Avant de commencer à lire ce texte, je vais éclairer deux trois points. Ce texte n'est pas un texte pour le plaisir plastique, il a un sens.
Et comme ce qu'il y a de merveilleux, c'est l'interprétation, je préfère expliquer s'il y a discussion, et pas avant.
Mais, je vais donner un indice, c'est le sens de ce tragique qui donne les clefs du texte, donc soyez souples avec votre notion du tragique.
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Et elle était chaussée de vent, cette femme,
De brume, d'éclairs, de révélations et de ruses,
Maîtresse des tromperies et des intempéries,
Elle a sous son voile discret les rides ancestrales,
Et les gestes et les mots des premiers sacres.
Et j'ai essayé de la suivre dans les méandres,
Dans ce jeu de masques où l'être devient cendres,
Je me suis suspendu à l'aile de son soulier,
Et j'ai vu au fond de moi le désespoir de mes aînés.
D'or, j'ai été recouvert par sa bénédiction,
Et du gris de l'argent j'ai saisi le fond,
D'or, et de lumière, elle m'a murmuré,
Et mes vieux soleils sont tombés.
Elle m'a fait essayer un-à-un tous les masques,
Elle a joué de ma plastique comme une éternité,
A me rendre malade, à dévoiler mes frasques,
Jusqu'à l'aube affective de mon être dégradé,
A fracturer mon désir d'unité le plus sacré.
Et si j'ai les doigts aujourd'hui qui caressent le vent
Parce que je ne peux pas davantage,
Et si j'ai le regard porté au loin sur l'édifice géant,
Avec aux lèvres et le sourire et la rage,
C'est que je suis un dieu à la perfection démesurée,
Qui ne saura jamais tourner la page.
Moi, le génie du mensonge, l'homme tragique !
Je ne suis finalement ni chaussé de vent ni d'aventure,
Tout au plus faux-électron libre et imposture.
Et l'ailleurs qu'elle me montre entre ses doigts est folie,
Éclipse de ma conviction invincible et sacrée,
Et l'ailleurs est l'inaccessible, et garde ses portes fermées.
Alors il ne me reste plus que la fausseté et la tentation,
Pour scander à bout de lèvres impropres et assagies,
Le chaos, la vie, et cette pauvre et humaine religion.