Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

31 Août 2026 à 01:38:50
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » La frontière

Auteur Sujet: La frontière  (Lu 2712 fois)

Hors ligne LilyMarie

  • Tabellion
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La frontière
« le: 16 Février 2016 à 14:39:35 »
Bonjour à tous ! Excusez moi pour cette absence mais je suis de retour !
Voici le début d'un texte, pour ne pas proposer un gros paté d'un seul coup, je préfère le poster en deux fois:


Nous n’étions qu’à la moitié du voyage. Désormais il faisait nuit et je ne pouvais plus me distraire en regardant le paysage, ce qui aurait été de toute façon impossible puisque nous passions de tunnel en tunnel depuis un moment. Je jetai un œil à mon portable, il n’y avait plus de réseau.
Depuis presque une heure j'essayai désespérément de lire mais mes yeux glissaient sur les lignes sans que mon esprit en enregistre le sens. C’était un roman anglais et comme tous les romans anglais, il pullulait de personnages dont j’oubliais le nom à chaque nouvelle page. Finalement, le train s’arrêta. Je collai mon visage contre la vitre en formant une alcôve de mes mains pour la protéger des reflets mais il m’était impossible de voir à quelle gare nous étions. Je tentai de me rappeler la liste des arrêts du train avant Lyon…Milan, Turin, Oulx, …
« Bardonecchia ». Mon voisin me sourit et je le remerciais timidement. Il était entré à Turin et il avait quelque chose de dérangeant, une présence qui ne me plaisait pas. Je commençai à me tripoter les cheveux de manière nerveuse.
 Ma carte d’identité était périmée depuis une semaine.
Je savais bien que ce n’était pas si grave, tout le monde me l’avait dit, on ne se fait pas arrêter pour une carte d’identité périmée depuis seulement 7 jours. Je ne m’en étais pas rendu compte tout de suite. C’était en rangeant mon sac il y a trois jours que ça m’avait sauté aux yeux. Le 10 Décembre 2015. Et nous étions alors le 14 Décembre 2015. Ma carte d’identité était périmée alors que les frontières étaient contrôlées de toutes parts. Comment faire ? J’avais couru au consulat avec ma carte d’identité et une photo de face, visage neutre, les cheveux derrières les oreilles, pas de maquillage. Le verdict avait était fatal : « ce n’est pas si simple mademoiselle, votre résidence n’est pas en Italie. Il me faut un justificatif de domicile français et votre acte de naissance. ». Bref, tout ce que j’avais dans la poche. A ce point, il ne me restait plus qu’une solution : tenter ma chance.
Depuis le scandale du grand nombre d’arrivée des migrants dans le sud de l’Italie, j’avais vu tellement de personne se faire arrêter à cette frontière. Ça ne chômait pas, les policiers étaient pragmatiques, tout le monde pouvait y passer : les hommes, les femmes, les enfants, quel que soit la couleur de peau. Tout le monde.
J’étais en pleine réflexion sur le terrible risque que j’étais en train de courir quand je l’ai vu entrer dans le wagon. C’était un grand garçon noir aux gestes brusques. Il regardait autour de lui comme un animal traqué. D’un seul mouvement il s’assit dans le siège de l’autre côté du couloir. Il s’était tassé sur lui-même et s’était enfilé des écouteurs dans les oreilles. Ses grands yeux rouges regardaient le fond du wagon.
Il n’avait pas de papier. C’était une certitude. Il avait ce regard craintif de ceux qui savent qu’ils ne vont pas s’en sortir. 
Mon voisin lui jeta un œil lourd de proche, C’était des yeux froids. Il plissa la lèvre inférieure en signe de dégout et se leva pour sortir du wagon mais il se heurta à un autre jeune homme à la peau sombre qui se déplaçait avec les mêmes mouvements que le premier.
Les deux garçons se regardèrent et s’adressèrent quelques mots à voix basse puis un bruit extérieur éveilla leur attention. Le dernier arrivé fit signe à son compagnon et s’éloigna rapidement.
Nous étions tous les deux tout au fond du wagon, isolés des autres d’au moins deux rangs. Il se frottait les mains de manière répétitive. Elles étaient grandes et musclés. Il avait un corps allongé et développé en muscle fins ; de ceux qui ont été travaillé par l’effort et non pas pour l’esthétisme. Ses yeux étaient brillants, apeurés et trahissaient sa jeunesse.
« Papier d’identité ! »
C’était un aboiement, pas un ordre.
« Carta d’identità e passaporto ! »
Cette réplique italienne n’était pas plus humaine. Les policiers étaient rentrés par l’autre bout du wagon, je ne les voyais pas mais j’entendais leur pas lourds.
Le jeune homme se replia encore un peu plus sur lui-même et il ferma les yeux , comme les enfants qui pensent ne pas être vus car ils ne voient pas.
Une flotte de policiers avait envahis le train. « Papiers d’identité ! ». Comme une tirade funèbre, ces mots se répétaient. Ils claquaient dans l’air, se rapprochant toujours plus de nous. Je n’avais pas pu m’empêcher de le regarder. Qu’est ce qui poussait un home, si jeune, à tout quitter pour se rendre dans un pays qui ne lui promettait rien ? Qu’est ce qui poussait quelqu‘un à devenir la proie du genre humain ? La guerre ? La faim ? La pauvreté ? Est-ce que cela vaut une vie de fugitif ?
Les policiers étaient encore au début du wagon mais leurs bottes se dirigeaient dans notre direction et nous rejoignirent en quelques enjambées.
Ce fonctionnaire était un homme entraîné, il lui avait suffi d’un simple regard pour remarquer son gibier. Il s’arrêta en face du garçon, les jambes écartées et les mains sur hanches afin de bloquer tout passage.
« Papiers d’identité »
Il leva les paupières. Ce n’était plus un homme, c’était un enfant. Ses yeux étaient grand ouverts et rougis. Il fit mine de chercher dans son manteau le miraculeux document qui lui aurait permis de passer la frontière.
Il ne trompait personne.
L’attente se prolongeait. Le policier prenait son mal en patience, trépignant, se balançant d’une jambe à l’autre. Finalement, l’enfant parla d’une voix frêle, presque éteinte: « Je n’ai pas mon passeport ici ». Il se sentait honteux et ne voulait pas attirer l’attention des autres voyageurs. Ce fut peine perdu car le gros homme lui répondit de sa voix la plus forte et la plus claire : « On passe pas la frontière sans Passeport. » puis il ajouta plus doucement « et tu l’as laissé où ton passeport ?
-   Pas là. Mais j’ai ça ». Il tendit un papier jaunit et en mauvais état.

Le représentant de l’ordre s’en empara, il y jeta un coup d’œil puis s’éloigna.Pendant un instant, le silence ne fut ponctué que par l’immuable refrain  « Papiers d’identité » et par le sifflement des bottes. Dehors, il s’était mis à neiger lentement et la lumière jaunâtre du train était la seule lumière aux allentours.
Alors que le garçon reprenait des couleurs, le policier revenait sur ses pas, accompagné d’un grand gringalet en uniforme.
« Ton papier est périmé ». Le jugement venait de tomber. Il ouvrit de grands yeux blancs qui contrastaient tristement avec sa peau très sombre. « Non mais à l’association ils ont dit…
-   Te moque pas nous. Je te dis que ton papier, il est périmé ! » Lui jeta à la figure le gros policier.
Devant le gain d’agitation, le gringalet décida de jouer son rôle de good cop.
« Ecoute mon garçon, ça, c’est notre métier, tu comprends ? On le sait quand un papier ne vaut rien.
-   Arrête, il nous prend pour des cons » Le policier flanqua le papier sous les yeux du garçon avec la même douceur qu’il avait démontré jusqu’à là. « Regarde, là ! Qu’est ce qu’il y a écrit ? Novembre 2015 ! On est en décembre ! Il est périmé, je te dis ! Tu peux pas rentrer en France comme ça !
Le second tenta de nouveau de s’interposer :
-   Allons, du calme, allez mon grand, prend tes valises, tu vas venir avec nous, on va sortir ensemble »
Pendant tout ce temps, l’enfant était resté dans l’angle de son siège, implorant des forces supérieures du regard. Il était silencieux.
Ils allaient l’emmener. Je n’avais pas réussis à détourner leur regard, je n’avais rien fait. J’aurais voulu faire quelque chose, lui donner quelque chose, le prendre dans mes bras, lui promettre que tout ira bien, tout va bien se passer, tu verras. Mais je ne dis rien. Je suis restée là, ma carte d’identité périmée dans les mains. L’angoisse me monta dans le bras et je tendis ma carte. « Bonsoir Monsieur. » J’avais essayé d’être ferme.
L’homme examina ma photo pendant une courte seconde. Et il me rendit le document. « Merci. »
Je n’étais pas ce qu’il était venu chercher. Les petites française à la carte d’identité périmée ça n’avait pas la même gueule que les grands noirs sans papier.
« Allez prend tes bagages ! »
Il se leva, résigné, il les dépassait d’au moins une tête chacun. Le gros policier ouvra la porte. « On en a un par ici ! » lança-t-il à ses collègues.
Après leur passage, la porte se referma automatiquement et le train arriva à Modane doucement. Les flocons se collèrent à ma vitre.
Les policiers descendirent, leur butin derrière eux.
« Modifié: 23 Février 2016 à 15:01:50 par LilyMarie »

Hors ligne Alan Tréard

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Re : La frontière
« Réponse #1 le: 16 Février 2016 à 22:10:20 »
Bonjour LilyMarie, voici un texte à la fois fragile et très riche. Ah ! Je demande à connaître la fin de l'histoire.

Tu as une inspiration qui alimente la lecture, c'est agréable.

A ce point, il ne me rester plus qu’une solution : tenter ma chance.
À ce point, il ne me restait plus qu’une solution : tenter ma chance.

Bienvenue sur le forum !

Hors ligne extasy

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Re : La frontière
« Réponse #2 le: 16 Février 2016 à 22:38:50 »
Hey, salut Lily :)

Les détails :

Citer
C’était un roman anglais et comme dans tous les romans anglais, il pullulait de personnages dont j’oubliais le nom à chaque nouvelle page.
Je pense que "C'était un roman anglais et comme tous les romans anglais, il (ou celui-ci) pullulait de personnages..." serait plus correct.
Citer
e collais mon visage contre la vitre en formant une alcôve de mes mains pour protéger la vitre des reflets mais il m’était impossible de voir à quelle gare nous étions.
collai ; répétition de "vitre" ; virgule à rajouter après "reflets" d'après moi.
Citer
Je tentais de me rappeler
tentai.
Je pense qu'il est inutile que je relève les autres fois où tu mets l'imparfait au lieu du passé simple ^^
Citer
Je ne m’en étais pas rendu compte tout de suite.
rendue ?
Citer
les frontières étaient contrôlées de toute part
Tiens, je ne savais pas qu'on pouvait écrire "de toute part", je pensais que la figure correcte était "de toutes parts". Merci ^^
Citer
Le verdict avait était fatale
fatal
Citer
A ce point, il ne me rester plus qu’une solution
restait
Citer
j’avais vu tellement de personne se faire arrêter à cette frontière que j’étais sur le point de passer. Ça ne chômait pas, les policiers étaient pragmatiques, tout le monde pouvait y passer : les hommes, les femmes, les enfants, quel que soit la couleur de peau. Tout le monde.
Alors ce passage-là est difficile à comprendre parce que tu emploies deux fois le verbe passer mais en lui prêtant deux sens différents. Si j'ai bien compris, le premier c'est passer dans le sens traverser et le second dans le sens se faire prendre. Mais ce n'est pas évident à première vue, je trouve.
Citer
il s’assit dans le siège de l’autre côté du couleur
s'assit sur ? Je ne sais pas trop non plus.
de l'autre côté du couloir, tu voulais dire ?

Hop, fini :)

Bon, il y a pas mal de petites maladresses que tu pourrais facilement gommer je pense, je t'encourage à bosser dessus, parce que ça rend la lecture compliquée et on a du mal à rentrer dans l'histoire ; ce qui est dommage, parce qu'il y a une bonne matière, l'angoisse du narrateur, la tension qui est palpable.
Perso, j'ai une petite suggestion. Tu as dit à un moment qu'avoir sa carte d'identité périmée seulement depuis 7 jours n'est pas si grave. Je ne sais pas si c'est possible (légalement parlant, j'ignore comment ça marche), mais j'aurais trouvé ça cool que petit à petit, tu rassures un peu ton personnage ; ou plutôt que tu laisses planer un doute : va-t-elle s'en sortir ? Va-t-elle se faire griller ? J'aurais voulu que tu joues sur le doute, que tu montres la peur mais aussi l'espoir du narrateur, parce qu'avec ce que tu dis plus bas au sujet de tout le monde qui peut se faire arrêter, il n'y a plus ce doute à mon avis. Et enfin, que tu ramènes ce mec qui est grillé d'avance tellement il a l'air coupable ce qui fait que merde, elle va se faire serrer aussi à cause de lui et voir ses espoirs envolés ; je pense que ça aurait fait une bonne chute.

Enfin, c'est perso tout ça hein, et si ça se trouve je ne n'ai pas vraiment tout compris ^^

A bientôt :)
« Modifié: 16 Février 2016 à 22:43:29 par extasy »

Hors ligne LilyMarie

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Re : La frontière
« Réponse #3 le: 16 Février 2016 à 23:04:07 »
bonsoir ! Merci à tous les deux ! Je n'ai aucune excuse pour les fautes =O ! je suis simplement nul et j'ai beau me relire... je ne les vois pas, mon esprit fait l'autruche. J'ai déjà corrigé une partie des erreurs que vous m'avez fait remarquer:

En réalité j'ai le texte entier, cela n'est que le début mais je l'ai écrit sur un cahier et il faut que je trouve le courage de le réécrire sur PC... Je compte faire ça dans les deux trois jours dans tous les cas !

merci encore à tous les deux !

Hors ligne Alan Tréard

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Re : Re : La frontière
« Réponse #4 le: 16 Février 2016 à 23:17:44 »
En réalité j'ai le texte entier, cela n'est que le début mais je l'ai écrit sur un cahier et il faut que je trouve le courage de le réécrire sur PC... Je compte faire ça dans les deux trois jours dans tous les cas !
Oui, sans courage, on connaîtra pas la fin !!

Hors ligne M.Aèh

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Re : La frontière
« Réponse #5 le: 17 Février 2016 à 00:27:51 »
Salut !

Bon, ton texte est bien écrit: tu as un style agréable à lire.
Il contient beaucoup d'émotions que j'ai pu ressentir notamment le stress ! Cependant, je trouve que c'est un peu ... flou ? Pas très bien expliqué pour le coup. La situation dans laquelle elle se trouve n'est pas (pour moi) bien explicité. Elle n'a pas de carte d'identité car elle est périmée; ok . Mais le contexte du sud de l'Italie etc ? ... Pourquoi elle se retrouve à prendre le train de toute urgence ? ... Bref beaucoup de questions !
« Modifié: 17 Février 2016 à 00:30:02 par M.Aèh »
“La solitude offre à l'homme intellectuellement haut placé un double avantage : le premier, d'être avec soi-même, et le second de n'être pas avec les autres. ”

 Arthur Schopenhauer.

Hors ligne LilyMarie

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Re : La frontière
« Réponse #6 le: 21 Février 2016 à 21:50:29 »
Me revoilàààààà ! Désolée, ça a été une semaine plus difficile que prévue !Mais je reviens avec la suite. Je l'ajoute au texte du premier post et aussi là tout de suite. J'espère que cela répondra à la question qu'on m'a posé sur le fait d'en savoir plus sur le personnage principal... ce n'est peut être par elle que porte l'histoire ;).

Mon voisin lui jeta un œil lourd de reproche, C’était des yeux froids. Il plissa la lèvre inférieure en signe de dégout et se leva pour sortir du wagon mais il se heurta à un autre jeune homme à la peau sombre qui se déplaçait avec les mêmes mouvements que le premier.
Les deux garçons se regardèrent et s’adressèrent quelques mots à voix basse puis un bruit extérieur éveilla leur attention. Le dernier arrivé fit signe à son compagnon et s’éloigna rapidement.
Nous étions tous les deux tout au fond du wagon, isolés des autres d’au moins deux rangs. Il se frottait les mains de manière répétitive. Elles étaient grandes et musclés. Il avait un corps allongé et développé en muscle fins ; de ceux qui ont été travaillé par l’effort et non pas pour l’esthétisme. Ses yeux étaient brillants, apeurés et trahissaient sa jeunesse.
« Papier d’identité ! »
C’était un aboiement, pas un ordre.
« Carta d’identità e passaporto ! »
Cette réplique italienne n’était pas plus humaine. Les policiers étaient rentrés par l’autre bout du wagon, je ne les voyais pas mais j’entendais leur pas lourds.
Le jeune homme se replia encore un peu plus sur lui-même et il ferma les yeux , comme les enfants qui pensent ne pas être vus car ils ne voient pas.
Une flotte de policiers avait envahis le train. « Papiers d’identité ! ». Comme une tirade funèbre, ces mots se répétaient. Ils claquaient dans l’air, se rapprochant toujours plus de nous. Je n’avais pas pu m’empêcher de le regarder. Qu’est ce qui poussait un homme, si jeune, à tout quitter pour se rendre dans un pays qui ne lui promettait rien ? Qu’est ce qui poussait quelqu ‘un à devenir la proie du genre humain ? La guerre ? La faim ? La pauvreté ? Est-ce que cela vaut une vie de fugitif ?
Les policiers étaient encore au début du wagon et mais leurs bottes se diriger dans notre direction et nous rejoignirent en quelques enjambées.
Ce fonctionnaire était un homme entraîné, il lui avait suffit d’un simple regard pour remarquer son gibier. Il s’arrêta en face du garçon, les jambes écartées et les mains sur hanches afin de bloquer tout passage.
« Papiers d’identité »
Il leva les paupières. Ce n’était plus un homme, c’était un enfant. Ses yeux étaient grand ouverts et rougis. Il fit mine de chercher dans son manteau le miraculeux document qui lui aurait permis de passer la frontière.
Il ne trompait personne.
L’attente se prolongeait. Le policier prenait son mal en patience, trépignant, se balançant d’une jambe à l’autre. Finalement, l’enfant parla d’une voix frêle, presque éteinte: « Je n’ai pas mon passeport ici ». Il se sentait honteux et ne voulait pas attirer l’attention des autres voyageurs. Ce fut peine perdu car le gros homme lui répondit de sa voix la plus forte et la plus claire : « On passe pas la frontière sans Passeport. » puis il ajouta plus doucement « et tu l’as laissé où ton passeport ?
-   Pas là. Mais j’ai ça ». Il tendit un papier jaunit et en mauvais état.

Le représentant de l’ordre s’en empara, il y jeta un coup d’œil puis s’éloigna.Pendant un instant, le silence ne fut ponctué que par l’immuable refrain  « Papiers d’identité » et par le sifflement des bottes. Dehors, il s’était mis à neiger lentement et la lumière jaunâtre du train était la seule lumière aux allentours.
Alors que le garçon reprenait des couleurs, le policier revenu sur ses pas accompagné d’un grand gringalet en uniforme.
« Ton papier est périmé ». Le jugement venait de tomber. Il ouvrit de grands yeux blancs qui contrastaient tristement avec sa peau très sombre. « Non mais à l’association ils ont dit…
-   Te moque pas nous. Je te dis que ton papier il est périmé ! » Lui jeta à la figure le gros policier.
Devant le gain d’agitation, le gringalet décida de jouer son rôle de good cop.
« Ecoute mon garçon, ça, c’est notre métier, tu comprends ? On le sait quand un papier ne vaut rien.
-   Arrête, il nous prend pour des cons » Le policier flanqua le papier sous les yeux du garçon avec la même douceur qu’il avait démontré jusqu’à là. « Regarde, là ! Qu’est ce qu’il y a écrit ? Novembre 2015 ! On est en décembre ! Il est périmé, je te dis ! Tu peux pas rentrer en France comme ça !
Le second tenta de nouveau de s’interposer :
-   Allons, du calme, allez mon grand, prend tes valises, tu vas venir avec nous, on va sortir ensemble »
Pendant tout ce temps, l’enfant était resté dans l’angle de son siège, implorant des forces supérieures du regard. Il était silencieux.
Ils allaient l’amener. Je n’avais pas réussis à détourner leur regard, je n’avais rien fait. J’aurais voulu faire quelque chose, lui donner quelque chose, le prendre dans mes bras, lui promettre que tout ira bien, tout va bien se passer, tu verras. Mais je ne dis rien. Je suis restée là, ma carte d’identité périmée dans les mains. L’angoisse me monta dans le bras et je tendis ma carte. « Bonsoir Monsieur. » J’avais essayé d’être ferme.
L’homme examina ma photo pendant une courte seconde. Et il me rendit le document. « Merci. »
Je n’étais pas ce qu’il était venu chercher. Les petites française à la carte d’identité périmée ça n’avait pas la même gueule que les grands noirs sans papier.
« Allez prend tes bagages ! »
Il se leva, résigné, il les dépassait d’au moins une tête chacun. Le gros policier ouvra la porte. « On en a un par ici ! » lança-t-il à ses collègues.
Après leur passage, la porte se referma automatiquement et le train arriva à Modane doucement. Les flocons se collèrent à ma vitre.
Les policiers descendirent, leur butin derrière eux.
« Modifié: 23 Février 2016 à 14:42:24 par LilyMarie »

Hors ligne M.Aèh

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Re : La frontière
« Réponse #7 le: 22 Février 2016 à 01:56:55 »
« Mon voisin lui jeta un œil lourd de proche » → lourd de reproche, non ?

« « Papier d’identité ! »
C’était un aboiement, pas un ordre.
« Carta d’identità e passaporto ! » » → 1) Une répétition peut être (à mon sens) inutile. Et, corrige moi si je me trompe, mais lorsqu'une phrase est écrite en langue étrangère, celle ci ne devrait pas être en italique ? (c'est ce que je remarque dans les romans que je lis, après c'est peut être pas une règle obligatoire…)

« Qu’est ce qui poussait un home » → je corrige jamais les fautes (car je suis pas mieux) mais bon là, c'est une faute de frappe je suppose. Il faut se relire autant que possible pour s'assurer d'avoir une orthographe la plus irréprochable possible chieuse bonjour…

« Les policiers étaient encore au début du wagon et mais leurs bottes se diriger dans notre direction et nous rejoignirent en quelques enjambées. »→ Petit(s) problème(s) dans cette phrase mais je pense qu'il te suffit de la relire pour trouver où est le(s) soucis.

« (...)et les mains sur hanches afin de bloquer tout passage » → pareil.

« Ce n’était plus un homme, c’était un enfant » → c'est peut être que personnel, mais moi j'aurai mis «  Ce n'était plus un homme mais un enfant »ou un truc du genre pour éviter la répétition que je pense inutile du mot « était ». (peut être je me trompe, mais ça sonne lourd à mon oreille…)

« Il fit mine de chercher dans son manteau le miraculeux document qui lui aurait permis de passer la frontière. Il ne trompait personne » → Perso, pour accentué la gêne, j'aurai mis un « hélas (...) » ou une connerie du genre pour rendre l'action plus… désespérée ? (je me trompe peut être de mot, donc je sais pas si tu vois.) Parce que là, genre dans ces deux phrase, il n y a pas de … connecteur logique ? Pas de rapport entre les deux phrases je trouve. Donc ça coupe l'action. Il faut lié ces deux phrases.

« -   Te moque pas nous. Je te dis que ton papier il est périmé ! » → il manque cruellement une virgule, ou alors il faudrait supprimer le il.

« Tu peux pas rentrer en France comme ça ! » → Ah merde, j'ai cru que c'était en  Italie le voyage…

« Ils allaient l’amener » → l’emmener serait plus correct, il me semble, non ?

« Je n’avais pas réussis à détourner leur regard, je n’avais rien fait. » → cette phrase me pose un problème (peut être injustifié), mais le « leur regard » j'aurai mis « mon regard » par rapport à ce qui a été marqué précédemment, je trouve ça plus logique. Mais la suite de la phrase n'irait pas je pense avec ce changement. En fait, je ne comprends pas ce que tu essaies de dire :
Si tu veux dire qu'elle avait été impuissante face à la scène ; formule le autrement.
Si tu veux dire qu'elle n'a pas su détourner son regard de la scène, comme étant paralysée ; c'est pareille reformule le ( en enlevant peut être le « leur » par « mon » et en supprimant «  je n'avais rien fait » et en mettant un truc du genre «  j'étais paralysée » ou un truc du style.
Bien sûr, ce n'est que mon avis.

« J’aurais voulu faire quelque chose, lui donner quelque chose, le prendre dans mes bras, lui promettre que tout ira bien, tout va bien se passer, tu verras. »→ 1) répétition de « quelque chose » trop rapproché, je trouve. Ça fait pas très jolie après (je trouve, encore une fois). J'aime bien quand il y a une variété de synonyme dans un texte plutôt que toujours les même mots. C'est plus élégant.
2) «  tout va bien se passer, tu verras » → problème avec cette fin de phrase. J''aurai mis «  lui dire que tout va bien se passer » le « tu verras » est à supprimé à mon avis.

« L’angoisse me monta dans le bras » → je connaissais pas cette étrange expression !  :mrgreen:

Sinon à part ça, j'ai accroché à ton histoire ! Malgré quelques fautes (tu les trouveras quand tu te reliras), tu as un style d'écriture que je trouve fluide donc je peine pas à te lire. Au contraire. J'accroche et je continue ;D .

Voilà pour ma part ! Peace  ;) !
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Hors ligne Alan Tréard

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Re : Re : La frontière
« Réponse #8 le: 22 Février 2016 à 21:05:56 »
Bon, heureux d'avoir lu la fin.  :bonpublic: C'est un texte très humain qui m'émeut beaucoup. On a tellement de mal à comprendre ces situations douloureuses ! C'est un texte engagé, même s'il garde une certaine pudeur. Merci à toi !

Hors ligne LilyMarie

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Re : La frontière
« Réponse #9 le: 23 Février 2016 à 15:20:11 »
Merci beaucoup à vous deux pour avoir lu la suite.
Quand je vois vos critiques je me rend compte que...j'ai beau me relire je ne vois pas du tout mes fautes O.O Mes yeux vivent dans un monde rempli de licornes et de papillons roses.
Je n'arrive à voir mes fautes que si je laisse le texte pendant 2 ou 3 jours.

j'ai corrigé une bonne partie de ce que vous m'avez fait remarquer.

pour ce qui est de :
- 1) Une répétition peut être (à mon sens) inutile. Et, corrige moi si je me trompe, mais lorsqu'une phrase est écrite en langue étrangère, celle ci ne devrait pas être en italique ? (c'est ce que je remarque dans les romans que je lis, après c'est peut être pas une règle obligatoire…)
je voulais donner l'idée de répétitions dès le départ. Néanmoins je comprend tout à fait ton point de vue et en effet il pourrait surement disparaitre.

→ Ah merde, j'ai cru que c'était en  Italie le voyage…
Au début du texte elle énumère les gares AVANT lyon. mais c'est vrai que c'est l'un des seuls indices qui dit de quel coté de la frontière on est.

Pour ce qui est du passage sur l'impuissance du personnage, je vais le retravailler :O

Merci encore à vous deux et je suis contente que le texte vous ai plu !

Hors ligne ernya

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Re : La frontière
« Réponse #10 le: 23 Février 2016 à 16:19:04 »
 
Citer
Désormais il faisait nuit et je ne pouvais plus me distraire en regardant le paysage, ce qui aurait été de toute façon impossible puisque nous passions de tunnel en tunnel depuis un moment.

haha, le petit détail tellement vrai des tunnels italiens

 
Citer
Depuis le scandale du grand nombre d’arrivée des migrants dans le sud de l’Italie, j’avais vu tellement de personne se faire arrêter à cette frontière.
l'emploi de "tellement" seul me gêne, j'attends soit un "que", soit une structure exclamative

Citer
quel que soit la couleur de peau. Tout le monde.
quelle que ce soit
(bof pour la remarque sur la couleur de peau ? je trouve que ça donne un aspect raciste au personnage, comment si elle se disait "je suis blanche, merde, pourquoi je me fais emmerder ?", je force un peu le trait bien sûr mais je trouve ça bizarre d'avoir mis spécialement la couleur de peau)


Citer
Mon voisin lui jeta un œil lourd de proche, C’était des yeux froids.

reproche ?
et bug de ponctuation

 
Citer
Elles étaient grandes et musclés.
musclées

Citer
Une flotte de policiers avait envahis le train.
envahi

 
Citer
Comme une tirade funèbre,

le terme de "tirade" est-il vraiment adapté vu qu'ils ne font que répéter une phrase ?


Citer
Qu’est ce qui poussait un home, si jeune, à tout quitter pour se rendre dans un pays qui ne lui promettait rien ?
Qu'est-ce / homme

Citer
Qu’est ce qui poussait quelqu‘un à devenir la proie du genre humain ?
même chose


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Ce fonctionnaire était un homme entraîné, il lui avait suffi d’un simple regard pour remarquer son gibier
j'ai du mal avec le singulier "ce" alors qu'avant on avait du pluriel

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Il tendit un papier jaunit et en mauvais état.
jauni

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Dehors, il s’était mis à neiger lentement et la lumière jaunâtre du train était la seule lumière aux allentours.
alentours

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Le policier flanqua le papier sous les yeux du garçon avec la même douceur qu’il avait démontré jusqu’à là.

démontrée / jusque là

Il reste encore quelques petites fautes.
Sinon, j'ai été interrompue à plusieurs reprises dans la lecture de ton texte, ce qui n'a pas facilité ma lecture. J'ai attendu une chute, quelque chose qui apporterait un petit plus à la lecture mais je ne l'ai pas trouvé. Le texte n'est pas mal écrit mais j'ai trouvé la narration un peu longue pour ce qu'elle avait à dire. J'ai pas tellement vu le côté engagé, en fait. J'suis peut-être insensible cela dit.
"Je crois qu'il est de mon devoir de laisser les gens en meilleur état que je ne les ai trouvés"
Kennit, Les Aventuriers de la Mer, Robin Hobb.

 


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