Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

14 Juin 2026 à 08:36:38
Bienvenue, Invité. Merci de vous connecter ou de vous inscrire.


Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Fleuves d'ombre

Auteur Sujet: Fleuves d'ombre  (Lu 3369 fois)

Hors ligne Alisher

  • Tabellion
  • Messages: 56
  • Ostanyetsya.
Fleuves d'ombre
« le: 04 Janvier 2011 à 13:45:46 »
Je suis en train de corriger Imprécision, j'ai déjà édité une partie suivant vos remarques. Pas encore de version finale parce que certaines corrections demandent des modifications profondes et que je suis lent.

En attendant, une autre nouvelle ; elle me plaît moins qu'à l'époque, possible qu'elle ait mal vieilli... Mais j'attends de voir vos avis, et j'espère que vous pourrez autant m'aider que pour la précédente. Elle fait partie du même recueil de nouvelles, donc y a le même concept à la base, mais les thèmes et les directions sont différents. Elle est postée ailleurs sous le titre "Varjojen Virta", comme avec Undefined j'ai pas encore décidé si je passais au français ou si je gardais les titres de création. Quoiqu'il en soit, voilà le début, enjoy...


Envoi 1
___


Fleuves d'ombre


"You make me shiver / you make me shine
I can't believe / that you are mine

Lodger - Candy Machine


Il était 15h49 et un calme mortel régnait dans la station, alors qu’au dehors la pluie engageait un duel acharné contre le goudron. Elle allait perdre, comme souvent, mais à ce stade du combat ça ne semblait pas encore complètement évident. Les bruits de la gare me parvenaient à travers une brume lointaine, étouffés par le silence pénétrant des alentours. Seule perturbation, une musique profondément commerciale en arrière-fond, diffusée à un volume si bas que seules les oreilles les plus subtiles pouvaient l’entendre.
Dans la mesure où le monde est réellement gouverné par des principes de logique, ce dont je me suis quelquefois permis de douter, il est grand temps qu’il se penche sur le cas de la ligne Fribourg-Bulle. Non tant parce qu’on nous taxe quatorze francs quarante pour trente minutes de trajet, ici la logique commerciale est apparente ; plutôt parce que les bus partent à 02 et à 32. Selon que vous soyez puissant ou misérable, le suivant vous attend une heure ou une demi-heure plus tard. Ce qui a une conséquence simple : si vous avez le malheur d'avoir des horaires de travail inflexibles, comme une bonne majorité de la population mondiale, et que vous ne travaillez pas à moins de deux minutes de la gare, comme une bonne majorité de la population fribourgeoise, dites adieu au bas mot à deux heures par semaine. L’université de Sainte-Miséricorde, située à une rue de la station, ne se situe pas dans le périmètre requis. Croyez-moi. Je le saurais.
Long story short, cela faisait quarante-six minutes que j’attendais, avec la patience de l’habitude, qu’on daignât bien me conduire à Bulle. Je profitais en général de ces oisivetés forcées pour faire un tour à la Fnac, juste en face, mais ce jour-là je restai sur place. Sans raison particulière, pour autant que je m’en souvienne. Certainement pas la météo, au contraire en fait – j’ai toujours eu un faible pour les orages. Peut-être la lassitude, tout bêtement.
Je me souviens que Fribourg m’intriguait avant l’explosion. Depuis, à force de contempler les mêmes bâtiments, les mêmes rues, les mêmes visages marqués par les mêmes vies, tout intérêt m’avait déserté. Trop classique. Mais quoi de plus normal, pour une ville qui se veut étudiante plutôt qu’étudiée ? Un jour, j’allais me résoudre à partir. Mais je ne pouvais atteindre seul l’unique destination à laquelle j’aspirais encore.
Les ombres commençaient à affluer vers le quai, leur impatience celée sous un masque de circonstance. Au moins, ils étaient à l’abri, vous savez, alors ce n’était pas si grave, ils n’avaient rien d’urgent à faire, un délai de quinze minutes ne les dérangeait guère… Leur attitude composée m’agaçait. Tout m’agace dans les ombres. Regardez-les.
A ma droite, sinistre par vocation, le type en costard ; une journée de travail qui s’achève avant seize heures ? Quelle blague. A ma gauche le futur de la nation : un préado en surpoids, cheveux noirs bouclés, qui a augmenté le volume de son I-Pod suffisamment pour s’assurer que tout un chacun participe à sa véritable rébellion. La goth contemplative, affalée sur le banc de métal ; elle balance ses jambes en avant, parce que, non, elle n’est pas seule par manque d’amis, elle est seule parce qu’elle apprécie la solitude et qu’elle en a décidé ainsi en tant que personne responsable. Le jeune blond qui rentre du service militaire pour le week-end, en uniforme complet, fusil en bandoulière ; il est content de retrouver un univers sans règles strictes, mais regrette de ne pouvoir y rester que deux jours. Les deux en même temps. Du coup, son expression oscille entre les deux d’une manière assez comique. Le couple heureux ; la fille racontant sa vie, le mec en mode écoute active. Un mode somme toute assez courant : de temps à autre, un « oui » ou un « bien sûr » vient ponctuer le discours, juste assez pour paraître intéressé, et pendant tout ce temps il pense au soir, ce soir où ils seront seuls, ce soir où il pourra peut-être la baiser en récompense… Le tandem fonctionne à merveille, et à plein régime : en restant à leur côté cinq minutes, on apprend leurs noms, le nom de leurs camarades de classe (ils fréquentent l’université en économie, tous les deux, ils se sont rencontrés là-bas, la vie n’est-elle pas formidable ?), le nom de certains professeurs, l’âge de la tante de la fille (si…), pourquoi Jérémy aurait mieux fait de taire ce qu’il a dévoilé… Entre autres. D’autres gens encore… Si vous en faisiez partie, ne vous réjouissez pas : vous m’apparaissez encore plus transparents qu’eux, au point que j’en omets de vous mentionner.
Par quelque fantaisie suisse, le bus arriva à l’heure. Il s’était engagé le long du quai comme une baleine s’échoue sur le sable et, toutes proportions gardées, c’était aussi l’impression donnée par le chauffeur tandis qu’il traînait son imposante bedaine vers le devant de l’engin, sans doute pour y effectuer un ou deux réglages. Indifférentes, les ombres se mirent en rang, sortirent bien sagement leurs billets, prêtes à s’engouffrer l’une après l’autre dans le véhicule.
Je bousculai les gêneurs de la file et me faufilai dans le bus sans entraîner de réactions. Je pris ma place habituelle, sur la droite, à proximité de la porte coulissante. Premier à rentrer, premier à sortir. Blanche comme son squelette, la gothique s’assit dans l’autre rangée, quelques sièges derrière moi. J’eus l’impression qu’elle m’observait, un moment. Je chassai l’idée de ma tête et me concentrai sur plus important : pourquoi ne démarrions-nous pas ?
La réponse avait un chignon, quatre-vingt ans, et elle agitait un billet de vingt francs de sa main frêle. Et oui, la machine à billets ne rend pas la monnaie, c’est ballot, hein ? Si vous n’avez pas exactement quatorze francs quarante sur vous, retournez au guichet et blâmez votre imprévoyance.
Un autre problème m’accapara juste avant que je ne me mette à insulter le chauffeur : le couple parfait comptait apparemment s’installer à la place que j’occupais. J’eus juste le temps de m’éclipser avant qu’ils ne s’asseyent, la fille n’interrompant pas un instant le récit de son existence dérisoire.
Et me voilà debout, encore une fois. Il ne restait aucune banquette libre, et je rechignais à partager celle d’une ombre.

-   Bon, ça s’active, là-haut ? lançai-je vers l’avant du bus.

Après trois bonnes minutes et l’apparition providentielle de quarante centimes, tout était rentré dans l’ordre. J’enfonçai mes écouteurs dans mes oreilles et me mis à fredonner en suédois, tâchant de couvrir le débit de la fille. Peine perdue.
Je m’adossai à la barre verticale, soupirai et, résolu à m’en désintéresser, laissai mes yeux dériver sur l’arrière du véhicule. Sur la gothique. Une fois encore, son regard fusait droit dans ma direction, deux points noirs hypnotiques au milieu de ce visage neigeux. Je frissonnai. Et il se passa un truc incroyable : elle me parla.

-   T’entends ce que je dis ?

Rupture dans le fleuve des ombres. Une personne ! Je savais ce qu’il me restait à faire mais, pris au dépourvu, je mis longtemps à réagir. Parce qu’on pouvait attribuer cet intervalle de réflexion à une surprise légitime, je me résolus à feindre l’innocence et la naïveté, à l’instar de Sandi. Après tout, quand la viabilité d’une technique a été prouvée, pourquoi ne pas la remployer ?

-   Tu peux me voir ?
-   Pas qu’un peu, fit-elle remarquer avec un sourire.

Je réalisai qu’elle avait dû assister à l’intégralité de ma représentation.

-   Oui, bon, ça va... J’ai pris l’habitude qu’on ne m’écoute pas.
-   Pas de problème, assura-t-elle. C’était marrant, de toute façon.

Je m’installai sur le siège libre à côté d’elle. Elle ne fit aucun geste pour me repousser : bon début. La combinaison de ses longs cheveux noirs et de cette pâleur de peau troublante m’avait conduit à la ranger un peu vite dans le clan des gothiques, mais ses vêtements colorés cadraient mal avec l’hypothèse. Constatant qu’elle me détaillait avec la même curiosité, je me demandai quels adjectifs elle m’attribuait. Ordinaire, sans aucun doute. Geek, si elle avait fréquenté les sphères adéquates. Nous n’échangeâmes aucune parole durant cet examen, mais le silence ne dérangeait pas. Il nous accompagnait depuis trop longtemps pour nous sembler hostile. Finalement, comme elle ne semblait pas disposée à se jeter à l’eau, je posai la question cruciale :

-   Alors, tu es morte toi aussi ?

Quand j’y repense, j’aurais sans doute pu me fendre d’une introduction plus inspirée. En évoquant le moment déclencheur de sa non-vie avec autant de désinvolture, je prenais le risque évident de la froisser. Elle passa outre.

-   Oui.

Voilà qui se classait assez haut dans la catégorie « points communs exploitables pour lancer une conversation. »

-   T’as souffert ?
-   Pas vraiment, non. J’avais mis une belle musique et j’avais tout préparé. Ça n’a pas été pire que de vivre, en tout cas.

Il n’y avait rien à ajouter. Voreniel m’avait prévenu qu’une bonne part de mes nouvelles rencontres allaient avoir connu cette fin, ce que j’avais par ailleurs déduit tout seul. De mon côté, à chaque fois que j’avais envisagé cette solution, le courage m’avait fait défaut.

-   « Crever magnifiquement », hein ? J’ai jamais osé. Trop peur de l’inconnu… Je ne peux pas dire que j’avais tort, du reste.
-   Alors comment tu t’es retrouvé ici ? s’enquit-elle.
-   A cause de l’explosion.

Il me fallut quelques secondes pour me souvenir que cet événement méritait une plus ample spécification pour qui ne l’avait pas vécu.

-   Je veux dire, mon moteur a explosé, enfin… Un accident de voiture, quoi.

Il faudra que j’aille consulter le rapport d’enquête, un de ces jours, histoire de déterminer l’erreur que j’ai commise.

-   Désolée pour toi, murmura-t-elle.
-   Ça va. Je m’y suis fait, depuis le temps.
-   Vraiment ? Tu es ici depuis quand ?
-   Quelques mois, maintenant…

Deux cent quarante-trois jours. Pas la peine d’épiloguer.

-   On m’a enterrée il y a deux semaines, mais je n’ai croisé personne avant toi. Tu sais s’il y en a d’autres ?

Second test d’envergure ; le premier mensonge.

-   Non… Jusqu’à aujourd’hui, je supposais qu’on avait tous notre petite dimension personnelle, sans contacts entre les âmes…

Mes yeux ne cillèrent pas un centième de seconde, le ton de ma voix n’évolua pas d’un pouce. Je pris même une expression curieuse pour laisser entendre que j’envisageais une relecture de mes conclusions. « Poker face ». Les mots étaient étudiés, eux aussi : si je me trouvais réellement dans cette situation, je n’aurais pas manqué de développer une théorie similaire, et le contraire aurait éveillé sa suspicion. Au même titre qu’une œuvre d’art, une mystification habile devrait survivre à son auteur, indépendamment de ses motifs ou de ses conséquences. Pour la beauté du geste.

-   Au vu de la population humaine, on aurait déjà dû en croiser si tous échouaient au même endroit. Il doit y avoir quelque chose qui nous a rapprochés, nous deux.

Finement raisonné. Elle avait vu juste, un point commun bien précis nous liait à ce lieu. Toutefois, je ne pouvais lui avouer lequel sans trahir ma source de connaissances et, du même coup, certaines informations que je devais garder pour moi.

-   Je ne sais pas… Tu as sans doute raison, fis-je avec lenteur, comme si j’analysais en même temps qu’elle.

Alors que je m’attendais à ce qu’elle se mette en quête dudit rapport, elle enchaîna sur un sujet plus trivial :

-   Comment tu t’appelles ?
-   Esa Järki.
-   Esa, répéta-t-elle en me regardant. Joli.
-   Non, finnois, corrigeai-je machinalement.
-   Moi c’est Sophia. Sophia Piptei.

Quand elle parlait, il lui arrivait de pencher la tête vers l’avant, près du dossier des sièges. Cette attitude dictée par la timidité lui conférait un air tout à fait charmant, voire même aguicheur.

-   Sophia… ça m’effraye de voir quelqu’un si pâle, annonçai-je de crainte que la communication ne s’épuise. Tu bronzais jamais ?
-   Très drôle… Non, je suis exsangue, ne va pas chercher trop loin.

Elle me présenta ses poignets, chacun pudiquement recouvert d’une large bandelette de gaze. Elle se vidait de son sang pour l’éternité. Bravo, belle inspiration, me félicitai-je. L’embarras se lisait sur mon visage, au point qu’elle crut nécessaire d’ajouter :

-   Oublie ça. Tu ne pouvais pas savoir…

Sauf que j’aurais dû m’en douter. J’étais bien placé pour savoir que les séquelles de la mort ne nous ménageaient pas sous prétexte que nous ne respirions plus, qu’elles continuaient à nous harceler ; de jour comme de nuit, l’explosion me poursuivait, m’assaillait de sa combinaison caractéristique de chaleur diffuse et de douleur sourde. Il s’agissait plus de mon nouvel état standard que d’une altération continuelle, aussi avais-je fini par m’en accommoder. Je présumai que Sophia ne souffrait pas trop de ses plaies, elle non plus.

-   Comment se fait-il que tu n’as pas de brûlures, d’ailleurs ? m’interrogea-t-elle.
-   J’en ai, la détrompai-je. Sous deux ou trois tonnes de maquillage, environ.

Le hasard avait voulu que je meure asphyxié avant que ma voiture ne se consume de fond en comble ; j’avais ainsi échappé aux lésions les plus importantes, celles qu’on peinerait à dissimuler si naïvement. L’incendie avait en outre plus ou moins épargné mon visage, facilitant l’artifice. Les premières fois que je m’étais employé à cette tâche, je ne cherchais qu’à séduire Sandi, mais le rituel m’était par la suite devenu vital – si je puis dire. Comme si je triomphais de la mort en niant ses effets physiques. « Il y a une sorte de désespoir hystérique dans votre fond de teint »… Qu’à cela ne tienne, résultat bluffant.

-   Pourquoi ? Ou plutôt, à quoi ça t’avance ? De toute manière, personne ne peut te voir…
-   Si, moi, rectifiai-je. Tu devrais essayer. On s’accepte beaucoup mieux, après.
-   J’y réfléchirai, capitula-t-elle, pour la forme.

Il en fallait plus pour la convaincre. Son scepticisme m’encourageait à la relancer sur le sujet, mais plus tard, quand l’opportunité se présenterait. Insister maintenant ne réussirait qu’à l’ennuyer.
La ville de Bulle se profila à l’horizon, aisément reconnaissable aux nombreux chantiers qui la parsemaient ; dans quelque direction que l’on portât son regard, une grue métallique de couleur jaune nous accueillait, sans effusions excessives. Je sautai sur cette transition opportune :

-   Qu’est-ce que tu viens faire à Bulle ?
-   Rien. En ce moment je voyage au hasard. Tu habites là toi ?
-   Dieu merci, non. Je…

Je vais invoquer un certain Voreniel, ange de son état, et ce soir je pourrai enfin lui dire que j’ai trouvé ma victime ! Sympa comme programme, non ?

-   Je vais en boîte. Un groupe que j’appréciais de mon vivant donne un concert ce soir. Tu veux venir ?
-   Nan, merci, pas trop mon truc, déclina-t-elle à mon grand soulagement.
-   Il faudrait qu’on se retrouve demain, alors.
-   Oui… Y a-t-il un moyen de te joindre ?
-   Donne-moi deux secondes, lui assurai-je, je vais arranger ça.

Me relevant, je rejoignis mes deux camarades économistes et les délestai amicalement de leurs téléphones. J’en glissai un dans ma poche avant de lancer le second à Sophia, qui le saisit au vol. Le bus freina devant l’arrêt du centre commercial et s’immobilisa.

-   Le bus continue jusqu’à la gare, mais moi je te laisse ici, annonçai-je, puis je désignai les portables : il se prénomme Damien, elle Marine. Je t’appelle demain matin ?
-   Les ondes peuvent te tuer, m’avertit-elle.
-   Ouais, mais pas aujourd’hui, répondis-je sur le même ton ironique, tout en descendant du véhicule. A demain, j’espère.

Nous nous sourîmes à travers la vitre. Je compris dans l’instant que la compagnie de cette fille ne me contrarierait pas du tout. Dommage que les circonstances nous obligeaient à nous confronter.
« Modifié: 31 Janvier 2011 à 21:15:43 par Alisher »
Ca n'a aucune réalité, de toute façon. Voilà pourquoi c'est important. Les gens ne se battent que pour des choses imaginaires.

Hors ligne Alisher

  • Tabellion
  • Messages: 56
  • Ostanyetsya.
Re : Fleuves d'ombre
« Réponse #1 le: 11 Janvier 2011 à 02:22:38 »
Je poste la troisième et dernière partie tout de suite après, me faut juste le temps de la rajeunir un petit peu. Au final, certains trucs marchent encore pour moi, d'autres plus du tout. Je sais pas trop ce que ça donne, mais je vais bien quand même la poster en entier, on est là pour ça. A tout de suite  ;)


envoi 2


Les phares nimbaient les sapins d’une lueur maladive, incapables de troubler leur dignité innée. J’avais toujours soutenu qu’il se dégageait d’eux un calme et une noblesse palpables, impression que mes expériences dans la zone intermédiaire avaient confirmée. Ne vous fiez pas à ce qu’on raconte, les forêts vivent, conversent, murmurent, se confient. Ce soir-là, le bois de Bouleyres se lamentait. Il pleurait plus souvent qu’il ne riait, en général. Quand un arbre meurt, tous sont bouleversés : un chœur de hurlements sylvestres l’accompagne pendant son passage, le guide vers ce qui vient après. Il y a une sincérité transcendante dans ces déchirements, une passion enthousiaste, loin de cette contrition aseptisée dont j’avais été témoin lorsque j’avais assisté à mon propre enterrement. Retourner à la terre, tu parles… Retourner à la nature, voilà de quoi motiver les défunts. La terre est sèche, méfiante ; givrée pour peu que vous périssiez en hiver, à mon instar. Pourquoi imposer cet environnement hostile à un corps déjà rigidifié ? Comment quelqu’un pourrait-il supposer qu’en agissant ainsi, il me comblait et se conformait à mes dernières volontés ? Rien ne justifie cela. Il me semble bien plus cohérent de supposer que, égoïstes tels qu’à leur habitude, les ombres n’ont étudié que leurs intérêts – éliminer l’entêtant parfum des chairs pourrissantes – et ont concocté par la suite ce joli petit conte qu’on appelle le respect des reliques, pour se donner bonne conscience. Beaucoup plus humaine, cette version, n’est-ce pas ?
Mais je m’étais aventuré en ces lieux non pour vous entretenir de banalités, plutôt parce que ma situation le requérait. Au milieu de ces espions aveugles, Voreniel pouvait apparaître sans danger. Il s’agit d’un autre de ces aspects incohérents qui entachent notre réalité, d’ailleurs ; que les anges courent le risque d’être entrevus du coin de l’œil par les vivants, alors qu’ils ne nous remarqueront, nous les errants, en aucune manière, quoi que nous fassions. J’ai conduit diverses expériences. S’il me prend l’envie de décapiter une ombre et que je mets ce projet à exécution, elle ne mourra pas, ne s’en inquiétera même pas. Elle continuera à vaquer à ses prétendues occupations, en route vers ses prétendus objectifs. A l’époque où j’avais constaté ce phénomène, j’en avais déduit que nos deux univers, parallèles, n’entraient pas en concurrence. Si bien que ce que je modifiais ici n’avait pas de valeur dans celui des ombres ; dans la mesure où je n’existais pas pour elles, mes actes ne pouvaient influer sur eux. Seule ma réalité s’en trouvait changée, et dans la réalité des morts, le critère de décès étant effacé, plus rien ne s’oppose à ce qu’un cavalier sans tête terrorise Sleepy Hollow. Voreniel, par un discours ennuyeux de physicien, avait accrédité mon hypothèse.
Poussant un long soupir, j’envoyai ma cigarette valdinguer dans le décor et regagnai l’habitacle de la voiture. J’allumai la radio et la réglai sur 66.6. La fréquence, on s’en fichait : seul le signal attirait l’attention de l’ange.
La voix ne se fit pas attendre. Elle résonnait comme dans un espace confiné, très facilement reconnaissable. Ample et rauque.

-   Très amusant, disait-elle.
-   Je savais que ça te plairait.

L’ange avait revêtu une longue toge blanche qui projetait en toutes directions un halo iridescent. Ses cheveux blonds semblaient or, sa peau dorée bronze. Ses ailes peignées avec attention jaillissaient de son dos comme deux avalanches resplendissantes. Pas très discret, et pas très nécessaire. Mais il aimait soigner ses entrées, et quitte à être surpris par un intrus, autant lui infliger la totale, de sorte que personne ne croie à son témoignage s’il lui prenait l’envie de le propager.

-   Tu aurais fait quoi si ça avait vraiment invoqué un damné ?
-   J’aurais eu très, très peur.
-   Tu devrais, répliqua Voreniel. Tu me crois peut-être pas, mais il y a des au-delàs pire que celui-ci.
-   Condamné à ne rien faire pour l’éternité. Qu’est-ce qu’il pourrait bien y avoir de pire ?
-   Tu ne fais rien… et on ne te fait rien, suggéra-t-il sans grande subtilité.

Il avait sans doute raison. Mais cette conversation ne m’intéressait pas, et je l’écartai d’un geste.

-   Quand bien même, enchaînai-je : je t’ai pas invoqué pour parler de ça.

Une étincelle apparut fugacement dans son regard bleu pâle.

-   Ça y est ?

J’acquiesçai.

-   Tu as rencontré quelqu’un ?
-   Une fille. Environ seize ans. Suicide.
-   Comment ça se passe ? Tu vas la revoir ?

Il y avait une vraie excitation dans sa voix. Sans doute était-il pressé d’en avoir enfin fini avec moi. Je conçois que mon attitude négative ne devait pas faciliter sa tâche, loin de là en fait.

-   On s’est donné rendez-vous demain.
-   Parfait, parfait…

Sa satisfaction, de « palpable », lorgnait vers « vexante ».

-   Alors, comment tu vas t’y prendre ? Explique-moi ton plan en détails.
-   Comment ça, mon plan ?
-   Comment tu as prévu de la séduire, bien sûr.
-   Oh… Je n’y ai pas vraiment réfléchi… Je pense que je vais être moi-même, tout bêtement. Y aller avec le talent.
-   Mauvaise réponse.

Je lus de la désapprobation dans l’expression de l’ange.

-   Mauvaise réponse ? répétai-je. N’importe qui sur terre te répondrait ça. En amour l’authenticité compte au maximum.
-   Sauf que tu es ici, Esa.
-   Et ça change quoi ?
-   La seule façon de déboucher dans cet univers est de mourir dans l’indifférence la plus complète. Partant de là, si tu pouvais te faire apprécier sans altérer ta personnalité, tu n’aurais jamais atterri ici. Un errant ne peut pas espérer l’amour de sa conquête ; il doit faire en sorte de l’insuffler lui-même. Sans qu’elle ne le remarque.

Un à zéro pour lui. Je m’appuyai contre la vitre avant, pour mieux encaisser le choc de cette brutale révélation.

-   Tu essaies de me dire que j’ai un rôle à jouer, récapitulai-je.
-   Exactement.
-   Je dois prétendre être un type estimable, suffisamment estimable pour occuper une place dans son cœur.
-   C’est plus difficile que ça n’y paraît au premier abord, tu sais.
-   Je sais, acquiesçai-je, alors que je ne savais rien du tout.

Pendant une demi-heure, nous débattîmes stratégie. Le temps commença à ralentir très perceptiblement. A mesure que l’on avançait, je décelais dans les formules et les tromperies que l’ange me conseillait nombre d’astuces qui m’évoquaient bien trop directement Sandi. J’imaginai la jeune fille en pleine discussion avec l’ange, pesant quelles phrases m’appâteraient le mieux, ce qu’elle pouvait se permettre d’insinuer sans éveiller ma méfiance, à quelle vitesse elle simulerait de tomber sous mon charme. Pour la première fois, j’eus une vraie empathie envers Sophia, pour avoir subi le même sort, succombé aux mêmes feintes. Allais-je vraiment lui infliger cette même douleur que j’avais eu tant de mal à surmonter ?
Je m’éloignai de quelques pas, dégourdis mes muscles, tentai en vain d’éclaircir mes idées.

-   Tu as un problème ? demanda Voreniel, lorsqu’il vit à quel point mon visage s’était assombri.
-   Bien sûr que j’ai un problème ! m’écriai-je. Elle craint, ta technique. Tu pouvais pas simplement unir les gens, au lieu de les piéger l’un après l’autre ?
-   Bien sûr que non. Je ne peux pas forcer un humain à aimer son prochain. Je ne suis même pas sûr que le Créateur le pourrait ; c’est contre nature.

Pour une raison que j’ignore, Voreniel se refusait toujours à l’appeler Dieu.
Je revins vers la voiture. Ma silhouette se découpait dans la lueur des phares, qui m’aveuglaient. Je posai les deux mains à plat sur le capot.

-   Je pense pas que je pourrai, Voreniel, soupirai-je. Tu connais mon envie de quitter ce monde fantoche, mon désir de rejoindre le paradis. Mais de cette façon-là… Je dois la manipuler, comme j’ai été manipulé avant elle. Je vais m’identifier à elle, forcément.

L’ange s’approcha de moi. Je levai les yeux vers son visage et y reconnus un sourire triste.

-   Tu parles toujours de logique, commença-t-il, alors fais toi-même le raisonnement… Tu sais comment fonctionne l’univers. Tu ne peux pas gagner sans que quelqu’un perde.
-   Ce n’est pas juste, murmurai-je.
-   Pas au sens où tu l’entends. Cela dit, ça n’a jamais été conçu pour.

Je continuai à débattre pour la forme, alors que je voyais déjà le moment de m’avouer vaincu se profiler à l’horizon. Un conseil, n’essayez pas de contredire un ange. S’il campe sur une position, il ne vous lâchera pas tant que vous n’aurez pas reconnu la pertinence de son argumentation. Une conséquence du manichéisme et de la foi unique qui marquent leur histoire millénaire, j’imagine.
Quand je me fus enfin résigné à concéder le dernier mot, nous retournâmes à l’élaboration du lendemain. J’avais l’impression de me lancer dans une campagne présidentielle. Pour la première fois, la contradiction me frappa : alors que l’amour se basait en théorie sur une ouverture totale à l’autre, la séduction se résumait à une tentative permanente et désespérée de dissimuler ce que nous recelons réellement à l’intérieur. Sans doute touchais-je là à la source d’un des fameux mystères de l’humanité, l’insolubilité de l’éternelle équation du bonheur. L’explication tiendrait la route – s’il s’avère que la logique régit effectivement le monde, bien sûr, ce que je n’affirmerais pas. Mais j’ai déjà abordé la question. Pardonnez mes redondances ; ce sujet trotte souvent dans ma tête, ces temps-ci.
   Comme lors de n’importe quel autre supplice digne du nom, le temps s’étira à l’infini pendant que Voreniel et moi préparions mes perfidies. Mon esprit résonnait de questions creuses, de doutes inutiles. Que je me haïsse après coup ou non, j’allais devoir me conformer à son système. Quelle alternative me proposait-on ? Rester planté là, dans les ténèbres de mon ancien monde, sans poids, sans influence, jusqu’à la fin hypothétique de l’univers ? Même en compagnie de Sophia, jamais je n’accepterais telle destinée. Jamais.
   Après le départ de l’ange, je passai la nuit sur place, sur la banquette arrière de ma voiture. Le sommeil me trouva maugréant, tourmenté de noires berceuses. Aucun repos. Avec l’entrain des lendemains de nuits blanches, j’attendis que ma montre indique dix heures pour prendre le téléphone portable de Damien dans une main, mon courage dans l’autre, et composer le numéro de Marine.

 
On a pris le premier train et on est allé quelque part. Une cité grise, pleine de bâtiments, avec plein d’ombres qui se déplaçaient dans plein de directions. Il y avait de la fumée, des voitures, du bruit, de l’indéfini. Je m’aperçois en vous narrant cet épisode qu’encore aujourd’hui, j’ignore de quelle ville il s’agissait. Au premier regard, Sophia l’avait baptisée Anywhere, parce que cela retranscrivait à la perfection les nuances dont elle se parait ; la terminologie perdura.
J’avais volé des habits décents pour l’occasion : un des t-shirt d’Alcest pour la promo de Souvenirs d’un Autre Monde, un jeans de marque avec ceinture assortie, de nouvelles baskets aux pieds au lieu des vieilles déchirées qui me plaisaient tant. Crime parmi les crimes, je portais même une veste neuve, dont la fermeture éclair glissait sans accroc. Non content de tromper Sophia, j’avais l’impression de trahir ce qui me définissait ; mais il faut ce qu’il faut pour en imposer, parait-il.
D’autant que si ma nouvelle amie faisait effectivement pâle figure au sens littéral, elle n’avait rien à m’envier, au contraire même, en ce qui concernait sa prestance. Ses cheveux formaient un motif compliqué derrière sa tête, retenus par une barrette en forme de papillon. Elle portait un ample pantalon de tissu noir, dont les extrémités cisaillées en divers endroits exposaient ses jambes à chaque mouvement, et un haut bleu foncé, à manches longues bien sûr, pour garder ses cicatrices hors de vue. Pas vraiment moulant, mais suffisamment pour que je discerne en relief deux raisons valables de se souvenir d’elle.

-   Alors, de quoi j’ai l’air ? avait-elle demandé, sur le quai de gare, en tournoyant sur elle-même tandis que des ombres la dépassaient pour embarquer.
-   D’une toupie, lui avais-je répondu en souriant.

Mais cela lui allait bien. J’avais pris sa main, l’avait galamment entraînée dans le wagon et au final nous avions atterri là, dans cette gare identique à celle que nous avions quittée. Trop identique. Une simple copie, comme tout le reste.

-   J’ai un cadeau pour toi… commençai-je.
-   Vraiment ?

Je sortis la boîte de ma poche. J’avais brièvement envisagé un emballage pour préserver la surprise, mais j’avais laissé tomber. Vu la nature de l’offrande, je risquais d’engendrer un vent si je faisais trop de mise en scène.

-   Du maquillage, fit-elle avec l’expression sarcastique à laquelle je m’attendais. C’est plus un cadeau pour toi que pour moi, ça, je me trompe ?
-   Hey, me défendis-je, on ne se connaît que depuis hier, j’ai fait ce que j’ai pu… Surtout que je suivais des cours ce matin.
-   Pourquoi tu vas toujours à l’université ?
-   Parce que je ne sais rien faire d’autre.

Elle hocha la tête. La raison suffisait.

-   Alors, repris-je après quelques instants de silence. Y a quelque part où tu voudrais aller en particulier ?
-   Oui. Près du fleuve.
-   Il y a un fleuve ici ? Tu connais la ville, donc.
-   Non, j’en sais rien, répondit-elle avec un peu de distance, de mystère. Mais s’il y en a un, j’aimerais bien remonter la rive.

S’il se trouve que ce fleuve existait, nous n’avons pas croisé son cours. Nous avons parcouru la ville, de long en large, d’abord à la recherche d’eaux entraînantes et de trolls sous les ponts, puis sans vraiment de but. Nos conversations dérivèrent, délaissant bien vite la ville et ses merveilles hypothétiques. Nous discourûmes de vie et de mort – surtout de mort –, de gloires ou de poussière, de cendre, d’infini et d’illusions. Je me laissai porter par les mots, attentif à ses paroles, précis dans mes réponses. L’écoute, un des facteurs vitaux. Toujours écouter avant de parler, se laisser glisser, agir en second.
Car toute la tactique menait bien sûr à cela, à ce moment où Sophia se sentirait suffisamment bien avec moi pour que je passe à la vitesse supérieure. Dans l’idéal, je suppose que cet enchaînement se produirait naturellement, entre deux âmes sœurs qui élisent de s’unir, mais l’idéal n’était pas vraiment ce qui préoccupait Voreniel. Le passage de l’amitié à l’amour était codifié, régulé pour que le hasard n’y ait qu’une place minime. Le cadre avait son importance : mémorable, mais pas de cliché idyllique – un fleuve aurait convenu, d’ailleurs, puisqu’elle aimait ça. Je dus me contenter d’une place d’envergure moyenne, au milieu de laquelle une fontaine scintillait sous les rayons du soleil gris. Changement d’attitude : il m’incombait à présent de diriger l’action, toujours sans paraître la brusquer ou la régir. Pas de recette pour ça, je devais juste me lancer.
A un instant précis, devant cette fontaine, Sophia et moi cessons de dialoguer, d’un accord tacite. Je la prends par le bras, nos yeux se rencontrent, nos têtes se rapprochent… Nos lèvres, pourquoi pas, après tout… On peut presque se souvenir du monde à l’époque où il était beau. Chaque instant semble futile mais plein d’éternité.
Et elle parle. Pourquoi faut-il qu’elle parle ?

-   Esa…

Je la sentis qui s’éloignait de moi, se dégageait de mon étreinte. Incrédule, je jetai un coup d’œil sur mes mains à présent vides et les découvris rouge sang.

-   Il faut que je change mes pansements.

La tension retomba alors qu’elle retroussait ses manches. Un simple contact avec ses avant-bras avait suffi à rouvrir les cicatrices sur ses artères, qui expulsaient leur contenu à cœur joie.

-   Oh merde… Excuse-moi.

Mes habits neufs, sur la trajectoire des geysers, s’étaient couverts de pourpre et adhéraient à ma peau. Ignorant mon dégoût, j’arrachai la chemise d’une ombre qui passait au mauvais moment, avec l’intention de former un garrot de fortune pour Sophia.

-   Ça ne sert à rien, m’arrêta-t-elle. Le sang ne vient pas de mon bras ; ne me dis pas que tu arrêtes de brûler si tu te baignes dans de l’eau gelée.

Certes. Mais que voulez-vous, je peinais encore et toujours à me départir de certains réflexes humains. Et j’aurais bien aimé vous y voir, à ma place.

-   On a dépassé une pharmacie en haut de la rue.
-   Allons-y.

Je lui proposai mon aide, qu’elle déclina, privilégiant un peu d’intimité. Parce que le sang gouttant de mon t-shirt formait une flaque conséquente à mes pieds, je commençai à tourner en rond devant le seuil, incertain et nerveux. Après mon faux pas, j’allais devoir me plier à sa sentence quant à la suite de notre relation. Qu’allait-elle décider ? Oublier, ou m’oublier ? Impossible de deviner, d’où mon angoisse : je jouais tout mon avenir à pile ou face. Je sortis une pièce de mon portefeuille et tirai.

-   Qu’est-ce que tu fais ?

La jeune fille me regardait avec curiosité. Je ne l’avais pas vue ressortir.

-   Oh… Rien, bafouillai-je, rouge.

Alors que j’avais l’air de sortir d’un massacre, et pas en vainqueur, Sophia ne conservait aucune séquelle apparente ; seules deux marques foncées sur ses manches témoignaient encore de l’incident. Une métaphore parlante, puisque c’était moi le véritable blessé, moi qui avait tout perdu dans l’aventure. Elle avait l’initiative, elle tenait les dés. Je ne pouvais que ramasser ma pièce.

-   Face, annonçai-je dramatiquement.
-   Qu’est-ce que ça signifie ? m’interrogea Sophia.
-   Je l’ignore pour l’instant.

J’appris rapidement que cela signifiait « fail ». Nous continuâmes la promenade quelques minutes, parlant par saccades. Je tentais de remonter le temps, de faire abstraction, et je sentais qu’elle ne s’y opposait pas complètement, mais l’entrain n’y était plus. Nos répliques manquaient d’inspiration, de confiance, comme si elles avaient pris conscience d’elles-mêmes qu’une partie de la magie s’était évaporée.

-   Retournons à la gare, finit par demander Sophia.
-   Je t’y retrouverai, complétai-je, penaud. Il faut que je me change.

Je ne me hâtai pas. Non pas pour choisir un beau t-shirt – je ne me souviens même plus à quoi il ressemblait – mais parce que je perdais le contrôle. Tout glissait autour de moi, à cause d’une seule erreur, stupide, aussi insignifiante qu’irréparable. J’avais tout détruit par inadvertance, et je ne voyais pas comment rebâtir à partir de ces ruines. Il me fallait repartir des fondations les plus basiques de notre édifice pour le redresser. L’architecture des sentiments n’a jamais été mon fort.
   Finalement, mes pas me reconduisirent sur le quai. Je craignais qu’elle ne m’ait pas attendu. Je craignais de me retrouver à nouveau face à moi-même, seul et con, mais Sophia se tenait là, debout devant le train. Je ne la reconnus pas tout de suite, et pour cause : elle avait appliqué une couche de fond de teint pendant mon absence, ce qui la ressuscitait pleinement. Mon regard se perdant au creux de son cou, je m’imaginai presque un pouls en train d’y battre.

-   Ça te plaît ?
-   Beaucoup, confessai-je.

Elle me sourit doucement. Et soudain, tout allait bien à nouveau.
Ca n'a aucune réalité, de toute façon. Voilà pourquoi c'est important. Les gens ne se battent que pour des choses imaginaires.

Hors ligne Alisher

  • Tabellion
  • Messages: 56
  • Ostanyetsya.
Re : Fleuves d'ombre
« Réponse #2 le: 11 Janvier 2011 à 02:46:10 »
Envoi 3


L’autoroute défilait lentement sous les roues du bus. Bulle n’était plus qu’un souvenir, Fribourg encore qu’une projection. De plus en plus précise, de plus en plus inévitable. Le bus avalait la distance tandis que j’étais incapable d’avaler même ma salive. Je regardais le goudron, les bornes kilométriques, et je me figurais à quoi le destin ressemblait. Une longue ligne droite, grise et lénifiante, environnée de pluie.
Pour une fois, je me serais bien passé de la pluie. Trop adaptée à mon humeur. C’était une de ces averses mélancoliques qui amènent l’automne toute l’année, qui donnent envie de devenir pessimiste pour mieux se fondre dans le décor. Je posai mollement mes doigts sur la vitre, au niveau des gouttes. Tant que je ne l’avais pas revue, je restais dans une expectative angoissante. Mais tant que je ne l’avais pas revue, il me restait l’espoir, cet espoir qu’elle avait toute latitude pour démolir. J’étais un pantin au service de l’échéance, animé par le lent écoulement du sablier du temps. Jouet d’elle.
Très peu de monde dans le bus, à cette heure-ci. Et une moyenne d’âge similaire à celle d’un loto à l’hôtel de ville. Découvrez l’envers du décor fribourgeois ; des vieillards se complaisant dans leur routine, gérant leurs soucis microscopiques, colportant leurs anecdotes sédentaires. Genève représentait l’exotisme, pour eux. Et pas un ne s’imaginerait un jour ce qu’il aurait pu advenir de sa vie s’il s’était aventuré ailleurs.
J’augmentai le volume de mon MP3 et fermai les yeux, fuyant ce spectacle. Une chimère occupait mon esprit : le visage de Sophia, la vitre dégoulinante, puis son visage à nouveau, si bien que je ne savais plus trop s’il s’approchait de moi, ou s’il s’éloignait. Je rouvris promptement les paupières. Les gouttes s’abattaient toujours sur son front, sur la vitre, sur ses joues. Perles liquides, elles épousaient leur contour. Conscient ou inconscient, je ne trouvais plus d’échappatoire. De l’autre côté de mon cerveau, l’avertissement de Voreniel résonnait en écho, et l’ensemble se mariait en un oppressant concert de silence. Je me remémorai notre dernière entrevue.
La nuit avait recouvert les arbres de son habituelle chape d’encre sombre. Dans le lointain retentissaient les cris nocturnes, les bruissements et les craquements dont fourmille tout biotope, mais rien ne paraissait important, ou même vivant. Seule luciole, seule étincelle, la cigarette consumée sur laquelle je tirais sans conviction. Jusqu’à ce que l’ange se décide à sortir de l’ombre, forcément.

-   Tu fumes maintenant ? fit-il avec un sourire narquois, se profilant derrière mon dos. Tu sais que ce truc te tuera.

Je n’eus aucune réaction. Non que quelque chose m’eût signalé sa présence, non, mais pourquoi sursauter quand il n’y a plus rien à craindre ?

-   Ouais, mais pas aujourd’hui, répondis-je seulement, comme à mon habitude.

Sourires. Sans plus de fioritures, je lui dépeignis ma progression. Les objectifs que j’avais atteints, ceux sur lesquels je pêchais encore, ce que je comptais faire pour y remédier. Je parlai de Sophia avec une emphase naturelle qui dut lui paraître suspecte, puisque son expression s’assombrit au fur et à mesure de mon rapport. A la fin, il se passa la main sur le menton, visiblement ennuyé.

-   Tu es tombé amoureux, c’est bien ça ? marmonna-t-il.
-   Je…

Je ?... Je.

-   Il l’aime, traduisit-il, toujours sur le même ton. Et merde !
-   Et quand bien même je l’aimerais, quelle différence ?
-   Tu n’es pas supposé l’aimer ; tu as juste besoin d’elle. Tu dois continuer à la voir comme un outil, non comme un objectif.
-   Mais qu’est-ce que ça peut foutre ? me récriai-je.

L’ange recula d’un pas, ce qui indiquait chez lui qu’il allait se lancer dans une concession rhétorique.

-   Bien sûr, je ne te l’interdis pas. C’est juste dangereux.
-   Ah oui, vraiment ? me braquai-je, sur la défensive.
-   Séduire quelqu’un à qui l’on tient présente des risques, des risques inutiles dans ta situation. Le risque d’être paralysé par l’enjeu et de tout perdre. Le risque de s’égarer dans ses sentiments et de se mystifier soi-même. De ne plus voir que ce qu’on aspire à voir, si tu préfères. Pour amener Sophia à ressentir ce que nous voulons, toutes tes capacités, tous tes sens doivent rester en alerte. Et si les émotions nous faisaient agir rationnellement…
-   …On ne les appellerait pas é-motions, complétai-je.
-   Pardon ?
-   Rien. J’ai cité House.
-   Un philosophe ?
-   Un connard.
-   D’accord, opina Voreniel.

Il haussa les épaules comme pour chasser ce détail, puis reprit :

-   En résumé, tu fais intervenir des variables supplémentaires dans un plan déjà très faillible. Le résultat n’en devient que plus aléatoire.

Mais je ne l’écoutais plus. De fait, je ne suis pas sûr de l’avoir vraiment écouté un seul instant. Un nouveau stratagème avait germé pendant mes réflexions, et je décidai que c’était le moment propice pour le lui soumettre.

-   S’il faut que je compte à ses yeux pour que j’accède à l’au-delà… Qu’est-ce qui se passe si à ce moment-là, je tiens également à elle ?

Avant que j’aie fini ma tirade, l’ange secouait déjà la tête, dans un mélange navré de sympathie et d’incrédulité.

-   N’as-tu absolument rien écouté de ce que je viens de dire ?

Je reculai d’un pas, ce qui indiquait chez moi qu’il commençait à abuser de ses airs condescendants et que j’allais bientôt lui en coller une.

-   Pourquoi n’aurais-je pas le droit de nous sauver tous les deux ?
-   Ce n’est pas une question de droit, mais de pouvoir.

Il y avait des jours où Voreniel me semblait particulièrement clair, intelligible, et où toutes les fantaisies surnaturelles qu’il ne manquait jamais de m’apprendre faisaient autant de sens pour moi, si ce n’est plus, que tout ce qui avait constitué ma vie antérieure. Ce soir-là, pas du tout. Il continuait à déblatérer au sujet de destin, de schémas et de rouages, et tout ce qui me parvenait s’emmêlait en un fatras d’informations tentaculaires et confuses, que je n’avais aucun désir de traiter.
Nous nous quittâmes en termes plus ou moins neutres. Neutralisés, j’ai envie de dire. Aucune véritable conclusion. Plutôt que de réitérer les mêmes arguments en boucle, il s’en alla simplement. A bientôt, ange. A bientôt de l’autre côté. Je ne savais pas si Voreniel avait accès à l’au-delà. Je l’espérais ; j’avais envie de le revoir. Non pas prendre un thé avec lui tous les samedis afin d’évoquer le bon vieux temps de l’errance, ou l’intelligence du piège que nous avions concocté ensemble. Simplement pour le croiser de temps à autre, le saluer. Me souvenir. Est-ce que j’y retrouverais Sandi ?
   Ensuite il ne se passa rien. Rien jusqu’à ce SMS, bien sûr, il y a deux heures de cela, ce SMS qui vint remettre en branle les événements, enclencher l’étape suivante.

   « Demain, gare de Fribourg, 14h45 ? »

Il ne m’en fallait pas plus pour accourir. Ainsi me voilà en transit, sur cette même autoroute que nous avions mis cinq minutes à parcourir, la veille, parce que Sophia m’accompagnait, et qui semblait ce jour-là me promettre des heures suspendues de trajet. Le temps a toujours eu un sens de l’humour particulier, surtout quand il s’est aperçu qu’il ne vous reste que lui comme compagnon. Autant que possible, tâchez de ne jamais le lui dévoiler.


   Un plafond de béton engloutit subitement le ciel, et je suis le premier debout tandis que le bus s’engouffre dans la station. La pluie ne peut nous suivre aussi loin, déjà les pleurs tarissent sur les joues vitrées que j’avais inventées. Personne ne lève les yeux ; les quelques adolescents présents rembobinent les fils d’écouteurs qui dépassent de leurs vestes, mais aucun ne coupe l’IPod. Que le périple s’achève ou qu’il continue, peu importe. La musique les accompagne.
   A peine les portes coulissent-elles que je surgis, impatient, plein d’espoirs et de doute. J’ai quarante-deux minutes de retard sur le rendez-vous convenu parce que, comme d’habitude, les horaires TPF existent dans le but de ruiner le plus d’existences possibles. J’ai peur qu’elle ne m’ait pas attendu et, pour une fois, il y a de la matière derrière ma crainte. A travers la foule fluette, je ne distingue nulle part sa silhouette caractéristique, que je reconnaîtrais entre mille.
   A partir de là, je n’avais plus de plan. Je m’assis au bord de la route, sur le trottoir froid, puis allai m’adosser au mur, quelques pas en arrière. La possibilité qu’elle parte sans moi, si évidente, mais si impensable, marquait dans mon esprit une fin en elle-même. Il n’y avait rien ensuite, pour moi. Que faire, quand on n’a plus rien ? J’avais été dans cette situation depuis le départ de Sandi ; n’avoir plus rien. J’avais toujours su m’adapter. Voilà qu’on m’avait donné quelque chose, puis qu’on me l’avait repris. Maintenant ce même vide semblait insurmontable.
Presque dix minutes je restai planté là. La ligne « Fribourg – Misery » démarra sous mes yeux, fort à propos.
Et puis soudain, elle était là. Alors les couleurs revinrent. Sur le temps qui renaît pour aussitôt se figer. Sur la station si commune qu’elle en est dérisoire. Je jouai des coudes pour traverser le flot des ombres, pour rejoindre Sophia ; j’avais oublié que ce n’était pas nécessaire. Ensemble, voilà tout. Mon humeur était à la célébration. Je lui sautai presque dessus, ce qu’elle accueillit avec un petit rire.

-   Je t’aime…

Quelque chose se passait, je le devinai. Des étincelles tremblotantes envahirent mon champ de vision, tandis qu’une force me refoulait, m’éloignait d’elle. Enfin, il arrivait, ce moment que j’avais attendu, escompté, ce moment où j’allais me prouver supérieur au système. J’avais réussi à nous sauver tous les deux.

-   Qu’est-ce qui se passe ? demanda Sophia, prise au dépourvu.
-   Nous allons partir d’ici, répondis-je. Nous sommes saufs.

L’affolement se lisait dans son regard. Je sus que j’aurais du mal à lui expliquer mes choix, entre autres pourquoi je ne l’avais pas mise au courant plus tôt. Me faire pardonner coûterait du temps. Mais du temps, nous ne risquions pas d’en manquer dans l’au-delà, une fois que nous y aurions accédé…

-   Qu’est-ce qui se passe, Esa ? répéta-t-elle.
-   Nous sommes restés attachés au monde parce que nous n’y avions laissé aucune marque de notre passage. Mais vu que nous comptons l’un pour l’autre, le destin n’a plus de raison de nous retenir. L’amour d’un seul individu permet de franchir le seuil.

Je pris mon courage à deux mains pour formuler l’évidence intrinsèque :

-   Je connaissais le mécanisme ; je n’ai pas été sincère avec toi, et je le regrette. Celui qui m’a tout expliqué m’a incité à te duper, m’a induit à penser que je n’avais aucune alternative. Il ne voulait pas croire en nous.

Malgré le halo répulsif qui se consolidait autour d’elle, je pris ses mains et les serrai dans les miennes. Elle avait cessé de saigner, et son contact me brûla presque. Je goûtai à nouveau à cette sensation, trop soudainement pour en prendre pleinement conscience, trop brièvement pour en profiter. Sophia rayonnait ; elle paraissait si vivante que j’avais envie de me noyer dans ce mirage.

-   Nous avons su triompher, conclus-je.

Je l’enlaçai à nouveau. Au diable ce halo, au diable l’envie de vomir qui m’aurait noué l’estomac si je mangeais encore. S’ils cherchaient à m’éloigner de Sophia, les responsables de l’au-delà allaient devoir sortir le grand jeu : de toute mon âme, je refusais de me séparer d’elle. Je souffrais, mais ne pliais point. Pas pour si peu. C’était de la bonne douleur.
Que son étreinte paraisse un peu distante ne me choqua pas plus que ça. Elle aussi devait éprouver les contrecoups de la lueur, ce qui justifiait ce léger manque d’enthousiasme.

-   Esa…

Qu’elle fasse trembloter la dernière voyelle, affolée par les conséquences, ne me choqua pas plus que ça. La joie de nous avoir tirés d’affaire devait lui serrer la gorge. J’étais moi-même tout retourné par l’émotion.
Je relevai la tête, pour l’encourager du regard à poursuivre.
   Ça ne me choqua pas de contempler son sourire forcé, ses yeux terrifiés qui me hurlaient que quelque chose n’allait pas, que je devais ralentir. Elle avait tant appris en si peu de temps. Comment lui reprocher de vouloir ralentir, avec toutes les informations qu’elle devait digérer ?
A vrai dire, quand j’y mets un peu de passion, je suis très habile pour esquiver les mauvais présages.

-   Regarde-toi.

   Je suivis l’instruction, trop radieux pour comprendre ce que tant de mises en garde impliquaient, trop confiant en elle pour me remettre en question. Jusqu’à ce que je voie mes mains, soigneusement maquillées, désespérément livides.
Le choc me laissa pantois, vacillant, au bord de l’alarme : je ne luisais pas. Ce qui ne pouvait signifier qu’une seule chose… Je relâchai mon étreinte.

-   Tu m’as menti ?

Bienvenue à la fin du processus de pensée. Je sentis mon sourire planter des clous à l’intérieur de mes lèvres.

-   C’est-à-dire que…
-   Mais pourquoi ? m’écriai-je, envahi par une foule d’émotions contradictoires. Qu’est-ce que tu y gagnais ?

Les yeux de Sophia se firent fuyants, ceux de quelqu’un qui cherchait à tout prix à se soustraire à la question. Son entrée imminente dans l’au-delà lui offrirait l’échappatoire qu’elle convoitait mais, d’ici là, elle ne pouvait éluder.

-   Comment tu crois que ça marche ? me balança-t-elle, la bouche un peu tremblante. Tu penses que par magie, puisqu’on se retrouve ici tous les deux, on forme le couple parfait ? Sept milliards d’humains dans le monde, et ils réunissent deux âmes sœurs au hasard ?

Elle s’écarta de moi spontanément, tandis que je m’écartais d’elle. Il y avait quelque chose de cassé en nous, en moi.

-   Il n’y a que nous, ici, poursuivit Sophia. Tu me l’as dit toi-même. Je ne peux pas rester seule. Je me suis tuée pour arrêter de l’être, je ne pouvais pas continuer dans l’au-delà…
-   Si on est sorti ensemble, c’est parce que…
-   Parce que tu étais là. Parce que j’y suis. Parce qu’il n’y a personne d’autre.

Je secouai la tête, désabusé.

-   Alors, après tout ce que nous avons échangé, ce que j’ai partagé avec toi… Je dois juste accepter que tu ne ressens rien pour moi ?
-   Je pensais que ça viendrait à long terme… qu’il y aurait un long terme…

Je complétai mentalement : et que j’avais une bien trop haute opinion de mon charisme pour risquer de la percer à jour. Ce pourquoi il serait malhonnête de blâmer Sophia, par ailleurs.

-   Ça marche comme ça… Dès que tu rencontres quelqu’un, tu joues un rôle. Ce rôle se décide en fonction des objectifs que tu comptes atteindre. Toi, tu avais un ange pour t’orienter. J’avançais à l’aveuglette. Peu importe, on est toujours amené à se manipuler.

Je me demandai si je rêvais, endormi, avec comme bruit de fond une version amicale du discours final de Sandi. Mais je savais bien que non.

-   Et tu l’as même fait inconsciemment, renchérit-elle.
-   Comment ça ?
-   J’imagine que l’idée de ce pseudonyme finlandais ne t’a pas été suggérée par ton ami ? Tu l’as décidé par toi-même, non ?

Ok, je veux bien l’admettre, mon nom n’est pas Esa. Vous connaissez beaucoup d’Esa en Suisse romande, vous ?

-   Je te comprends, bien sûr, reprit-elle, avant que je n’aie à me justifier. Pas d’autre audience, ici. Tu n’avais que moi devant qui te mettre en spectacle, alors tu as choisi de présenter quelqu’un d’original. Très naturellement.

Note pour plus tard : toujours mentir de manière simple, toujours se cantonner à des éléments courants. Ça passe mieux.
Un bourdonnement se fit entendre, léger mais tenace. Je l’interprétai tout de suite comme une amorce, le début de l’étape suivante. Elle l’avait aussi ressenti ; sa réplique m’apporta confirmation.

-   Je crois que ça commence…
-   Et, bien sûr, tu ne t’appelles pas Sophia… fut tout ce que je trouvai à lui répondre.

La petite touche, le détail qui venait parachever l’ensemble. Elle m’adressa un sourire de regret sincère, bien vite englouti par la clarté. Il m’était de plus en plus difficile de discerner ses traits et leur éclat, qui se mêlaient en une unique entité.

-   A bientôt j’espère, lança-t-elle d’une voix à peine audible.

Quand l’aura disparut, Sophia s’était dissipée. Ne restaient que moi, quatre cloques toutes fraîches, la pluie, la musique indistincte et le souvenir des paroles amères de Voreniel. Ne plaignez pas trop mon sort, cependant. Ce n’est pas sans espoir ; une autre occasion ne manquera pas de se présenter. Selon l’ange, la fréquence des errances augmente, mais vous n’aviez pas besoin qu’il l’affirme pour vous en rendre compte, n’est-ce pas ? Une nouvelle ombre me rejoindra bientôt, avide d’une attention qu’on ne lui a jamais accordée et, cette fois, j’ai bien retenu la leçon. A trop se croire en contrôle des variables, on fait confiance, on se relâche. C’est un piège dans lequel je ne risque pas de retomber.
Ca n'a aucune réalité, de toute façon. Voilà pourquoi c'est important. Les gens ne se battent que pour des choses imaginaires.

Hors ligne Tourniaire

  • Scribe
  • Messages: 69
  • Petit vieux déjanté
Re : Fleuves d'ombre
« Réponse #3 le: 14 Janvier 2011 à 02:19:51 »
Globalement, cette nouvelle est très intéressante.

Dans le premier texte, le
Citer
type en costar
a besoin d'un d à costard. J'aime beaucoup tes descriptions des personnages, on les voit vraiment.

Par contre certaines scènes paraissent un peu confuses.

Par exemple lorsque ton perso masculin monte dans le bus la première fois, j'ai cru qu'il était déjà assis, et en fait non. Pourtant il était en bonne position pour obtenir sa place.
Citer
Premier à rentrer, premier à sortir.
laissait supposer qu'il avait réussi son coup.  Mais non en fait il n'a pas réussi à avoir la place qu'il voulait. En relisant plusieurs fois, j'ai fini par comprendre l'action, mais j'ai buté un petit moment.

Une autre scène sur laquelle j'ai bloqué est celle où leur première "date" part un peu en eau de boudin avant de bien se finir.
Citer
J’avais tout détruit par inadvertance, et je ne voyais pas comment rebâtir à partir de ces ruines.
Soit ton personnage est une "drama-queen" soit ta description de la scène n'indique pas suffisamment pourquoi cela tournait momentanément à la catastrophe.

Sinon, je trouve que ton histoire est grosso modo originale et agréable à lire.
Général en chef de l'invasion rivagienne.
NB : Oui je suis un revenant...
Votez Gaston Président de la République ! :D

Hors ligne Alisher

  • Tabellion
  • Messages: 56
  • Ostanyetsya.
Re : Fleuves d'ombre
« Réponse #4 le: 15 Janvier 2011 à 05:12:07 »
Merci de ta lecture Tourniaire  :)

Tu me rassures sur la description, c'est une des scènes que je trouvais beaucoup moins bonne qu'à l'époque où je l'ai écrite... Tant mieux si ça passe.

Pour la première scène, il s'est effectivement assis, mais le couple va s'asseoir au même endroit, et donc il décide de se relever. C'est sûrement difficile à comprendre parce qu'à ce moment du texte on ne sait pas encore pourquoi ils s'assiéraient au même endroit, mais je m'étais dit que l'ambiguïté était levée ensuite et que ça suffirait...

Tu as raison sur l'effet que ça donne pour le premier rendez-vous, je vais retravailler un peu le passage avec des remarques plus insistantes d'Esa sur l'urgence et les enjeux, ce qui serait d'ailleurs des pensées assez logiques pour ce perso dans cette situation.
Ca n'a aucune réalité, de toute façon. Voilà pourquoi c'est important. Les gens ne se battent que pour des choses imaginaires.

Verasoie

  • Invité
Re : Fleuves d'ombre
« Réponse #5 le: 31 Janvier 2011 à 15:44:56 »
Citer
Il était 15h49 et un calme mortel régnait dans la station, alors qu’au dehors la pluie engageait un duel acharné contre le goudron.

C'est bete mais j'aime bien cette rime en -on  :mrgreen: (reprise plus loin avec "arrière-fond")

J'en suis qu'au deuxième paragraphe mais le style m'enthousiasme ! En plus du fait que ca semble se passer a Fribourg, c'est pas banal huhu
(En fait je viens de vérifier en voyant Fnac, je me croyais au Fribourg allemand mais manifestement non. XD On est en Suisse ou en Moselle ?)

Citer
Si vous en faisiez partie, ne vous réjouissez pas : vous m’apparaissez encore plus transparents qu’eux, au point que j’en omets de vous mentionner.

Ca c'est fait XD

Citer
Par quelque fantaisie suisse, l

haha
Oui en fait j'aurais du le deviner aux francs...

Cool, le truc du mec invisible ! Je me demandais aussi pourquoi il avait laissé sa place au couple xD

Citer
-   Esa, répéta-t-elle en me regardant. Joli.
-   Non, finnois, corrigeai-je machinalement.

XD Trop bon

Citer
La seule façon de déboucher dans cet univers est de mourir dans l’indifférence la plus complète. Partant de là, si tu pouvais te faire apprécier sans altérer ta personnalité, tu n’aurais jamais atterri ici.

Ah, j'aime bien cette idée



Je vais aller en cours donc je m'arrete a la fin du deuxième envoi. Pour l'instant j'aime beaucoup, le thème fait partie de ceux qui me plaisent et meme si l'idée de revenants ou de monde parallèles ou d'anges n'est pas originale, le texte a suffisamment de remarques, de détails inattendus pour ne pas lasser. Je lirai la suite !

Hors ligne arwen

  • Calliopéen
  • Messages: 486
    • Laissez parler les p'tits papiers
Re : Fleuves d'ombre
« Réponse #6 le: 31 Janvier 2011 à 19:48:08 »
J'ai commencé à te lire, mais j'avoue que je décroche. Tu fais trop compliqué dans ta façon d'écrire... Pour peu de choses... Et ça devient assez obscur et impénétrable, hélas... Le peu que j'ai lu me rebute  à continuer ma lecture.
Non seulement tu fais compliqué, mais c'est souvent maladroit. Alors ça passe pas, désolée.
 N'essaie pas de battre le champion du monde de la discipline pour commencer ! Fais simple ! Quitte à enrichir ensuite ton style. le but c'est de faire comprendre, non ? là, y'a plusieurs endroits où je ne t'ai pas comprise...

Je te mets quelques remarques que j'ai noté sur les premiers paragraphes.



Citer
Il était 15h49 et un calme mortel régnait dans la station, alors qu’au dehors la pluie engageait un duel acharné contre le goudron.
C’est pas génial de commencer par il était… déjà en soi c’est moche, mais comme première phrase… et commencer un récit par la météo, bof,c’est ennuyeux au possible.

Citer
Elle allait perdre, comme souvent, mais à ce stade du combat ça ne semblait pas encore complètement évident.
Plutôt dit maladroitement…

Citer
Les bruits de la gare parvenaient jusqu’à moi à travers une brume lointaine, étouffés par le silence pénétrant des alentours.
Me parvenaient… et hum brume lointaine et silence pénétrant, j’suispas fana, très clichés littéraires.

Citer
Seule perturbation, une musique profondément commerciale en arrière-fond, diffusée à un volume si bas que seules les oreilles les plus subtiles pouvaient l’entendre.
Profondément sonne non seulement bizarre, mais ne sert strictement à rien dans ta phrase qui fonctionne très bien sans. C’est le cas de la plupart des verbes en ment, en passant.

Citer
Dans la mesure où le monde est réellement gouverné par des principes de logique, ce dont je me suis quelquefois permis de douter, il est grand temps qu’il se penche sur le cas de la ligne de bus reliant Fribourg à Bulle.
Idem pour réellement.
Et ta phrase est plutôt obscure et compliquée à cause de cette incise. Il faudrait au minimum simplifier ça à de dont je doute parfois, mais je ne suis vraiment, vraiment pas fana. Tu fais compliqué pour dire pas grand-chose au fond.

Citer
Non tant parce qu’elle coûte quatorze francs quarante pour un trajet de trente minutes, ce qui paraît déjà bien dramatique, mais plutôt parce qu’ils partent à 02 et à 32.
Très très mal dit, le Non, tant passe mal qu’a cause de cette nouvelle incise au milieu qui complique la lecture. Mettre des tirets  à la place des virgules serait un poil mieux, mais bon là encore, j’aime pas cette façon de faire. Et on ne comprend pas la fin avec cette histoire de 02 et 32… Ta phrase suivante est bien plus claire. Passage à réécrire selon moi.

Citer
Ce qui a une conséquence simple : si vous avez le malheur de travailler en fonction d’horaires fixes, comme une bonne majorité de la population mondiale, et que vous ne travaillez pas à moins de deux minutes de la gare, comme une bonne majorité de la population fribourgeoise, dites adieu au bas mot à deux heures par semaine.
Ta façon d’exposer les faits n’est pas simple en tout cas…  et dire adieu à 2 heures par semaine ? C’est un drame ( euh, moi c’était deux heures par jour y’a pas si longtemps… )

Citer
L’université de Sainte-Miséricorde, située à une rue de la station, n’entre pas dans le périmètre recherché. Croyez-moi. Je le saurais.
Pas compris ce que ça vient faire là : tu sautes du coq à l’ane là… quel périmètre ?

Citer

Long story short, cela faisait quarante-six minutes que j’attendais, avec la patience de l’habitude, qu’on daignât bien me conduire à Bulle. Je profitais en général de ces oisivetés forcées pour faire un tour à la Fnac, juste en face, mais ce jour-là je restai sur place. Sans raison particulière, pour autant que je m’en souvienne. Certainement pas la météo, au contraire en fait – j’ai toujours eu un faible pour les orages. Peut-être la lassitude, tout bêtement.
Je me souviens que Fribourg m’intriguait avant l’explosion. Depuis, à force de contempler les mêmes bâtiments, les mêmes rues, les mêmes visages marqués par les mêmes vies, tout intérêt m’avait déserté. Trop classique. Mais quoi de plus normal, pour une ville qui se veut étudiante plutôt qu’étudiée ? Un jour, j’allais me résoudre à partir. Mais je ne pouvais atteindre seul l’unique destination à laquelle j’aspirais encore.

C’est déjà plus clair comme style, là, tu vois !
Citer
Les ombres commençaient à affluer vers le quai, leur impatience celée sous un masque de circonstance.
Pas fana du tout ! Des ombres ? Mouais scellées. Un masque de circonstance ? euh expression toute faite qui nous ne dit absolument rien…
Citer
Après tout, ils étaient à l’abri, vous savez, alors ce n’était pas si grave, ils n’avaient rien d’urgent à faire, un délai de quinze minutes ne les dérangeait guère…
Inutile ce vous savez, pas agréable et pas justifié, le narrateur qui s’adresse au lecteur…



Hors ligne Alisher

  • Tabellion
  • Messages: 56
  • Ostanyetsya.
Re : Re : Fleuves d'ombre
« Réponse #7 le: 31 Janvier 2011 à 21:15:08 »
Merci de vos commentaires, intéressant de voir comme ils s'écartent radicalement  :-[

Verasoie, content de t'avoir intéressée, j'espère que la conclusion te satisfera  :) Fribourg, Suisse effectivement, une ville que je commence à connaître et sur laquelle il y a à dire en bien comme en mal, beaucoup plus que le vague aperçu qu'Esa en donne ; ici c'est surtout que je voulais placer "Fribourg -> Misery" une fois dans ma vie  :-¬?

Arwen, c'est moi qui suis désolé, et te remercie d'avoir essayé. Je retiens plusieurs remarques correctes, d'autres fois je reste plus sceptique. J'ai déjà édité en partie.

Citer
Non tant parce qu’elle coûte quatorze francs quarante pour un trajet de trente minutes, ce qui paraît déjà bien dramatique, mais plutôt parce qu’ils partent à 02 et à 32.
Très très mal dit

=> Effectivement  :o J'ai beaucoup de mal à trouver une formulation valable pour dire 02 et 32. Y a eu au moins cinq versions différentes de cette phrase, semblerait que j'ai fini par prendre la pire, je m'en félicite  :mrgreen:. Si quelqu'un a une meilleure idée que ce que je viens d'éditer, je prends volontiers.

Citer
Après tout, ils étaient à l’abri, vous savez, alors ce n’était pas si grave, ils n’avaient rien d’urgent à faire, un délai de quinze minutes ne les dérangeait guère…
Inutile ce vous savez, pas agréable et pas justifié, le narrateur qui s’adresse au lecteur…

=> Non, en théorie c'était du discours indirect libre en fait. "Au moins" permettra peut-être de mieux le sentir qu'"après tout".
Ca n'a aucune réalité, de toute façon. Voilà pourquoi c'est important. Les gens ne se battent que pour des choses imaginaires.

Hors ligne arwen

  • Calliopéen
  • Messages: 486
    • Laissez parler les p'tits papiers
Re : Fleuves d'ombre
« Réponse #8 le: 31 Janvier 2011 à 21:23:30 »
Sur le contenu, je ne me prononce pas vu le peu que j'ai lu. C'est vraiment la forme qui me gêne.

Hors ligne Tourniaire

  • Scribe
  • Messages: 69
  • Petit vieux déjanté
Re : Fleuves d'ombre
« Réponse #9 le: 01 Février 2011 à 14:47:33 »
Possible reformulation :

Citer
Plutôt que l'heure pile ou un décalage raisonnable, les départs se font à X h 02 ou X h 32, ne laissant aucune chance aux pauvres voyageurs.

Ca fait un peu mathématique.  >:D

Quant à la forme Alisher, c'est vrai que certaines phrases mériteraient d'être légèrement reformulées par souci de clarification. Mais j'aime bien ton style, il m'avait bien accroché le regard. Dans quelques temps, lorsque le texte ne sera plus si frais dans ta mémoire, cela vaudra le coup de le réviser.
Général en chef de l'invasion rivagienne.
NB : Oui je suis un revenant...
Votez Gaston Président de la République ! :D

Hors ligne ernya

  • Vortex Intertextuel
  • Messages: 7 683
  • Ex-dragonne
    • Page perso
Re : Fleuves d'ombre
« Réponse #10 le: 01 Février 2011 à 16:57:41 »
Citer
Du coup, son expression oscille entre les deux d’une manière assez comique.
bof

 
Citer
ce soir où ils seront seuls, ce soir où il pourra peut-être la baiser en récompense…
en récompense de  quoi ?

Citer
Si vous en faisiez partie, ne vous réjouissez pas : vous m’apparaissez encore plus transparents qu’eux, au point que j’en omets de vous mentionner.
mouais, je suis pas convaincue par ces adresses au lecteur

Citer

-   Très drôle… Non, je suis exsangue, ne va pas chercher trop loin.
ils ont du voc...


Citer
« Il y a une sorte de désespoir hystérique dans votre fond de teint »…
Je préfère la réplique du film, ici, ça rend pas trop, je trouve.


 
Citer
Parce que le sang gouttant de mon t-shirt formait une flaque conséquente à mes pieds
euh d'où sort tout ce sang ?


Citer

-   Nous avons su triompher, conclus-je.
mdr. C'était pas difficile.


Les avis contradictoires de Vera et arwen m'ont donné envie de jeter un coup d'oeil au texte. :mrgreen:
Première chose, j'ai pas trouvé comme arwen que c'était trop compliqué. Enfin par rapport à ce que j'ai déjà lu de toi, j'ai trouvé mieux amené ici et j'ai trouvé ça pas mal écrit. Parfois certes, tu inverses l'adjectif et le nom et c'est un peu space, mais dans l'ensemble j'ai trouvé ça pas mal.
Par contre, j'ai pas trop accroché à l'intrigue, les histoires d'anges, c'est pas trop mon truc, la romance (même si elle foire) non plus, enfin trop simple et déjà vue, je trouve. Et j'ai pas tout pigé aux "règles" de l'au-delà (le truc du sang là, rien pigé par exemple). Enfin voilà, j'ai pas mal aimé le style mais pas le fond.
"Je crois qu'il est de mon devoir de laisser les gens en meilleur état que je ne les ai trouvés"
Kennit, Les Aventuriers de la Mer, Robin Hobb.

Verasoie

  • Invité
Re : Fleuves d'ombre
« Réponse #11 le: 01 Février 2011 à 20:07:06 »
Je continue :

Citer
Et une moyenne d’âge similaire à celle d’un loto à l’hôtel de ville.

Mdr ça me parle tellement cette comparaison

Citer
Tu dois continuer à la voir comme un outil, non comme un objectif.

Et là le fantôme de Kant vient lui casser la figure hihi

Citer
L’ange recula d’un pas, ce qui indiquait chez lui qu’il allait se lancer dans une concession rhétorique.

Bof "chez lui" (bof "indiquait" aussi d'ailleurs. Un " d'un pas ; il allait se lancer etc" passerait ptêtre mieux ?)

Citer
-   Rien. J’ai cité House.
-   Un philosophe ?
-   Un connard.
-   D’accord, opina Voreniel.

xD

Citer
Je reculai d’un pas, ce qui indiquait chez moi qu’il commençait à abuser de ses airs condescendants et que j’allais bientôt lui en coller une.

Ah oui, ok, avec la reprise de la phrase ça fait bien, en fait. Enfin je trouve quand même "indiquer chez" plutôt moche. Faudrait trouver un truc avec lequel on remarque effectivement que c'est deux fois la même, mais différent de celui-ci.

Citer
Un plafond de béton engloutit subitement le ciel, et je suis le premier debout

Ici y'a deux paragraphes au présent et la suite au passé, ça fait bizarre je trouve (autant les autres utilisations du présent ne m'ont pas choquée, mais là j'ai buté)

Citer
Me faire pardonner coûterait du temps.

Coûter, bof, je préfère le simple "prendrait"

Citer
A vrai dire, quand j’y mets un peu de passion, je suis très habile pour esquiver les mauvais présages.

Pas mal ! (surtout que le lecteur est en train de se dire, catastrophé, "OH NON ELLE A PAS FAIT ÇA ?!")



Alors :

Je suis pas trop d'accord avec arwen, je trouve que le style est certes soutenu mais de façon agréable. Il y a quelques maladresses quand même (j'ai essayé de relever ce qui me dérangeait), mais des piques cyniques et comparaisons bien trouvées rendent le tout vraiment sympa !

J'ai bien aimé le fond contrairement à ernya, parce que tout ce qui est fantômes me plaît beaucoup en général. Par contre la seule chose que j'ai regrettée, c'est à la fin Sophia me paraît trop gentille. Quand elle a commencé à briller et comme je m'attendais pas à un happy end je me suis dit qu'elle avait manipulé Esa, et du coup quand lui s'en rend compte, elle me paraît un peu... en fait soit elle savait pas les règles et bah dommage pour lui (d'autant plus frustrant), soit elle les connaissait, l'a manipulé. Mais là j'ai un peu l'impression des deux, genre elle connaissait les règles mais n'a même pas eu conscience qu'elle allait partir et pas lui...

Moui ok en fait à la relecture : elle l'a manipulé consciemment, mais s'en veut quand même ?

Bon du coup je pense que ce qui pêche c'est les deux "Qu'est-ce qui se passe ?" qu'elle a au début : elle a vraiment l'air de pas savoir, il la voit affolée, alors qu'elle ne devrait pas l'être. Pour moi tu devrais les enlever et trouver un autre moyen d'amener l' "explication" d'Esa.
(Fin du spoil)

Voilà ! Ah, une dernière chose, ça m'a un peu fait penser à Angel Sanctuary, tu les as lus ?

Hors ligne Alisher

  • Tabellion
  • Messages: 56
  • Ostanyetsya.
Re : Fleuves d'ombre
« Réponse #12 le: 12 Février 2011 à 14:37:50 »
Désolé d'avoir mis si longtemps à répondre, on dira pour simplifier que j'ai pas été très dispo.

Mais merci de vos lectures  :) Ernya, un jour je trouverai une intrigue qui t'intéressera, ça viendra :mrgreen: Pour le sang, en fait je me représente les errants dans l'état qu'ils avaient au moment de leur mort, mais de façon perpétuelle. Du coup Esa va tout le temps brûler, et Sophia tout le temps saigner, et ils font face à ça comme ils peuvent... "Exsangue" était du coup pas forcément le meilleur terme, comme tu l'as signalé, je vais retravailler ça.

Vera, pour la position de Sophia, elle manipule Esa, oui, mais pas dans l'optique d'accéder à l'au-delà, elle ne connaissait pas les règles. C'est plutôt une manipulation de circonstances, comme elle l'explique : vu qu'il n'y a personne d'autre, elle se sent obligée d'être proche de lui pour ne pas être seule, même si elle ne l'aime pas vraiment. Elle ne pense pas à mal. Alors c'est d'autant plus frustrant pour lui, peut-être... Mais cette fin est plus ou moins conçue comme un happy end pour Esa ; dans le sens que compte tenu des règles imparties, il n'y avait pas vraiment de solution parfaite (hormis celle qu'il espérait, deux âmes soeurs qui se rencontrent par hasard juste comme ça, et bon... on n'y croit pas vraiment^^), et que c'est en quelque sorte la fin la plus "douce" pour lui, par opposition à une fin où le plan de Voreniel aurait marché et où il aurait dû abandonner Sophia derrière lui...

Et, non, j'ai pas lu Angel Sanctuary, mais on m'a déjà fait remarquer que ça y ressemblait... Je suppose que j'irai jeter un oeil^^

Je suis d'accord sur la plupart de vos autres commentaires et j'en tiendrai compte quand je relirai l'ensemble, merci encore
Ca n'a aucune réalité, de toute façon. Voilà pourquoi c'est important. Les gens ne se battent que pour des choses imaginaires.

Hors ligne Kathya

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 271
    • Page perso
Re : Fleuves d'ombre
« Réponse #13 le: 04 Mai 2011 à 14:22:34 »
J'ai bien aimé. J'aime pas les histoires d'ange et de revenant, mais j'ai trouvé l'intrigue bien menée bien que prévisible. La narration est beaucoup plus fluide que dans l'autre texte que j'ai lu de toi. A part peut-être juste le début avec le passage sur les heures qui n'est pas clair du tout (on comprend l'idée parce qu'on le veut bien...).

Texte sympathique à lire. ^^
"Je suis la serveuse du bar Chez Régis ! Ou un leprechaun maléfique barrant l'entrée d'un escalier imaginaire..."

Et puis la Nuit seule.
Et rien d'autre, et plus rien de plus.

Avant l'hiver, Léa Silhol

 


Écrivez-nous :
Ou retrouvez-nous sur les réseaux sociaux :
Les textes postés sur le forum sont publiés sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Merci de la respecter :)

SMF 2.0.19 | SMF © 2017, Simple Machines | Terms and Policies
Manuscript © Blocweb

Page générée en 0.429 secondes avec 23 requêtes.