Bonjour tout le monde,
j'avais des envies d'écriture depuis un moment.
En tout modestie, je me suis décidé à partager un premier essai avec l'envie d'apprendre et de progresser en votre compagnie.
Une folle journée
30 mai 2011. L’orage gronde à l’extérieur. Des bourrasques de vent secouent les arbres, la pluie vient cogner contre la véranda. C’est un spectacle d’apocalypse qui règne. Les rues sont désertes et alors qu’il est 15h, la nuit semble avoir envahi le quartier.
Mais notre petite fille semble avoir choisi ce moment pour paradoxalement voir le jour.
9 mois. 9 mois d’attente, 9 mois à s’émerveiller.
Le jour J est enfin là. L’épilogue est proche. Le chaos extérieur se mêle bientôt à l’agitation de la maison.
- Cette fois, je crois que c’est la bonne.
- Sûr ?! Pas encore une fausse alerte ?
- Certaine.
Le regard de Virginie en dit long, je semble lire dans ses yeux un mélange d’excitation et de stress.
Pas de doute, c’est parti pour une belle et grande aventure.
Je cours dans le salon et j’avale quatre à quatre les escaliers qui mènent à l’étage.
Inutile de me dire que prendre. Mes dernières nuits ont été bercées par une répétition des gestes à faire. Je m’exécute avec un sang-froid presque glaçant.
En 5 minutes, la voiture est chargée. Virginie semble surprise de me voir à l’œuvre, elle qui me reproche d’être habituellement dispersé et désordonné.
Je suis un autre. C’est ça être père ?
-Tu es sûr de n’avoir rien oublié ?
- Tout bon, en route pour l’hôpital.
J’aide Virginie à s’installer dans notre petite Fiat puis j’ouvre la porte de garage.
Le vent s’engouffre dans le garage, des branches cassées virevoltent.
La tempête n’a pas faibli.
Pas le choix, il faut y aller. L’hôpital est à une quinzaine de minutes.
Je dois rapidement éviter les dégâts occasionnés par ce printemps capricieux. Virginie s’accroche, dans tous les sens du terme.
Nous menons deux combats, deux combats que la nature nous impose. L’un va nous ravir, l’autre est un surplus de stress, de tension dans un climat déjà houleux.
-J’ai perdu les eaux ! me lance en pleurs Virginie.
- Nous y sommes presque, ça va aller.
Mes mots sont bien légers en de telles circonstances, mais rien d’autre ne me vient.
Que dire ?
Soudain, un arbre s’effondre devant nous. Je donne un violent coup de volant pour l’éviter.
Le temps semble s’arrêter. Nos regards se croisent, l’arbre poursuit lentement sa chute, notre Fiat glisse sur le macadam détrempé.
Un bruit sourd sonne la fin de ce mauvais rêve. Le peuplier vient finalement s’écraser sur la route.
Ma manœuvre a fonctionné. L’ambiance est lourde et nos mains viennent s’entrelacer sans un mot.
Quelle journée.
Il faut désormais reprendre la route de la maternité.
La fin du périple est plus tranquille. Je trouve rapidement une place. Je m’extirpe de la voiture et je vais à la rencontre de Virginie. Elle souffre de plus en plus, les contractions semblent violentes et rapprochées.
- Tiens bon, je cours à l’accueil.
Je m’envole à grandes enjambées à l’accueil de la maternité. Pas besoin de grand discours, le personnel a compris et m’épargne de vagues hésitations inutiles.
- Bonjour madame. Nous allons vous prendre en charge. Tout va bien se passer.
- J’ai perdu les eaux sur le trajet et les contractions sont très rapprochées.
Notre entourage nous l’a souvent répété: "ne vous en faites pas, pour le premier, vous aurez le temps de le voir venir."
Je me repasse ces litanies et un rictus nerveux s’empare de mon visage.
Je suis cependant rassuré. Virginie est en de bonnes mains.
Nous rentrons rapidement dans la salle d’accouchement.
Les bons réflexes que j’ai eu à la maison sont désormais oubliés. Je suis quelque peu perdu dans cet univers.
La sage-femme est là pour nous guider.
Je prends la main de Virgnie. Je sais que nos deux mains vont être liés pour aboutir au plus jour de notre vie. Au gré des contractions, Virginie me serre fortement la main.
- Pense à respirer, à te relâcher.
La salle d’accouchement devient un lieu de vie. Je me laisse envahir par cette vitalité.
J’ai désormais envie de transmettre à Virginie cette chance d’être ici. Nos mains sont désormais en symbiose.
Notre bébé continue son travail vers la vie avec l’aide de sa merveilleuse maman.
Je suis ébahi par ce spectacle. Je ne suis qu’un spectateur ébloui par ce miracle de la nature.
L’épilogue est désormais proche. La salle semble envahie d’une quiétude renversante. Je repense à ces 9 mois d’attente, à ces discussions que nous avons eu, tous les trois.
Je revois ces coups de pieds donnés à sa maman, à notre émerveillement aux premiers mouvements ressentis.
Nous voyons enfin notre petit bout.
Nous allons enfin la voir, la toucher. Sa respiration va bientôt réchauffer nos soirées.
Dans un dernier effort, notre petite Maë s’extirpe vers cette lumière. Ses premiers pleurs nous envahissent de bonheur, une chape de douceur vient plonger dans les bras de Virginie.
Maë a transformé cette folle journée en un conte de fée.