Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Dot Quote le 11 Février 2021 à 11:41:48

Titre: 🚽 L'envol du chien
Posté par: Dot Quote le 11 Février 2021 à 11:41:48
les morceaux de l'histoire de Chocolat :
- l'envol du chien (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=36886.msg585162#msg585162)
- faire autre chose pendant la cuisine (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=36886.msg585438#msg585438)
- c'est le samedi qu'on fait les gâteaux (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=36886.msg586728#msg586728)
- au bout de la laisse & heuenfaitjesaispas (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=36886.msg588001#msg588001)
- moins un - l'envol du chien (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=36886.msg589467#msg589467)
- la porte était mal intentionnée (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=36886.msg592434#msg592434)
- moi l'de chien (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=36886.msg594264#msg594264)
- sol bécarre sur horizon de pluie (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=36886.msg595383#msg595383)
- barbare-bichon (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=36886.msg596967#msg596967)
- frizbi (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=36886.msg601211#msg601211)
- qui dépendons d'eux (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=36886.msg685725#msg685725)
- caniss regaliss (https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=36886.msg686128#msg686128)



pas tant de généalogie à déployer pour ce produit qui est un peu anodin pour moi ; merci à Nacas notamment de m'avoir motivé à ne pas perdre trop d'attention en larvant sur du très très court ; j'ai essayé donc la segmentation temporelle ; chaque envoi séparé par un double retour-chariot, a été écrit indépendamment des autres, sauf les deux derniers... vous me direz, sur quatre... hmm ! nan ouais, ça fait depuis ce matin que je suis là dessus, et j'ai essayé de raconter une histoire avec une tête et ne queue

bonne lecture...


l'envol du chien
#help #embauche #short #fiction

C'était le chien à punks qui gardait la scierie.

Lorsque je suis arrivé au rendez-vous d'embauche, il s'est mis à s'agiter de partout. C'est ma fille qui a retenu mon attention un peu préoccupée. Elle a dit un truc, du style qu'il avait l'air méchant. Comme je n'ai pas grogné tout de suite elle a répété une deuxième fois, et comme j'étais là inconscient, à trier mes deux trois documents d'une nouvelle et dernière façon ; une troisième.
- Ah oui effectivement mon sucre, il est pas commode. Tu vois pourquoi on n'a pas de chien dans l'appartement ? Si celui-ci te mord t'es partie pour loin ma chérie. Bon, allez, c'est pas le tout. Papa va essayer de décrocher ce petit job temporaire ; c'est un peu délicat hein  ? On avait pas le choix pour l'horaire, c'est pour ça que tu auras peut-être un peu de retard à l'école ce matin. Mais je suppose que ça t'arrange, petite chipie.
Elle a battu des pieds sur le réhausseur, elle a fait l'enfant, et je me suis un peu attendri, comme si la scierie et le chien étaient à des kilomètres.
Avec un grand sourire, elle a dit
- Non ! Moi j'veux être à l'école !
Alors j'ai éclaté d'un rire mesuré de papa qui tente par tous les moyens de pas devenir trop adulte dans ce monde de fous ; j'ai passé ma main dans mes cheveux, un peu gêné de voir que les enfants mesurent un taux d'auto-conditionnement si réfractaire, tant dans le déni, que ma tache de père n'en était que plus improbable vis-à-vis de ce que je m'étais toujours figuré comme relevant d'un phénomène naturel et simple : l'éducation du marmot.
- Ah, dans ce cas je vais vite aller chercher de quoi gagner un peu d'argent ce mois-ci, et on y fonce immédiatement après ! Je te laisse dans la voiture, les vitres sont ouvertes mais pas trop pour le chien, et puis comme c'est fermé il peut pas rentrer ; je suis obligé d'éteindre mon portable ma puce, si tu as un problème tu les appelles depuis ici d'accord ?
Elle fait la moue, une grimace faussement déçue ; je sais qu'elle va s'amuser comme jamais et qu'elle aurait bien voulu, comme moi, que le travail commence directement ; elle n'aurait pas eu à aller à l'école.
- Mais papa le chien...

Il y avait ces éternelles bruits industriels qu'on n'entend plus vraiment qu'en fond du silence normé par la zone. Un bruit d'enfer en réalité ; des machineries de métal, du bois ici découpé en planches, dont on récupère les sciures pour les revendre à un fabricant de copeaux combustibles ; il y a le traitement des écorces qui se fait en amont, tout ici reste donc dépouillé. Je le devine au parc, où sont empilées les tranches de bois encore brutes. Il y a surement une sorte de centre d'affinage pas bien loin, qui s'occupe de la traitance des commandes particulières. Ce genre d'après est soumis à d'autres prérogatives aux impératifs matériels, mais... Mon regard a fui la scène.
Le chien, quand je sors de la voiture, émet une tempête d'ondes dégarnies. Son poil est anarchique, il bataille des vents de lui-même, solidement rêche. L'arcade aiguisée n'est pas coupante, elle assome d'un regard fou.
Il gueule, il grogne, il s'agite et saute, mais ne me touche.
Dès que je fais mine de m'intriguer de lui, il redouble de hargne une seconde, se détourne alors et s'en va quelques instants pourchasser sa propre queue, la mordiller... Et puis, reprenant faiblement un élan de violence sur autrui, il trace une courbe pour m'atteindre à nouveau, et me menacer d'attaque physique.
Mes chaussures foulent un peu le gravier du parking.
Au bout de la cour, l'entrée s'effectue par une porte banale faite de carreaux de verre, pour la transparence et le bien-être du lieu de travail. J'ai le temps fugace à travers le reflet du soleil, de me préparer à la beauté fatale d'une secrétaire et d'un mimosa. L'intérieur est quant à lui plus embrouillé, et lorsque j'entre c'est une odeur d'essences qui me prend au nez. Les moteurs des machines semblent thermiques, mais c'est des différentes sortes de bois dont mes narines amatrices hument les effluves, de sèves, d'écorce. Des essences, telles que je ne saurais les reconnaitre par ce sens ; y a-t-il seulement un  spécialiste de ces choses là ? J'entre donc, et la dame est accueilante.
- Faites pas trop gaffe au chien, il est même pas méchant, alors vous attaquer, n'y pensez pas !
Derrière le sérieux de mes lunettes carrées sorties pour paraître à l'aise avec les bureaucrates, je tente un sourire incrédule.
- Pas méchant... c'est vite dit !
- C'est sa manière de vous souhaiter la bienvenue. En fait il a été éduqué comme ça, on l'a recueilli dans un organisme qui récupère les victimes de maltraitanace. L'ancien propriétaire l'appelait par un nom qu'on préfère ne pas utiliser, mais il ne répond qu'à celui-ci... Vous êtes monsieur Dominique, c'est ça ?
- J'allais me présenter, effectivement oui. J'ai rendez-vous avec monsieur... Sprotvic ? Je prononce bien ?
- Oui, il sera là d'une minute à l'autre je l'ai prévenu lorsque je vous ai aperçu dans le parking.
- Oh.
- Oui oh, ce n'est pas du comérage détrompez-vous, je me suis dit que ça ferait avancer les choses.
- Bien, non, c'est très bien.
Le téléphone sonne.
Quelques instants et politesses après, la secrétaire m'informe que finalement elle va m'accompagner jusqu'au bureau du directeur.
- C'est à l'autre bout du segment de parc, nous y seront vite mais il tenait à ce que je rapporte du café alors, quitte à ce que je bouge, autant qu'il puisse rentabiliser ses pas ; je vais chercher un plateau et je vous accompagne.
- Je me tiens prêt, merci.

Dans le labyrinthe de la scierie, nous évoluons avec un casque ; la secrétaire m'en a fourni un qui semble ne pas fonctionner. Ou alors est-ce qu'il n'y a pas de totale protection infaillible, et m'inquiété-je outre-mesure du danger amplifié par la peur de mes oreilles. Je ne devrais pas postuler ou envisager de travailler ici, si je m'écoutais. Mais il faut bien nourrir le mouvement, la vie, le...
Je pense à ma fille, alors que résonnent les scies à bandes, que grincent les coulisses, les rails, les treuils et les tapis. Tout est de cette sorte de saleté moderne : un mélange de déchet organique en masse, et autant de masse en hydrocarbures, morceaux de rouille, de graisses. On se choperait vite une infection, et pourtant l'effort est au maximum, afin que l'endroit puisse être qualifié d'entretenu. En tant que tel, tout semble normal.
Un dénommé Henri souulève une oreille de casque après qu'on ait entendu son prénom hurlé. L'air tranquille, on ne sait pas si c'est le casque qui rend de la poussière à ses gants, ou l'inverse...
D'un flegme un peu gras, Henri termine de machouiller une branche de réglisse, ou du moins pose-t-il le stick loin de ses lèvres, et il répond mollement mais avec volume.
- Ouais ?
- Ramène-toi de dieu ! Ca fait cinq minutes que je t'appelle t'es sourd ?
Un râclement de circonstance étreint l'usine.
- Ouais, ouais... j'arrive, t'inquiète, bordel.
- Bin maintenant quoi !
Un plastron se décarcasse sur le sol.
La visière tombe aussi.
Les gants viennent se poser sur une table à roulette.
Les outils, les caisses, tout est de ce gris gras qui caractrise la modernité. Il y a des poussières soupçonnées, toxiques, elles enveniment les effluves d'essence. Au loin, on voit des morceaux de bois traîner pendant que la secretaire est à la poursuite d'une échappatoire à ces cloisonnements, pour moi, pour ma tranquilité, du moins m'halluciné-je un peu ceci quand je croise son regard un peu froncé, dérangé par le bruit également. Elle m'attend à un coin de machine, et nous contournons, nous traçons, nous biffurquons. Un transpalette déboule sans prévenir et manque de nous pincer contre le sol lisse ; heureusement que ma guide connait le code interne de la route de béton. Elle s'est arrêtée, j'ai cru un instant que nous nous étions fourvoyés. Mais lorsqu'elle reprend en remontant la piste du transpalette, j'aperçois le fond de l'entrepot. A son mur, des bureaux en préfabriqué sont au sommet d'un escalier stable qui passerait pour le radeau de la méduse à côté ceux de la Défense, mais qui semble avoir subi bien assez pour qu'on voit pourtant qu'il tient, solide, inébranlable, avc ses marches crantées, sa rampe archaïque, ses érous et ses boulons...
J'ôte mon casque en les escaladant, et je suis du regard la cacophonie en dessous de moi, avant que le plateau de l'employée ne survole une poignée de manière adroite et l'abaisse, ouvrant un passage vers ce qui devrait peut-être m'apporter un contrat.
Je rentre à sa suite.

Victoria aperçut son père qui sortait sans son porte-document. Il avait l'air inquiet, pressé et peu assuré. Elle garda en mémoire ce contre-jour, et la silhouette un peu étrange de cet être qu'elle connaissait dans d'autres états quiets dont elle ne soupçonnait pas l'amniotique circonstance parentale, ni son caractère sécurisant. Non, ici elle découvrit l'homme, qui à travers le silence du pare-brise, depuis son regard à elle hissé sur le siège, l'homme qui n'était qu'un maillon de ce monde. L'immense maille était demeurée insoupçonnable pour Victoria jusqu'à présent, mais ici elle comprit un peu, elle découvrit. Que la vie, c'est des gens qui s'écrasent entre eux pour enfler. Que prendre du volume, c'est en voler à autrui. Qu'il faut se permettre des choses, et que des fois on se mouille ainsi.
Elle m'aperçut, alors que désemparé par mon entretien, j'avais remonté en trombes le parcours, avec une idée toute bête en tête ; le chien hésitait à me sauter dessus, alors... J'ai sorti le carré de chocolat qui traînait dans ma poche depuis un café hâtif dont ne me restait qu'une pièce de centime et un emballage de spéculoos.
- Chocolat !
Ce serait le seul mot de moi à lui avant un moment, nous en avions conscience tous les deux je crois, et Victoria m'a renvoyé mon air inquiet.
J'ai ouvert la portière arrière, jeté le carré sur la banquette, attendu l'avalanche que j'esprais silencieuse et inaperçue.
D'un regard méfiant envers la terre entière, j'ai refermé, ouvert, pénétré, refermé, inséré, tourné, braqué et embrayé. Puis nous sommes sortis et je sentais toute l'attention enfermée dans la voiture. Victoria me regardait en coin la regarder en coin.
Derrière, Chocolat avait les yeux confiserie.
Titre: Re : L'envol du chien
Posté par: Dot Quote le 12 Février 2021 à 08:28:47
je m'autohypnose toujours, surtout pour écrire, ça fait partie de mon rêve, mon hallu perpétuelle, il faut donc que j'y sois le plus immergé possible ; en apnée moi aussi j'y crois, et je crois que si j'y crois on y croit

:)

je me souvent d'essayer, donc parfois, en vain, de 'construire' un texte, dans le sens y penser avant, y penser pendant, y penser entre, alors que naturellement c'pas naturel chez moi j'aurais tendance à ce que inopinément le plus souvent moins donc parfois, ça me tombe sur le coin de la tronche comme ça dégouline en saignant ; de fait récent pour ici, c'est Nacas qui m'a relancé dans cette dynamique motivée de me raccorcher à un scénario, un temps, de l'action, des perso, bref, c'était pas facile pour moi c'est une histoire, j'en fais jamais, mais j'suis content de voir que t'as l'air vâchement enthousiaste, je pensais pas ce point huhu

merci à toi pour le rendu de tes ressentis

!!

oh mais par contre je me devais de préciser que l'inspiration vint d'une toute autre personne à qui je dois totalement le sous-texte qui est le propos le plus malléable que j'ai un peu occulté en vrai, ou tourné trop à la paix...

l'idée principale tourne autour d'idées réelles, ça ajoute ptetr à la cohérence du truc, et surtout donc : l'idée du chien de punk, hargneux aimant, que j'ai essayé de rendre par la cacophonie de la scierie et la précarité du papa qui, je l'avoue, m'est directement inspiré de celui dans Mon Voisin Totoro

voilouvoilou
Titre: faire autre chose pendant la cuisine
Posté par: Dot Quote le 13 Février 2021 à 19:10:43
bon, suis pas sûr d'avoir bien rendu mon idée, parce que c'est vraiment du tétris complexe que je voulais rendre mais en fait c'pas ausssi complet, par contre du coup j'ai inopinément écrit ce qui est donc pas vraiment une suite, c'est si vous le devinez, le même moment que l'autre histoire, mais sur un autre bout de la famille... pas fait exprès donc, mais ça allait bien avec le thème de mes moments là, visiblement, un truc un peu enfance étout...

faire autre chose pendant la cuisine
#tétriss #méthode #souvenir #crêpes

- ... si tu le casses tu n'auras plus rien, c'est ça d'être une Princesse !

Quand Meredith a dit ça, j'ai replongée dans un souvenir très ancien. Je ne sais pas ce qui me l'a réellement appelé dans la mémoire de mon vécu, peut-être simplement parce que là, dans l'instant, par le côté moralisateur voire incriminant, elle m'avait un peu fait penser à ces colères maternelles de mon enfantce, dont je passais l'éponge perpétuellement par solidarité familiale. Un souvenir épisodique, je suppose que ce fut parmi ceux que ma mère oublia, comme tant d'autres c'est normal. Moi en tout cas, ça m'a marquée parce que j'ai appris ce jour là à combler les vide et à remplir les trous. J'y ai appris à organiser les formes, les choses, afin que tout s'empile et s'imbrique. Ce jour là maman était en vacances, parce que je l'étais aussi, alors elle en profitait pour récupérer un peu de ce que la société lui volait chaque jour, du temps avec son enfant ; moi j'étais jeune, je ne voyais pas tous les tenants et aboutissants de la chose. Tout ce que je voyais, c'était ma tresse coiffée et donc, surtout, qu'on allait manger des crêpes ce soir et qu'il fallait faire la pâte. Elle m'expliquait alors ce que je retins d'une manière très efficace et utile.
- Tu vois chérie, la pâte à crêpes, c'est tout simple ; de la farine, des oeufs ou pas, du lait de l'eau de la crème une pincée de sel, en théorie tu n'as pas besoin de mille trucs pour faire les crêpes.
Attentive un peu, dissipée d'autre peu, je la regardais, l'écoutais, fascinée et débordante de ce qu'elle essayait de contenir par son flegme adulte, celui que je me reconnaissais un peu à la fois devant Meredith que en elle-même aussi. Je n'ai pas répondu tout de suite, le temps de fuir un peu encore dans mon souvenir.
- Ce qui fait que des crêpes c'est réussi ; c'est tout ce qu'il y a autour des crêpes. Enfin tu me comprends, ce que la crêpe entoure, plutôt, c'est le cas de le dire. Chaque élément du décor fait que c'est pas le protagoniste qui porte l'histoire, tu vois ? Une crêpe, on est d'accord c'est bon ; c'est bon toute seule, mais c'est encore meilleur avec du nutella ! n'est-ce pas pupuce ?
J'avais adoré la pédagogie ; le fait qu'elle s'impliquait à rendre ses paroles attractives, intéressantes, utiles, et bien travaillées en tant que telles ; c'était une attention de maman, à sa fille, et j'étais cette privilégiée là, dans la cuisine, pendant qu'elle me débriefait un coup. Et puis on a sorti les récipients, les doseurs, les ustensiles de type malaxeur, mixeur, mélangeur et touilleur. On a sorti les ingrédients. On a fait une pâte. A la fin elle m'a dit que ce n'était que le début.
- Bon je t'ai bien eue petite chipie, maintenant que tu as fait des crêpes, on va faire le bourguignon pour demain ! C'est long, c'est chiant, c'est plein de moments de surveillance passive et d'attente intenable et d'oisiveté non-contractuelle. Du coup pour la gastronomie, on va essayer de s'organiser. Je t'explique : on a quatre heures minimum devant nous, dont les trois quart sont demandés juste pour le temps de cuisson ; mais c'est pas pour autant qu'on va rien faire de ce temps, et c'est là tout l'important que doivent gérer les bons cuisiniers ! Rentabiliser ! Optimiser ! Ne pas perdre du temps, et l'utiliser à l'utile, c'est remplir les trous, combler les vides, pendant que tu as une minute ? Tu fais un truc qui prend une minute ! Tu as deux heures ? Tu peux là prendre soin de faire les choses bien... On y va ?
Je n'avais pas compris son amertume, moi ça me plaisait la cuisine ; alors pourquoi m'avait-elle bien eue ? Le genre de choses que je ne comprendrais d'elle que plus tard...
Et puis on a fait de la gastronomie. De la photo sans appareil. De l'art d'estomac. Et pendant que le ragoût mijotait, on a préparé la soirée crêpes. Pendant que la sauce prenait, pendant que les herbes fondaient, que le gras imbibait et que les arômes se faisaient de plus en plus profonds, on a enroulé les jambons, les mozzarellas, les olives. On a préparé des petites formes de viandes, de légumes, de fromages. Présenté le tout sur des plateaux, des assiettes, des trucs de service. Elle avait raison maman ; entre déguster un petit bout du quatre heure improvisé aux ingrédients de sur le coup... Je mangeais, je cuisinais, j'attendais la suite, et tout se préparait autour de l'estomac de la maison qui nous digérait dans sa cuisine.
Quand papa est rentré avec Victoria, j'ai réalisé que tout ceci allait rester dans mon souvenir, mais je n'ai pas deviné qu'il remonterait auprès de Meredith seulement des années après.

Le chien s'appelait Chocolat, j'ai envie de changer de conversation juste pour parler de jusqu'où il a été également incident dans nos vies... Alors Meredith et moi on se tait encore un peu.
Titre: Re : L'envol du chien
Posté par: Dot Quote le 14 Février 2021 à 03:01:35
à ceci près que le premier sort total de mes cordes alors que le second est toute mon ancienne ambition de travail, et que les transvaluations de process réflexifs inhérents aux directions total dichotomiques à l'extrême, font que voilà, c'est pas DU TOUT le même contexte axiologique pour moi selon l'un ou l'autre, alors que oui, on pourrait total se dire que ça se suit, se tient, se réverbe étou, d'ailleurs j'ai fait exprès pour, donc c'cool, mais qmm, c'est deux trucs pour moi qui n'ont strictement rien à voir dans le concept, et respectivement, les process transvalués me changeant total l'environnement conceptuel de réflexion et de production artistique, sont à regrouper sous ces bannières floues mais qu'on peut tous se figurer :

Moment VS Instant
Scénar VS Captur
Work VS One-shot

Temps VS Espaces



cool cool que tu passes ici merci !
Titre: c'est le samedi qu'on fait les gâteaux
Posté par: Dot Quote le 20 Février 2021 à 18:20:03
j'l'aime bien tout ce qui tourne autour de ce iench un peu méchantil...

c'est le samedi qu'on fait les gâteaux
#ensuite #mousse au chocolat #chien de punk #famille


le chien a déboulé dans les blancs en neige

il faisait un froid de confit de canard, dehors, et la cuisine verte était chaleureuse avec ses plaques chauffantes, son four, le grille-pain et tous les trucs genre qui font que une cuisine, c'est chaleureux jusqu'à ce qu'un chien y déboule dans les blancs en neige ; pour la mousse, c'était top ; Chocolat a dansé la queue hargneuse, au milieu des flocons de nuages ; il soufflait comme sur des bulles hostiles, la mixture tirée de la séparation outrageante de foetus d'oiseau apprivoisé ; bref, au cul d'une poule, dans un cul-de-poule, les oeufs avaient finis en neige, et puis un peu partout dans la cuisine, notamment, sur les babines de Chocolat, le chien hargneux de gentillesse, ou gentil de haine...

il gueulait même contre Offspring ou Green Day, non, il avait appris à reconnaitre le vraie punk inconfortable, son ancien maître, on n'a pas cherché comment il l'appelait, alors au bout d'un moment le chien répondait à Chocolat, et il aimait les années soixante dix

moi je lui expliquais tranquillement ; Chocolat tu comprends, on ne renverse pas les neiges de blancs comme s'il s'agissait d'une basse-cour à plumes ! non, ça c'est le boulot des renards, et ils sont un peu bientôt au chômage technique, puisqu'on sait faire des oeufs qui sortent du cul d'une éprouvette ; alors s'il te plait roule un petit bacon, surtout pas du chocolat mince mais pourquoi t'as-t-on appelé ainsi... sacré Bertrand, c'est pas méchant en soi, mais jamais j'irai appeler ma fille Poison Ivy ou Venin-de-frêlon-des-steppes... ça te rend aveugle mon cher Chocolat, alors t'as qu'à voir la musique de punk et les vas-te-faire-enculer, c'est des coups à ce que les mots soient si désagréables dans leur libre formulation, qu'ils en deviennent dangereux ; mauvais ; malsains ; s'il pouvait parler le pauvre chien répéterait son ancien maître, des slogans de manifestations, des attrape-parigots, des qu'est-ce-tu-m'achètes-ton-capitalisme... il serait là le pauvre : je t'aime, enfoiré, sale bâtard de mes deux, pourquoi t'es tout pour moi, t'sais, on devrait être encore plus libres de se faire du mal chacun tu crois pas ? humain de con, vas, quand t'auras bousillé ta sphère tu seras tout content que je traîne auprès de ta tombe ; mais t'as pensé à moi, chien de fils ? t'es soumis à ma soumission, et ça avant que je te le fasse dégobiller, je l'aurais entouré avec le bacon de ton mari tout frais avalé, et ça fera deux grumeaux un peu meilleurs à vomir qu'à manger, tu vois ? Chocolat voyons...

quand je lui disais assis, c'était pour qu'il s'imagine une friandise ; tout lui allait, faut dire qu'il avait du en goûter des trucs pas nets

Victoria et sa soeur préparaient de jolies petites coutures gastronomiques, et Bertrand à côté, on aurait dit qu'il pensait encore à son attaché-case, et que toute sa cravate se sentait abandonnée dans le placard ; il avait retroussé ses manches de cuisine et suivait les directives ; parfois il réitérait le fruit d'une initiative performante, et tout fier il me présentait un plat beurré pour enfourner les crêpes dans un saladier, je lui disais ouioui...

et puis là non, Chocolat s'ébrouait dans de la semence battue, il ne savait pas ce qu'il faisait de cet amas de protéines gélatineuses, moussé en bulles de truc chelou, et ouais, il se disait sûrement, dans sa tête, des effronteries dans son langue de chien

le pet dans un bain précieux
Chocolat qui bulle
Titre: punk de chien
Posté par: Dot Quote le 01 Mars 2021 à 22:32:24
je l'aime bien ce chien de punk, mais je sais pas trop quoi en faire ; voici deux brouillons abandonnés et pas très satisfaisants pour moi, mais que je dégomme ici parce que ça fait partie du projet que je sais pas trop quoi en faire...

'⁔'


au bout de la laisse
#et bertrand #chocolat #de punk #le chien

on dit que les chiens comprennent leur maître
mais est-ce que les maîtres comprennent leur chien

telle fut la question que je me posa quand s'en vinrent et allèrent, des venues dans mes sphères canines, comme un canadair se pose à fleur de surface, à grand coups de ravale ta soif, pachydermique, une frappe de tsunami dans un verre d'eau, faudrait pas déborder, faudrait pas s'y noyer, non, vraiment, je suis...

le chien fou venu de l'espace, peut-être ; mais en tout cas je rentre dans un monospace, celui de la petite famille de Bertrand qui m'a kidnappé avec mon gré contre le méchant inconscient des trauamtiseurs thermique ! traumatisé ils m'ont étiqueté, trop trop, beaucoup trop, et pourtant un bout de chocolat et me voilà à banqueter, entre une ceinture et un siège auto ; qu'y a-t-il lors de cette aventure ? que je ne sois pas déjà fini qu'il en serait étrangement... chocolat

un chien de punk, comme on m'aurait parfois qualifié, mais ainsi jamais nommé, je sors les sorciers, essore les laisses de sourcier, une fourche dans ma langue, un collier électrique ; des coups de crosses et me voilà aigri, guaulard, insultant et renifleur ; qu...

on sort en promenade ; on laisse des crottes, on...

heuenfaitjesaispas
#et puis #en fait #chien de punk #maman

mon nom est Hélène, je vais vous raconter

Bertrand était ce type que rien ne devait amener sur le chemin de mon existence, m'étais-je dis par la suite et pendant de longues heures à me demander en quoi tout ceci relevait du merveilleux que cela satisfaisait en moi, et pourtant de la banalité la plus hasardeuse qu'on ne pouvait aucunement associer sans raison, à ce qui moi me soulevait le coeur d'un émois intangible auprès de lui

je l'ai rencontré, c'est étrange, au nom d'une amie
Titre: moins un : L'envol du chien
Posté par: Dot Quote le 13 Mars 2021 à 09:18:09
yoyo, aaa ça fait du bien d'avoir une tite idée pour ce truc ! je l'ai pas très bien rendue en vrai, mais tant pis le texte est tel quel, je saurais pas reformuler ce qui est donc, sorti de ma tête ici et qui n'y rerentrera que si c'est encore dednas et que ça doit sortir encore...

un préquel


moins un - l'envol du chien
#amiz #égalités #dualité des rapports individuels #chocolat

- ASSIS !! Scrot ? fais pas l'homme debout, allez, obéis pour une fois : ASSIS ! PUTAIN MAIS T'ES CON OU QUOI ?! j't'ai dit de t'assoir sale fils de merde ; me regarde pas avec ces yeux de pute, t'auras pas ce carré de sucre sauf si tu t'assois, c'est là toute ta liberté à travers la mienne ! OW ! SCROT ! bon très bien tu l'auras cherché, je t'attache !

- t'es qmm un salaud avec ton chien ; l'attacher comme ça, c'est normal on est des humains après tout, mais le faire baver avec ton morceau de sucre, c'est presque malsain ; hein ? oui c'est de la torture psychologique, et encore !! je t'aurais sorti que tu lui affame l'estomac pour rien, t'aurais dit que tout est dans la tête et que c'est pas grave, je t'aurais dit que tu vas lui faire vriller le cerveau, tu m'aurais dit que c'est juste dans le ventre et que c'est pas grave... ahah sacré punk de toi, t'as bien raison de le dominer, ça fera du bien à Jacques Chirac

- moi je dis on est entre potes, le meilleur ami de l'homme, c'est le chien, alors peace ; c'est bon, il est habitué à être attaché, c'est vrai que c'est pas du tout ça le problème de sa dignité ; pis pour la faim mentale ou physique, c'est pas si grave que ça, nous aussi on a faim et on va pas aller houspiller ceux qu'ont un travail pour ce qu'ils ne nous donnent qu'au compte-goutte quand on tend grâcieusement la main... non, faut abolir le pouvoir, et si on a notre lutte, le iench aussi

- hein ? nan mais c'est bon, moi aussi je peux le faire saliver Scrot, c'est pas difficile, il suffit de lui montrer un sucre et il part au quart de tour, c'est sa faute ; Scrot de trottoire, le pauvre, j'ai une immense pitié bien dégueu sur son appétit incoercible, j'pense les autres chiens sont pas aussi obsédés par la bouffe que lui... ou en tout cas y'en a qui sont plus corrects

- mais détache-le avant qu'il soit trop tard, ton clebs ; t'sais que les nazis ont testé les ressors psychologiques de la torture, sur des animaux aussi ? ouais on les incrimine de leurs trucs sur les humains, mais si les vegans d'aujourd'hui savaient ce qu'ils faisaient, ce serait plus le shérif qu'on irait dédommager... or donc, un chien électrocuté dans un coin d'une cage divisée en deux va aller se réfugier dans l'autre coin ; si tu inverses il re-inverse... si tu mets les deux il pète une durite ; pire : quand t'as mis les deux et que tu t'es bien amusé, t'ouvres la porte... s'il est resté suffisamment de temps, il aura même plus la force mentale de sortir et restera prostré dans sa douleur mortifère... 'fin bref, ton Scrot j'ai pas peur pour lui, mais qmm...

- regarde-le tout souriant, il croit encore qu'il a envie de ce morceau de sucre... il bave, il dégouline, ahah tu sais le dominer t'es un bon maître ! Scrot ! va chercher le sucre ! ah non t'es attaché... lol
Titre: la porte était mal intentionnée
Posté par: Dot Quote le 04 Avril 2021 à 16:34:47
wéééé j'aime bien continuer ce truc quand j'en ai une idée
waf !


la porte était mal intentionnée
#inconscience #faire le mal #mauvaise foi #intentionnalité

le chien il était tout content, on déménageait et ça lui faisait de l'animation autrement moins routinière que la liberté qu'on lui octroyait à aller pisser conter un poteau public trois fois par jour

alors il était là, on lui a pas demandé de participer, un chien ça sert pas dans un déménagement ; ça sert à être fidèle, à faire des papouilles quand il est triste, et à lécher les bottes quand il est content ; ou l'inverse selon... bref, ça sert à rien dans un déménagement mais on lui en voulait pas, on s'est pas dit, ouaiiis, c'est pas juste il fait pas d'effort pour le commun, donc dans tous les cas il aura pas la récompense du goûter, mais on est justes qmm, il aura le droit d'habiter dans la maison alors qu'il a rien fait ! on est sympas non ? déjà qu'on l'a recueilli de sa dèche on était pas obligés... il devrait être reconnaissant, je suppose, et au lieu de sourire comme si on lui avait autorisé la paix, il devrait s'écraser jusqu'à temps qu'on en ait marre de s'amuser avec lui et sa baballe ; bin ouais, l'ami de l'humain il est bien fait pour être son ami, oui, ce truc pas vraiment un allié, pas un ennemi non plus, juste le truc qu'on cautionne quoi qu'il soit, juste parce qu'un jour on s'est dit jusqu'à la mort ou qu'on s'entretue ; y'en a certains, ils cherchent l'ami de leur vie ; ils en veulent qu'un, auprès de qui se plaindre de leur singularité qu'aucun autre n'accepterait ; un ami... certains y parviennent, ou alors ils prennent un chien ; le meilleur ami de l'humain pourquoi ? parce qu'il va pas ouvrir sa gueule remettre en question la tolérance absolue envers ses conneries ; tu veux lui péter le museau de dogue, le bassin de berger, la peau de colis ? bin vas-y, fais-lui bouffer du chocolat, tu verras il te remerciera avec son intuition naturellement animale et valeureusement infaillible par confiance en la métaphysique, et il en redemandera du chocolat, parfaitement conscient et lucide sur son état de santé... bref, non, ceux qui ne veulent qu'un ami de toute leur vie, ils finissent donc avec un chien, pis c'est un peu pareil avec l'autre versant encore plus dangereux de l'amour quand il est fermé sur l'unique ; mais ce n'est pas le problème !

non, le problème, enfin, oui, qui n'en est pas un pour tous les chiens : c'est l'intentionnalité

ouaisouais, ce truc qui fait que quand tu interprêtes ce que pense quelqu'un, t'as beau être sûr de toi dans ce que tu penses qu'il pense, t'es toujours dans ce qui relève de l'incertain, de la croyance, et donc plus tu es sûr et plus tu l'affirmes, plus t'es un peu con ; pourquoi ? parce que l'âme métaphysique bien sûr, mais ça avant de piger, faudra l'affirme sans conscience un moment ; exemple débile, on était là donc, et on déménageait, pis entre un claquement de canapé et un rebond de meuble, y'avait des horizons qui se cachaient à coups de gros matelas, de miroirs encadrés, de trucs un peu carrés que quand on les porte, on voit pas toujours très bien où on va, soit parce qu'on va vers l'arrière, soit parce que y'a ce truc qui bouche la vue sur le chemin... bon, bin lorsque y'a un courant d'air qui te claque la porte sur la queue, c'est compréhensible, tu te questionnes un peu sur la porte avant de piger que c'est le vent, l'huile des gonds, et ouais, la porte elle voulait pas te faire de mal, mais elle l'a fait qmm, alors qu'elle a même pas d'intention, d'après certitude intuitive mais non vérifiée... enfin sans remarquer le non lien entre volonté et pouvoir, je m'étale pas outre les bords des idées reçues hein... bref ? bref, moi je suis pas une porte, mais j'suis pas malintentionné, et ça m'a soulé que Chocolat me morde parce que je lui avais marché sur la queue ; quel con de punk réac de chien ; t'as pas pigé que j'étais en train de bosser ? t'as pas pigé que je portais un truc qui va faire de l'abris de ton maître, ta maison adorée ? nan mais sérieux, je vois rien à cause du carton monummental, je manque de me vautrer dans l'escalier, je me prends des murs, et y'a juste ce con de chien oisif qui couine de je ne sais pas où, au moment où mon pied aveugle sent un truc sous sa semelle... deux seconde après c'est mon jeans qui me parle, il gueule, sos, intrusion, et ma jambe commence à envoyer des larmes à mes yeux ; p'tain de chien quel connard quoi, il me mord comme ça juste parce qu'il est méchant et malsain et qu'il fait ça exprès ! lol... nan je vais pas faire comme lui, je vais pas intepréter tout le mal qu'on me fait comme si c'était volontaire depuis son origine... non, lui il sait pas que j'ai tout bonnement fait mon truc et qu'il était sur le chemin de l'inadéquation, il m'en veut de lui avoir écrasé la queue, il s'est vengé et là il bave encore pas soulagé, mais moi... je vais pas lui renvoyer une tarte, ça finirait plus après ; je le caresse pas trop non plus parce qu'il est dégoûté et qu'en tant qu'il croit que je suis méchamment responsable, il m'en veut, et son sentiment illégitime est presque aussi improductif pour lui que pour moi... non ; pas tout-à-fait ; moi je m'en veux de lui avoir fait mal alors que lui il s'enfonce dans sa haine ; mais le pauvre il a pas les mots, il a pas la justification, pas l'excuse, pas le pardon... il a juste sa phéno sans langage, et ça doit être flippant...

moi j'ai d'autres problèmes, t'façons
parce qu'autant les portes n'ont pas d'intention ; autant les humains en ont ; autant il est irrationnel d'affirmer une certitude sur la quelconque direction de l'intentionnalité d'une singularité ; bin autant il faut, spéculer sur ce que veulent les gens lexicalisés, car c'est le propre de l'humain, poursuivre ses propres rêves quitte à entrer en conflit avec d'autres rêves... et là oui, la porte devient hostile, et que ce soit les paranoïaques qui de principe n'ont pas l'idée qu'on puisse leur vouloir du bien et qui interprètent toujours au pessimisme, ou que ce soit les innocents qui au contraire n'ont pas l'idée qu'on puisse leur vouloir du mal et qui ne pensent jamais à ce qu'on pourrait les bananer, eh bien, entre les deux, t'as la juste intention de la porte, et t'as celles qui font mal en claquant, celles qui font du bruit en voulant faire mal, et celles qui n'ont que l'encadrement et le linteau pour se reconnaitre en tant que portes

bref, moi j'suis là, y'a mon patron qu'est méchant, y'a mon président qui l'est, ma femme non ça va j'ai trouvé la bonne elle n'a pas de ressentiment, uniquement de l'amour à rendre, et tout ce qui relève du négatif chez elle, c'est ce que la société l'a rendue parfaite et blessée pour cette raison, et elle a pas de quoi mordre un jeans ; le chien quant à lui, il tire la langue dorénavant, mais il a pas oublié ; il a pas oublié quel connard je suis pour lui avoir marché bien exprès et sadiquement sur la queue ; il me le rendra un jour, ptetr même deux, tant qu'il aura ni fait l'impasse sur le mal et le bien, ni compris qu'il me comprendra jamais, même s'il a raison toute sa vie à croire cent pour cent sûr, que le voisin qui frappe son chien à lui, c'est parce que le chien l'a mérité...

hmm, waf
Titre: moi l'de chien
Posté par: Dot Quote le 23 Avril 2021 à 06:10:55
moi l'de chien
#ladimol #nostalgie #modimal #amidlom
eh mèwè
j'aime bien expliquer
le punk de chien
et voilà

le chien philosophe
en vrai un punk de chien comme moi, c'est comme un chien tout court ; j'ai reniflé le loup, je crois on est pareils ; mais lui il s'est pas fait avoir par le punk d'humain
en fait je crois je suis un chien qui rebrousse chemin, et c'est la faute à qui ? bin à l'erreur elle-même, parce que je crois que Patrick m'aime bien même s'il pue l'alcool et qu'il titube l'alcool et qu'il ronfle l'alcool et... 'fin bref ; quand il me frappait je me confortais dans l'idée que c'était justifié, que je le méritais, et pourtant je ne pouvais m'empêcher de voir à l'intérieur de moi, sourdre cet autre sentiment qu'il a libéré dans mon expression ; des punks d'humain en bande, ça gueule et ça frappe, ça vocifère presque intelligiblement, mais du coup, ouais, moi, le chien de punk, j'ai appris à l'ouvrir ; vraiment ; efficacement ; pour de bon
quand il a vraiment abusé, j'ai compris
le Patrick voulait pas me libérer, mais il l'a fait, on était juste des maillons très proches dans la chaîne du pétage de câble de ce monde en cacahuète, et c'est moi qu'ait lâché ; pling
il a pas fallu grand chose à ce que tout ceci était très banal entre nous, une énième fois je l'agaçais un peu trop à essayer de m'amuser, une fois de trop il a inconsciemment appuyé son talon sur mes épaules pour toucher la lune ; une fois de trop
vas savoir si le loup m'a inspiré
vas savoir si sa hargne était particulièrement vindicative ce jour là, s'il l'avait vraiment mauvaise, si je suis pas tout-de-même un peu aussi responsable du fait que sa semelle a bien failli me terrasser ; il a rien fait de dramatique en soi, rien de plus que d'habitude surtout
mais je suis parti
craintif
le lien s'était rompu
j'ai rongé mon os toute la nuit, j'ai erré sans dormir, j'ai snifé des pistes menant nulle part, mais surtout ailleurs ; il m'a pas couru après le Patrick
et puis je pensais au loup, je pensais au chien, je pensais à l'humain et à ce punk de rien du tout qui m'inspirait le pourquoi ; je me demandais vraiment tout ce qui pouvait se passer d'étrangement inexplicable dans ma perception de la vie, pour que j'en sois réduit, tout larmoyant, à me remettre en question non pas dans mon attitude encore fraîche du deuil irresponsable, mais bien dans mes déterminismes si je puis le penser ainsi, ce qui, oui, me faisait me dire : et si ça avait été autrement ?
en tous cas la nuit sombrait quand le jour s'est levé
je croisai le promeneur du matin, le coureur, quelques collègues un peu moins loups que chiens, un peu moins punks, mais pas moins humains pour autant
j'ai waf
j'ai snif
j'ai pltftftftfrrft
pis après je m'éloignais quand même
et je revenais je suivais
j'abandonnais je retrouvais
je sombrais j'illuminais
et puis il a fallu que je dorme, et quand j'ai enfin trouvé un endroit sécurisé, c'était bien longtemps après avoir ressenti ce besoin, et il n'était pas en mesure de pleinement se satisfaire de la quiétude d'un coin de feu, d'une caravane, d'un squat
là au coin d'un endroit
j'étais en chien de fusil
je me croyais chassé
Patrick me hantait, je revoyais ce passé, et je me disais qu'avant hier il avait été mon présent ; sous le choc mes nouvelles directions radicalement réajustées, me renvoyait à un vide de responsabilité, de capacité, de maitrise de mon élément, mon environnement, j'étais perdu et pourtant c'était en devenant libre que j'avais trouvé cet égarement ; de plus c'était en devenant libre, que j'avais scindé mon existence, d'un effort subi depuis catastrophe, avais-je seulement grandi ? compris enfin quelque chose ? détruit la coquille ? percé l'abcès ? pris un envol de nid ? je ne savais au demeurant, et rien n'y changeait rien sinon dans cette mouvance inconfortable liée à mon insécurité, ma peur, l'absence de confiance en ce nouveau jour sans Patrick
le loup est certes membre de la meute ; mais il peut accéder à la hiérarchie ; le chien de punk est toujours le bas de la hiérarchie ; alors je crois que c'est l'élastique qu'a lâché, et moi je retourne vers le loup, ce collègue trop mystique pour presque exister
et puis les jours ont vu les poubelles attirer une fois de plus mon odorat ; le flair occupé par la faim, je voyais ; Patrick et la restauration de son autorité ; il m'a jamais tenu par autre chose que la laisse qu'il ne me nouait qu'en corde de bateau ; j'étais peut-être le navire de sa puissance, et pourtant... pourtant nous, lui et moi, étions jusqu'à lors inséparés ; maintenant que plus, je me rends compte ; est-il dorénavant à maudire le destin ou à assumer ses rejets ? voudrait-il ma présence ou me chasserait-il encore ? cela ne va-t-il pas plus loin que la simple dépendance affective entre un chien et son maitre ?
je ne sais...
en tous cas j'erre, je chien
Titre: sol bécarre sur horizon de pluie
Posté par: Dot Quote le 08 Mai 2021 à 03:32:11

sol bécarre sur horizon de pluie
#maelstrom mémoriel #nostalgie #de chien #récit

vasy cherche
gratte
reniffle

cette odeur de sang, de chair, de poisse en sueur, de peur en punaise d'une conscience à l'aise d'une mort certaine ; tu chasses, tu traques, tu grognes après la vie, et elle te fait créer cette mort, qui t'effraye... auras-tu toujours faim lorsque tu auras terminé cet apitoyant massacre ?

Bertrand n'est pas chasseur, et Victoria n'aime pas les dessins animés sans fusil ; il n'y a que de l'humain à tuer sur la télévision de la vingtième année du millénaire ; alors le pauvre papa me laisse regarder comme il faut user de la mort pour rigoler et pas avec les animaux
moi pendant ce temps j'ai un vieil instinct de mordre, mais le chocolat m'a rendu les dents bleues, je suis connecté à Bertrand qui n'aime pas la chasse, et pourtant, lui, il se souvient des documentaires animaliers, des poursuites palpitantes, pourquoi ? pourquoi faire ? parce qu'à un moment donné on mangeait ainsi, jusqu'à ce qu'ils n'aient plus faim à force d'appétit ; ouais
y'a que le boucher qui est le plus à-même d'avoir des sentiments pour la viande, entre supermarchés inconscients
y'a que le chat végétarien qui n'a jamais senti la faiblesse de la famine, chez la mégère pas si solitaire...
bref, moi, je cherche

je cherche une baballe
un bâton
et Bertrand est aussi lassé que moi, mais nous jouons le jeu

révolue est l'époque de la douleur dans le ventre, celle de ne pas voir demain ; c'était ça la vie, me souviens-je depuis cette autre vie, de punk et au crépuscule de ma réflexion nostalgique ; des ancêtres qui ne pleuraient pas leur petit plaisir quotidien dû par la stabilité quiète du système, j'en ai eu ; ceux qui avaient, parfois une rage de dent parfois l'estomac dans les talons, parfois la queue entre les jambes et le poil pas peigné, mes ancêtres ; non, moi j'ai beau être chez Bertrand le juste et mesuré, je suis qmm au service de son costume cravate ; j'ai une brosse pour moi, je ne sais pas m'en servir et c'est presque mieux ainsi ; il a pas osé me mettre une capuche, mais Hélène a surement eu l'idée pour moi... et puis bin c'est ma vie de chien, mais j'suis un peu étrangement impliqué, car me reviennent également en mémoire ces coins de feu, donc, oui, ces saucisses tirées du mauvais de l'industrie, ce qu'on se permet quand on veut fuire celle-ci ; y'avait pas de maitre ni de loi, mais j'étais un chien de punk tout de même ; il n'y avait que l'inommable pour nous qualifier ; alors qu'aujourd'hui je me suis rangé
le vieux du moi-même, ce conservateur atemporel intérieur, aura eu le loisir de calmer ma jeunesse décadente

une baballe lancée, rebondie, qui sent ma propre bave collée à la sueur enfantine de Victoria ; les empreintes de dents cachent celles de doigts ; tout est mordillé dans le parc

Titre: barbare-bichon
Posté par: Dot Quote le 01 Juin 2021 à 12:27:01
tout part d'un titre ou tout arrive à un titre ?
c'est presque trop pas non que un peu de quoi oui
mais je sais pas après...

barbare-bichon
#iench #continuité alternative #neuron #synaps

"Hel iench de iench, remue mes nages que je me noie à contre-collier...
c't aime mon pote, le l'autre du iench de l'autre, et puis il était trop le teigneux des autres, alors nous on le waf, pis c'est autre chose que se dire qu'il battait des queues pour l'hydre et non pour l'épée de thésée, mais en fait, il a anesthésié, tout-à-fait, et puis lui moi l'autre, on le taisait, toutou d'affect, le bibiche, avec ses yeux de faons, de paons il affiche un plumage tout de pelage, et à son âge... le iench de bichel vaillant, le fameux pilote, oui c'est pas lui, c'est un autre, le iench de ch'bon-quan'ch'chaud, les nonos, on en avait dans le lard du gras de la petite teignerie du collègue, et puis...

on soulevait des mottes, de l'autre bout du monde, on déterrait des cadavres, de bière ou de ver-de-terre, de fleurs éternelles on les immolait en éternuant, passivement, comme on niffla l'affligeant fôlatre que, fantaisie, il finissait de fignoler à la finance d'un filament de firmament, le teigneux feint eut failli, défaillir ; et enfin...

il sirote, aujourd'hui l'autre goût de la mort, il a avalé un os de trop le hargnerage, il avait les dents, les crocs, et maintenant...

ce sont les vers qui le mangent, on ne saurait plus trop où, puisque c'est dans des planches, peut-être ou pas, lui, le barbu ronchon, imbu, grincheux, qui se gâcha le gras à gromeller jusqu'à trépas, et un moi, un autre...
cet être

DQ

un nouveau cas nie-idées..."
Titre: frizbi
Posté par: Dot Quote le 26 Juillet 2021 à 20:39:15
frizbi
#il était un fois #chocolat #ienchedech #waf
très court
en mode survie
apnée


un chien vert, imagine...
et le pauvre plume, il saute par la fenêtre pour attraper le frisbee, on ne le revoit jamais plus ; le même qui déjà rouleboulait comme une quille dans un jeu de boules, inconcevable est la suite pour un dogue, qui rentre dans la morgue naturelle qu'est la planète humaine, et puis on lui dit renifle, renarde ton flair comme s'il allait de pair à une intuition non événementielle, relative à l'information non je sonde, le iench de je...
écrabouillé, c'est le terme
et à la télévision de ma vie, j'entends cette humain. Qui répond à sa mère, à son père, ses neuveux, ses tantes, bref, tout le monde est un truc de bipède, moi à l'heure, je suis vieux et rabougri du touffu, je fonds, je larmoies, je suffoque à moitié, et puis ? bin on aurait des vibration auditives partagées
- mais maman j'te jure, y'a un cadavre de pigeon mort !
le silence est au bout de la laisse
je l'octroie mien à la renifle
Titre: Re : L'envol du chien
Posté par: Fried le 26 Juillet 2021 à 22:23:55
Hello Do quote, souvent j'ai du mal à lire tes poèmes et les comprendre ou apprécier, mais là ton texte qui n'est pas si court sur pattes j'ai vraiment bien aimé. Bon je n'ai lu que la première partie, la suite il faudra que j'y revienne.
Ce que j'ai aimé c'est ton style d'écriture que je trouve très original, il ne me viendrai pas de raconter de cette manière,  j'ai parfois l'impression que c'est un extra terrestre qui parle. Pour dire, c'est pas commun, et c'est une qualité.  Merci pour ce partage.
Titre: Re : L'envol du chien
Posté par: Feather le 27 Juillet 2021 à 08:57:21
Bonjour Dot quote,

J'ai lu le texte Frizbi,

Et j'y ai reconnu ta patte! Toujours singulière et talentueuse à faire un pied de truffe à la vie.
Titre: Re : L'envol du chien
Posté par: Dot Quote le 02 Août 2021 à 10:25:39
eh un merci à vous pour votre participation
au plaisir d'un peut-être
:)
Titre: 🚽 - Qui dépendons d'eux
Posté par: Dot Quote le 16 Février 2025 à 15:52:30
Qui dépendons d'eux

Sortir de certaines prisons ne rend pas le sentiment de liberté.



Parfois, Petite Fille "Victoria" sentait un peu la mort.
Le lendemain, elle toussait, et Maman "Hélène" venait à son chevet pour lui faire goûter le thermomètre. Elle n'avait pas l'air d'apprécier. Il y avait une odeur d'herbes bouillies servies dans une grande tasse avec du miel. Des gouttes tombaient sur la couette supplémentaire, mais elles ne restaient pas, car rapidement celle-ci retournait dans le tourbillon des fourrures propres, celui aux odeurs de fleurs mortes. Rapidement, oui, quelques jours au maximum. Ces jours-là, Petite Fille restait à la maison, plutôt que de partir je-ne-sais-où avec son sac-à-dos aux odeurs de mille humains. À un moment donné, elle sortait tout-de-même, souvent c'était avec Maman, cela ne prenait pas toute la journée. Quand elle revenait, il y avait cette odeur d'un humain unique imprégnée sur elle. Et puis quelques jours plus tard, Petite Fille ne sentait plus la mort, et elle disparaissait à nouveau pour toute les journées ou presque. Le signe de l'imminence de son nouveau départ, c'était lorsqu'en plus de retrouver son odeur normale, elle sortait avec moi jouer dans le jardin et au-delà des champs, à nouveau pleine de vie.
Cela arrivait aussi à Petite Fille "Célia" de sentir la mort, de ne pas partir avec son cartable, d'aller chez l'humain inconnu à l'odeur spécifique, et puis enfin de reprendre le cours habituel de la vie. Cet humain inconnu, son odeur me faisait peur, car elle ressemblait dans certains de ses composants, à celle que dégageait celui qui m'avait mis cette collerette lorsque je m'étais ouvert une patte. Celui qui m'avait fait des piqûres. Celui que je voyais également lorsque j'étais malade.
Il m'a semblé après mures réflexions, que lorsque Petite Fille sentait la mort, c'est qu'elle était malade. Je me suis demandé si moi aussi je sentais la mort, mais je n'ai jamais été très bon renifleur pour ce qui est de ma propre odeur.
Maman "Hélène" et Papa "Bertrand", eux aussi parfois, sentaient la mort et revenaient avec, sur eux, l'odeur particulière de leur humain-maladie.
Il y a eu une fois où à son retour, Papa sentait la colère. Ce jour-là, ça a été le début de quelque chose qui a résonné en moi de manière tumultueuse. Car à partir de ce jour, lorsqu'il rentrait un peu avant que le soleil ne se couche, il ne se posait plus sur la table de la cuisine pour manger le délice marron. Ce souvenir que j'avais du jour de notre rencontre, où il m'en avait fait goûter un, je ne l'ai jamais oublié. Ce morceau de je-ne-sais-quoi, si délicieux à manger, je n'en ai jamais goûté à nouveau, alors que durant des années, Papa "Bertrand" en mangeait de nombreux morceaux à son retour du soir, assis à la table de la cuisine et sous mon regard envieux.
Bizarrement, c'est aussi ce jour-là que j'ai beaucoup entendu mon prénom en dehors des interactions que les humains me réservaient. "Chocolat" semblait sortir de leurs bouches sans cesse, et souvent accompagnés de signaux de colère. Des gestes brusques, des voix énervées… Je me demandais ce que j'avais fait pour susciter ces comportements.
Papa "Bertrand" a commencé à perdre du poids et à ressembler de plus en plus à ce qu'il était il y a quelques années. Et moi, je me demandais tous les soirs pourquoi il avait arrêté de manger le délice marron qui m'avait été interdit. Ce délice marron qui avait tant évoqué de plaisir en moi, et que je ne pouvais oublier. À mesure que le temps passait sans ce délice, Papa a retrouvé le sourire. Un mélange de compréhension s'ajoutait à ma jalousie : le délice marron m'avait tant manqué, autant qu'il semblait lui manquer. Je ne savais pas si j’aurais voulu ne jamais y goûter, ou si cette unique fois sublime, méritait d’en être privé ensuite. Et puis je m'étais résigné, et Papa semblait sur la même route d'acceptation. Cela me faisait plaisir qu'il perde du poids, car il nous est arrivé un peu plus de nous amuser dans le jardin, avec ou sans Petite Fille "Victoria" ou "Célia".
Peu de temps après, nous avons déménagé.
C'était le même endroit que j'avais arpenté étant petit ; mais pas dehors. J'ai très vite commencé à me sentir triste. Avec mon premier maître, nous étions dehors sans cesse, et malgré les coups et les cris, je ne mesurais pas la chance que j'avais à ainsi ne pas être enfermé. À la maison auprès de Maman "Hélène", Papa "Bertrand" et Petites Fille "Victoria" et "Célia", je trouvais cela agréable d'avoir des murs autour de moi, un panier confortable. J'avais alors appris à craindre la pluie. Et gambader dans le jardin et au-delà des champs était autrement plus vivifiant que dans les rues de la ville.
Et puis là, nous étions retournés à la ville. Mais pire que les odeurs sales des rues, j'étais dorénavant enfermé entre des murs. Comme à la maison, mais sans pouvoir sortir dans le jardin lorsque je voulais.
À partir de ce moment-là, je ne sortais qu'en compagnie d'un humain de la famille, qui m'attachait à une laisse. Au début, je ne savais pas trop si je m'en réjouissais ou si cela me rendait anxieux. Les rues sales ne me laissaient pas le loisir de jouer comme dans le jardin de la maison. La laisse non plus. Et pourtant c'était moins pire que de rester dans l'appartement.
Toujours au début, je tirais la laisse lorsque quelque chose me rendait curieux. Et puis à force de comparer la rue aux champs, à force de sentir ma liberté se bloquer à mon cou dès que cela se produisait, je me suis calmé. Morose je suis devenu de plus en plus. Aigri. Je faisais semblant de suivre les mille pistes embrouillées et sales de la rue et qui ne menaient nulle part ; ou que mon collier m’empêchait de poursuivre. Je faisais pipi là où je sentais que les autres faisaient pipi. Je faisais caca et ne prêtais pas attention au fait que ma crotte soit empoignée dans un sachet et jetée dans ces boîtes aux mille odeurs de mort.
Papa, Maman et Petites Filles, semblaient également plus moroses que dans le jardin, lorsque nous nous promenions dans les rues. Lorsqu'il pleuvait, encore plus. De nombreux soupirs accompagnaient leurs respirations. J'entendais mon prénom autour de phrases courtes, plates et grises, sans entrain. Et je m'efforçais d'oublier leurs éclats joyeux de rire dans le jardin afin de ne pas me rendre plus triste encore. Lorsqu'ils me lançaient un jouet dans le parc, ce n'était pas avec la même complicité que lorsque nous vivions à la maison, même si j’étais joyeux de retrouver d’autres chiens avec qui gambader.
Peu de temps après, Papa "Bertrand" est revenu un soir comme à l'accoutumée, mais il semblait encore plus morose. J'ai fait des liens intuitifs dans ma tête à propos de son humeur. Je me résumai : 1) Il avait été en colère un jour à l'odeur de l'humain maladie 2) Ce jour-là, il avait arrêté de manger du délice marron 3) Son humeur s'était améliorée avec le temps 4) Nous avions déménagé 5) Son humeur avait commencé à redescendre 6) Il mangeait aujourd'hui du délice marron, et semblait en éprouver une satisfaction comme celle dont je me remémorais, au souvenir du goût si savoureux de cette chose.
Je l'ai entendu prononcer "Chocolat" avec tant d'émotion.
Ce jour-là, il en a mangé énormément. Bien plus que les jours d'auparavant. Et il a recommencé quelques jours plus tard pendant lesquels je l'avais senti colérique. Sur le coup, il semblait à nouveau heureux, et j'enviais cette joie, affamé et gourmand.
Et puis Papa "Bertrand" a repris du poids, et la joie du délice marron dont son quotidien avait retrouvé la régularité, est entrée en contraste avec d'autres états plus difficiles. Il semblait souffrir, se plaindre, traîner ça et là. C'est à ce moment que j'ai réinterprété des souvenirs de ma première vie dans la rue avec mes anciens maîtres. Les boissons à l'odeur écœurante, les bâtons de feu qui sentent les plantes en mourant, les poudres blanches à renifler ; je crois que pour mes anciens maîtres, c'était un peu comme le délice marron pour Papa "Bertrand". Sur le coup, cela les met dans un état qui a l'air de les sauver. Et ils recommencent. Mes anciens maîtres recommençaient tout le temps. C'est uniquement parce que Papa s'est arrêté un long moment, que j'ai pu soupçonner ce qui suit : sans ces choses-là, ils n'ont plus ces bons moments associés à elles, mais ils semblent se porter mieux au quotidien ; alors qu'avec, ils semblent bien au moment où ils consomment la chose, mais le restant du temps ils sont moins bien que lorsque cela fait longtemps qu'il n'en consomment plus.
Afin de confirmer ma supposition, j'ai tenté de chercher d’autres exemples de ce phénomène. Chez Maman "Hélène" et Petites Filles "Victoria" et "Célia", je n'ai rien trouvé de la sorte. Je me suis alors posé la question à propos de moi-même, en commençant par imaginer ce qui aurait pu m'arriver si Papa ne m'avait pas interdit le délice marron. Aurais-je, comme lui, tant été émoustillé à chaque carré, que le restant de mon quotidien serait devenu gris et morose, à l’opposé mais avec autant d’intensité ? Aurais-je pris du poids comme lui ? À ce point de la réflexion, j'ai réalisé que j'avais pris du poids malgré tout, et surtout depuis que nous étions retournés en ville. Dans l'appartement je ne bougeais plus aussi fréquemment que dans la maison, et la fatigue que je ressentais de plus en plus m'enjoignait insidieusement à encore moins bouger. Parallèlement, je me suis demandé s'il y avait un lien entre ce que l'on aime et ce qui nous fait du mal. Une tromperie de l'esprit qui ferait des choses qui nous font plaisir, la cause d'un mal-être leur étant relié, plus profond, et indiscernable sous l’aveuglement du plaisir. Je me disais que Papa et son délice marron, c'était comme pour moi, à la différence que moi, il me l'avait interdit et que je ne pouvais rien contre ça. Apeuré par cette hypothèse, j'ai d'autant plus cherché ce qui me faisait le plus plaisir afin de chercher si cela était dangereux pour moi.
J'ai creusé le passé dans ma mémoire afin de trouver ceci. Car je me sentais probablement comme Papa et le délice marron, comme mes anciens maîtres et leurs produits bizarres. Potentiellement soumis à une dépendance à quelque chose.
Il m'a semblé que mon instinct me soufflait une piste, une idée. Celle-ci, c'était lié non pas à un plaisir absolu, mais plutôt à une ambivalence avec un déplaisir. L'idée du dehors et du dedans. Je me sentais enfermé dans la situation actuelle, que ce soit dans l'appartement, ou au bout de la laisse. Plus enfermé qu'à l'époque de la maison. La maison semblait rassurante les jours de pluie, et je pouvais sortir m'ébrouer et courir lorsque je le voulais. Durant ma première vie, je n'étais jamais enfermé. La première période était extrême, comme la troisième que je vivais actuellement : pas assez de murs pour la première, ou trop pour l’autre. Vulnérable dehors, parfois, contre trop rarement libre à l'intérieur, souvent. Entre les deux, la maison de campagne.
J'ai alors cherché comment retrouver le bon environnement pour mon équilibre, et c'est là que j'ai trouvé le responsable. Mais pire, j'ai aussi reconnu ce que je cherchais : la nature de ma trompeuse dépendance.
Papa "Bertrand", Maman "Hélène", Petites Filles "Victoria" et "Célia", m'avaient apportés les plus grandes joies de mon existence. Même mes anciens maîtres, qui étaient bien moins agréables que ma nouvelle famille, étaient à l'origine de mes plaisirs les plus sincères. Manger des bonnes choses, jouer avec eux, leurs caresses, tout cela était si merveilleux, que même les coups, les interdictions, les blocages de laisse, ne faisaient aucun poids susceptible d'abattre mon humeur positive lorsque des humains me prodiguaient ces plaisirs. Ils étaient les maîtres de mon bonheur.
À l'époque, il m'avait fallu du temps pour comprendre que mes anciens maîtres que j'aimais, étaient ceux qui me faisaient du mal. J'avais fui mais n'avais pas compris encore la mesure de ma dépendance aux humains comme cela m’apparaissait sous la présente réflexion. Oui, en retrouver de meilleurs m'avait redonné espoir et joie, sans que je me doute de la réalité qui aujourd'hui, me vidait de tout enthousiasme. Un mieux illusoire cachant un mal dissimulé.
Courir avec eux, aller chercher leur balle. Manger les friandises presque aussi bonnes que le délice marron. Apprécier leur caresse. Était-ce le bon côté du fait que le restant du temps, le mauvais côté était de demeurer entre des murs, me sentant morose ? Ce sont des êtres humains, et non des choses à manger, à boire, à fumer ou à renifler. Mais pourtant je ne pouvais m'empêcher de me demander à quoi ressemblerait mon existence, sans eux.
Et cela me fut difficile à envisager. S’ils n’avaient pas été là ? Ou si je tentais de partir ? Comment ferais-je seulement ? Sortir, descendre l'escalier, me retrouver dans la rue et marcher jusqu'en dehors de la ville ? Où trouverais-je des croquettes ? Comment ferais-je les jours de pluie ? Qui trouverais-je d'autre qu'un humain pour me caresser le dos ?
Je pris peur.
La dépendance à l'humain qui semblait me ceindre était encore plus terrifiante que leur dépendance au délice marron, aux boissons pourries, aux bâtons de feu qui meurent avec des odeurs d'herbes, aux poudres à renifler.
Je me rappelai l'odeur de colère et de celle de l'humain-maladie embaumant Papa "Bertrand" le jour où il avait arrêté le délice marron. Et je me comparai avec effroi.
Et puis, le cauchemar éveillé continuant, je me rappelais les autres chiens que je croise en promenade. Nous tous au bout de nos laisses. Heureux de nous croiser dans les rues ; encore plus de jouer ensemble au parc. Mais tous dépendants de nos si chers maîtres.
Même sans laisse à la maison ou dans la rue, je leur ai toujours été redevable de tout le contexte de ma vie. Lorsque je me nommais Scrot et qu'il me fallait ne pas m'éloigner. Lorsque je me nommais Chocolat et qu'il me fallait ne pas m'éloigner. Toujours revenir auprès de ceux qui donnent à manger et une caresse. Et maintenant encore pire, enfermé avec eux.
Pourquoi nous font-ils ça, à nous les chiens ? me suis-je indigné. Et puis : se rendent-ils également indispensables auprès d'autres êtres vivants ?
J'ai tellement toujours été habitué à l'idée que cela est normal, qu'il m'a fallu cet escalier existentiel descendant, gradant ma réclusion progressive, pour l'envisager sous cet angle triste de la dépendance. La prochaine fois en promenade, je questionnerai du regard et du nez, les autres chiens. Pour mieux comprendre ce qu'il en est. Ceux au bout d'une laisse souffrent-ils de cette réclusion en appartement, comme moi ? Ceux qui restent aux pieds des humains sans murs auraient-ils parfois l'idée impensable de s'en aller ? Reverrai-je d'autres chiens de maison de campagne pour me demander s'ils sont heureux ?
Ce soir il pleut, et personne de la famille ne m'a sorti. Une complainte sort de mes cordes vocales, puis s'éteint. Je n'ai pas envie de croquettes, je n'ai pas envie de caresses. Je n'ai pas envie de sortir non plus. À la télévision, les images humaines défilent devant moi sans plaisir. Je n'ai envie de rien. Mon esprit triste essaye de chercher ce qui me redonnerait de la joie, mais c'est un automatisme que je remets en question, méfiant à son égard. Car à la lueur nouvelle de ce que m'ont apportées mes joies passées, je ne vois plus que la souffrance, éclairée par l'idée que tout ceci m'est imposé, et que je n'ai pas le choix ni de pouvoir m'en libérer, ni de pouvoir décider de quoi que ce soit. La joie trompeuse, je ne veux plus y croire. Je n'ai envie de rien, et pourtant je demeure là à souffrir en son nom.
Le gouffre de ma désillusion à propos de ma dépendance à l'humain est douloureux. Entre le défaitisme face à une émancipation qui me semble inaccessible, et le besoin de retrouver un état d'humeur qui me convienne, alors que celui-ci m'est maintenant incompatible avec les humains ; je ne vois qu'une impasse.
Ce soir, Papa "Bertrand", Maman "Hélène", Petite Fille "Célia" et Petite Fille "Victoria" sentent la mort, mais pas encore l'humain-maladie.
Peut-être que moi aussi.
Je sens que la prochaine fois au parc, je ne serai pas d'humeur à jouer avec les autres. Je tenterai de voir dans leurs comportements, si ces idées sont dans leur tête et comment ils peuvent continuer à jouer avec, si c'est le cas. Afin de retrouver du plaisir avec eux. Mais je n'y crois pas beaucoup, je n'ai jamais vu de chien au parc qui ne joue pas ; y compris durant la période que nous nécessiterions pour surmonter ces idées, ou du moins durant celle qu'il me faudrait à moi pour ce faire, si tant est que cela me soit possible, ce dont je doute également.
Titre: Re : 🚽 L'envol du chien
Posté par: marécage désolé le 17 Février 2025 à 12:38:45
bonjour dot quot,

quelles sont vos sources d'inspiration,

avez-vous des auteurs préférés ?
Titre: Re : 🚽 L'envol du chien
Posté par: Dot Quote le 17 Février 2025 à 16:57:26
bonjour marécage désolé,
de manière générale je m'inspire de ce qui se passe dans ma tête, mais artistiquement pour le présent texte j'dois avouer que l'appellation "Petite Fille" m'est apparue sous les doigts en clignotant dans ma tête avec Robin Williams aux commandes, dans L'homme bicentenaire, il me semble que c'est le seul élément consciemment gardé depuis une inspiration artistique extérieure
j'suppose que mon output découle de mon input, même si je tente de ne pas trop m'y inspirer, et puis j'ai arrêté globalement de lire quand je me suis mis à écrire, mis à part un peu ici sur le fo, et à peine un livre par an sinon… des auteurs préférés je sais pas, j'suis ni ne fus un grogros lecteur, quelques unes de mes lectures figurent à la suite de ce message, et bien que la liste ne soit pas exhaustive, on est pas pire loin d'un bouquet significatif
merci pour l'intérêt porté, au plaisir

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
[/td]
[td](https://remyrevel.files.wordpress.com/2020/02/jrr-t.png)
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
[/td]
[td](https://remyrevel.files.wordpress.com/2020/02/c-b.png)
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
[/td]
[/tr][/table]
(https://remyrevel.files.wordpress.com/2020/02/hp-l.png)
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
(https://remyrevel.files.wordpress.com/2020/02/j-s.png)
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
(https://remyrevel.files.wordpress.com/2020/02/a-c.png)
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.

(https://remyrevel.files.wordpress.com/2020/02/j-v.png)
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
(https://remyrevel.files.wordpress.com/2020/02/c-p.png)
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
(https://remyrevel.files.wordpress.com/2020/02/h-h.png)
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.

(https://remyrevel.files.wordpress.com/2020/02/jk-r.png)
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
(https://remyrevel.files.wordpress.com/2020/02/a-r.png)
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
(https://remyrevel.files.wordpress.com/2020/02/hs-t.png)
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.

(https://remyrevel.files.wordpress.com/2020/02/s-k.png)
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
(https://remyrevel.files.wordpress.com/2020/02/b-w.png)
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
(https://remyrevel.files.wordpress.com/2020/02/j-a.png)
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.

(https://remyrevel.files.wordpress.com/2020/02/b-a.png)
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
(https://remyrevel.files.wordpress.com/2020/02/r-b.png)
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
(https://remyrevel.files.wordpress.com/2020/02/b-s.png)
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.

(https://remyrevel.files.wordpress.com/2020/02/p-p.png)
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
(https://remyrevel.files.wordpress.com/2020/02/e-c.png)
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
(https://remyrevel.files.wordpress.com/2020/02/auteursinterro.png)
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
[/spoiler]

* Édit : j'viens de retomber sur la bande annonce de 'Les Triplettes de Belleville' que j'ai enfin eu l'occasion de visionner l'autre jour grâce à la médiathèque, en ce qui concerne une autre inspiration pour ce texte, un peu inconsciente, j'crois que mon Chocolat de cet épisode est un peu imaginé comme Bruno... Et puisque je ne savais pas à qui ou comment recommander ce dessin animé qui m'a bcp ému et fasciné, je profite de là pour ce faire...
Titre: 🚽 caniss regaliss
Posté par: Dot Quote le 22 Février 2025 à 16:52:05
brosses à dents, brosses à chien, brosses à chiottes… t'façon j'suis grillé non ? j'suis déjà un animal aux yeux de ceux qui m'ont lu ici et là… alors pour en rire plutôt qu'en vomir huhu ! fantaisie mi sérieuse, mais qmm avec un brin de logique dans le délire ! les requins exploitent les labres nettoyeurs, chaque espèce dépend de sa technique, j'avoue que j'suis pas fan de celle de la mienne, mais bon, j'tente de moins grommeler à ce propos, la misanthropie étant un mal bien trop chronique et douloureux lorsque je suis un humain, je me soigne comme je peux...



caniss regaliss



Je regarde Chocolat terminer sa friandise.
Il y va scrupuleusement. Sa langue se tortille dans tous les sens. Elle s'étire, élastique et longue, elle vient mollement mais fermement, se plier et se déplier dans chaque recoin de sa gueule. Elle masse les gencives, s'insinue entre les dents, passe et repasse partout, je l'imagine détecter et collecter la moindre particule de friandise restante, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien. Quel gourmand. Moi quand je passe ma langue dans ma bouche, ce n'est ni pour brosser, j'ai une vraie brosse, ni non plus pour finir correctement mon assiette ; non, c'est juste lorsque j'ai besoin de me confirmer ce désagrément à avoir la bouche encrassée, ou au contraire de me confirmer agréablement que la brosse a bien fait son travail.
Ma flemme gouverne depuis le canapé, c'est la télévision qui m'a rappelé que Chocolat méritait sa friandise. Entre deux épisodes, une publicité m'a vanté les bienfaits cliniquement prouvés de ces friandises qui respectent la dentition des chiens. Et je me sens moins bien traité que Chocolat.
Je me dis que les humains ne font les choses qu'à moitié. La télé insiste sur le fait que la nature de la nourriture influe énormément sur la santé dentaire des chiens. Évidemment. Comme si on l’avait oublié, à moitié, en ce qui concerne les humains. C’est plus rare de croiser des aliments vendus comme sains pour la dentition, puisqu’on a des pubs pour les brosses et dentifrices. Et j'suis sûr que les scientifiques cachés derrière tout ça y présentent comme le graal de la médecine. Ils ne font que redécouvrir la nature que l'humain a oubliée à moitié pour lui-même depuis bien trop longtemps. Et pourtant, ce n’est pas si loin, historiquement, que la brosse à dents fut inventée, d'un point de vue anthropologique. On s'y est tous faits, on mettrait tous notre main à couper, que c'est parfaitement sain, que c’est une innovation qui prouve notre supériorité. Mais comme on n'a pas encore tous passé le cap d'accepter de brosser les dents de nos chiens, ce qui arrivera peut-être un jour, en attendant on préfère leur faire manger des trucs qui n'empirent pas trop leur situation. Pendant que pour nous, on s’en tamponne. Oui, pour nous on n’y réfute pas, mais on fait pas grand-chose dans ce sens pour autant.
Ils avaient essayé pour les humains, quand j'étais gamin. Aux les gamins, les dentistes conseillaient de ne pas abuser des sucreries pour éviter les caries. Même pas la moitié des choses. Ils se prenaient très au sérieux d'ailleurs, et tout le monde suivait, à moitié bien sûr. Même pas le quart de la moitié de rien du tout. Je n'ai pas idée, et encore moins la capacité morphologique, de me servir de ma langue comme Chocolat, maintenant qu'on m'a éduqué à me servir d'une brosse à dents et à trouver supérieure cette dépendance à un outil utile. Si un jour on arrête l'industrie d'usinage de biens matériels, que ce soit par choix ou par apocalypse civile, je suppose qu'il me faudra me bricoler mes brosses à dents tout seul.
Je me souviens des bâtons de réglisse. Pas les bonbons en pâte noire propices aux caries, non. Le vrai bois de réglisse. Ça se vendait en pharmacie. Alors, certes, quand tu le mâchonnes, ça rend les dents jaunes parce que le bois est jaune. Y’a pas de fluor pour l’émail. Mais par contre, je me souviens de cette sensation. Les fibres du bâton, à mesure que je le mâchonnais, faisaient comme une brosse, un peu comme un pinceau, et plus je consommais ceci comme une friandise, plus je trouvais mes dents lisses, nettoyées, pas forcément aussi bien fluorées qu'avec du dentifrice, mais propres, d'une certaine manière, et avec ce si bon goût de réglisse. Jaunes, c'est vrai…
La publicité est venue me rappeler la brillance de la science aliénée : allier nourriture et soin ! Waw, quelle innovation, ils ont inventé l'eau chaude dis donc ! Je me dis, waw, et en plus ils mettent ça au service de nos compagnons à quatre pattes, quel altruisme naturiste ! Y'en aurait-il un pour tenter de proposer l'idée pour les humains ? Bah oui, visiblement, ils ont un peu essayé quand j'étais môme, attention il faut limiter les sucreries pour éviter les caries… Ils se prennent au sérieux. Mais l'est-ce vraiment dans le plein potentiel du truc ?
Au goûter, lorsque je prends une pomme, il y a du sucre c'est probablement vrai et peut-être un peu dangereux, faudrait que je sois chimiste diplômé pour savoir, ou alors un peu mieux éduqué de la ‘science’ ancestrale de l’herboristerie. Mais ce goûter-là me rapproche du chien, à la fin je passe ma langue partout, et j'ai pas l'impression de laisser les lieux dans un état déplorable, ce qui est peut-être une illusion, je le concède par toute mon ignorance. Mais l'illusion serait quand-même très forte, car c'est pas du tout le même impression si mon goûter se constitue d'un ou deux petits beurres. Il serait normal de penser que des petits beurres, même plus que un ou deux, c'est pas dangereux, c'est diététique, et pas pire pour le risque de caries… Mais franchement, à la fin du goûter, si je passe ma langue dans ma bouche, les petits beurres ne laissent pas la même propreté qu'une pomme. Et ça le dentiste, il va pas me raconter que c'est dangereux. Alors que personnellement, c’est peut-être moi le fou, mais je trouve que c'est pas du tout la même sensation de confort. Un petit beurre innocent. Qu’aucun dentiste n’irait soupçonner, surtout s’il reçoit des pots-de-vins de la part des commerçants de brosses à dents. Tu distingues la différence toi, entre passer sa langue après une pomme ou après un petit beurre ? Moi j’trouve ça radicalement différent.
Bon, c'est sûr, déjà qu'on a du mal avec le concept de "malbouffe" sur le plan diététique, grâce aux solutions annexes genre le sport pour rattraper les kilos etc. Alors si on devait vraiment réfléchir à ce même concept sur le plan de la santé dentaire, tout en prenant en compte le fait que la brosse à dents puisse être ce genre de solutions palliatives et non une normalité saine, j'crois que l'humain serait tout bonnement incapable de lâcher sa si savoureuse gastronomie. Bin ouais, si rien qu'un petit beurre m’apparaît déjà comme un danger que seule la brosse à dents peut contrer, alors imagine ce qu'il faudrait lister comme nourritures à risque, sous cet angle !
Ils préfèrent une sauce insoupçonnable dans leur salade fine et légère, avec leur coca light et une séance de fit optionnelle offerte, tout comme ils préfèrent un petit beurre et pourquoi pas un carré de chocolat pour aller avec leur pâte dentifrice au fluor naturel, ajoutée sur leur "brosse autorotative qui va chercher la crasse là où les brosses classiques ne vont pas" ; ok. Moi aussi, quelque part, ma langue n'est pas aussi habile que celle de Chocolat. Il a de la chance que neuf dentistes canins sur dix recommandent ces friandises à la recette brevetée. Mais ça ne durera peut-être pas éternellement. Les salons de toilettage se font de plus en plus experts, les vétérinaires commercialisent des manteaux pour quand ils sortent du coiffeur, bientôt ça ne posera pas de problème de brosser les dents de nos toutous ou de leur apprendre à le faire tous seuls par eux-mêmes ; si ça se trouve ça existe déjà à mon insu.
J'pourrais pas, moi, ne manger que des pommes au goûter pour ne pas avoir à brosser du petit beurre avec du dentifrice. Surtout que je n'aurais pas ni le réflexe ni la force musculaire de me nettoyer les dents avec la langue. Les chats, ils ont encore un peu cet instinct non ? En tous cas ils se lèchent partout, j'les trouve autonomes vis-à-vis de tout outil d'hygiène et je les envie. Sauf à la limite, ceux de race qui coûtent un bras et ont une fourrure désormais dépendante de la brosse humaine, pour, c’est vrai, de plus beaux résultats esthétiques que n’importe laquelle d’un chat sauvage autonome. Mais c'est pas pour autant qu'il faudrait que je houspille à propos des mille et unes innovations humaines en la matière. Par contre c'est vrai que je m'inquiète à la fois de mon aliénation par rapport à la nature, et donc de ma dépendance à l'outil, et par incidence, du fait que si un jour leur monde industriel s'effondre, ça risque de mettre au rabais nos conditions de propreté. T'en connais encore toi, des artisans fabricants de brosses à dents ? Réfléchis-y un peu, avant de fermer les usines de grande distribution, à ça et aux mille autres trucs que tu trouves dans des boutiques spécialisées pour rester propre et en santé. Si tout ça pète un jour, ce sera pas seulement les débilités matérielles qui disparaîtront, pas seulement non plus les trucs qui certes enrichissent les requins.
J'en ai vu, des petites tentatives... Faire des brosses à dents sans plastiques, ça a l'air prometteur, c'est ce genre de bons compromis cools pour un avenir pas trop dégueu, vu le point de dépendance où on en est. Pis si l'absurdité de notre hypocrisie fait qu'on pourra continuer à manger du petit beurre mais qu'on fera un maximum pour pas trop avoir à aller brosser les dents des chiens, c'est pas mal non plus.
Il supporterait pas longtemps du petit beurre, Chocolat, je crois. Ou pas ? Peut-être que, comme les humains, il ne verrait pas le glissement d'usage entre un coup de langue gourmand pour tout faire disparaître un truc pas trop collant, et un coup de langue dépassé par les événements et qui ne sert plus qu'à se rendre compte qu'il faut un coup de brosse ? Peut-être qu'il trouverait des ressources comme un bâton de réglisse en tant que brosse naturelle, savoureuse, certes ni médicale, ni aussi optimale pour le besoin en fluor de l'émail…
Comment faisaient mes lointains ancêtres d'avant le petit beurre ? Ils mâchouillaient le réglisse et la menthe ? Olala c'est bien compliqué, non, le réglisse c'est dans la pâte à bonbons, les feuilles de menthe ça ne s'utilise pas telles quelles voyons, c'est uniquement pour préparer les sachets de thé et à cuisiner selon la recette breveté du dentifrice ! Mâchouiller une vraie feuille de menthe pour le fluor ? Ça ne se fait pas voyons, c'est complètement barbare, respectons un peu la dignité et l'évolution de l'humanité ! Et puis le bâton de réglisse ça rend les dents jaunes, de toutes façons !
Chocolat a posé sa gueule sur le canapé, me regardant d'un air satisfait de sa friandise, mais avec un peu de tristesse dans le regard, que tout ceci soit complètement fini dans ses papilles. Aurait-il préféré d'irréductibles morceaux de petit beurre qu'on a jamais fini de nettoyer ?
Si j’avais un lapin, j’en aurais bien, des questions à lui poser...
Titre: Re : 🚽 L'envol du chien
Posté par: Aponiwa le 25 Février 2025 à 16:26:33
Yo Dot,

Un texte avec de la ponctuation, je trouve que ça te ressemble pas !  :D

Citer
Mais comme on n'a pas encore tous passé le cap d'accepter de brosser les dents de nos chiens, ce qui arrivera ptetr un jour, en attendant on préfère leur faire manger des trucs qui n'empirent pas trop le truc, et pour nous on s’en tamponne.
Le ptetr dénote un peu avec le reste qui n'est pas phonétique.

J'ai un doute : est-ce qu'on écrit pas "brosse à dents" ?

Citer
Je me souviens des bâtons de réglisse.
Moi aussi ! J'adorais ça.

Citer
Pas les bonbons en pâte noire propice aux caries, non.
propices

Citer
Mais l'illusion serait qmm très forte, car c'est pas du tout le même impression si mon goûter se constitue d'un ou deux petits beurres.
quand même

Citer
Mais c'est pas pour autant qu'il faudrait que j'houspille à propos des mille et unes innovations humaines en la matière.
J'ai un doute sur "houspiller"... est-ce qu'on dit "je houspille" ou j'houspille?  :\?

Mais ouais, comme faisait-on avant? Je crois qu'avant on se lavait les dents à la cendres, avec un torchon. Est-ce que c'était nickel, j'en sais rien. Pourquoi on serait les seuls animaux à avoir à se brosser les dents, d'abord? Peut-être effectivement parce qu'on mange plein de conneries industrielles, maintenant.

Merci pour cette réflexion, Dot ! :)
Titre: Re : 🚽 L'envol du chien
Posté par: Dot Quote le 01 Mars 2025 à 11:42:14
salutbonjour Aponiwa,
merci pour ton passage

Un texte avec de la ponctuation, je trouve que ça te ressemble pas !  :D
ahah waw ça sonne comme le fruit d'une lente pousse de mes pratiques, j'le prends plutôt bien, merci…

j'ai passé un petit coup de propre, mais il me semble que je n'ai pas retrouvé toutes les coquilles que j'avais dénichées dans mes précédentes relectures, tes remarques m'ont servies de points d'ancrages… brosse à dents effectivement le 's' à dents semble plus correct, huhu je m'imagine avec un sourire les rares personnes pour qui ce serait pas nécessaire d'un point de vue purement pragmatique à cause qu'ils ont qu'une dent unique et que leur brosse, même similaire à toutes les autres, ne servirait que pour cette one-dent ; le propice j'crois les deux peuvent être corrects, sans 's' pour la pâte, avec 's' pour les bonbons, la syntaxe ne permet pas je crois, d'imposer l'un ou l'autre, mais j'ai qmm suivi ta version en me disant que si c'est cette lecture qui est plus instinctive, autant ne pas embrouiller, et emprunter le 'chemin' de lecture le plus fluide… même si ma petite interrogation intérieure autour de l'esprit humain, est de me dire que si j'avais mis le pluriel, ptetr aurais-tu voulu l'enlever à cause de cette ambivalence de syntaxe… je ne saurais dire (genre qu'instinctivement, quand y'avait plusieurs options possibles, on se demande 'pourquoi pas les autres que celle qui a été choisie ?', tu vois ?) ; les 'ptetr' et les 'qmm', j'ai corrigé aussi, je sais pas trop pourquoi, alors que j'suis assez à cheval sur la bonne orthographe, j'aime bien les mettre en mode sms-abrév, comme les bcp etc... au fond c'est vrai que c'mieux en corrigé ; j'ai vérifié le houspille, effectivement c'est un des verbes en 'h' qui n'utilise pas l'élision ; voilou pour le bon usage de l'écrit

pour le fond, j'dois avouer que même si j'inclue la réflexion de l'industrie dans mon propos, c'est plus dans un parallèle sur l'aliénation paradigmique humaine, que autour de la santé dentaire qui est le sujet central ; car je crois que l'encrassement de nos bouches est plutôt un effet antérieur : l'utilisation des nourritures transformées ! c'est pourquoi j'oppose le petit beurre et la pomme, car certes il existe des versions industrielles de la pomme, ou juste 'plus très naturelles', mais cela reste qmm quelque chose que l'on peut manger sans trop avoir à la transformer, alors que une pâte cuite à base de farine, un biscuit tout simple, c'est une innovation qui date de bien avant l'industrie, et il me semble que c'est ça qui peut coller aux dents… il m'apparaissait encore plus aliéné ou plutôt insoupçonnable, d'être en danger à manger du petit beurre ou un biscuit maison au four, que à manger de la pâte à tartiner industrielle…

en tous cas ui, y'a cette question : "Pourquoi on serait les seuls animaux à avoir à se brosser les dents, d'abord?"... mais il me semble que, à l'instar de beaucoup de problèmes d'inégalités, on serait du genre à glisser lentement sur la pente qui m'effraie : égaliser par le négatif… j'préférerais que pour ne plus être tous seuls, l'humain trouve un moyen de rester propre de la bouche en supprimant le brossage, plutôt que de contaminer les chiens avec cet usage… comme stipulé, on est déjà sur cette pente avec les manteaux les coiffeurs pour chiens, pas encore pour les bosses à dents, mais qui sait, ptetr que demain ce sera pas aussi insensé que ça…

en attendant j'avoue que j'suis pas prêt pour manger de la cendre au torchon ahah !

àplusss