veille avait disparu. Gaelon se releva, souhaitant à tout prix le retrouver. Il parvint à dénicher un responsable de camp et l’interrogea. Avait-il vu un soldat comme-ci, comme-ça, avec des bandages là ? Son nom devait être Cyrio, ou bien peut-être Cyran…
L’interpellé lui répondit que oui, qu’il lui fallait se diriger vers l’endroit où les corps des morts avaient été entreposés. Le soldat avait succombé à ses blessures, comme tant d’autres. Mais il avait laissé quelque chose à son intention, attendez …
Le responsable fit signe de patienter à Gaelon et partit chercher l’objet à grands pas.
L’ancien soldat, debout, observait le camp monté la veille. Beaucoup des survivants portaient des blessures graves ; la guerre mutilait les hommes aussi bien que la terre. Un instant, il pense de nouveau à se laisser glisser dans la mort sans rien tenter de plus. La seule personne qui semblait avoir pu le comprendre était dorénavant sans vie. Pourtant …
L’autre revînt. Il portait un étrange objet en bois entre ses mains, qu’il remit à Gaelon.
« Je sais pas ce que vous voulez en faire, mais c’est maintenant votre affaire, pas la mienne. »
Gaelon acquiesça, le regard braqué sur ce qu’il venait de récupérer. Oublieux soudain de ce qui l’entourait, il caressa l’objet des doigts. Oui, grâce à lui, peut-être pourrait-il transformer les étoiles mornes en galaxies pleines de vie ; peut-être pourrait-il enfin faire briller les autres au lieu de les absorber et de les consumer.
La cithare s’installa confortablement entre ses mains pour l’instant peu habituées. S’il pouvait transmettre au monde les multiples musiques qu’il entendait désormais, alors peu importait qu’aucune étoile ne veillât sur lui. Il était à l’image du ciel tout entier, et il tenterait d’amener un soupçon de bonheur et de sagesse en ce monde. Et, surtout, il enseignerait à quiconque voudrait bien l’écouter que l’espoir n’est utile que s’il parvient à terme.
Le ciel étoilé, miroir des espérances du monde, était un reflet qu’il fallait rendre réalité.