Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Goémine le 11 Novembre 2016 à 13:57:56

Titre: un jour comme aujourdhui
Posté par: Goémine le 11 Novembre 2016 à 13:57:56
Chronique ordinaire

Onze novembre. Férié. Rien de spécial.

La pluviote automnale détrempe le jardin et la mousse rigole. Je regarde par la fenêtre. Je n'ai rien à faire. Des voisins m'ont invitée à l'apéro. Pas envie d'y aller pour l'instant. Des apéros y en aura plein demain.

Je n'ai pas encore ouvert les volets, je termine mon café. Arabica. J'aime cette pénombre tiède dans la maison, elle parle déjà de noël.

J'ai voulu faire une flambée mais je n'avais plus de bois alors je suis sortie. J'ai ouvert ma maison aux regards translucides des nuages blancs. J'ai enfilé un vieux jean pourri et un pull phildar acheté aux puces l'hiver dernier. Je ressemble à un gros sac. J'adore !

Mes bottes en caoutchouc crissent sur le gravier. C'est un petit bonheur ineffable le bruit de la rocaille sous mes semelles. Je refais quelques pas inutiles, pour le plaisir d' entendre à nouveau cette musique minérale. Je traverse l'allée en diagonale ce coup-ci et je compte mes pas grinçants : je suis sur mes terres, sur mon minuscule royaume, chaque enjambée me dit reine. Les branches coupées du vieux poirier décapité l'an dernier sont trop humides pour faire du feu.

Je les mets à sécher dans l'entrée. Du coup ça sent la mousse et le champignon dans ma maison. Je vais salir le carrelage avec mes bottes incrustées de cailloux.

Je passe devant le miroir et je capte du coin de l’œil mon improbable dégaine, finalement je vais garder mes bottes à l’intérieur : ça donne du poids à mes pas, ça fait un bruit de campagne.

Cet abruti de chaton m'a suivie dans la maison  profitant de la porte entrouverte ! Il est allé se glisser derrière un placard . Je ne parviendrai pas à l'attraper. Il miaule comme un damné.

Je vais peut-être me faire des patates ce midi…

Je craque une allumette et les étincelles fulminent dans les brindilles sèches. Déjà la première flamme. C'est beau je trouve. Je m'adosse à la cheminée. J'ai le feu aux fesses, ça me fait rire. J'adore rire avec moi.

Mon vieux chien mouillé pue la mort !  Mais j'aime sa grosse truffe sur ma cuisse quand je m'assois près de lui. Il me respire à petites lampées d'amour. Il est sourd comme un pot. Heureusement qu'il n'y a pas de voleurs par ici. A part quelques renards mais je n'ai pas de poules… Faudra y penser...

J'allume une cigarette aux premières braises et j’entrouvre la porte. Il n'y a guère que moi à présent qui respire cette putain de fumée, mais c'est un vieux réflexe.  Le paysage s'étire derrière la brume, j'observe les collines qui s'étendent à l'infini et se couvrent de rouille peu à peu. Mon regard parcourt cet espace éternel de coteaux, de forêt, de vignes. Hier j'ai vu passer un chevreuil dans le bas de mon jardin. J'aime ça, l'idée que la sauvagine vienne se reposer un peu des chasseurs chez moi.

Des patates ou du potiron finalement ?

Oh ! J’espère que le vent n'aura pas échevelé les chrysanthèmes sur ta tombe mon amour, déjà une semaine que je suis venue t’embrasser… Tu me regardes dis, tu me regardes ? Tu vois je ne fais rien de spécial aujourd’hui, je vis ce qu'il me reste de ma belle vie, et tu n'y es pas étranger. Jamais.

Ça y est ! Le chaton blanc a réussi à s'extirper de son piège. Petit con va ! Ça t'apprendra la vie ! Viens ici que je te câline un peu pour te rassurer mon cœur.

Si l'averse s’arrête il faudra que je sorte à nouveau pour planter les bulbes de jacinthes. Tu vois bien que ce n'est pas la peine d'enlever mes bottes !

 Mais je n'ai pas encore envie de printemps, je savoure l'ocre et la pluie derrière mes carreaux.

 Les feuilles écarlates du sumac me font cadeau d'incendies trempés de pluie.

 Le noyer blanc pleure de coquilles lourdes.

 Les châtaignes jouent au hérisson endormi.

 Le soleil engourdi traverse les nuages et ça fait comme un éventail de lumière sur l’horizon.



Si j'avais été plus futée j'aurais acheté des cèpes.
Titre: Re : un jour comme aujourdhui
Posté par: Hiromi le 11 Novembre 2016 à 14:11:19
Des patates !!!
Avec des cèpes !!!

Je ne reparlerais pas de noël  :mrgreen:

Quand la (fausse) simplicité rime avec la puissance d'évocation, ça donne ce que j'appelle un texte vivant. On est avec toi sur le gravier, devant la cheminée, à courir après le chaton, c'est juste incroyable comme tu parviens à embarquer les gens (moi en tout cas) dans ton univers.

Il y a trop de jolies formules pour les noter  :coeur:

Mais j'ai envie de planter des bulbes de jacinthe (je sais pas ce que c'est  :mrgreen:)

Merci, quoi, pour ce moment de beauté intemporelle  :coeur:
Titre: Re : un jour comme aujourdhui
Posté par: Manu le 12 Novembre 2016 à 14:42:19
.
Titre: Re : un jour comme aujourdhui
Posté par: Goémine le 13 Novembre 2016 à 08:26:59
Merci Hiromi et Manu d'être passés me lire...

c'est bien l'effet que je voulais rendre : la simplicité d'un personnage, moitié dans la vie ordinaire, moitié dans ses rêves. Un peu comme les gens qui vivent seuls peuvent se parler à haute voix.

Hiromi je suis ravie de voir que tu semble aimer les patates et les cèpes ( ça peut faire un chouette repas de réveillon  :-[) et les jacinthes sont quelques une des jolies fleurs d'avril, petites clochettes bleues ou roses qui carillonnent l'arrivée du printemps.

Manu, puisque toi aussi, comme HIromi, tu évoques la puissance d'évocation de ce petit texte je suppose que c'est vrai...moi, je ne peux pas me rendre compte et c'est bien là toute l'utiluté de vos commentaires.

merci à vous deux et bon dimanche !
Titre: Re : Re : un jour comme aujourdhui
Posté par: Hiromi le 13 Novembre 2016 à 09:44:46

Hiromi je suis ravie de voir que tu semble aimer les patates et les cèpes ( ça peut faire un chouette repas de réveillon  :-[) et les jacinthes sont quelques une des jolies fleurs d'avril, petites clochettes bleues ou roses qui carillonnent l'arrivée du printemps.

Si on ajoute un poulet fermier aux deux autres c'est magique !  :)

PS : j'ai regardé sur le ouèbe à quoi ressemblait une jacinthe, j'avais déjà vu sans connaître le nom ;)
Titre: Re : un jour comme aujourdhui
Posté par: Chapart le 13 Novembre 2016 à 12:16:43
Bonjour Goémine,

Merci pour ce magnifique texte! La succession de phrases courtes et très précises nous plonge d'emblée dans l'atmosphère de l'endroit où ce personnage exécute des gestes simples de son quotidien qui vont dévoiler sa spiritualité. Le mélange de niveaux de langage est également très habilement mené (et c'est quelque chose de très difficile à faire je trouve...).

Au début du texte, il y a beaucoup de phrases qui commencent par "je". A la première lecture ça m'a un peu surpris, mais ça évolue et d'une certaine façon ça se justifie en lisant le reste du texte: le personnage se lève et doit faire face à sa solitude qu'il n'a pas très envie de briser, puis petit à petit d'autres acteurs (la nature, le chaton, ...) viennent briser par moments cette solitude pour finalement occuper toute la place dans les dernières lignes.

Deux fautes de frappe que j'ai trouvées


La pluviote automnale détrempe le jardin et la mousse rigole. Je regarde par la fenêtre. Je n'ai rien à faire. Des voisins m'ont invité à l'apéro. Pas envie d'y aller pour l'instant. Des apéros y a aura plein demain.


Des apéros y en aura plein demain


Mon vieux chien mouillé pue la mort !  Mais j'aime sa grosse truffe sur ma cuisse quand je m'assoie prés de lui. Il me respire à


je m'assois
Titre: Re : un jour comme aujourdhui
Posté par: Goémine le 14 Novembre 2016 à 17:47:24
Merci Chapart de ton passage, de ta lecture et de tes commentaires surtout !

J'ai rectifié les fautes que tu as gentillement relevées ( rien à faire ! j'en laisse toujours passer malgrè mes relectures !)

Oui tu as raison, ce personnage est seul mais pas isolé. La nature, l'air du temps, les songeries, les animaux et le paysage lui tiennent compagnie. je voulais faire transparaitre que la solitude peut être un doux manteau à endosser, si on sait profiter des petits bonheurs simples et de la quiétude du moment.

Je parle aussi du jour férié et des voisins, donc on peut deviner qu'elle travaille, qu'elle a des amis, mais qu'un jour comme aujourd’hui, il lui plait  d'être seule, désœuvrée de toute urgence. De savourer le temps qui passe en sachant qu'il ne durera pas toujours et qu'il faut savourer...
Rien de très original dans le fond, j'ai surtout essayé de porter attention au style, comme pour "inviter" le lecteur dans la maison...

Merci encore de ton passage
Titre: Re : un jour comme aujourdhui
Posté par: gage le 14 Novembre 2016 à 20:10:31
Salut Goémine, à mon tour d'entrer chez toi !

d'abord deux trois broutilles :


Citer
Des voisins m'ont invité
m'ont invitée.
Citer
aux regard translucides
regards.
Citer
le plaisir d' entendre
un espace en trop après l'apostrophe.
Citer
Je ne parviendrais pas à l'attraper
parviendrai.

Alors, j'ai beaucoup aimé ce moment de simplicité contemplative, et la mise en valeur de ces plaisirs simples d'une journée d'automne. On est avec toi et on fume la cigarette à tes côtés en regrettant que le chien sente si mauvais.
J'ai un bémol, c'est les quelques moments où tu te laisses aller à un vocabulaire plus "cru". Je comprends bien qu'il te ressemble autant que le reste du texte, mais ces mots me choquent, pris qu'ils sont dans cet écrin plus littéraire. En fait je me trompe sans doute... c'est peut-être parce que je ne l'aurais pas écrit comme ça. C'est donc une histoire de goût.
J'ai un dièse aussi : je te félicite pour ta délicatesse, et pour en avoir fait vraiment le minimum au sujet de celui qui repose sous les chrysanthèmes et les feuilles mortes. C'est subtil et délicat.

Voilà, à bientôt !

Titre: Re : un jour comme aujourdhui
Posté par: Fried le 15 Novembre 2016 à 22:24:31
"J'ai ouvert ma maison aux regard translucides des nuages blancs. J'ai enfilé un vieux jean pourri et un pull phildar acheté aux puces l'hiver dernier. Je ressemble à un gros sac. J'adore ! "
moua aussi j'adore  :P
"J'adore rire avec moi." petite expression très sympa
j'aime ton texte, il y a un parfum de bonheur simple, de campagne et paysages, quelques animaux, vivement les poules et les renards.  :D

Titre: Re : Re : un jour comme aujourdhui
Posté par: Goémine le 16 Novembre 2016 à 16:30:48
Merci Gage de ta venue, de tes conseils et remarques !
je suis contente que cela t'aies touché. Il s'agit d'un travail brut, écrit sur l’impulsion, sans recherche ni approfondissement,  comme un vieux polaroid...CLIC CLAC


Alors, j'ai beaucoup aimé ce moment de simplicité contemplative, et la mise en valeur de ces plaisirs simples d'une journée d'automne. On est avec toi et on fume la cigarette à tes côtés en regrettant que le chien sente si mauvais.... Le regrette-t-elle ? sentir, c'est être en vie et le rappeler aux autres ! Sinon pourquoi les belles dames se parfumeraient-elle si dispendieusement et pourquoi les matous pisseraient-ils sur les tapis ?



J'ai un bémol, c'est les quelques moments où tu te laisses aller à un vocabulaire plus "cru". Je comprends bien qu'il te ressemble autant que le reste du texte, mais ces mots me choquent, pris qu'ils sont dans cet écrin plus littéraire. Je comprends ce que tu veux dire, mais en ce qui concerne ce texte il me semblait important de garder le lien direct avec le réel, la trivialité du quotidien... Comme on se met les doigts dans le nez quand on est tout seul ( en tout cas, moi je le fais !)  Le personnage peut se permettre de dire des grossièretés quand elle en a envie, comme on se parle à soi même sans témoin, comme les vieilles personnes qui engueulent le présentateur du JT ( ça aussi je le fais !! ) !  Puis je trouve ça sensible le mélange de la toile de jute et de la soie...ça fait ressortir la trame de l'une et la volupté de l'autre.

 En fait je me trompe sans doute... c'est peut-être parce que je ne l'aurais pas écrit comme ça. C'est donc une histoire de goût.

J'ai un dièse aussi : je te félicite pour ta délicatesse, et pour en avoir fait vraiment le minimum au sujet de celui qui repose sous les chrysanthèmes et les feuilles mortes. C'est subtil et délicat.

Voilà, à bientôt ! à bientôt également et encore merci de tes encouragements !
Titre: Re : un jour comme aujourdhui
Posté par: gage le 16 Novembre 2016 à 19:36:19
Citer
...en regrettant que le chien sente si mauvais.... Le regrette-t-elle ?

Non,non, elle ne le regrette pas, elle aime ça, c'est son chien... C'est juste que si je venais fumer une clope à tes côtés, moi je regretterais qu'il pue... (j'aime pas l'odeur des chiens...)  :D
Titre: Re : un jour comme aujourdhui
Posté par: Goémine le 18 Novembre 2016 à 17:44:57
Merci Fried d'être passé dans ma campagne ( pour une fois que la campagne n'est pas électorale, ça change ) ...

Alors comme ça tu adores le gros sac  en jean pourri et le vieux chien puant ? Qu'est ce que ce forum ne nous fait pas dire hein !! mais la beauté diaphane des nuages translucides ... ça rattrape le reste.
à bientôt ( il y a longtemps que tu n'as posté de textes non ? )

Chapart, je te promets, si tu viens fumer une cigarette au coin de la cheminée, je mettrai le vieux chien dans le couloir ....

Merci à vous tous de vos commentaires et de votre sens de l'humour
Titre: Re : un jour comme aujourdhui
Posté par: Fried le 18 Novembre 2016 à 20:13:53
j'ai commencé un texte et un poême mais je sais pas mais j'avance tout doucement.  :-[
C'est une série d'aventures et de personnages que j'avais rencontré dans un de mes jobs, quand je vendais de la pub par affichage.
j'ai pas encore commencé clin d'oeil, mais ça va venir  ;)
à bientôt
Titre: Re : un jour comme aujourdhui
Posté par: Goémine le 18 Novembre 2016 à 20:18:42
Tiens ! c'est drôle j'étais en train de t'écrire au même instant !

Et n'oublies pas ma proposition de " quelqu'un d'inconnu frappe à ma porte " !

à bientôt de te lire ...
Titre: Re : un jour comme aujourdhui
Posté par: kokox le 31 Décembre 2016 à 13:12:09
Bonjour Goémine,

Je viens de lire ton texte et j'ai beaucoup aimé ! Plus je prends de l'âge, plus j'aime la simplicité, les frissons, les caresses de presque rien. J'aime lorsque la plume existe mais qu'elle ne cherche pas à griffer ou à trouer le papier. Je ne veux pas faire mon vieux con, mais le cinéma d'antan était comme cela. On ne passait pas de façon vertigineuse d'un plan à l'autre, d'une fausse bonne idée à une fausse bonne idée. Jean Renoir définissait un cadre, souvent un plan fixe, à la manière d'un peintre et appliquait sa mise en scène à l'intérieur de ce cadre. Exemple au début : deux canotiers séducteurs parlotent à table devant une fenêtre dans la pénombre. À un moment donné, l'un d'eux pousse les volets. La lumière du printemps envahit alors l'écran et les canotiers assistent à l'arrivée d'une petite bande de personnes dans le cadre, parmi lesquels bientôt une jeune femme se balance sur une escarpolette, dans sa robe blanche : brillante métaphore de la mise en abîme cinématographique qui fait de nous tous des spectateurs voyeurs. La scène de la balançoire illustre l'enivrement, encore innocent, des sens d'Henriette au contact d'une nature idyllique. La caméra, fixée sur la balançoire, nous entraîne dans le mouvement et encourage l'identification à la jeune femme. Cette séquence dépouillée de tout artifice préfigure également par le mouvement de va-et-vient ou le plan fixe sous les jupons d'Henriette, l'accouplement à venir avec Henri. Henriette explique elle-même cette confusion des sens à sa mère, lors de la discussion sous le cerisier, en décrivant le sentiment océanique (la volonté de faire un avec le monde) qui la bouleverse.
Bref, plus je vieillis, plus je suis partisan d'en retirer.
À ce propos, je partage à 200 % l'avis de Gage. La crudité de certains mots inopinés apporte certes la dissonance, renforce peut-être l'ipséité de ton héroïne, mais à mes yeux elle débarque comme un cheveu sur la soupe et déséquilibre l'oreille et le regard du lecteur. En une fraction de seconde, ces informations montent aux synapses, les agriffent, et l'on se dit : pourquoi dit-elle de son chien qui l'aime et qu'elle aime qu'il pue la mort ? Pourquoi parle t-elle "d'abruti de chaton", de "putain de fumée", alors qu'elle est présentement dans un état d'hyper sensibilité ? Je ne te parle absolument pas en chochotte, ni en maniéré, mais en musicien. J'écoutais religieusement, je me laissais bercer par ton texte et d'un seul coup, par trois fois je me suis dit : Ah ! Wladimir Horowitz vient de faire une fausse note. On ne lui en veut pas trop parce que c'est un grand pianiste, mais quand même il pourrait faire gaffe, comme faisait gaffe Arturo Benedetti Michelangeli, ce prodigieux interprète de Chopin qui, lui, avait la réputation de n'en faire aucune. Ce n'est plus du tout "une affaire de goût", crois-moi, lorsque deux personnes ont le même ressenti. Les doigts dans le nez, pour reprendre ton expression, ce n'est pas du tout ce qui transpire à travers ton texte. Quel intérêt aurions-nous Gage et moi d'aller te faire chier avec trois fumiers de mots crus à la con, putain de bordel de merde ? :) :) :)
Si j'avais été plus futée j'aurais acheté des cèpes.
Enfin, cette dernière phrase, je la trouve superfétatoire. C'est le petit bonus de dernière seconde qui n'apporte rien de plus, la pirouette/cacahuète du pauvre. Tout a été déjà dit et fort bien dit, dans le dépouillement et la simplicité. Bien écrire, c'est aussi savoir parfois se délester de l'inutile, comme ces ultimes coups de boutoir du macho qui n'apportent aucune jouissance supplémentaire ni à lui ni à sa partenaire (l'image est outrancière et corrobore exactement ce que je viens d'exprimer ! ) :)
Mis à part ces infimes détails, c'est selon moi un très joli texte, touchant comme j'aime, chère Goémine.

Bien à toi !


Titre: Re : un jour comme aujourdhui
Posté par: Grange le 31 Décembre 2016 à 15:26:49
Bonjour,

J'ai entendu le gravier crisser sous tes pas et pas un de tes gestes n'a pu échapper à ma vigilance :)

C'est véritablement un genre littéraire que je trouve passionnant; à mi-chemin entre le carnet intime et la chronique des jours...
Je suis citadin mais j'ai bien souvent loué des gîtes ruraux perdus dans la campagne et cette lecture m'a permis de voir des images et retrouver des impressions de vécu.
Parfait pour moi, j'en redemande :)
Titre: Re : un jour comme aujourdhui
Posté par: Cinnamon le 31 Décembre 2016 à 15:34:52
Ce texte m'a rappelé mes souvenirs d'enfance. Très belle description qui nous transmet à merveille les sensations du personnages. (Les graviers, la cheminée, la pluie d'automne).
Pour ce qui est du langage un peu cru, ça ne m'a pas choqué ou gêné dans la lecture. Au contraire, ça donne un côté assez "associal", dans le sens où elle se fiche des apéros de ses voisins, de la tenue qu'elle porte. Disons qu'elle est mélancolique. Elle ne cherche pas à se faire belle et la seule pensée qui lui vient à l'esprit n'est finalement pas l'opinion des autres, de ses collègues ou voisins, mais celui de son amour perdu, enterré. S'il était là, que penserait-il de son apparence ? Est-ce qu'il la regarde en ce moment-même ?
Personnellement, j'ai perçu cette histoire de cette façon. Dis-moi si je me trompe.  ;)
Titre: Re : un jour comme aujourdhui
Posté par: Goémine le 31 Décembre 2016 à 16:30:10
Kokox,

 Merci de ton long retour imagé, du début à la fin, de Renoir à Rocco... :coeur:  avec la tendresse toute particulière que j'ai pour Marcel's Carmé et Pagnol ... Je ne peux qu'approuver tes dires...

Si j'avais été plus futée j'aurais acheté des cèpes. je crois que c'est le genre de " divagation mentale" que l'on peut faire quand on se parle à soi-même, quand l'éternel frôle le trivial : elle passe de la tombe aux champignons, de la mort à la mangeaille, des chrysanthèmes à son propre appétit de vivre, sans culpabilité, elle passe à autre chose.

Mon propos n'était ni d'idéaliser le personnage, ni de terminer sur une phrase boutadine ( Tiens j'aime bien ça : boutadine! ) mais de faire transparaitre ces chemins de traverse qu'emprunte parfois notre esprit vagabond.
Un grand merci à toi d'avoir fais ce long commentaire et d'avoir ressorti ce texte du placard... Bonne soirée de fête

Cinnamon,

je crois que c'est la première fois que nous nous voyons?  Je te salue bien !

Concernant la "vulgarité" de certains termes, je persiste et signe...( contre l'avis de kokox et gage)

Tu sais je crois que même les grands hommes de ce monde se mettent les doigts dans le nez quand ils sont seuls, et que péter au lit n'a jamais asphyxié un célibataire... c'est un peu pareil avec ce texte : la dame du onze novembre trainaille seule dans sa maison, elle pense tout haut, et elle se laisse aller à un vocabulaire relâché. Mieux que ça, cela la conforte dans l'idée d'être libre, seule chez elle, et de profiter de son jour de vacances comme elle l'entend. Cela doit être le privilège des vieux et des ours que de passer de la musique lyrique à l'accordéon musette : ils font ce qu'ils veulent ! En ce sens tu as parfaitement saisi le côté asocial de l'instant. Merci de ton avis et au plaisir de te lire.

Grange,

Je suis ravie de te revoir déjà ! je ne suis pas affiliée à un genre littéraire particulier, si ce n'est l'attention que je porte à la description et au ressenti ( plus qu'à l'intrigue souvent...) Je crois que je cherche surtout à émouvoir les lecteurs en leur racontant une histoire. Comme l'évoque Kokox j'ai mon texte qui défile comme des plans de cinéma et je n'ai plus qu'à recopier... Donc, si cela a fonctionné pour toi, tu m'en vois ravie ! Enlève à présent tes bottes, ne ramène pas de graviers dans la maison et va te préparer pour le soir de fête ! et merci d'être passé dans ma campagne...

Bien le bonsoir à vous trois et merci de votre petit cadeau sur le seuil de ce  réveillon !

Goémine
Titre: Re : un jour comme aujourdhui
Posté par: Goémine le 31 Décembre 2016 à 16:43:26
Grange.....

Dis-moi ? ma petite dame du onze novembre et Birgid ne sont-elles pas cousines ?  ;)
Titre: Re : un jour comme aujourdhui
Posté par: Grange le 01 Janvier 2017 à 10:21:52
Cousines? très certainement :)
Peut-être même sont-elles voisines car tout est possible dans le monde des lettres! :) Il suffit de le vouloir et de poser les mots dans le sens qui nous arrange :)
Titre: Re : un jour comme aujourdhui
Posté par: Goémine le 01 Janvier 2017 à 15:55:21
Alors bonne balade à vélo à Brigit et dis lui de faire attention au chaton blanc !
Titre: Re : un jour comme aujourdhui
Posté par: bertrand môgendre le 07 Janvier 2017 à 19:14:19

J'ai voulu faire une flambée mais je n'avais plus de bois alors je suis sortie... Attention ! Tu risques, comme moi d'être dénoncé comme pollueur actif !

 Je refais quelques pas inutiles... Voilà un luxe à inscrire sur ton catalogue des grands plaisirs quotidiens.

 Les branches coupées du vieux poirier décapité l'an dernier sont trop humides pour faire du feu... C'est l'incidence directe du besoin de prévoir un, deux ou trois ans à l'avance pour avoir du bois sec.

s mais je n'ai pas de poules… Faudra y penser... au printemps alors ! Chouette les bons œufs à venir.

 Il n'y a guère que moi à présent qui respire cette putain de fumée... Ah ! Les plaisirs du feu de cheminée.

Si j'avais été plus futée j'aurais acheté des cèpes... ou cherché dans le bois, c'est bien aussi.
Le texte présenté ainsi donne une agréable scène bucolique avec l'envie, au passage, de déguster un bol de cette soupe chaude qui bout gentiment sur la gazinière.
Titre: Re : un jour comme aujourdhui
Posté par: Verasoie le 07 Janvier 2017 à 23:54:53
Goémine, tu peux faire une petite intro avant tes textes, comme ça on sait quand tu l'as écrit, ce qu'il représente pour toi, ton but en le postant, les points sur lesquels tu as envie de travailler... C'est toujours plus agréable que d'attaquer direct la lecture.

Citer
C'est un petit bonheur ineffable le bruit des gravillons sous mes semelles

manque de virgule après ineffable, et "gravillons" vient faire répétition après "gravier"...

Citer
Citer
. Je traverse l'allée en diagonale ce coup-ci et je compte mes pas grinçants : je suis sur mes terres, sur mon minuscule royaume, chaque enjambée compte.

Répétition de "compte", et manque de virgule après "diagonale"

Citer
Je passe devant le miroir et je capte du coin de l’œil mon improbable dégaine, finalement je vais garder mes bottes à l’intérieur : ça donne du poids à mes pas, ça fait un bruit de campagne.

Pour le coup tout le reste j'adhère mais "je vais garder mes bottes dedans parce que ça me fait marrer d'être habillée comme ça", et donc POURRIR l'intérieur de la baraque juste pour le look, ça me DEPASSE

L'idée est vraiment sympa et ça marche presque, pour moi, mais sur la fin (deuxième moitié disons) j'ai trouvé que l'oralité était faite au détriment du contenu. Au début tu arrives à maintenir un style oral et de petites choses simples et c'est entraînant, et sur la fin j'ai juste eu l'impression de lire des réflexions sans lien les unes avec les autres et où l'oralité avait perdu sa poésie. Voilà pour moi !
Titre: Re : un jour comme aujourdhui
Posté par: Goémine le 08 Janvier 2017 à 11:03:43
Bonjour Verasoie,

je n'avais jamais pensé à une intro, ou pas systématiquement du moins.

j'ai modifié les répétitions, merci de cette remarque.

J'ai bien ri avec ton idée de "pourrir la baraque" ! c'est moins l'idée du look, que celle de faire entrer la nature dans la maison, enfin c'est ce que je souhaitais faire passer.

l'impression de lire des réflexions sans lien les unes avec les autres et où l'oralité avait perdu sa poésie. : Tu sais, j'ai eu envie de faire partager ces moments de vacuité, de non-sens, quand on est seul et que l'esprit fait des liens, des sauts de puce sans queue ni tête , d'ailleurs les puces n'ont pas de queue, c'est bien connu.
On peut passer mentalement du céleste au terre à terre, des patates au cimetière.

Par contre, je m'attendais à ce que tu te hérisses en lisant "mes gros mots" car tu m'en as déjà fait la réflexion et tu n'es pas la seule à ne pas apprecier ce mélange des genres... Eh non ! cette fois c'est passé comme une lettre à la poste ? ou tu en as eu assez de me répéter la même chose peut-être...

Merci de ton passage constructif et bon dimanche à toi

Sincèrement,
Goémine

Titre: Re : un jour comme aujourdhui
Posté par: Verasoie le 08 Janvier 2017 à 11:30:27
Ici les "gros mots" me semblent justifiés par le personnage, le fait qu'ils arrivent assez rapidement aussi, le fait qu'on est dans un discours assez oralisé, au fil de ses pensées... Pour Naoh-tê celui que j'ai relevé me semblait complètement HS et a gêné ma lecture parce qu'il tombait comme un cheveu sur la soupe, à mon sens u_u (s'il faut le repréciser)

Citer
Tu sais, j'ai eu envie de faire partager ces moments de vacuité, de non-sens, quand on est seul et que l'esprit fait des liens, des sauts de puce sans queue ni tête , d'ailleurs les puces n'ont pas de queue, c'est bien connu.

Je comprends bien l'intention : ) mais du coup sur moi ça a pas marché. On verra une prochaine fois.
Titre: Re : un jour comme aujourdhui
Posté par: Goémine le 08 Janvier 2017 à 19:12:10
Bonjour Falarys,

Je te souhaite la bienvenue sur le forum et je te remercie de ton commentaire.

je suis touchée si j'ai pu transmettre quelque chose.

Sincèrement,
Goémine

Titre: Re : un jour comme aujourdhui
Posté par: Milla le 19 Octobre 2018 à 21:56:38
Salut !

je lis dans le cadre du coup de cœur du mammouth :)

Citer
Mais j'aime sa grosse truffe sur ma cuisse quand je m'assois prés de lui.
près


hop, tout lu !
j'ai trouvé ce texte très beau. Au début, je me demandais où tu allais, j'aimais bien le ton, l'ambiance... et au final, c'est devenu encore plus beau quand on a le sens que tu as voulu y donner. Je trouve que c'est un bel hommage à la vie qui continue et à la façon dont ceux qui nous ont quittés gardent parfois une place au présent.

Merci pour ce texte

Milla
Titre: Re : un jour comme aujourdhui
Posté par: Claudius le 19 Octobre 2018 à 22:28:27
Idem, je lis dans le cadre du coup de coeur.

J'aime beaucoup ce texte. Au départ, je l'ai pris comme un jet de pensées du jour, puis petit à petit je suis entrée dans ton monde. Les images, les mots, les associations de mots qui gerbent comme on ne s'y attend pas, c'est vraiment chouette, une très belle écriture. Simple et magique à la fois. Des sentiments qui s'expriment, sans la moindre platitude. Bravo ! Vraiment.

Petites coquillettes au passage :

Cet abruti de chaton m'a suivi dans la maison  profitant de la porte entrouverte !
 suivie

Tu me regardes dis , tu me regardes ? tu vois je ne fais rien de spécial
un espace de trop après dis et tu majuscule.

Ça y est ! le chaton blanc a réussi à s'extirper de son piège.
Le chaton majuscule

J'adore la fin et la chute...

 :coeur: :coeur: :coeur:
Titre: Re : un jour comme aujourdhui
Posté par: Goémine le 20 Octobre 2018 à 12:36:23
Un grand merci à Claudius et Milla d'avoir ressorti ce texte de dessous les graviers....

J'ai apporté les corrections nécessaires.

Il a été écrit, presque à la même période qu'à l'époque.... Mousses, champignons, odeur de feu de bois, affaissement de l'automne , besoin de se blottir et de voir vieillir le monde alentour. Patiemment.

Je suis touchée de le revoir à la surface .... Aujourd'hui, mon vieux chien est mort pour de vrai... Relire grâce à vous ces lignes, me font frisonner... Sa grosse truffe et ses yeux confiants me manquent.

Sincèrement
Goémine
Titre: Re : un jour comme aujourdhui
Posté par: Rémi le 21 Octobre 2018 à 18:57:56
Salut Goémine,

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pour le plaisir d' entendre à nouveau
y a une espace en trop ici

Très joli texte, une belle simplicité et de chouettes sentiments qui s'expriment sans se dire. J'aime beaucoup.

A+
Rémi
Titre: Re : un jour comme aujourdhui
Posté par: cyamme le 02 Février 2019 à 20:48:48
Bonjour Goémine,

tout comme Rémi et Milla, je t'ai lue dans le cadre du coup de coeur, mais à l'époque je m'étais contentée de prendre des notes sur un carnet, je profite du ''gibet'' de la nuit du mde pour laisser une trace de mon passage.

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Mes bottes en caoutchouc crissent sur le gravier.
J'aime beaucoup tout ce passage !


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J'ai le feu aux fesses, ça me fait rire. J'adore rire avec moi.
:coeur:

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. Petit con va !
une virgule avant ''va'' ?

Je n'ai pas relevé plus de choses, mais c'était une lecture très agréable. J'aime beaucoup la simplicité, l'ambiance et le tout.

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
Titre: Re : un jour comme aujourdhui
Posté par: Dieter le 02 Février 2019 à 21:11:25
Bonsoir Goémine,

Tout comme Cyamme, je profite de la nuit du MDE pour découvrir des auteurs que je n'aurais pas forcément lu dans un autre cadre. C'est d'ailleurs là que je m'aperçois que j'ai bien tort, car il y a des perles dans cette section, et ce texte en fait partie.
Je sais que ça ne se fait pas de comparer les auteurs du forum, mais je dois bien avouer que j'y ai retrouvé la force des mots et la sensibilité des phrases qui font la beauté des textes d'Ashka, Claudius ou Mercurielle.
Je suis donc heureux d'avoir trouvé un nouveau pseudo à suivre.