Le coucher de soleil sur l’île de Santorin est un spectacle formidable, surréaliste, non par ce qu’il représente en lui-même, car de fait, il n’y a rien à voir, mais par la ferveur qu’il suscite.
Tous les soirs que Dieu fait, une foule compacte se rend à Oia, petit village situé à l’extrémité ouest de l’île, et vient voir. Une effervescence, une impatience mystique flotte dans l’atmosphère et vous saisit sans que vous puissiez y résister.
On s’installe partout, sur les rochers du bord de la falaise, sur les garde-fous, sur les toits, on défie le danger pour ne rien perdre du spectacle, on pose sur des trépieds d’énormes téléobjectifs, tout juste si l’on n’entonne pas des cantiques pour mieux communier dans l’attente de cet événement, de cet avènement car tout baigne ici dans une ferveur religieuse.
Et puis comme je l’ai dit, il ne se passe rien, strictement rien, le soleil plonge dans la mer, disparaît comme partout ailleurs et chacun s’en retourne chez lui ayant vécu ou cru vivre un moment exceptionnel. Ai-je raté quelque chose ? Étais-je insuffisamment préparé ? Mystère.
Quoi qu’il en soit le souvenir en est impérissable. Il faut y aller, je vous en conjure, même s’il n’y a rien à voir, précisément parce qu’il n’y a rien à voir, car c’est ce rien qui en est toute la force et la grandeur.
On peut regretter d’ailleurs qu’il n’y ait pas plus de rassemblements de cet ordre, non pour le coucher, mais pour le lever du soleil, ce qui serait plus beau encore. Imagine-t-on une ville entière qui s’assemblerait au bord de la mer, le regard inquiet, rivé sur l’horizon, renouant avec d’antiques peurs… « Il devrait apparaître dans quelques minutes, il est là, je le vois, c’est bien lui », et l’on applaudit, et l’on s’embrasse soulagé. L’astre divin s’est levé… Ce jour encore Phébus n’a pas failli à sa tâche.