Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » un jour comme aujourdhui

Auteur Sujet: un jour comme aujourdhui  (Lu 7994 fois)

Hors ligne Goémine

  • Aède
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un jour comme aujourdhui
« le: 11 Novembre 2016 à 13:57:56 »
Chronique ordinaire

Onze novembre. Férié. Rien de spécial.

La pluviote automnale détrempe le jardin et la mousse rigole. Je regarde par la fenêtre. Je n'ai rien à faire. Des voisins m'ont invitée à l'apéro. Pas envie d'y aller pour l'instant. Des apéros y en aura plein demain.

Je n'ai pas encore ouvert les volets, je termine mon café. Arabica. J'aime cette pénombre tiède dans la maison, elle parle déjà de noël.

J'ai voulu faire une flambée mais je n'avais plus de bois alors je suis sortie. J'ai ouvert ma maison aux regards translucides des nuages blancs. J'ai enfilé un vieux jean pourri et un pull phildar acheté aux puces l'hiver dernier. Je ressemble à un gros sac. J'adore !

Mes bottes en caoutchouc crissent sur le gravier. C'est un petit bonheur ineffable le bruit de la rocaille sous mes semelles. Je refais quelques pas inutiles, pour le plaisir d' entendre à nouveau cette musique minérale. Je traverse l'allée en diagonale ce coup-ci et je compte mes pas grinçants : je suis sur mes terres, sur mon minuscule royaume, chaque enjambée me dit reine. Les branches coupées du vieux poirier décapité l'an dernier sont trop humides pour faire du feu.

Je les mets à sécher dans l'entrée. Du coup ça sent la mousse et le champignon dans ma maison. Je vais salir le carrelage avec mes bottes incrustées de cailloux.

Je passe devant le miroir et je capte du coin de l’œil mon improbable dégaine, finalement je vais garder mes bottes à l’intérieur : ça donne du poids à mes pas, ça fait un bruit de campagne.

Cet abruti de chaton m'a suivie dans la maison  profitant de la porte entrouverte ! Il est allé se glisser derrière un placard . Je ne parviendrai pas à l'attraper. Il miaule comme un damné.

Je vais peut-être me faire des patates ce midi…

Je craque une allumette et les étincelles fulminent dans les brindilles sèches. Déjà la première flamme. C'est beau je trouve. Je m'adosse à la cheminée. J'ai le feu aux fesses, ça me fait rire. J'adore rire avec moi.

Mon vieux chien mouillé pue la mort !  Mais j'aime sa grosse truffe sur ma cuisse quand je m'assois près de lui. Il me respire à petites lampées d'amour. Il est sourd comme un pot. Heureusement qu'il n'y a pas de voleurs par ici. A part quelques renards mais je n'ai pas de poules… Faudra y penser...

J'allume une cigarette aux premières braises et j’entrouvre la porte. Il n'y a guère que moi à présent qui respire cette putain de fumée, mais c'est un vieux réflexe.  Le paysage s'étire derrière la brume, j'observe les collines qui s'étendent à l'infini et se couvrent de rouille peu à peu. Mon regard parcourt cet espace éternel de coteaux, de forêt, de vignes. Hier j'ai vu passer un chevreuil dans le bas de mon jardin. J'aime ça, l'idée que la sauvagine vienne se reposer un peu des chasseurs chez moi.

Des patates ou du potiron finalement ?

Oh ! J’espère que le vent n'aura pas échevelé les chrysanthèmes sur ta tombe mon amour, déjà une semaine que je suis venue t’embrasser… Tu me regardes dis, tu me regardes ? Tu vois je ne fais rien de spécial aujourd’hui, je vis ce qu'il me reste de ma belle vie, et tu n'y es pas étranger. Jamais.

Ça y est ! Le chaton blanc a réussi à s'extirper de son piège. Petit con va ! Ça t'apprendra la vie ! Viens ici que je te câline un peu pour te rassurer mon cœur.

Si l'averse s’arrête il faudra que je sorte à nouveau pour planter les bulbes de jacinthes. Tu vois bien que ce n'est pas la peine d'enlever mes bottes !

 Mais je n'ai pas encore envie de printemps, je savoure l'ocre et la pluie derrière mes carreaux.

 Les feuilles écarlates du sumac me font cadeau d'incendies trempés de pluie.

 Le noyer blanc pleure de coquilles lourdes.

 Les châtaignes jouent au hérisson endormi.

 Le soleil engourdi traverse les nuages et ça fait comme un éventail de lumière sur l’horizon.



Si j'avais été plus futée j'aurais acheté des cèpes.
« Modifié: 20 Octobre 2018 à 08:28:07 par Goémine »
comme on dit par chez moi : Un écrivain qui se livre, c'est un peu comme un canard qui se confit... soyez prudents...

Hors ligne Hiromi

  • Troubadour
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  • Robocopine
Re : un jour comme aujourdhui
« Réponse #1 le: 11 Novembre 2016 à 14:11:19 »
Des patates !!!
Avec des cèpes !!!

Je ne reparlerais pas de noël  :mrgreen:

Quand la (fausse) simplicité rime avec la puissance d'évocation, ça donne ce que j'appelle un texte vivant. On est avec toi sur le gravier, devant la cheminée, à courir après le chaton, c'est juste incroyable comme tu parviens à embarquer les gens (moi en tout cas) dans ton univers.

Il y a trop de jolies formules pour les noter  :coeur:

Mais j'ai envie de planter des bulbes de jacinthe (je sais pas ce que c'est  :mrgreen:)

Merci, quoi, pour ce moment de beauté intemporelle  :coeur:

Hors ligne Manu

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 547
Re : un jour comme aujourdhui
« Réponse #2 le: 12 Novembre 2016 à 14:42:19 »
.
« Modifié: 09 Juillet 2022 à 23:42:25 par Manu »

Hors ligne Goémine

  • Aède
  • Messages: 212
Re : un jour comme aujourdhui
« Réponse #3 le: 13 Novembre 2016 à 08:26:59 »
Merci Hiromi et Manu d'être passés me lire...

c'est bien l'effet que je voulais rendre : la simplicité d'un personnage, moitié dans la vie ordinaire, moitié dans ses rêves. Un peu comme les gens qui vivent seuls peuvent se parler à haute voix.

Hiromi je suis ravie de voir que tu semble aimer les patates et les cèpes ( ça peut faire un chouette repas de réveillon  :-[) et les jacinthes sont quelques une des jolies fleurs d'avril, petites clochettes bleues ou roses qui carillonnent l'arrivée du printemps.

Manu, puisque toi aussi, comme HIromi, tu évoques la puissance d'évocation de ce petit texte je suppose que c'est vrai...moi, je ne peux pas me rendre compte et c'est bien là toute l'utiluté de vos commentaires.

merci à vous deux et bon dimanche !
comme on dit par chez moi : Un écrivain qui se livre, c'est un peu comme un canard qui se confit... soyez prudents...

Hors ligne Hiromi

  • Troubadour
  • Messages: 398
  • Robocopine
Re : Re : un jour comme aujourdhui
« Réponse #4 le: 13 Novembre 2016 à 09:44:46 »

Hiromi je suis ravie de voir que tu semble aimer les patates et les cèpes ( ça peut faire un chouette repas de réveillon  :-[) et les jacinthes sont quelques une des jolies fleurs d'avril, petites clochettes bleues ou roses qui carillonnent l'arrivée du printemps.

Si on ajoute un poulet fermier aux deux autres c'est magique !  :)

PS : j'ai regardé sur le ouèbe à quoi ressemblait une jacinthe, j'avais déjà vu sans connaître le nom ;)

Hors ligne Chapart

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 639
Re : un jour comme aujourdhui
« Réponse #5 le: 13 Novembre 2016 à 12:16:43 »
Bonjour Goémine,

Merci pour ce magnifique texte! La succession de phrases courtes et très précises nous plonge d'emblée dans l'atmosphère de l'endroit où ce personnage exécute des gestes simples de son quotidien qui vont dévoiler sa spiritualité. Le mélange de niveaux de langage est également très habilement mené (et c'est quelque chose de très difficile à faire je trouve...).

Au début du texte, il y a beaucoup de phrases qui commencent par "je". A la première lecture ça m'a un peu surpris, mais ça évolue et d'une certaine façon ça se justifie en lisant le reste du texte: le personnage se lève et doit faire face à sa solitude qu'il n'a pas très envie de briser, puis petit à petit d'autres acteurs (la nature, le chaton, ...) viennent briser par moments cette solitude pour finalement occuper toute la place dans les dernières lignes.

Deux fautes de frappe que j'ai trouvées


La pluviote automnale détrempe le jardin et la mousse rigole. Je regarde par la fenêtre. Je n'ai rien à faire. Des voisins m'ont invité à l'apéro. Pas envie d'y aller pour l'instant. Des apéros y a aura plein demain.


Des apéros y en aura plein demain


Mon vieux chien mouillé pue la mort !  Mais j'aime sa grosse truffe sur ma cuisse quand je m'assoie prés de lui. Il me respire à


je m'assois

Hors ligne Goémine

  • Aède
  • Messages: 212
Re : un jour comme aujourdhui
« Réponse #6 le: 14 Novembre 2016 à 17:47:24 »
Merci Chapart de ton passage, de ta lecture et de tes commentaires surtout !

J'ai rectifié les fautes que tu as gentillement relevées ( rien à faire ! j'en laisse toujours passer malgrè mes relectures !)

Oui tu as raison, ce personnage est seul mais pas isolé. La nature, l'air du temps, les songeries, les animaux et le paysage lui tiennent compagnie. je voulais faire transparaitre que la solitude peut être un doux manteau à endosser, si on sait profiter des petits bonheurs simples et de la quiétude du moment.

Je parle aussi du jour férié et des voisins, donc on peut deviner qu'elle travaille, qu'elle a des amis, mais qu'un jour comme aujourd’hui, il lui plait  d'être seule, désœuvrée de toute urgence. De savourer le temps qui passe en sachant qu'il ne durera pas toujours et qu'il faut savourer...
Rien de très original dans le fond, j'ai surtout essayé de porter attention au style, comme pour "inviter" le lecteur dans la maison...

Merci encore de ton passage
comme on dit par chez moi : Un écrivain qui se livre, c'est un peu comme un canard qui se confit... soyez prudents...

Hors ligne gage

  • Calame Supersonique
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  • Homme incertain.
Re : un jour comme aujourdhui
« Réponse #7 le: 14 Novembre 2016 à 20:10:31 »
Salut Goémine, à mon tour d'entrer chez toi !

d'abord deux trois broutilles :


Citer
Des voisins m'ont invité
m'ont invitée.
Citer
aux regard translucides
regards.
Citer
le plaisir d' entendre
un espace en trop après l'apostrophe.
Citer
Je ne parviendrais pas à l'attraper
parviendrai.

Alors, j'ai beaucoup aimé ce moment de simplicité contemplative, et la mise en valeur de ces plaisirs simples d'une journée d'automne. On est avec toi et on fume la cigarette à tes côtés en regrettant que le chien sente si mauvais.
J'ai un bémol, c'est les quelques moments où tu te laisses aller à un vocabulaire plus "cru". Je comprends bien qu'il te ressemble autant que le reste du texte, mais ces mots me choquent, pris qu'ils sont dans cet écrin plus littéraire. En fait je me trompe sans doute... c'est peut-être parce que je ne l'aurais pas écrit comme ça. C'est donc une histoire de goût.
J'ai un dièse aussi : je te félicite pour ta délicatesse, et pour en avoir fait vraiment le minimum au sujet de celui qui repose sous les chrysanthèmes et les feuilles mortes. C'est subtil et délicat.

Voilà, à bientôt !

"Tous ceux qui survenaient et n'étaient pas moi-même
Amenaient un à un les morceaux de moi-même". Apollinaire

Hors ligne Fried

  • Calame Supersonique
  • Messages: 2 017
Re : un jour comme aujourdhui
« Réponse #8 le: 15 Novembre 2016 à 22:24:31 »
"J'ai ouvert ma maison aux regard translucides des nuages blancs. J'ai enfilé un vieux jean pourri et un pull phildar acheté aux puces l'hiver dernier. Je ressemble à un gros sac. J'adore ! "
moua aussi j'adore  :P
"J'adore rire avec moi." petite expression très sympa
j'aime ton texte, il y a un parfum de bonheur simple, de campagne et paysages, quelques animaux, vivement les poules et les renards.  :D

« Modifié: 15 Novembre 2016 à 22:26:29 par Fried »

Hors ligne Goémine

  • Aède
  • Messages: 212
Re : Re : un jour comme aujourdhui
« Réponse #9 le: 16 Novembre 2016 à 16:30:48 »
Merci Gage de ta venue, de tes conseils et remarques !
je suis contente que cela t'aies touché. Il s'agit d'un travail brut, écrit sur l’impulsion, sans recherche ni approfondissement,  comme un vieux polaroid...CLIC CLAC


Alors, j'ai beaucoup aimé ce moment de simplicité contemplative, et la mise en valeur de ces plaisirs simples d'une journée d'automne. On est avec toi et on fume la cigarette à tes côtés en regrettant que le chien sente si mauvais.... Le regrette-t-elle ? sentir, c'est être en vie et le rappeler aux autres ! Sinon pourquoi les belles dames se parfumeraient-elle si dispendieusement et pourquoi les matous pisseraient-ils sur les tapis ?



J'ai un bémol, c'est les quelques moments où tu te laisses aller à un vocabulaire plus "cru". Je comprends bien qu'il te ressemble autant que le reste du texte, mais ces mots me choquent, pris qu'ils sont dans cet écrin plus littéraire. Je comprends ce que tu veux dire, mais en ce qui concerne ce texte il me semblait important de garder le lien direct avec le réel, la trivialité du quotidien... Comme on se met les doigts dans le nez quand on est tout seul ( en tout cas, moi je le fais !)  Le personnage peut se permettre de dire des grossièretés quand elle en a envie, comme on se parle à soi même sans témoin, comme les vieilles personnes qui engueulent le présentateur du JT ( ça aussi je le fais !! ) !  Puis je trouve ça sensible le mélange de la toile de jute et de la soie...ça fait ressortir la trame de l'une et la volupté de l'autre.

 En fait je me trompe sans doute... c'est peut-être parce que je ne l'aurais pas écrit comme ça. C'est donc une histoire de goût.

J'ai un dièse aussi : je te félicite pour ta délicatesse, et pour en avoir fait vraiment le minimum au sujet de celui qui repose sous les chrysanthèmes et les feuilles mortes. C'est subtil et délicat.

Voilà, à bientôt ! à bientôt également et encore merci de tes encouragements !
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Hors ligne gage

  • Calame Supersonique
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  • Homme incertain.
Re : un jour comme aujourdhui
« Réponse #10 le: 16 Novembre 2016 à 19:36:19 »
Citer
...en regrettant que le chien sente si mauvais.... Le regrette-t-elle ?

Non,non, elle ne le regrette pas, elle aime ça, c'est son chien... C'est juste que si je venais fumer une clope à tes côtés, moi je regretterais qu'il pue... (j'aime pas l'odeur des chiens...)  :D
"Tous ceux qui survenaient et n'étaient pas moi-même
Amenaient un à un les morceaux de moi-même". Apollinaire

Hors ligne Goémine

  • Aède
  • Messages: 212
Re : un jour comme aujourdhui
« Réponse #11 le: 18 Novembre 2016 à 17:44:57 »
Merci Fried d'être passé dans ma campagne ( pour une fois que la campagne n'est pas électorale, ça change ) ...

Alors comme ça tu adores le gros sac  en jean pourri et le vieux chien puant ? Qu'est ce que ce forum ne nous fait pas dire hein !! mais la beauté diaphane des nuages translucides ... ça rattrape le reste.
à bientôt ( il y a longtemps que tu n'as posté de textes non ? )

Chapart, je te promets, si tu viens fumer une cigarette au coin de la cheminée, je mettrai le vieux chien dans le couloir ....

Merci à vous tous de vos commentaires et de votre sens de l'humour
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Hors ligne Fried

  • Calame Supersonique
  • Messages: 2 017
Re : un jour comme aujourdhui
« Réponse #12 le: 18 Novembre 2016 à 20:13:53 »
j'ai commencé un texte et un poême mais je sais pas mais j'avance tout doucement.  :-[
C'est une série d'aventures et de personnages que j'avais rencontré dans un de mes jobs, quand je vendais de la pub par affichage.
j'ai pas encore commencé clin d'oeil, mais ça va venir  ;)
à bientôt
« Modifié: 18 Novembre 2016 à 20:16:13 par Fried »

Hors ligne Goémine

  • Aède
  • Messages: 212
Re : un jour comme aujourdhui
« Réponse #13 le: 18 Novembre 2016 à 20:18:42 »
Tiens ! c'est drôle j'étais en train de t'écrire au même instant !

Et n'oublies pas ma proposition de " quelqu'un d'inconnu frappe à ma porte " !

à bientôt de te lire ...
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Hors ligne kokox

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 562
Re : un jour comme aujourdhui
« Réponse #14 le: 31 Décembre 2016 à 13:12:09 »
Bonjour Goémine,

Je viens de lire ton texte et j'ai beaucoup aimé ! Plus je prends de l'âge, plus j'aime la simplicité, les frissons, les caresses de presque rien. J'aime lorsque la plume existe mais qu'elle ne cherche pas à griffer ou à trouer le papier. Je ne veux pas faire mon vieux con, mais le cinéma d'antan était comme cela. On ne passait pas de façon vertigineuse d'un plan à l'autre, d'une fausse bonne idée à une fausse bonne idée. Jean Renoir définissait un cadre, souvent un plan fixe, à la manière d'un peintre et appliquait sa mise en scène à l'intérieur de ce cadre. Exemple au début : deux canotiers séducteurs parlotent à table devant une fenêtre dans la pénombre. À un moment donné, l'un d'eux pousse les volets. La lumière du printemps envahit alors l'écran et les canotiers assistent à l'arrivée d'une petite bande de personnes dans le cadre, parmi lesquels bientôt une jeune femme se balance sur une escarpolette, dans sa robe blanche : brillante métaphore de la mise en abîme cinématographique qui fait de nous tous des spectateurs voyeurs. La scène de la balançoire illustre l'enivrement, encore innocent, des sens d'Henriette au contact d'une nature idyllique. La caméra, fixée sur la balançoire, nous entraîne dans le mouvement et encourage l'identification à la jeune femme. Cette séquence dépouillée de tout artifice préfigure également par le mouvement de va-et-vient ou le plan fixe sous les jupons d'Henriette, l'accouplement à venir avec Henri. Henriette explique elle-même cette confusion des sens à sa mère, lors de la discussion sous le cerisier, en décrivant le sentiment océanique (la volonté de faire un avec le monde) qui la bouleverse.
Bref, plus je vieillis, plus je suis partisan d'en retirer.
À ce propos, je partage à 200 % l'avis de Gage. La crudité de certains mots inopinés apporte certes la dissonance, renforce peut-être l'ipséité de ton héroïne, mais à mes yeux elle débarque comme un cheveu sur la soupe et déséquilibre l'oreille et le regard du lecteur. En une fraction de seconde, ces informations montent aux synapses, les agriffent, et l'on se dit : pourquoi dit-elle de son chien qui l'aime et qu'elle aime qu'il pue la mort ? Pourquoi parle t-elle "d'abruti de chaton", de "putain de fumée", alors qu'elle est présentement dans un état d'hyper sensibilité ? Je ne te parle absolument pas en chochotte, ni en maniéré, mais en musicien. J'écoutais religieusement, je me laissais bercer par ton texte et d'un seul coup, par trois fois je me suis dit : Ah ! Wladimir Horowitz vient de faire une fausse note. On ne lui en veut pas trop parce que c'est un grand pianiste, mais quand même il pourrait faire gaffe, comme faisait gaffe Arturo Benedetti Michelangeli, ce prodigieux interprète de Chopin qui, lui, avait la réputation de n'en faire aucune. Ce n'est plus du tout "une affaire de goût", crois-moi, lorsque deux personnes ont le même ressenti. Les doigts dans le nez, pour reprendre ton expression, ce n'est pas du tout ce qui transpire à travers ton texte. Quel intérêt aurions-nous Gage et moi d'aller te faire chier avec trois fumiers de mots crus à la con, putain de bordel de merde ? :) :) :)
Si j'avais été plus futée j'aurais acheté des cèpes.
Enfin, cette dernière phrase, je la trouve superfétatoire. C'est le petit bonus de dernière seconde qui n'apporte rien de plus, la pirouette/cacahuète du pauvre. Tout a été déjà dit et fort bien dit, dans le dépouillement et la simplicité. Bien écrire, c'est aussi savoir parfois se délester de l'inutile, comme ces ultimes coups de boutoir du macho qui n'apportent aucune jouissance supplémentaire ni à lui ni à sa partenaire (l'image est outrancière et corrobore exactement ce que je viens d'exprimer ! ) :)
Mis à part ces infimes détails, c'est selon moi un très joli texte, touchant comme j'aime, chère Goémine.

Bien à toi !


« Modifié: 31 Décembre 2016 à 13:41:45 par kokox »

 


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