J'aimais avoir une feuille blanche devant moi lorsque j'écoutais de la musique, au cas où. Pourtant aucun mot ne venait jamais.
Une mort est une onde dont les effets sont plus ou moins violents selon notre distance de l'impact. Moi qui avais cohabité toute mon enfance avec les mots, j'avais espéré que cela puisse être le tragique événement qui me manquait pour créer une histoire. La mort a aussi ça de marquant, elle annihile jusqu'au moindre petit bout d'espoir honteux. Sacrifier sa vie à poser des mots les uns à côté des autres, accepter l'autarcie, discuter avec la solitude ; tant de choses qui me refusaient le titre d'écrivain. Il y avait malgré ça le soupçon de mélancolie, le dernier à être en mesure de veiller sur mon écriture. J'avais su repérer la haine en poésie, l'hypocrisie des phrases bien dîtes, l'unicité de l'amour rêvé ; j'avais répertorié des arguments forts dans l'anticipation de devoir, à un moment, défendre l'attrait de l'écriture, expliquer que je ne pouvais plus ressentir autrement que par la création. Je préparais les pardons d'un acte qui me fuyait.
J'aimais les chemins bien tracés, ceux qui ne laissaient pas de place au doute.
Le morceau de piano durera quatre minutes et quarante-deux secondes, c'est le temps dont tu disposeras pour libérer quelques lignes sur le papier. Putain, je te demande pas un bouquin, juste un court extrait, une ébauche comme ils disent, un truc simple, et tu as largement les moyens de me le donner.
Les notes s'enchaînaient à une vitesse folle, la fin du concert s'approchait sans bousculer mon esprit ; je restais inerte, silencieux. Mes mots n'étaient pas à la hauteur. Il me manquait quelque chose à dire, tout était trop court, tout était mal fait.
Parler d'amour était toujours une bonne idée. Croire à l'impossible, donner vie au médiocre, enfanter l'immondice. Il faudra en parler à ton psy.
Sonadoré