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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Poésie (Modérateur: Claudius) » Mon présent

Auteur Sujet: Mon présent  (Lu 3152 fois)

Hors ligne Giacinto

  • Tabellion
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Mon présent
« le: 01 Août 2009 à 15:41:45 »
Quel que soit l'espace quel que soit le temps
De la nuit qui m'enlace quel que soit le baiser
Brutal et qui glace ainsi qu'un manquement
Ainsi qu'un vagabond offrant une veste usée
A ceux qui lui sont chers laisse ce présent


****


Il fut temps hier d'écrire le présent de mon lendemain sans vous

Il fut temps d'écrire le tien le vôtre le leur D'écrire la solitude de tous ceux qui sont chers pour tous ceux qui partent solitaires Dans quelque région de l'espace ou du temps Dans quelque abîme proche ou lointain ou quelque montagne haute ou quelque ouragan D'où l'on ne revient pas

Il fut temps car le temps passe Comme pour d'autres un lac apparaît et appelle Et rappelle l'amour à l'amour oublié Il n'est pas de nature où l'amour où le temps soient ancrés Il fut temps de l'écrire

La nuit ma nuit déjà recouvre le sentier du chemin que j'emprunterai quand ou peut-être jamais
Jamais mais déjà je me sens éloigné Ma pensée n'est plus aux bras des êtres aimés aimant
Ma pensée presque n'y a jamais tout à fait été
Il fut temps de l'écrire avant que mon corps suivît ma pensée Avant de l'oublier

De m'oublier d'oublier mon matin à vos cotés les soleils les collines les forêts les rivières les prairies vertes rayonnantes les lunes et les nuages qui nous clignent de l'œil
Où nous ne sommes peut-être jamais allés jamais reposés jamais
Ou peut-être que si D'une autre manière Avant de l'oublier

Et la vie me prenait au pied de sa musique De l'orgue et les joies et les peines composaient le bonheur l'étrange symphonie la symphonie magnifique Le rythme éblouissant d'un pleur qui accompagne un rire D'un rire qui fait pleurer un cœur J'en ai gardé la lumière Était née devant moi la beauté d'une enfant d'une amie d'une sœur que je ne reconnus pas Et là je m'en vais parce qu'il le faut parce que Et ça n'importe pas Et là si tard la tempête se lève

Mais c'est ainsi C'est ainsi que m'emporte la vie frissonnante l'hiver terrible où je m'en suis allé avant d'y être encore Où neigent les diamants noirs de la mélancolie Où pleuvent les diamants blancs des nuages noirs de l'immensité
Et je n'ai l'espoir Et je n'ai que l'amour que j'oublie qui me reste et qui guide dans la nuit les pas de mes pas dans la neige profonde Tandis que le temps qui tombe les efface

Il fut temps de prendre la plume d'écrire la plume qui grince la plume qui fuit la plume qui part Avant que la plume ne s'envolât D'écrire ma nudité Et le feu de la glace qui me gèle et me fige et contracte mon âme et contracte mon cœur

Il fut temps de donner mon dernier éclat de lumière comme un vagabond donne son dernier vêtement usé décrépi aux gens qui en ont plus besoin que lui Aux gens auxquels il tient
Avant de se plonger dans la nuit mystérieuse

A mon commencement hélas loisible ne me sera toute connaissance ni de l'âme ni du corps C'est l'oubli désapprendre la vérité Et je suis seul d'avec ma réalité nue et froide et noire et sans espoir Et ma réalité se dresse devant moi c'est mon manteau c'est mon linceul c'est mon berceau C'est la couverture et le lit tendre de mon rêve prochain et mes futurs cauchemars Plus de plume plus de mots plus de sens C'est la première étoile du ciel où rien ne brille encore où rien ne brillera sinon le chemin qui m'emporte et me noie dans la tempête de l'infiniment rien de l'intense obscurité De la vie sans vous à mes côtés

Et je prends le bâton de la liberté pâle Et je m'en vais seul Au vent mauvais mais au vent qui n'oublie pas mais qui peut oublier Au vent qui vient à vous et crie de vous mon manquement Quel que soit l'espace quel que soit le temps qui de vous me séparent

C'est pour cela qu'hier il fut temps surtout d'écrire de vous mon infirme amour et ma peine infinie
« Modifié: 07 Août 2009 à 20:37:40 par Giacinto »

Hors ligne Matt

  • Calame Supersonique
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Re : Mon présent
« Réponse #1 le: 02 Août 2009 à 10:58:15 »

Bon, le texte est bien, mais je crois que la ponctuation (même si tu n'en veux pas) ici s'impose.

Les majuscules sont toujours placées après un point (quand on est à l'intérieur du texte).

Sinon fait des retours à la ligne et ajuste le rythme comme le fait si bien Prévert.

Quelques passages que j'aime pas trop :

Citer
De m'oublier d'oublier mon matin à vos cotés les soleils les collines les forêts les rivières les prairies vertes rayonnantes les lunes et les nuages qui nous clignent de l'œil

Citer
Où neigent les diamants noirs de la mélancolie Où pleuvent les diamants blancs des nuages noirs de l'immensité
Les Oeuvres d'Art ont quelque chose d'infiniment solitaire, et rien n'est aussi peu capable de les atteindre que la critique.

Seul l'amour peut les saisir, les tenir, et peut être équitable envers elles.

Rainer Maria Rilke

Hors ligne Giacinto

  • Tabellion
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Re : Re : Mon présent
« Réponse #2 le: 07 Août 2009 à 13:25:27 »

Bon, le texte est bien, mais je crois que la ponctuation (même si tu n'en veux pas) ici s'impose.

Les majuscules sont toujours placées après un point (quand on est à l'intérieur du texte).

Sinon fait des retours à la ligne et ajuste le rythme comme le fait si bien Prévert.

As-tu déja lu le fou d'Elsa, d'Aragon ?

Il utilise énormément cette technique, à savoir se servir de la majuscule comme on se sert des retours à la ligne et des signes de ponctuation.

Il ne faut pas être si formaliste... Les points ici briseraient complètement l'effet voulu.

Hors ligne Matt

  • Calame Supersonique
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Re : Mon présent
« Réponse #3 le: 07 Août 2009 à 13:42:31 »

Non, je ne l'ai pas lu, et je ne connais pas cette technique. Lui est-elle propre ? il n'y a que lui qui l'utilise ?

Il va falloir que je m'y habitue maintenant.  :)
Les Oeuvres d'Art ont quelque chose d'infiniment solitaire, et rien n'est aussi peu capable de les atteindre que la critique.

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Hors ligne Giacinto

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Re : Re : Mon présent
« Réponse #4 le: 07 Août 2009 à 13:54:39 »

Non, je ne l'ai pas lu, et je ne connais pas cette technique. Lui est-elle propre ? il n'y a que lui qui l'utilise ?

Sans trop oser m'avancer, il me semble avoir déjà lu une telle prose chez Eluard, et que cette technique a été (est encore  ?) très utilisée principalement par les surréalistes.
« Modifié: 07 Août 2009 à 13:56:29 par Giacinto »

Hors ligne Matt

  • Calame Supersonique
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Re : Mon présent
« Réponse #5 le: 07 Août 2009 à 14:09:45 »

C'est intéressant. En tout cas pour le moment j'ai un peu de mal avec ce procédé car je n'en connais pas bien son fonctionnement.
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Re : Mon présent
« Réponse #6 le: 07 Août 2009 à 18:25:48 »
Brutal et qui glace ainsi qu'un manquement
manquement, je trouve ça moche ( le mot en lui-même), déjà c'est long et surtout je vois pas trop ce que tu entends par là...

Il fut temps d'écrire le tien le vôtre le leur
j'aime pas trop l'absence de ponctuation
surtout qu'elle me paraît importante
on est obligé de faire une pause après chaque terme énuméré, on les visualise mieux....

La nuit ma nuit déjà recouvre le sentier du chemin que j'emprunterai quand ou peut-être jamais
niveau syntaxe, il y a un problème avec la suite
il faudrait des points de suspension avant "ou peut-être" sinon ça ne veut rien dire
ou alors si t'aimes pas la ponctuation, fais un retour à la ligne

Où neigent les diamants noirs de la mélancolie
ça j'aime bien
mais j'aime moins la suite avec les diamants blancs

Et je prends le bâton de la liberté pâle
qui est pâle ?
la liberté ?
dans ce cas, ce serait plus joli d'inverser, là, ça accroche un peu


je suis comme Matt', j'ai vraiment été gênée par l'absence de ponctuation
d'ailleurs, corrige-moi si je me trompe, mais Le fou d'Elsa, c'est pas en vers ?
parce que pour des vers, ça gênerait moins
mais là, toi, c'est de la prose
du coup le rythme est impossible
on a des mots qui s'enchaînent sans points et ça essouffle
ce que je veux dire, c'est que je trouve que ça fait un peu "bloc" parce qu'il n'y a rien ou presque pour souffler, ce qui empêche ( pour moi !) l'intensité des phrases
je n'ai pas pu être touchée par ton texte parce que les mots s'entassaient à mes yeux sans sens, sans rythme :-[

ce n'est que mon avis évidemment

"Je crois qu'il est de mon devoir de laisser les gens en meilleur état que je ne les ai trouvés"
Kennit, Les Aventuriers de la Mer, Robin Hobb.

Hors ligne Matt

  • Calame Supersonique
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Re : Mon présent
« Réponse #7 le: 07 Août 2009 à 19:21:26 »

Citer
corrige-moi si je me trompe, mais Le fou d'Elsa, c'est pas en vers ?

J'ai fait quelques recherches sur internet et je ne trouve que des poèmes en vers.  (surtout pour les extraits de chez Gallimard)

Va falloir que j'aille faire un saut dans les librairies pour en savoir plus.
Les Oeuvres d'Art ont quelque chose d'infiniment solitaire, et rien n'est aussi peu capable de les atteindre que la critique.

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Hors ligne Giacinto

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Re : Mon présent
« Réponse #8 le: 07 Août 2009 à 19:57:19 »
Le fou d'Elsa est un recueil sur fond d'histoire d'Aragon d'une cinq-centaine de pages qui mélange prose ponctuée (souvent utilisée pour la partie histoire de l'œuvre), prose non ponctuée (ici, on rentre vraiment dans la partie poésie) et écriture en vers plus ou moins classique (non ponctuée, avec parfois quelques surprises au niveau des rimes).

J'accorde que le plus beau de l'œuvre, c'est dans les poèmes en vers qu'il apparaît, mais je trouve cette forme de poésie en prose non ponctuée originale et assez intéressante à développer (quoique je l'utilise ici d'une manière beaucoup plus lyrique - oserais-je dire poétique ? - que ne le fait Aragon).

Je comprends que ça peut surprendre, voire déranger. Mais, dans un autre sens, la liberté que cette forme donne aux mots, et aux phrases qui se succèdent, permet au lecteur (c'est mon ressenti) de lire le poème selon son rythme propre, qu'il lui convient de donner.
« Modifié: 07 Août 2009 à 20:01:28 par Giacinto »

Hors ligne Matt

  • Calame Supersonique
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Re : Mon présent
« Réponse #9 le: 07 Août 2009 à 20:29:57 »

Oui c'est sûr. En tout cas, moi, je ne tenterai pas ça car je n'en connais pas bien les règles. (bien que je doute qu'il y en ait)

Je pense que si Aragon est le seul (si il est le seul) à avoir fait ça, c'était pour troubler le lecteur.

Mais bon je connais pas bien son oeuvre donc je ne peux pas dire grand chose.
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Rainer Maria Rilke

 


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