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07 Juin 2026 à 23:09:10
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » le chat noir

Auteur Sujet: le chat noir  (Lu 1660 fois)

Hors ligne Babataher

  • Troubadour
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le chat noir
« le: 14 Octobre 2014 à 09:19:26 »

Le  réveil sonna  sept heures du matin, Gregor sursauta dans son lit et songea aussitôt à la date : vendredi treize octobre. Il prêta toute son attention à sa sortie du lit, posa le bon pied, le pied droit avant de se redresser. Il étira ensuite ses muscles ramollis.  Le bruit des ustensiles de la cuisine lui rappela la présence hardie de sa femme Berthe ; elle s’affairait comme d’habitude pour préparer le petit déjeuner.

Gregor se dirigea vers la porte fenêtre du balcon surplombant la rue, écarta le rideau puis l’enserra dans une embrasse. Lorsqu’il tourna l’espagnolette, le souffle d’un vent frais fouetta son visage et un léger frisson dissipa les restes du sommeil qui perlaient encore à ses paupières. Au dessus de sa tête, des nuages sombres étouffaient la clarté du ciel, un orage tramait sa menace. En bas de l’immeuble de cinq étages, la circulation se ranimait peu à peu ; à cette heure matinale, la rue était encore déserte. La fraicheur nocturne  se résignait avec peine à quitter les lieux. Au loin, on entendait le tintamarre encore sourd de la ville qui se réveillait. Gregor  respira à pleins poumons puis, au moment de quitter son belvédère,  il vit un chat noir traverser la rue. Il eut le pressentiment que sa journée serait grise.

Après s’être habillé, Gregor rejoignit sa femme à la cuisine. Là, l’arôme du café titilla ses narines et l’odeur du pain grillé excita son appétit. Il s’approcha de sa femme d’un pas furtif et ne put, dans la chaude ambiance de la pièce, réprimer le désir de la prendre dans ses bras ; une femme bienveillante, charmante et délicate. Il caressa avec amour la chair nue de ses épaules, prit dans le creux de ses paumes la rondeur des seins et, avec tendresse, la pressa contre lui pour l’embrasser sur la nuque : «  bonjour ma chère ». Ils se mirent à table, prirent leur petit déjeuner en silence. Une inquiétude confuse étreignait l’esprit de Gregor, mais son visage restait placide. Il se hâta ensuite pour se dérober au regard insistant de son épouse.

Une fois en bas du bâtiment, il vit sur le perron le chat  noir qu’il avait entrevu depuis sa fenêtre. La fourrure funeste à poil court recouvrait un corps vigoureux. Cette livrée lugubre et luisante où ne perçait que l’éclat jaune des iris troubla son humeur. Il s’arrêta net, s’immobilisa un instant, hésita à passer devant ce  félin diable. Il redoutait la malédiction de cet animal sorti des ténèbres ; il rebroussa chemin, remonta l’escalier et rentra chez lui, les membres tremblants et le visage blême.

Berthe, inquiète, le dévisagea d’un air hébété et interrogateur :
‒ Qu’est ce que t’as mon mignon ? Un malaise ? Es-tu souffrant ?
‒ C’est tout comme, j’ai vu un chat ;  je reviens attendre qu’il soit parti. C’est de mauvais augure, tu sais ! une telle rencontre le matin.
‒ Un chat ! t’as peur d’un chat, un pauvre animal !
‒ C’est un chat noir, faut le voir, complètement noir.
‒ Et alors ! Qu’est ce que ça change fauve  ou noir?
‒ Mais ma chérie ça change tout.
‒ T’es vraiment bête de croire à de telles superstitions ! Tu te soucies de peu de chose !
‒ J’y peux rien ma chère. À sa vue, j’ai pressenti l’imminence d’un malheur. Peut être que d’ici un quart d’heure, quand il sera parti, je pourrai de nouveau sortir. Je te le dis, le diable prend souvent la forme d’un chat noir pour répandre ses méfaits.
‒ Là tu exagères mon chéri, le chat n’est qu’une pauvre bête, on peut rien lui reprocher ; tu ignores  sans doute que jadis des chats ont  sauvé Paris, de la vermine, des rats et des épidémies?
‒ Possible, mais en tout cas pas des chats noirs, ceux là ont toujours été et le sont encore, les compagnons du diable.
‒ Non mon ami, le véritable compagnon du diable est l’homme et non cette pauvre bête ; d’ailleurs si le diable pouvait prendre la forme d’un chat, qui l’empêcherait, dis-le-moi, de prendre celle de l’homme, ça serait pour lui plus commode pour exercer son influence  maléfique. Non ?

Gregor, ne prêtant aucune attention aux assertions de sa femmes, entra dans sa chambre, se déchaussa et s’étendit sur le lit. Il ferma les yeux et essaya de se concentrer sur autre chose, une pensée positive.

Un quart d’heure plus tard, lorsqu’il remarqua que le vilain matou n’était plus là, il poussa un soupir de soulagement. Le diable s’étant probablement lassé de l’attendre, avait préféré chercher une autre victime moins méfiante ; Gregor, rassuré un peu, mais un peu seulement, pouvait à présent regagner son travail.  Il demeurait cependant sur le qui-vive,  dans une dégaine de garde à vous toute la journée.

 En entendant la porte claquer, Berthe souleva les épaules ; un sourire moqueur se dessina sur ses lèvres, un nouveau trait du caractère de son mari s’imprégna dans sa mémoire. Certes, elle le savait superstitieux, mais c’était la première fois qu’elle apprenait son aversion inexplicable pour les chats noirs. Elle se rappela d’ailleurs d’autres faits qui avaient eu lieu dans le même sens. Une fois, il l’avait grondée parce qu’elle avait ouvert un parapluie alors qu’elle n’était pas encore sortie de la maison. Une autre fois, ils s’étaient disputés à propos d’un fer à cheval qu’il voulait à tout prix accrocher au dessus de la porte sous prétexte que cet arcelet allait les protéger contre le mauvais œil. Cependant cette croyance de son conjoint aux mondes occultes le rendait un peu plus sympathique. Elle se signa et murmura une prière pour que le bon Dieu protège son jobard de mari.


Tout le temps, que passa Gregor dans son bureau, se déroula dans une angoisse permanente. Les tourments les plus divers agitèrent son cœur et hantèrent son esprit. La crainte d’un malheur en suspens ponctua tous les faits qui s’étaient produits ce jour là. Dès l’accueil,  la moue boudeuse du patron le mit mal à l’aise ; ce regard métallique  et accusateur, le submergea de reproches  pour le retard accusé. Le visage sévère de son supérieur trahissait une envie pressante de le licencier. Ensuite l’attitude goguenarde de ses collègues, leur conversation à voix basse le plongeait, à chaque échange, dans une anxiété stressante, leurs œillades dardaient tels des aiguillons venimeux. Sur leurs mines, Gregor semblait lire  une indifférence ingrate.


La sonnerie de téléphone tintait, de son coté, d’une manière alarmante. L’orage qui venait d’éclater électrisait l’atmosphère ; la lumière vive des éclairs et le grondement du tonnerre amplifiaient la peur de Gregor. Chaque claquement de porte exaspérait sa sensibilité, il était sur ses nerfs ; le malheur d’un instant à l’autre allait le frapper. Sa bouche se desséchait par intermittence, le rythme de son cœur accélérait, son esprit se tortillait. Des convulsions parcouraient son corps de la tête jusqu’aux pieds. Tout son être frémissait sous l’emprise d’un affolement imaginaire. Il adjura le bon Dieu que ce vendredi de torture se termine sans ennui.


Par bonheur, il en fut ainsi ; aucun incident malencontreux ne troubla la grisaille de cette journée. En fin d’après-midi, lorsqu’il quitta son travail, il retrouva, en cours de route, sa sérénité et se reprocha même son émotivité excessive. Mais, quand  il fut près de l’immeuble où il résidait, une frayeur subite balaya son calme. La pauvre bête qu’il avait redouté le matin, gisait inerte près d’une poubelle ; la partie postérieure écrasée par un véhicule. Il fut à la fois surpris et  effrayé ; il crut voir là une sorte de dénouement à son supplice, la preuve concrète qu’il avait bien fait de n’être pas passé devant cette bête damnée. Il s’empressa de monter chez lui pour en parler à son épouse.


Aussitôt  rentré, il l’entraina par le bras jusqu’à la fenêtre et lui montra l’animal crevé. Berthe eut un haut-le-cœur et fut affligée de voir la pauvre créature  morte et abandonnée à même le trottoir.

‒ Hein ! qu’est ce que je te disais. N’est ce pas là la main du diable ! N’ai-je point raison de te dire qu’il fallait s’en méfier ? Qui sait, j’aurais été accidenté ou poursuivie par  une malédiction si je n’avais pas pris la précaution d’éviter le diable.
L’air toujours attristée, sa femme lui répondit :
‒ Je pense plutôt que quelqu’un lui a porté la poisse.
Une phrase n'est bien construite que si elle est écrite de telle manière que personne ne remarque qu'elle a été construite.

Hors ligne ernya

  • Vortex Intertextuel
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  • Ex-dragonne
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Re : le chat noir
« Réponse #1 le: 14 Octobre 2014 à 23:28:39 »

Citer
Gregor se dirigea vers la porte fenêtre du balcon surplombant la rue, écarta le rideau puis l’enserra dans une embrasse.
tu m'as appris un mot, merci !

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Au dessus de sa tête,
au-dessus

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‒ Qu’est ce que t’as mon mignon ? Un malaise ? Es-tu souffrant ?
t'as, mon mignon
sont marrants à se parler comme ça

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‒ Mais ma chérie ça change tout.
Mais, ma chérie, ça

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‒ J’y peux rien ma chère.

rien, ma chère
(sérieux, ils se parlent franchement bizarrement, autant dans un moment sensuel, jveux bien, mais là, il a l'air un poil plus sérieux)

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Peut être que
Peut-être

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‒ Là tu exagères mon chéri,
exagères, mon chéri

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Gregor, rassuré un peu,
euh "un peu rassuré", plutôt, non ?

Citer
Tout le temps, que passa Gregor dans son bureau, se déroula dans une angoisse permanente.
hum, les virgules me gênent niveau syntaxe

Citer
Les tourments les plus divers agitèrent son cœur et hantèrent son esprit. La crainte d’un malheur en suspens ponctua tous les faits qui s’étaient produits ce jour là.

jour-là

Y de l'idée avec la chute du texte. Mais du coup, il faudrait peut-être la mettre plus en valeur, peut-être en rajoutant des aspects comiques ou humoristiques, en donnant des micro pistes plus marquantes au lecteur que le texte ne se prend pas trop au sérieux. Parce que perso quand je suis arrivée à la fin du texte, je me suis dit "ok, tout ça pour ça ?" et j'étais un peu déçue alors que si tu m'avais un peu plus mise dans l'ambiance, j'aurais trouvé la fin plus funky, je pense.
Bref, je pense que tu peux dynamiser un peu le reste du texte pour donner plus de relief à la chute  ^^
"Je crois qu'il est de mon devoir de laisser les gens en meilleur état que je ne les ai trouvés"
Kennit, Les Aventuriers de la Mer, Robin Hobb.

Camo

  • Invité
Re : le chat noir
« Réponse #2 le: 14 Octobre 2014 à 23:57:25 »
Personnellement, je suis d'accord avec ernya. J'ai été un peu déçu par le chute. Je trouve qu'il y a un déséquilibre dans ton texte, le début est trop long par rapport à la fin de l'histoire.  Lorsqu'il arrive à son bureau j'ai cru qu'on allait vraiment entrer dans le vif du sujet mais finalement je suis jamais vraiment entrée dans l'histoire.... Sorry

Après au niveau de la forme j'aime ton style, que je trouve plaisant à lire.

Camille

Hors ligne Babataher

  • Troubadour
  • Messages: 389
Re : le chat noir
« Réponse #3 le: 15 Octobre 2014 à 09:14:40 »
Merci ernya pour tes remarques et ta lecture.
Merci camo pour ta lecture.
Une phrase n'est bien construite que si elle est écrite de telle manière que personne ne remarque qu'elle a été construite.

Hors ligne Cauzart

  • Troubadour
  • Messages: 284
    • Julien Usseglio - Poèmes, nouvelles et théâtre
Re : le chat noir
« Réponse #4 le: 15 Octobre 2014 à 11:23:52 »
Le  réveil sonna  sept heures du matin,

--> il manque quelque chose, non ? une "," ou "à"



___

Pas mal du tout. Contrairement aux autres j'ai beaucoup aimé la chute, c'est même ce que j'ai préféré ^^
Le reste du texte au contraire, bien que pas mal écrit, m'a laissé d'avantage indifférent. Peut-être certains passages pourraient être développer, voir exagérer. Je pense surtout au bureau avec l'orage, ça pourrait prendre plus de temps, qu'on puisse vivre l'évolution de la journée et du personnage en temps réel. Rajouter des détailles. Tu es allé un peu trop vite je pense dans ta construction. En augmentant le récit tu peux pousser le lecteur dans le doute : ce passera t-il quelque chose, ou non ? Créer un malaise plus grand, pousser le personnage jusqu'au bout, sa sueur sur le front, ses mains moites, sa parano qui augmente de plus en plus jusqu'à la fin.
Je sais pas, ce sont des idées...

Dans tous les cas c'est pas mal, ça mériterait d'être développé surtout, à toi de trouver la bonne manière de faire.

« Modifié: 15 Octobre 2014 à 11:25:59 par Cauzart »
http://julienusseglio.eklablog.com/
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Hors ligne Babataher

  • Troubadour
  • Messages: 389
Re : le chat noir
« Réponse #5 le: 15 Octobre 2014 à 20:12:15 »
Merci causart pour ta lecture et tes suggestions. J'ai pris note.
Pour le réveil qui sonne je ne sais pas s'il manque quelque chose!
Une phrase n'est bien construite que si elle est écrite de telle manière que personne ne remarque qu'elle a été construite.

Hors ligne sekha

  • Plumelette
  • Messages: 12
Re : le chat noir
« Réponse #6 le: 15 Octobre 2014 à 21:37:26 »
à part quelques petites maladresses, c'est bien écrit, mais comme diraient certains, c'est une mouche sur le mur de "qu'est-ce qu'on en a à faire?" Autrement dit, ça manque d'une problématique qui prenne vraiment aux tripes.

Je pense que tu as un réel talent pour raconter des histoires, mais ça pêche par le contenu, qui peine à intéresser le lecteur. Je m'attendais à ce que sa peur du chat elle-même engendre une catastrophe, ou qu'il allait y avoir une surprise qui mettrait les choses en perspectives, mais non.

Peut-être que tu pourrais rajouter un détail insolite sur le corps du chat, et qu'à la fin il le retrouve dans son appart, après l'avoir vu mort, ou quelque chose d'inattendu...
« Modifié: 15 Octobre 2014 à 21:40:07 par sekha »

 


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