-
Je lisais je sais plus où un éditeur qui se plaignait qu'il était rare de voir à la fois un bon style et un bon scénario.
Ca ne m'étonne pas trop, ce sont deux disciplines totalement différentes, et on peut pas être bon partout.
Quel est votre sport de prédilection ? Celui dans lequel vous excellez ?
Voilà ma question !
::)
-
La vache il est trop bien ce fil :o
C'est l'une des rares questions littéraires à laquelle je peux répondre sans hésiter : je me débrouille infiniment mieux en scénario qu'en style. Pourquoi ? Ah ben mince, revoilà les problèmes. C'est pas facile de savoir pourquoi. Certains éléments de réponse :
- Dans pratiquement toutes mes lectures de jeunesse, je zappais les passages descriptifs et tout ce qui ne m'intéressait pas, ce qui fait que j'ai lu pas mal de pages en diagonale dans ma vie ;
- J'ai longtemps été obsédé par les mathématiques et autres domaines scientifiques. Je pense que c'est de là que j'ai tiré la règle, non la nécessité selon laquelle il fallait avant tout avoir une idée solide et que bah les mots, ça servait à décrire cette idée puisqu'on pourrait difficilement le faire avec une guitare, quoi.
- J'adore découvrir de nouvelles façon de voir les choses, de nouveaux angles de vue, de nouvelles vérités. C'est un peu le prolongement de ce que j'ai écrit juste en haut, mais ça va plus loin que la science : comprendre par exemple que le cubisme qui semble n'avoir aucun sens au départ est en fait un empilement en 2D de faces en 3D, boum, grosse révélation, et le sentiment que ton cerveau se dote d'une nouvelle couleur. Découvrir que Zola pour écrire l'assommoir a supposé la règle selon laquelle pour rendre un récit où il ne se passe rien de particulier intéressant, il fallait que ce dernier soit absolument parfait de réalisme, boum, encore un nouveau concept de découvert, la palette de couleurs intérieure s'élargit. Bref, j'adorais découvrir de nouveaux concepts, de nouvelles structures de pensée. Et du coup le rapport avec l'écriture c'est dans cette découverte de nouveaux concepts, de nouvelles réalités, de nouveaux enchaînements et donc de nouvelles histoires. Et donc dans l'acte de l'écriture - plutôt dans l'acte de création, puisque l'écriture n'était pour moi qu'un support - c'était ça le but, de farfouiller un peu partout jusqu'à découvrir quelque chose d'original, des concepts qui s'agençaient d'une manière imprévue mais vraie, et le but était de poser des mots, quels qu'ils soient, vite, pour que l'idée prenne forme. Dans la pratique, ça se traduisait souvent par une chute qui se voulait originale, avec une petite préférence pour les retournement complets de situation, mais pas que.
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
Et donc inconsciemment peut-être, c'est ça que je recherchais, de créer des scénarios (enfin de donner forme dans des scénarios à des idées) où les choses s'inversaient. Mais en gros l'inversion n'est qu'un changement parmi d'autres. Au final, c'est le plaisir de jouer avec quelques éléments de base et d'essayer d'en sortir quelque chose qui se mélange bien, sentir que ça s'enclenche et que tous les rouages se mettent en place.
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
Et donc, à part une petite minorité de textes qui ont un objectif précis autre que la création pure, pour moi ça se passe au niveau de la réflexion/imagination la plupart du temps, pas de l'écriture. C'est souvent en marchant que ça m'arrive. Bon des fois c'est en commençant à écrire un truc nul que finalement une idée surgit sans prévoir, mais j'ai pas encore beaucoup testé l'écriture dans le vide, sans avoir d'idée préétablie, pour vraiment savoir ce que ça vaut (enfin si ces derniers temps, on s'amuse beaucoup aux soirées dico à écrire des textes en un peu plus de dix minutes, mais bon je pense toujours un peu avant de me lancer, d'où mes retards :mrgreen: ).
Donc voilà en gros c'est ça, c'est au niveau de l'idée, tenir un truc original, mais sentir aussi que quelque part, ça existe déjà un peu je crois. Et l'écriture, bof je me disais, pas de chichis que je pensais, une langue correcte et puis c'est tout. Donc voilà au commencement, définitivement scénario, avec à mes débuts un gros penchant pour les inversions, même si ça s'est mis à se diversifier un peu (en gros, plus t'as d'idées et plus ça fait plaisir).
Et donc ça c'était avant, parce que maintenant, le style prend de plus en plus d'importance. Essayer d'écrire avec des mots justes, sincères et colorés, ça commence doucement à devenir très important pour moi. Sauf qu'au fond, je dois bien l'admettre, c'est toujours le plaisir de trouver des combinaisons, des couleurs, des expressions originales, qui dominent mon intention. C'est de dire une chose dans une formule qui m'ouvre à quelque chose de nouveau, à un regard que je n'avais pas ou dont je n'avais pas conscience avant, et bordel ce que c'est jouissif. Mais je suis encore en train de tâtonner et je sais pas trop ce que je pourrais dire sur le style. En tout cas ces derniers temps, mes tentatives c'est d'un côté recherche du style, plaisir de tâtonner.
Et d'un autre côté et très très récemment, au point que c'est peut-être même pas encore abordé dans l'écriture, c'est une tentative d'écrire (et comme c'est pas sûr que c'est commencé, on va plutôt dire un désir d'écrire) sans accorder la primauté ni au style ni au scénario mais de s'en servir comme supports pour euh, je sais pas trop, quelque chose qui se débarrasse des ces soucis de forme pour euh, essayer d'aller dans quelque chose de sincère euh je crois. Franchement je sais pas, à partir de ce très très récemment rien n'est sûr dans ce que je dis. Juste vouloir écrire sur quelque chose qui me touche vraiment, et d'oublier un peu ce plaisir créatif et essayer d'être honnête, de dire quelque chose qui me fait vraiment souffrir ou qui me fait réellement quelque chose, dans mon cœur plutôt que dans ma tête. J'ai juste la vision d'un texte d'où ressortirait quelque chose d'honnête, mais je sais pas vraiment ce que ça veut dire et c'est pas pour aujourd'hui. Mais je pense que c'est peut-être le plus essentiel, quelque chose qui au final se fiche éperdument du scénario et du style, qui est bien loin de ces soucis de mortels que nous sommes. Donc rien de moins sûr que d'arriver un jour à définir ce que c'est, encore cent fois moins sûr de pouvoir un jour écrire comme ça. Je crois le sentir parfois dans certains textes, ou plutôt à certains endroits de certains textes, sur le forum comme dans des bouquins. Mais je ne sais pas, je m'égare trop et je ne sais pas quoi ajouter de plus sans vraiment dire des choses ridicules et tomber dans un très gros hors sujet (et je crois que je suis déjà pas mal hs donc voilà quoi ^^)
En tout cas parallèlement à ce paramètre inconnu (je ne parle pas de cette "petite minorité de textes qui ont un objectif précis autre que la création pure" évoquée plus haut qui n'a aucune importance dans le présent fil, mais de ce que j'ai dit au sujet du cœur et ces trucs chelous), je continue d'essayer tantôt d'accorder la primauté au scénario tantôt au style, en essayant de garder un minimum tolérable de l'un quand je me concentre sur l'autre.
Quoiqu'il en soit, quand je ne pense pas à ce mystérieux facteur X, alors dans ce cas scénario comme style, c'est ce plaisir du regard qui s'ouvre à quelque chose de nouveau, tordu, asymétrique (parce que j'en ai un peu marre des inversions, je veux des trucs qui n'ont pas de formes parfaite genre cercle carré ou triangle, mais plutôt comme un morceau de verre brisé qui ne ressemble à aucun autre), c'est cette sensation de grandir, de s'épanouir dans la recherche d'une nouveauté qui vient de soi mais dont on a l'impression qu'elle existait déjà ailleurs et qu'elle n'attendait qu'à être découverte. Il y a des auteurs ici que je n'ose évidemment pas nommer parce que je ne leur ai pas demandé, qui me donnent ça dans leurs textes (dont je ne pourrai donc pas nommer les titres). Ce quelque chose de nouveau et de tellement authentique qui fait qu'ils sont eux, certains dans le style, certains dans le scénario et le style, et certains dans les scénarios (mais je pense que ces derniers sont plus rares).
Donc sans hésiter je réponds que je préférais le scénario, mais je ne vote pas parce que maintenant je ne sais plus trop. Mais en tout cas je pense que quelque chose se cache au dessus de la dualité scénario/style, qui gouverne cette opposition d'en haut et peut-être que là-bas dans cet ailleurs, cette contradiction n'a plus lieu d'être (un peu comme les trucs de spiritualité hindoue que j'adore genre mental/surmental/supramental/Sat Chit Ananda).
Ah ça me fait penser j'ai lu un texte de Donaldo et j'ai cru y voir un robot qui découvrait l'existence de Dieu : encore un chouette concept qui me fascine, je le rajoute aussi au cas où.
Donc voilà.
Je suis un peu parti dans tous les sens, je ne sais pas si c'était le but de ce fil, je crois que j'ai fait du hors-sujet. Désolé si c'est le cas, mais ça m'a fait un bien fou d'écrire tout ça. Evidemment si c'était pas ton objectif, j'édite le post et je déplace peut-être le texte dans un autre fil.
Mais putain t'as vraiment eu une super idée.
-
Sans vouloir m'opposer à l'ami extasy (que je salue tendrement au passage) : c'est le style, le style encore et toujours, qu'on doit bosser avec la plus grande application. Une attention de tous les instants. Déjà parce que c'est ce qui nous différenciera. Et puis on peut avoir le plus riche des scénarios, le plus complexe, à rebondissements multiples, sans l'art de raconter, sans l'art de la mise en scène, le lecteur se fera chier à notre construction mathématique. Avec le style, un auteur peut raconter sur 30 pages qu'il va acheter une baguette de pain, on le suivra sans en perdre une miette.
Quant au non-style qui se prétendrait style, tout le monde hélas ne s'appelle pas Camus pour se permettre ça. Et puis même Camus, avant d'écrire L’Étranger, avait pondu des ouvrages d'un style très pointu. Comme quoi, là encore : travailler la stylistique pour mieux s'en affranchir.
-
Hello Mister Pim :)
En fait tout dépend de ce que tu appelles style, dans ce cas. Par exemple, est-ce que dans les bouquins de Harry Potter, il y a du style ^^ ?
Je veux vraiment savoir, parce que ce n'est pas écrit avec des mots/formules exaltants, mais pourtant les 7 bouquins se dévorent. Et du coup ma question, et je n'ai aucune idée de la réponse, c'est : est-ce parce que d'un côté autre que celui de l'expression, il y a quelque chose dans le style d'écriture qui donne envie de lire HP ? Ou est-ce simplement parce que l'idée et l'intrigue sont bonnes ?
En gros, est-ce que l'intrigue, ça fait partie du style : c'est ça que je n'arrive pas à déterminer.
(Je ne sais pas si ce que je dis a un sens ><)
-
Remplacer scénario par univers.
Puis style par esthétique.
Là, ça me parle mieux.
Je veux vraiment savoir, parce que ce n'est pas écrit avec des mots/formules exaltants, mais pourtant les 7 bouquins se dévorent.
Justement, un style simple donne la fluidité nécessaire pour que le lecteur lambda puisse se plonger dans l'intrigue sans accrocs.
-
Pour Harry Potter, exta, (salut Nocte), je n'ai lu que le premier mais je me souviens que la traduction française était de très haute tenue. Est-ce à dire que le texte original avait cette intention stylistique ? Je ne saurais l'affirmer, il faudrait lire HP en vo, ce qui demande de capter toutes les subtilités d'une langue étrangère, les sous-entendus, les jeux de mots. Néanmoins ton exemple ne nous fait pas dévier du sujet, au contraire ! Il nous amène plutôt sur l'art de la traduction. Une traduction française réalisée par un styliste améliorera sans doute le texte original. Comment nous aurait apparu Edgard Poe s'il n'avait pas été traduit par Baudelaire ? Aurions-nous pénétré l'univers si étrange de Kafka s'il n'avait pas été traduit par Vialatte ?
-
Je veux vraiment savoir, parce que ce n'est pas écrit avec des mots/formules exaltants, mais pourtant les 7 bouquins se dévorent.
Perso, je l'ai pas dévoré :-\, j'arrive même pas à finir le 2 :-[ qui doit traîner quelque part dans un carton entre trois maisons :mrgreen:.
Remplacer scénario par univers.
Puis style par esthétique.
Là, ça me parle mieux.
J'avoue qu'univers me parle plus que scénario à moi aussi :).
Par contre, que ce soit style ou esthétique, ça ne veut rien dire pour moi :-¬?.
Mais je vais quand même essayer de répondre à cette question qui m'intrigue un peu en terme de réflexion sur moi-même ^^ :
- D'où sortent mes histoires (les deux exemples ci-dessous sont les plus fréquents et les autres peuvent s'y rattacher) :
- Le plus généralement, mes histoires (et donc mes scénarios) me viennent de mon imaginaire et je peux passer des années à étoffer un univers de sorte à ce qu'il me semble suffisamment complet pour que je puisse en dire quelque chose.
- Parfois, cela vient de mes rêves, et donc le travail est plus une sorte d'enrobage : j'ai une idée fixe de base, et je me sers de tout ce que je trouve dans ma "caisse à outils imaginaire" qui pourrait marcher avec (un peu comme de vouloir jouer aux Lego avec aucun plan et des milliers de pièces, c'est le même principe)
Donc, je travaille mes univers.
- Comment j'en parle :
- Ça peut paraître con (voire même très con), mais j'écris de façon à pouvoir être lue. Partant de là, je dirais que j'utilise des formules simples mais évocatrices pour chacun (ce qui ne peut pas toujours fonctionner sur tout le monde, j'en conviens). J'ai lu dans certains commentaires sur mes textes que la lecture est fluide. Est-ce là ce que vous appelez "style" ?
Dans ce cas, je dirais que je travaille aussi le style.
- Un exemple de tout cela : mon premier texte sur le forum (que j'ai retravaillé récemment) :Juste un café... (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,19017.msg329723.html#msg329723)
Sur ce texte, on m'a demandé s'il était l'introduction d'un texte plus long. Réponse : oui, non, Joker.
Il fait partie d'un univers, créé spécialement pour lui. Ce n'est pas un univers particulièrement approfondi, mais suffisamment pour un texte de cette envergure (très court). Chaque personnage (oui, même Monsieur le Compte ou la serveuse, pour ceux qui ont envie de le lire) a un bout d'histoire de formé qui peut être étoffé au fil de mes passages (je me balade souvent dans mes univers), des groupes, des sociétés sont créés, les personnages ont des caractéristiques propres, des caractères recherchés (pas forcément approfondis sous tous les aspects, mais j'essaye de savoir qui ils sont pour mieux expliquer comment ils réagissent).
Cela veut dire en quelque sorte que j'ai travaillé le fond.
Mais, à côté de ça, si je l'ai écrit, c'est essentiellement pour mettre des mots sur des images que j'avais dans la tête. La vision du serpent qui regarde sa victime suffoquer et qui montre qu'il aime sa façon de tuer. La proie qui s'approche, calme et sûre d'elle. L'union des esprits, la compréhension de l'autre. Ce genre de choses. Il fallait que je mette des mots sur ces sensations, ces sentiments.
Cela veut dire que j'ai travaillé l'aspect du texte, ses mots, ses phrases, ses images, ce qui se rapproche du style (j'ai un peu de mal à le définir).
Et finalement, quand on écrit, est-ce que l'on ne travaille pas les deux quoi qu'il arrive ? On apprend à mettre des mots à la suite, et au fur et à mesure des retours qu'on a de nos lecteurs, on se fait un chemin dans le monde de l'écriture. Mais si on met des mots sans savoir de quoi parler, cela ne veut rien dire, donc on crée, même pour quelque chose de court, un univers. Il peut être réel ou non, étoffé ou non, mais il est à l'écrivain, donc il y a création. Quand je dis que mon personnage sera un homme de quarante ans, malheureux dans son couple, rongé par l'alcool et qui déteste s'appeler Robert (je refuse qu'on me lance un défi pour le mettre en scène :huhu:), je crée, même s'il semble sorti d'une réalité que je pourrais connaître.
Au final, si on me dit "Tu as de bons univers, mais un mauvais style.", je répondrais "Dans ce cas, définis-moi un bon style et dis-moi ce qui ne va pas avec le mien.". Et de la même façon, si on me dit "Tu as un bon style, mais ton univers me semble vide.", je répondrais "Que lui manque-t-il pour te sembler plus cohérent, complet ou réaliste ?". Parce que pour moi, il faut travailler sur tous les fronts pour toujours évoluer.
Merci à tous ceux qui ont lu ce petit pavé jusqu'au bout :), ce fut une introspection intéressante.
-
Désolé mais je vais boter en touche :D
Pour moi, séparer style et scénario c'est poser la question dans le mauvais sens.
On ne peut pas séparer : "quoi raconter" de "comment raconter".
Un peintre qui décide de peindre une flamme (=le scénario) ne peut pas le faire s'il ne se demande pas : "comment rendre le jeu de lumière?", "comment donner l'impression de mouvement ?", "quelles couleurs conviendront le mieux ?", "de quoi je veux que celà ait l'aire ? réaliste ? impressionniste ?", "est-ce que je veux transmettre un sentiment ? lequelle ?", "est-ce que je dois juste peindre ma flamme ? ou est-ce que je dois d'abord répondre à toutes ces questions ?" (=le style).
Le style va apposer une marque au scénario : en choisissant le ton d'une histoire on aura parfois tendence à retirer certains élément qui ne cadre plus à ce qu'on a envi de faire.
Ensuite j'aurais tendence à dire malgrés tout que ces deux éléments ne progresse pas à la même vitesse.
Spontanément j'aurais tendence à dire que le scénario vient plus vite que le style : on débute bien souvent par savoir ce qu'on veut raconter mais on n'arrive pas à le raconter bien.
Mais plus on progresse dans le style, plus le scénario nous apparait comme incertain : ce qui nous semblait cohérent (ou suffisament cohérent) au début ne nous semble plus satisfaisant.
Pour moi un écrivain est comme un funambule : il marche sur le fil de l'histoire qu'il veut raconter. Le style et le scénario sont comme les extrémité de la perche qu'il lui sert à trouver et garder son équilibre : qu'elle penche d'un coté ou de l'autre et l'auteur s'écroule, et avec lui son récit.
Edit : je propose d'ajouter au sondage une troisième option : "pas de récit sans style"
-
Je crois que je comprends ce que tu veux dire milé, mais je ne suis pas tout à fait d'accord. Dans un sens si, je suis d'accord, mais à mon avis tu parles d'un texte parfait, un sans-faute théorique, le déplacement d'un solide sans frottements de l'air ; bref quelque chose qu'on ne retrouve pas souvent dans la pratique. En vrai, je crois avoir vu pas mal de texte sur le forum où on disait : il y a de bonnes idées mais la réalisation n'est pas à la hauteur, ou encore c'est très bien écrit mais je n'ai pas été spécialement intéressé.
Du coup je trouve que l'exemple du peintre qui peint une flamme n'est pas un bon exemple dans le sens où il ne propose pas ces nuances, ce dosage. Si je te donnais l'image d'une bougie d'où sort une flamme par exemple, il pourrait y avoir un peintre à la technique très pure qui retranscrirait parfaitement les formes et les couleurs de la bougie et de la flamme ; et tu pourrais en avoir un autre qui dessine moyennement bien mais qui aurait l'idée de peindre une flamme d'où s'échappe des gerbes de cire, d'apporter une autre vision quoi, tout en gardant une technique rudimentaire.
Ce que l'un gagne l'autre le perd ; trouver quelqu'un qui a en même temps le style et la vision à 10/10, je pense que c'est rare ; ce n'est pas que je ne pense pas cela possible, c'est même peut-être ce vers quoi tout auteur tend, mais il a beaucoup de chemin à faire et durant cette route, je pense que la question de la séparation du scénario et du style a son importance, et surtout sa réalité.
J'ai pas envie de me relire, j'ai pas dormiiiiiii ><
-
Le style c'est un peu le "packaging" du texte. C'est là pour mettre en valeur le récit (pas que, mais quand même).
Alors pour pousser un peu mon analogie : un produit pourri dans un beau packaging ou un bon produit mais en vrac... Bah je préfère quand même un bon produit en vrac.
Après ceci n'est que mon point de vue.
-
Mhhh, je pense que je ne suis pas d'accord. Le style, je peux le considérer comme un packaging quand justement, ce qui m'intéresse c'est le scénario avant tout. Mais réduire le style au seul packaging dans l'absolu : je ne pense pas. Il y a des textes où c'est le scénario qui est un packaging parce qu'il faut un minimum d'éléments pour faire un texte, mais où les mots te transportent.
-
J'ai lu une fois un roman (oui, j'en ai lu, mais très peu), et il avait cette particularité d'avoir une richesse si incroyable que chaque phrase était sortie d'un poème. Mais le scénario était tellement inintéressant que j'ai sauté au moins 200 pages pour aller plus vite ; croyez-moi, je n'avais rien loupé, c'était toujours aussi chiant. Cependant, le style était toujours aussi mémorable. Une description du décor, des personnages, de leur peur, de leur peine, de leur joie, tout ce mélimélo était rondement écrit.
Donc je vais plutôt voter pour le scénario, même si le stylisme va de pair avec, cela va de soi.
-
Je plussoie TOTALEMENT Milena !
Pour moi, séparer style et scénario c'est poser la question dans le mauvais sens.
On ne peut pas séparer : "quoi raconter" de "comment raconter".
Un peintre qui décide de peindre une flamme (=le scénario) ne peut pas le faire s'il ne se demande pas : "comment rendre le jeu de lumière?", "comment donner l'impression de mouvement ?", "quelles couleurs conviendront le mieux ?", "de quoi je veux que celà ait l'aire ? réaliste ? impressionniste ?", "est-ce que je veux transmettre un sentiment ? lequelle ?", "est-ce que je dois juste peindre ma flamme ? ou est-ce que je dois d'abord répondre à toutes ces questions ?" (=le style).
Le style va apposer une marque au scénario : en choisissant le ton d'une histoire on aura parfois tendence à retirer certains élément qui ne cadre plus à ce qu'on a envi de faire.
On peut pas dissocier les deux... à moins de considérer qu'un bon style c'est un style fleuri et recherché, mais du coup je suis pas d'accord.
Je m'explique.
Le style, au sens large qui a été évoqué dans tous vos posts, c'est juste un mot pour désigner la façon dont le texte est écrit.
Or, comme le dit Milena, on ne peut pas dissocier une scène de la façon dont elle est écrite, parce qu'elle n'existe qu'à travers les mots qui l'évoquent.
Prenez une même scène (au niveau scénaristique), faites-la écrire par deux auteurs différents. Ça ne donnera pas la même scène. Parce que chaque mot a une incidence sur un texte, qu'il soit réfléchi ou mis spontanément par l'auteur. Que le style, la façon de raconter, ça n'est pas uniquement une façon de transmettre de l'information. Ça pose l'ambiance, la tension, les enjeux, ça campe les personnages.
Pour preuve : lisez un synopsis détaillé d'un roman. Un synopsis c'est un résumé de toutes les étapes de l'intrigue, du début à la fin. Vous avez le scénario. Mais vous n'avez pas le style. Ben lire un synopsis, ça n'a pas d'intérêt : c'est purement informatif.
Sauf qu'écrire un roman (ou une nouvelle), c'est pas informatif : c'est créer tout un ensemble d'éléments visuels, sonores, d'impressions, de pensées, d'interrogations, de sensations, à partir de mots. On peut donc pas séparer le signifiant et le signifié, là :/
Du coup, un texte avec un bon scenario ne peut pas tenir debout si le style ne suit pas. En étant à quelques comités de lecture qui reçoivent des textes d'auteurs amateurs, ça m'a frappée. Même si le scénario est bien, le style qui tient pas debout ça fait qu'on ne peut pas raconter l'histoire. Soit le lecteur ne comprend pas, soit il ne peut pas rentrer dans le texte, soit c'est si laborieux que ça gâche l'histoire.
De la même façon, un beau style qui raconte une histoire qui ne tient pas debout, ça marche pas non plus. Parce qu'au bout d'un moment, le lecteur va décrocher, se focaliser sur les invraisemblances ou sur l'absence d'intérêt de l'histoire.
C'est un peu comme si on se demandait si dans un morceau de musique, ce qui compte c'est la partition ou le fait de savoir jouer un instrument.
Vous prenez quelqu'un qui sait jouer et vous lui faites jouer "do ré mi do ré mi do ré mi", ça va aller 5 minutes mais pas plus.
Vous prenez Beethoven et vous le faites jouer par quelqu'un qui sait pas jouer, et ça va pas aller non plus.
Par contre, quand vous citez JK Rowling et aussi à plusieurs reprises dans vos posts, c'est parce que par "beau style" vous vous référez à un style "littéraire", recherché, fleuri. Vous dites que HP c'est pas un beau style, parce qu'il n'y a pas des métaphores, des hyperboles, et tout ça ; bref, JK Rowling n'écrit pas comme Racine.
Non, c'est clair. Mais ça ne veut pas dire que son style n'est pas bon. Son style est le genre de style qui se fait oublier. Mais il est terriblement efficace : il produit des ambiances, du suspense, l'immersion dans le personnage et dans son univers. Donc c'est pas qu'il n'est pas soigné : c'est qu'il n'est pas fleuri. Y a des très bons styles qui ne sont pas fleuris (j'ai pas le souvenir d'être restée en admiration devant une phrase de Flaubert, pourtant c'est hyper travaillé et c'est l'ensemble de ses phrases qui fait que c'est bien écrit).
Un exemple parfait ce serait Hunger Games : je suis la première à trouver le style basique et fade. MAIS c'est pas mal écrit : en quelques pages on est totalement happé dedans, c'est un style minimaliste qui permet d'avoir l'impression de recevoir un coup de poing dans les moments durs du livre. On est aux antipodes de Racine mais le style n'est pas mauvais.
Après, y a quelques exceptions : des romans où on arrive à accrocher alors qu'on n'aime pas le style ou qu'on le trouve pas assez soigné. Personnellement, ça m'est arrivé avec Le Vent de feu. Mais ça veut dire que le style, sans être parfait, arrive quand même à remplir son office : transmettre non seulement les infos mais aussi les ambiances, les impressions, le suspense, etc.
À l'inverse, on peut se dire que certains textes tiennent par le style parce que l'intrigue est plan-plan. Certes, mais l'intrigue tient quand même debout, l'information est bien amenée et, si on n'a pas avoir une impression de "tout ça pour ça ?" à la fin, ça veut bien dire que la façon dont c'est raconté a réussi à ajouter assez d'éléments à l'histoire pour qu'elle ait un intérêt. Je veux dire que si on apprécie un texte alors que l'intrigue factuelle est sans intérêt, c'est parce qu'il y a d'autres lignes directrices du scénario, qu'on identifie moins, mais qui le font tenir debout. Par ex, un roman dont l'intérêt va être surtout l'évolution psychologique d'un personnage. Si on prend un tome de Proust pris indépendamment, par exemple Albertine disparue, ça se résume de façon hyper basique : la copine du narrateur est morte et du coup, après avoir déprimé, il se met à revoir du monde. Sauf qu'il y a par dessus toute la ligne directrice de l'évolution psychologique du personnage, qui en fait est un pan à part entière du "scénario", mais c'est juste qu'on n'a pas tendance à y penser.
Je sais pas si je suis très claire.
Mais bref, du coup, du côté auteur amateur, je suis convaincue qu'on ne peut pas travailler ou le style ou le scénario sans lier les deux. Y a besoin des deux pour faire une histoire. Sinon, tout simplement, l'histoire ne tient pas, le texte est désagréable à lire, il ne fonctionne pas.
Après, que le style soit le genre sobre qui se fait oublier pour servir l'intrigue, ou le genre joli style fleuri avec des figures de style qui se voient, c'est question de goût...
-
C'est clair qu'on peut demander à 10 auteurs de nous raconter la même scène, y en aura pas deux pareilles.
Sinon j'imageais le style comme étant le packaging, histoire de bien caricaturer la chose.
Maintenant on est d'accord pour dire qu'une histoire intéressante mal écrite, bah personne n'ira jusqu'au bout, et même en allant au bout, on aura l'impression de souffrir...
Maintenant faut savoir si le style doit prévaloir ou servir simplement l'histoire.
-
Après, que le style soit le genre sobre qui se fait oublier pour servir l'intrigue, ou le genre joli style fleuri avec des figures de style qui se voient, c'est question de goût...
Je ne pense pas qu'on parlait de ce style-là justement, pas moi en tout cas ; j'ai pris la question comme ça : un bon scénario ou un style qui se voit ?
-
Prenez une même scène (au niveau scénaristique), faites-la écrire par deux auteurs différents. Ça ne donnera pas la même scène.
On peut essayer :
Je considérais des bribes d'étoiles dans l'au-delà, comme du sucre glace au vent, dans la pénombre de cette nuit.
Je regardais les étoiles qui brillaient telles des flashs, se réverbérant dans la voûte céleste en cette longue nuit.
J'mattais les étoiles, c'était joli.
Effectivement, ce n'est pas pareil. :D
-
Maintenant faut savoir si le style doit prévaloir ou servir simplement l'histoire.
Ben, du coup, je vois pas comment on peut se poser la question :-\
Si on peut pas dissocier les deux pour avoir une histoire lisible, c'est qu'aucun des deux n'a à prévaloir...
Après, dire ce qui est ou non "bien" écrit, c'est une question subjective et chacun aura une réponse différente.
Mais quand c'est "mal" écrit (pas au sens où on n'aime pas, mais au sens où la personne n'arrive pas à écrire de façon à servir son propos, ce qui se voit pas mal dans les textes non publiés), la question ne se pose pas. Même avec un super scénario, il n'arrivera pas à le raconter, donc il n'y aura pas de texte...
Prenez une même scène (au niveau scénaristique), faites-la écrire par deux auteurs différents. Ça ne donnera pas la même scène.
On peut essayer :
Je considérais des bribes d'étoiles dans l'au-delà, comme du sucre glace au vent, dans la pénombre de cette nuit.
Je regardais les étoiles qui brillaient telles des flashs, se réverbérant dans la voûte céleste en cette longue nuit.
J'mattais les étoiles, c'était joli.
Effectivement, ce n'est pas pareil. :D
'xactement !
C'est Pérec qui a fait tout un livre comme ça, je crois, en racontant les choses de façons différentes. ^^
Après, que le style soit le genre sobre qui se fait oublier pour servir l'intrigue, ou le genre joli style fleuri avec des figures de style qui se voient, c'est question de goût...
Je ne pense pas qu'on parlait de ce style-là justement, pas moi en tout cas ; j'ai pris la question comme ça : un bon scénario ou un style qui se voit ?
Ben oui mais dans ce cas, la question ne se pose pas : un style qui se voit, y a des gens qui aiment et d'autres qui aiment pas...
Perso, je supporte pas Jaworski : je trouve son style arrogant, parce qu'il clame à chaque phrase "attention, métaphoooore ;) ;) ;) ;) ".
Alexandre Dumas, son style se voit pas, mais j'adore.
Mais quelqu'un d'autre aura pas le même avis.
Et surtout, surtout, si la question c'est "lequel des deux travailler le plus, entre le style et le scénario", ben si on prend style au sens de "style fleuri", la question ne se pose pas. Un style sobre et efficace, c'est vachement dur à obtenir, ça demande autant de travail qu'un style alambiqué. :/
-
Ouaip, je vois ce que tu veux dire. Mais si la question changeait (encore une fois :-[ ) :
Scénariste ou poète ?
(dans le cadre d'un roman)
-
Ouaip, je vois ce que tu veux dire. Mais si la question changeait (encore une fois :-[ ) :
Scénariste ou poète ?
(dans le cadre d'un roman)
Hm, ouais, là je vois ce que tu veux dire, mais du coup la réponse sera juste à base de "moi je préfère ceci/cela" et pas "moi j'attache plus d'importance à ceci/cela".
Du coup, perso, clairement scénariste. J'écris pour raconter une histoire.
(Mais ça m'empêche pas de surtout bosser le style, pour arriver à servir l'histoire...)
-
Yup, c'est compris !
Moi aussi, je prenais scénariste sans hésiter, mais maintenant c'est plus tellement le cas.
Du coup peut-être Dot Quote qu'on pourrait reformuler ça comme ça :
styliste pour scénario ou styliste pour poésie ?
(la poésie se comprenant bien entendu au sens large, quel que soit le support, nouvelle, poème, chronique et que sais-je)
-
Je trouve qu'engager ce genre de questionnement, prétendument "subjectif", sans définir précisément les termes et notions générales qu'il engage, c'est réducteur pour le questionnement lui-même. La question mérite bien d'être posée, certes, et notamment parce qu'elle témoigne en grande partie de la fatigue apparente de la Littérature, et particulièrement de la Littérature française ; mais alors il faut aller sur le fond des choses, et ne plus rester à leur surface. J'ai pour ma part sur ce sujet une idée assez sévère (bien qu'elle continue encore de se construire). Mais quoi qu'il en soit, en la matière, rester à ces débats là m'apparaît un peu facile et dommageable, comme si dès qu'il s'agissait d'Art on n'osait plus rien définir ni "raisonner", au nom de la pseudo-liberté créatrice et du goût de chacun. C'est un vaste débat qui entraîne un défilé continu d'autres débats, sur lequel chaque détail peut être approfondit et mis en relation avec les autres, mais attendre ici, brutalement, une réponse, je n'en vois pas bien l'intérêt.
Et encore une fois (j'ai cette impression de devoir justifier à chaque message mes manières d'inquisiteur), si je semble sévère, c'est d'abord pour les sujets soulevés eux-mêmes, parce qu'il me tiennent maladivement à coeur et qu'ils méritent une attention particulière pour ne pas être réduits ou étouffés. C'est ma manière aussi de ne pas me moquer de ce qui se passe et de ce qui est dit. Au contraire, j'ai ce défaut qui ne va pas avec mes 20 ans de parfois tout prendre sérieusement.
-
Bah perso je trouve que tu as raison. Si tu veux essayer de poser quelques bases je te lirai avec grand plaisir :)
Edit : tu as déjà posté ailleurs un commentaire sur l'Art, je viens de me rappeler. Je vais aller voir du coup.
-
Attendez, les zamis, le style ce n'est pas faire de la poésie dans sa prose, ni s'accorder des descriptions avec foultitude de détails. Le style, c'est un son propre. C'est sonner comme aucun autre. C'est trouver sa propre musique. Exta, tu vas capter tout de suite. Qu'est-ce qui différencie Clapton de Santana ? Gary Moore de Pat Metheny ? Maclaughing de George Benson? The Cure de Depeche Mode ? C'est un son. Une patte. Et cette patte, chez un auteur, elle se diffuse dans toutes les artères d'un bouquin (description, dialogues, personnages, histoire, phraséologie, images, etc.)
-
Voilà pourquoi la définition de certains termes et le recadrage des notions auraient été nécessaire. Le style, dans sa définition classique et qui me plait assez, c'est (je reprends toujours cette idée de Barthes) la copie de la biologie de l'auteur, en gros. Et il faut à cela rajouter un minimum d'exigence, comme le disait Céline : c'est rare un style, il n'y en a qu'un ou deux par siècle. Parce que s'il s'agit de tout accepter comme style, d'admettre Marc Levy en Littérature, alors c'est ce que je disais, on participe à l'essoufflement littéraire, adieu le livre et bonjour le cinéma. Soit on parle de Littérature et d'Art, du moins on tend vers cela, soit on en reste au divertissement consommable, ce que l'on voit s'installer au nom de la subjectivité et de la facilité.
-
Merci EloiR de nous avoir remis sur les rails.
-
Ce n'est pas vous que je remet sur les rails. A la limite il s'agit du débat, parce qu'encore une fois il mérite d'avoir lieu, et si je peux sembler sec j'ai des manières qui n'ont rien à voir avec ça. Maintenant là dedans, je donne mon avis, et tant mieux s'il est discuté. Mais le prendre comme tant de chose avec cette ironie, ça me navre, sans aucune pédanterie, mais je trouve ça dommage. Parce qu'au fond il y a des enjeux à la compréhension des choses et l'état de bien des domaines peuvent être expliqués comme ça. Ce n'est pas méchant ni personnel, ça me tient à cœur. Parce que je suis autiste et que la lecture que j'ai des choses me donnent tous les jours des migraines, je n'aime pas me justifier ainsi mais voilà.
-
Il n'y avait pas l'ombre d'une ironie dans mon intervention.
Au contraire !
Tu as écrit en mieux ce que j'avais essayé de dire juste avant.
Et pour te prouver que j'approuve ce que tu as dit, depuis ma première intervention sur ce fil, j'avais en tête la même phrase que toi, celle de Céline, que je lui avais entendu dire dans un documentaire noir et blanc filmé chez lui face à un interviewer.
Aucune ironie, je te jure.
Parole de Pim !
-
Théoriquement il faudrait toujours commencer un débat par une définition des termes :D
Et en effet pour le style à mon avis ça s'impose ^^
Mais j'entendais style au sens très large de : mode spécifique et privilégié d'expression d'un auteur.
Sachant que c'est complexe parce qu'il y a forcément une idée d'artificiel dans le style :/ un style c'est quelque chose qu'on recherche et qu'on retravail (ce n'est pas quelque que chose qu'on a, ou pas). Mais en sens, on recherche rarement "un" style, on recherche le sien propre :\? comme si il fallait retrouver à traver notre expérience quotidienne du langage, ce qui fondamentalement n'appartient qu'à soit.
-
Aïe.
Essayons avec deux autres mots :
Que dites vous de 'fond' et 'forme' ?
-
J'ai peur que le problème soit encore pire :D
Le fond peut être pleins de chose et pas seulement le scénario ^^
-
T'as bien raison, EloiR, faut se mettre d'accord sur ce dont on parle !
Perso, j'ai répondu par rapport à l'acception de "style" qui semblait ressortir des différents posts des gens avant moi, qui en fait est ce que dit Milena :Théoriquement il faudrait toujours commencer un débat par une définition des termes :D
Et en effet pour le style à mon avis ça s'impose ^^
Mais j'entendais style au sens très large de : mode spécifique et privilégié d'expression d'un auteur.
Sachant que c'est complexe parce qu'il y a forcément une idée d'artificiel dans le style :/ un style c'est quelque chose qu'on recherche et qu'on retravail (ce n'est pas quelque que chose qu'on a, ou pas). Mais en sens, on recherche rarement "un" style, on recherche le sien propre :\? comme si il fallait retrouver à traver notre expérience quotidienne du langage, ce qui fondamentalement n'appartient qu'à soit.
Et :
Aïe.
Essayons avec deux autres mots :
Que dites vous de 'fond' et 'forme' ?
Oui, on en est revenus à parler de ça, sur la fin de la discussion. Mais comme Milena, je trouve que justement, sur fond/forme, c'est là que la question initiale se pose le moins...
Parce que s'il s'agit de tout accepter comme style, d'admettre Marc Levy en Littérature, alors c'est ce que je disais, on participe à l'essoufflement littéraire, adieu le livre et bonjour le cinéma. Soit on parle de Littérature et d'Art, du moins on tend vers cela, soit on en reste au divertissement consommable, ce que l'on voit s'installer au nom de la subjectivité et de la facilité.
Est-ce que tu peux développer ton idée ? :) Parce qu'il me semble voir où tu veux en venir et ne pas être d'accord, mais je veux pas te prêter des idées qui sont peut-être pas les tiennes.
Où tu mets la limite entre "style" (dans la définition que tu as posée) et simple "façon d'écrire non marquée par la patte d'un auteur" (disons-le comme ça) ?
-
Alors... Alors d'abord je tiens à m'excuser. J'étais pressé - je le suis toujours -, pressé par mon âge même, son impatience, et tout ce qu'il concède au raisonnable, et j'ai réagi sans forcément que cela soit justifié. J'ai fait quelque chose que je ne supporte pas voir appliqué à moi-même; c'est-à-dire anticiper sur quelqu'un les lacunes que l'on voit trop régulièrement chez d'autres et les lui reprocher. En l'occurence Mister Pim j'ai sûrement trop l'habitude que l'on prenne avec ironie le coeur sévère que je mets dans certaines choses, et j'aurai dû m'abstenir. Si je prends tant de temps à exprimer la complexité des sujets sur lesquels on parle, c'est que je n'aime pas généraliser, faciliter la pensée et la raccourcir, or c'est ce que j'ai fait en te répondant tout à l'heure. Merci en tout cas de ta réponse.
Pour revenir au débat en lui même, et notamment à la question de Milora, ça m'embête de sortir ma pensée de son contexte, de ma vision générale des choses (j'ai, et celui-ci je l'admets volontiers, le défaut de ne rien voir séparément du monde entier), alors je vais répéter ce que j'ai déjà dit sur d'autres fils, et ma réponse en sera certainement excessivement longue. Mais au moins c'est la preuve, encore une fois, que tout est lié, et que chaque sujet ouvert, chaque débat du forum, pourrait être le prolongement d'un autre. Et puis c'est cette qualité de longueur de la Littérature (qui est tant mise à défaut par l'auto, internet et la télévision, par la génération de vitesse que nous sommes), et elle seule, qui permet de comprendre et d'aborder sans être ridicule des questions si complexes. Alors je me permet de justifier en amont ce que je pourrai dire ensuite. J'ai un peu de travail encore, mais je remettrai tout ça dans l'ordre rapidement. Ma réponse arrive.
-
Voilà. Je sais que je vais être long, que ce sera laborieux à lire et qu'il y a des ouvertures sur bien des choses, mais, au risque de me répéter, tout ceci exige un temps de description et d'explication important pour ne rien omettre (et, en l'occurence, je sais avoir oublié bien des choses par impatience et par nécessité, pour le débat lui-même). Je remercie ceux qui prendront le temps de lire ou de réagir, d'autant que, par souci de logique, je reprends en entier mes interventions sur d'autres sujets, et donc qu'il y a une immense part de répétition (mais comme je le dis, tout est lié, et c'est tant mieux). Je précise également que ma pensée n'est pas terminée, complète ou définitive, et que certaines choses mériteraient notamment d'être nuancées et questionnées à l'infini, mais j'ai, dans ma vie concrète, des études et donc un temps limité laissé pour ce genre de chose abstraite.
« La littérature est en quelque sorte une immense question posée au monde et à laquelle les écrivains ne répondent jamais, mais le fait même de poser la question est comme une sorte d’ébranlement salutaire de nos croyances et de nos habitudes. » Roland Barthes.
Le dire de l’écrivain.
S'il s'agit simplement de savoir si l’écrivain - et avec lui son expression artistique ; la Littérature - doit nécessairement s'attacher à "dire quelque chose" ayant une quelconque portée intellectuelle, morale, philosophique, divertissante, ou que sais-je, alors la réponse me semble évidente : non. La Littérature n’est pas réductible au discours, pas seulement, pas en tant que nécessité absolue. Ou bien il faudra nuancer : qu'est-ce qu'un « dire » à proprement parler ? L’esthétique, la symbolique reviennent-elles à ce dire ? Le symbole est-il tout entier intelligible, et à-partir de quand sort-on de cet intelligible ? Mais si vous sous-entendez bien ce que je crois derrière les notions que vous employez pour la plupart, c’est-à-dire grossièrement les termes de « narration », « d’information », ou même « d’engagement intellectuel » de la part d’un auteur, alors on trouvera aisément somme d'exemples (surréalisme, lettrisme... libre ensuite à chacun de les ranger à leur convenance selon qu'ils s'agissent d'Art ou non) qui témoignent de diverses démarches dans la création artistique écrite et qui ne sont pas toujours motivées par un cadre, une circonscription, qu'on qualifierait pompeusement de "volonté de livrer une réflexion".
Pour s'accorder sur le langage que j'emploie, sur ma législation, et pour être entendu clairement de tous : j'appelle Art la "Beauté" naturelle rendue "Sublime" par l'intervention de l'esprit.
Mais cette définition (dans ce qu'elle admet autant que dans ce qu'elle n'admet pas, parce qu'il est évident que, par la nature de son sujet, elle est à la fois imparfaite et incomplète) pousse à prendre en compte l'Homme comme médiateur, comme vecteur, et donc rejette déjà la défense, que je trouve gratuite, de l'idée que la production humaine, ou la création artistique, n'a aucune valeur face aux autoréalisations naturelles et à la structure (pourtant prédéterminée) de l'Univers. Elle ne met simplement pas en cause les mêmes facteurs. Si je vois bien un accord sur cette idée de départ (ce lien supposé entre création naturelle et humaine) c'est sur l'apparition, dans un chaos de signes communs, indépendants les uns des autres, d'une articulation de ceux-ci – autrefois isolés dans leur valeur, qui est par nature limitée et définie - et qui se font alors symboles, acceptant une part d'inconnu, de mystère et d'incompréhensible, dans une sorte de « plus grand qu’eux-mêmes en eux-mêmes » (en cela le monde est semblable à un langage, et particulièrement celui de la Poésie ; un catalogue de signes connus et acceptés, réduits chacun à leur sens propre, et à rien d'autre - comme une géométrie aux bordures affirmées - depuis lequel se forment des ensembles de symboles donc, qu’on ne peut plus réduire ou identifier seulement à leur sens dans cette géométrie). C'est là où la force (ou la logique de calcul, la raison) de l'esprit humain est ému, surpris, séduit, et est capable de s'attacher à des choses qui ne se limitent pas seulement à « l’intelligible », à un intérêt intellectuel sur l’objet. Et c'est là où l'intervention de l'Homme est nécessaire, comme vecteur d'au-delà, comme "intermédiaire comprenant" autant l'intelligible et son absence, le sens et son revers. C’est pour cela que j’accorde à l’esthétique elle même une indépendance et même une importance particulière ; elle n’est pas qu’emballage, elle est le prolongement de ce qui ne peut plus être qu’intelligent, et la traduction d’une supériorité du tout sur ses parties.
Il y a toutefois une limite à cela, du moins en Littérature : c’est la langue. Si j’admettrai par principe la valeur poétique d’une œuvre que l’on me proposerai dans un langage que j’ignore, je serai moi même (en tant qu’acteur, que « médiateur » comme dit plus tôt) incapable de m’en émouvoir, ni de m’en faire critique. Je passerai pourquoi pas volontiers sur l’aspect esthétique formel de telle ou telle écriture, mais l’inintelligible doit tout de même se plier au lisible, au compréhensible, ou au reconnaissable des signes premiers (comme les lettres, les nombres) que l’on accepte d’abord comme postulat commun dans une culture. La Littérature en est un événement informatif d’une certaine manière (mais pas comme je l’entendais en disant « information » dans mon premier paragraphe) : dans un ensemble de connaissances implicites (la lettre comme signe d’abord, puis la syllabe, le mot, la phrase et la langue toute entière), elle demande un exercice de décodage, de déchiffrage de ses informations pour percevoir a minima une partie de l’intérêt (notamment, et sobrement, linguistique) de l’agencement de telle ou telle phrase. Mais ensuite la portée purement « informative », j’entends cette fois le « sens » globale du texte, le discours du texte, et non plus le texte lui-même en tant que texte, est, elle, facultative, puisqu’au delà l’esprit est capable d’y trouver des intérêts autrement flous et symboliques (il n’y a pas de besoin de comprendre une poésie pour être touché par celle-ci ; ou bien que celui qui comprend tout de Rimbaud avant d’en être ému se signale). Alors un auteur est-il responsable de la réception et de l’intérêt de ces informations là, dans la mesure où elles le dépassent parfois lui-même ? Je ne saurais pas encore le dire, et ce n’est pas mon propos. Je veux simplement dire que la Littérature ne saurait être que calligraphie. De là à rebondir sur la portée artistique des mathématiques, et des sciences en générale ? Je ne sais pas… Y a t-il un style (une manière d’expression qui, comme l’a certes mieux dit Barthes, soit toute entière le synonyme de la biologie de l’auteur) en mathématique ? Peut-on personnaliser son acte, esthétiser de façon intime telle ou telle démonstration scientifique ? Y a-t-il, au delà du « dire » académique, un geste caractérisé qui puisse en lui-même justifier une formule mathématique ? J’ai un doute. Même si la démarche de recherche, d‘explication, de traduction formelle, et d’apparition, là encore dans un chaos de signes, d’une vérité plus vaste que ce chaos originel peut-être en elle même une démarche poétique…mais réduite parce qu’unique, absolue, objective et scientifiquement quantifiable, du moins me semble-t-il. J’y vois plutôt la relation commune qu’ont les arts et les sciences avec le génie, et je crois assez en la distinction classique entre génie scientifique et génie artistique. Enfin je ne nierai pas en revanche l’aspect graphique et symbolique d’une équation, mais, quand bien même prendrait-on en compte la signification quantitative des valeurs utilisées pour la définir, on se rapproche davantage du dessin ou de la calligraphie comme formulation esthétique spatiale et visuelle, que de la littérature et tout ce qu’elle comprend de complexité mystérieuse. Il nous faudrait par la suite parler de Poésie hors de la Littérature (de poétique dans la Peinture par exemple)…
Je vois, pour revenir à la matière première (la Littérature donc) et pour illustrer mon propos, une similitude particulière avec l’Architecture (qui fait le lien entre sciences et arts dans leurs définitions « classiques », bien qu’il y ait dans l’Architecture elle-même des ombres portées bien plus vastes ; entre Art et non-Art, entre esthétique pure et sciences exactes, avec la gestuelle du vide, etc) : l’Architecture est, comme l’œuvre littéraire, limitée par ce qui est défini. Pour la première il s’agit des lois physiques et géométriques, de nos circonscriptions naturelles (le poids, l’attraction, la tension, les matériaux), pour l’autre les signes communs admis par nos éducations, comme le langage (les lettres), les deux par des cultures, des syntaxes communes. Il est aussi possible (et même évident) de traduire un « vouloir dire », de raconter, soit par une hiérarchisation structurelle, un cheminement, une disposition de matière et de vide et une organisation spatiale rigoureuse, soit par une narration, une histoire, un développement intellectuel de la réflexion, et une organisation de l’esprit dans le texte. On dirait sobrement (et maladroitement) pour chacun qu’ils ont « le signifiant et le signifié », ou bien aussi « la forme et le fond ». Et pour les deux on voit naître, malgré la difficulté de toucher à « l’abstrait », différents courants qui s’émancipent de ces volontés là, ou qui en discutent : la littérature surréaliste, l’architecture déconstructiviste (on pourrait pourquoi pas voir naître une Littérature, une poétique du même nom)… Il s’agit en revanche pour l’Architecture de ne pas tomber dans la facilité narrative, et de ne pas vouloir, par rigueur, faire correspondre textuellement l’usage d’un lieu avec le lieu (le symbole y côtoierai les limites exactes apposées à la construction et y perdrait sa capacité à s’étendre de lui-même hors d’un champ intelligible qu’il possède habituellement). Voilà pourquoi la relation est prédisposée à être plus raffinée lorsqu’il s’agit de déconstructivisme.
"L'art n'est pas une enveloppe aux couleurs plus ou moins brillantes chargée d'ornementer le "message" de l'auteur, un papier doré autour d'un paquet de biscuits, un enduit sur un mur, une sauce qui fait passer le poisson. L'art n'obéit à aucune servitude de ce genre, ni d'ailleurs à aucune autre fonction préétablie. Il ne s'appuie sur aucune vérité qui existerait avant lui; et l'on peut dire qu'il n'exprime rien que lui-même. Il crée lui-même son propre équilibre et pour lui-même son propre sens. Il tient debout tout seul, comme le zèbre; ou bien il tombe.
On voit ainsi l'absurdité de cette expression favorite de notre critique traditionnelle: "Untel a quelque chose à dire et il le dit bien". Ne pourrait-on avancer au contraire que le véritable écrivain n'a rien à dire ? Il a seulement une manière de dire. Il doit créer un monde, mais c'est à partir de rien..." (Pour un nouveau roman, d'Alain Robbe-Grillet)
Pour revenir finalement à cette citation d’origine, je la trouve truquée et trop facile. Trop mystique, « soixante-huitarde » et « anti-critique ». Et je fatigue de cet argument brandi, sans démonstration aucune, au nom d’une liberté artistique qui cherche davantage à maquiller ses lacunes en « innovations » qu’à se confronter à sa réalité. Il n’existe pas, particulièrement en Littérature, de « génération spontanée » (on peut imaginer un enfant qui, sans jamais rien n’avoir vu d’autre, se saisisse d’un crayon et trace des formes abstraites, sans le vouloir, mais un enfant ne saurait manier quelque langage sans en avoir eu un exemple plus tôt) ; l’Art s’appuie (et je pense l’avoir expliquer plus haut) sur des signes préexistants et admis en amont, autant que sur la présence de certaines connaissances, plus ou moins intuitives, et on ne peut en faire abstraction totalement. L’artiste est en cela scientifique. Au mieux lorsqu’il réussit peut-il s’employer à y faire naître, à-travers son regard unique, des symboles, un tout plus vaste et brumeux auquel il accordera une importance variable selon son jeu de lumière, son style, et son talent, et dont l’autonomie finira par lui échapper ensuite. Je ne dis pas que tout est déjà terminé, qu’aucune création artistique ne se fait, mais elle ne se fait que partiellement, grâce à la diversité et l’unicité des acteurs qui la font (elle est donc la preuve de cette diversité du monde). Je n’ai en revanche rien vu de novateur au sens strict au cours de l’Histoire de l’Art ; affirmer le contraire, vouloir une émancipation totale de l’artiste sur ce qui le précède me semble d’une prétention et d’une crédulité excessive. Il y a certes oui des changements de points de vues, de réponses, dans les époques mais ce sont toujours les mêmes questions qui se posent au grès des courants et des siècles, délimités par le langage, les outils, les techniques, les capacités cognitives… L’Art au contraire s’appuie sur ce qui est déjà existant et en est même prisonnier. Il ne fait rien de Révolutionnaire, là encore au sens strict, ni ne peut rien oublier volontairement, car il y a filiation historique. Et il en va de même pour l’art moderne qui n’a pourtant comme but (comme but affirmé) que de réduire au mieux les influences limitatives (ou même restrictives si l’on veut), et les définitions de ce qui fut. Mais dans cette démarche même, il ne fait que se justifier par rapport à ce qui fut, et donc il le prend déjà en considération, s’accoude malgré lui à ce qui précède son geste. Le passé pour ceci est un béton structurel inamovible. Prétendre le contraire serait comme prétendre que l’imagination peut se suffire à elle-même, avoir une démarche ex nihilo, or il m’apparaît évident que par exemple un homme né et jamais sorti d’une cellule de prison hermétiquement close serait bien incapable d’imaginer un ciel, une nature, ou quoi que ce fusse de libre parce que rien de ce dont sa chair ou son esprit n’ont fait l’expérience ne le lui permet.
Finalement, et pour inverser, sinon bouleverser, tout ce qui fut déjà dit, et ainsi aller à ce qui aurait pu (dû ?) être l’essence de l’art moderne (comme le Lettrisme le propose) : pourrait-on s’extraire du langage, être libre de toute prédétermination, s’exclure d’une communauté de signes, ou du moins refuser de les associer pour faire sens, et faire œuvre littéraire (et particulièrement poétique) ? Pourrait-on proposer en Littérature une pratique d’expression totale et non plus de copie ? C’est à dire non plus vouloir rompre, ni sortir de prison, mais prendre comme postulat de ne jamais y avoir été, ni ici ni ailleurs (ainsi on évacue la problématique de la filiation historique, et avec elle du prétendument caractère révolutionnaire de l’œuvre) ? Peut-on imaginer que le style - la biologie de l’artiste donc – se fasse point de départ et, s’il ne peut certes se former seul, puisse construire en lui-même une poétique de pure intuition ? Un symbole pourrait-t-il alors se former hors des assemblages de signes qui le composent habituellement ? La Création existe-t-elle dans son sens premier ? J’ai un doute. Car si l’on peut admettre aisément la volonté dans les Arts plastiques, et picturaux notamment, volonté qui correspond sûrement à un possible, de s’échapper de la catégorie même « d’Art », la Littérature me semble elle, pour le moment du moins, ne pas pouvoir l’espérer, car elle est intuitivement véhicule d’un sujet ou d’un sens. On ne pourrait donc détruire le texte par le texte sans faire texte, ni le réduire lui-même à une esthétique absolue. Qu’en est-il alors de mouvements et innovations comme le lettrisme (« Art qui accepte la matière des lettres réduites et devenues simplement elles-mêmes (s'ajoutant ou remplaçant totalement les éléments poétiques et musicaux) et qui les dépasse pour mouler dans leur bloc des œuvres cohérentes. » Isidore Isou Goldstein dans Bilan Lettriste) ?
La Poésie, pour vous, qu’est-ce que c’est ?
(Par plaisir, je reprendrai le mot de Valéry : « La plupart des hommes ont de la poésie une idée si vague que ce vague même de leur idée est pour eux la définition de la poésie. »)
Au-delà de ces questionnements là auxquels je ne saurai en aucun cas répondre pour le moment se pose donc la question, dans la Littérature, de la Poésie. Qu’est-ce ? À mes yeux, il s’agit de reprendre simplement ce qui a été défini plus tôt pour « Littérature » comme étant « un ensemble de symboles né de signes distincts, prenant alors des sens diverses et non plus uniques, tant dans l’intelligible qu’au-delà ». C’est là où, malheureusement, les limites deviennent floues et où la définition claire et rassurante ne peut plus se faire, car il s’agit d’une troublante question de dosage et non d’un clivage : à quel moment, dans quel geste, dans quel événement d’écriture, l’inintelligible prend-il le pas sur l’intelligible ? Quand peut-on voir que le « dire » de l’écrivain n’est plus que le second plan face au « geste » du poète (je n’entends pas par « geste » ses « trucages », mais son « style ») ? Le poète se réduit-il alors à ce geste ? Ce renversement se fait-il vraiment ? L’intérêt des règles classiques de poésie (rythmique, versification, rimes) est, il me semble, de facilité la frontière, en y posant un cadre net ; une sorte de liberté plus forte dans la contrainte. Mais on retrouve chez bien des auteurs une poétique hors de ses contraintes (Céline, pourtant sentencieux dans son dire, y parvient) ; un geste, un style qui tout entier fait appel au médiateur, au lecteur, non plus, ou plus seulement, pour sa capacité de compréhension du texte, mais également pour sa capacité de prise en compte de l’incompréhensible, d’émotion dans le mystère, et d’interprétation de symboles qui dépassent le poète lui-même. J’ai cette vision de la poésie que je qualifierai, pour la tendresse de l’image plus que pour sa justesse anatomique, « d’autiste à rebours » ; autiste c’est à dire d’objet que l’on pense entièrement contenu dans la lecture intime du monde et la sensibilité de l’auteur comme lieu de naissance, et à rebours c’est à dire d’objet, de symbolique qui (contrairement au signe dont, pour rester aligné avec Barthes, le sens est entièrement consommé à l’instant où il est dit et ne peut donc être poétique), à l’instant de se faire, se surpasse lui-même et avec lui son auteur, pour engager le lecteur puis correspondre de manière diverse aux interprétations, et toucher jusqu’à l’Univers dans son agencement.
Mais il s’agit également de ne pas aller trop loin dans cette vision « universelle » de la Poésie, et avec elle de l’ensemble de la Littérature : elle est définit donc par une langue, la « logosphère » de Barthes, et est contenue en cela dans une société comme n’étant qu’un langage particulier de cette logosphère. La Littérature, si elle contient un aspect mystique, est malgré tout limitée dans celui-ci par son espace, son temps (sa socialité, son rapport au monde et au lecteur), et toutes les données concrètes qui lui permettent d’exister en temps que chose.
Si je n’ai pas répondu tout à l’heure à la question de savoir si l’auteur était, ou non, responsable de ce qu’il écrivait, une autre question me vient préalablement : l’auteur est-il seulement méritant de ce qu’il écrit ? Dans la mesure où l’on entend la formation de signes en symboles comme un événement, et même si l’on accepte comme évidente la place de médiateur du lecteur et de ses interprétations, cette formation pourrait apparaître aussi bien par le fait de l’auteur que par un hasard quelconque, alors comment et à quel moment la conscience de son action permet à l’auteur de s’arrêter sur ses choix, de se forger des expressions et de faire œuvre ? D’abord, je veux poser, et avec cela le détruire, le questionnement sur la capacité du hasard. Une machine, un mécanisme prédéfini peut-il faire œuvre ? Non. Ou en tout cas il ne pourrait faire Littérature (elle pourrait seulement extraire d’elle-même une histoire par assemblage de simples sens prédéfinis). Parce que, et même si parmi un échantillon infini d’essais dans une période elle-même infinie il est probable qu’il produise par hasard l’équivalent d’une œuvre, il sera incapable de considérer son action comme un acte artistique et de sélectionner parmi les expériences celle qui aura une valeur supérieure à sa simple signification « mathématique » objective sans avoir connaissance à l’avance de cette œuvre (reconnaître le texte en tant que texte oui, mais jamais au-delà). Si l’Art prend comme intermédiaire l’humain, l’écrivain (c’est lui qui, mue par la volonté de proposer sa vision, sa diversité, son style, de réfuter dans un premier temps sa préexistence dans les œuvres déjà créées, va faire œuvre originale, avant d’être récupéré par la Littérature elle-même et son fil ininterrompu), il le prend également comme vecteur de sa propre existence ; c’est ce que je disais plus tôt pour réduire la parfois présupposée capacité artistique de la Nature. Elle, comme le mécanisme mathématiquement établi, est incapable de sélectionner et d’interpréter les symboles qu’elle fait naître malgré elle parce qu’elle subi les limites de sa détermination. L’auteur est, lui, susceptible de réaliser cela et, par ses choix, par sa biologie et la traduction qu’il se trouve capable d’en faire (son style), par son regard et sa lucidité, par son travail et sa pertinence, par sa recherche de novation et son originalité, par son existence limitée également et la lutte que cette dernière le pousse à lui faire, par son libre arbitre, retire un mérite de son œuvre. Il est en quelque sorte le sélectionneur, dans un langage général, d’un langage particulier qui se dépasserait lui-même. Il n’en est en revanche pas le seul père (en cela lorsque Barthes défait l’idée de Mallarmé d’un écrivain paternel, d’un « Monsieur gestionnaire », il a raison) : il y a le rôle de possibilité, le langage, le rôle d’acteur et de sélectionneur, l’écrivain, le rôle de véhicule, le texte stylisé, qui atteint une liberté dans le symbole, le rôle du témoin, le comprenant, le lecteur, le rôle enfin de l’objet, du sujet. Et celui-ci, lorsque ce même Barthes parle de Littérature comme fétichisme, est admis comme une projection essentiel parmi toutes ces relations, comme origine et figuration originelles du texte, comme point de départ qui, combiné au moi de l’auteur, accouche d’une certaine nouveauté, d’un anti-stéréotype plus grand que le moi ou que le sujet pris chacun indépendamment.
Malgré tout, je me rangerai dans une certaine hiérarchisation de ces rôles, à la manière de Céline qui voyait en l’histoire une chose assez vulgaire que l’on pouvait trouver partout et répéter (et qu’une machine est capable de mettre en lumière seule, parce qu’il s’agit d’un simple assemblage de sens), tandis que le style était lui une chose rare, qui n’apparaissait dans un corps écrivant qu’une ou deux fois par siècle.
Au-delà de tous ces critères de la Poésie en Littérature, peut-on parler d’une dimension poétique des autres arts ? Peut-on alors projeter ces critères dans les domaines plastiques, et restent-ils les mêmes ? Quelles sont les limites de ce parallèle possible entre un domaine littéraire particulier et les autres pratiques artistiques ? Il faudra ensuite revenir à l’Architecture, comme synthèse entre sciences, arts linguistiques et racontant, arts plastiques…
Scénariste VS styliste
Cette opposition là est, d’après moi, et en plus du reste, à remettre dans un contexte actuel particulier. D’abord le cinéma a libéré, pour la Littérature, la nécessité de raconter : les histoires ont maintenant un autre moyen de passage, un autre véhicule, et les cultures (orales ou écrites) voient naître une autre possibilité de transmission. Il a également fatigué la lecture purement divertissante, en proposant un objet plus simple d’usage pour le spectateur. Ensuite, nos générations connaissent l’essoufflement général de l’éducation littéraire, de l’attention portée à la Littérature comme art lent, exigeant et complexe (en tout cas la tension des choses va vers cet essoufflement), que l’on pourrait (en partie) expliquer par l’ère de la vitesse imposée avec l’automobile, la télévision, internet… Enfin, la volonté actuelle (dictée par la libéralisation intellectuelle et commerciale) de subjectiver les choses, de ne pas critiquer mais de promouvoir, d’individualiser les critères de valeurs pour faciliter, libérer et même encourager la consommation, de pousser chacun à son expressivité propre sans y apposer d’opposition, réduit l’exigence générale et participe à noyer les styles rares et particuliers dans la somme de « création » qui se forme. Bien sûr, il y a des exceptions, tant chez les lecteurs que chez les écrivains, mais dans un système à la fois démocratique (j’entends par là un système où la majorité banalise ses manières) et libéral, ce qui est encouragé, c’est ce qui fait le plus vendre, et donc ce qui se plie à ces défauts là. Tous ces bouleversements expliquent à mon avis le désintérêt porté sur le livre « stylisé », qui se doit de prendre son temps, de dérouler les éléments qu’il met en place (et si je tiens à la définition classique du style, ça ne veut pas dire qu’il se doit d’être « pompeux » ou alambiqué, mais simplement travaillé et torturé pour correspondre tout entier à la réalité de l’auteur), qui, lorsqu’il doit « raconter », ou « dire » exige un effort de déchiffrage, puis de compréhension, et parfois même d’imagination ou d’interprétation, et qui, pour s’élever au-delà d’une simple signification linguistique, réclame du travail et un devoir non seulement pour l’auteur mais pour tous les intervenants déjà cités (sujet, langage, style, lecteur…).
Encore une fois, dans tout ce que je dis, il y a des exceptions. Mais je préfère, pour être assez court, mettre en avant l’extrême (le « tout l’un ou tout l’autre ») et contenir ensuite intuitivement le reste à l’intérieur des limites ainsi définies ou détruites. Et encore une fois, ce que je dis est relativement intuitif (c’est davantage ce que je ressens du monde que ce que j’en étudie), je n’ai pas le temps que j’aimerai avoir pour me construire un avis plus profond et solide, mais en l’état il me semble suffisamment intéressant et cohérent pour le partager et en discuter. Mais si je suis sûr de mes pistes de lecture, de ma grille, j’admets vouloir la pousser et la confronter avec moi-même avant de l’affirmer définitivement. Voilà pour ce qui est des précautions « juridiques » d’usage.
Je pense donc que, hormis quelques volontaires (et sur un forum d’écriture, il me semble évident que vous en faites partie), l’effort littéraire se perd. Après tout, comme le disait Blanchot, la Littérature va « vers elle-même, vers son essence qui est la disparition », et notamment parce qu’elle est encore contrainte par les signes qui la composent en partie, et donc que les possibilités sont d’une certaine manière limitées. L’arrivée, majoritaire, de Marc Levy et de ces semblables témoigne de l’aspect commercial et du manque de succès de choix éditoriaux forts et stylistiques qui, aujourd’hui, ont même du mal à se faire accepter pour obtenir des prix qui devraient pourtant être noblement littéraires. Je ne dis pas qu’il n’y a plus de grands écrivains, ni qu’ils étaient mieux reconnus de leur vivant autrefois, ni même que les succès commerciaux ne permettent pas aux éditeurs de tenter certains paris ensuite, mais simplement qu’on en vient à plusieurs paradoxes : la facilité de distribution, l’accès à l’éducation, devraient élever le niveau et justement permettre une reconnaissance plus rapide des « génies », or ce n’est pas le cas ; la puissance narrative du cinéma devrait pousser l’écriture vers ces forces intimes comme le style, or ce n’est pas le cas. C’est un constat cruel et particulier à notre époque.
Dans tout ceci, et pour revenir sur l’axe principal de discussion, je tiens à garder la définition classique de « style ». C’est un postulat pour lequel je me bats. Je n’admets pas que l’on ne hiérarchise pas. Céline, ce n’est pas Bernard Werber. Yann Moix (s’il a des limites stylistiques) ce n’est pas Marc Levy (pour m’acharner un peu). Dire le contraire serait une concession trop facile contre l’esthétique. J’entends que tous réalisent un travail d’écriture, et que l’on apprécie les uns ou les autres (et cela étant l’origine du débat, il n’y a rien à y redire, chacun aura sa préférence), mais il s’agit dans ce cas de bavardages tandis que le sujet profond réclame une réelle discussion et traduit des enjeux sociaux ; notre goût ne doit pas détruire notre sens critique (ne serait-ce qu’envers nous-même, et Baudelaire, grand critique, en est une parfaite illustration), et le sujet, encore une fois, me semblait avoir des sources bien plus complexes dans tout ce qu’il demande comme définitions et explications. Tout n’est pas subjectif, et je pense avoir assez expliqué ce qui faisait l’originalité de la Littérature, sa force, et ce qui définissait le « dire » d’un auteur et son « geste ».
Au-delà des contours temporels du débat, il me semble donc que l’intrigue, le « scénario » à proprement parler est un assemblage des signes du langage dans ce qu’ils contiennent d’intelligible (et en cela sa valeur créative est limitée, malgré sa valeur de support ou de soutien, sa valeur d’intérêt, sa valeur fétichiste), tandis que le style est l’atteinte du symbolique (de l’intelligible premier et de l’inintelligible) dans le langage particulier de l’auteur, ce dernier étant dépassé lui-même par les interprétations et la vie propre de ce langage une fois qu’il est prononcé. Mais tout le monde ne détient pas cette capacité, et ce malgré tout le travail accompli. Je ne crois pas à cette idée que chacun contient en lui un Picasso, ou un Proust. Si, certes oui, « sans technique un don n’est rien qu’une sale manie », alors j’ajouterai que sans don la technique n’est rien de plus qu’elle même. Quelle est la limite entre un style réussit, universel, et une « façon d’écrire non marquée par l’auteur » ? La question me paraît encore une fois bien compliquée. Il faut déjà poser comme fait qu’il n’existe pas d’écriture neutre. Chacun, que ce soit brillamment ou médiocrement, s’engage dans la sélection qu’il fait dans le langage commun, et décide de l’agencement qu’il réalise. L’acte d’écriture est donc par essence stylisée, au sens large, oui. Mais elle l’est plus ou moins bien. C’est l’intérêt des codes classiques de lecture, qui permettent de raisonner sur un sujet en apparence subjectif mais qui, et il serait ridicule de le nier, met en jeu des acteurs ayant une valeur profondément différente (Victor Hugo, Proust, Céline, Flaubert, Bernard Werber, Tolkien, Marc Levy…). On notera d’ailleurs que si la Littérature est un art lent, elle l’est d’autant plus que le temps lui-même permet de sélectionner la valeur et la durabilité de ce qui la compose ; les grands auteurs étant grands, partiellement, à-travers leur passage dans les époques.
-
J'ai lu ton intervention... Pfiou...
Maintenant je laisse d'autre commenter, car là tu m'as noyé sous un tsunami de mots tel, que j'ai l'impression de n'avoir rien compris.
-
C'est vrai, comme dit vinz, qu'il y a à boire et à manger dans ce que nous propose l'ami EloiR, mais je retiens ceci pour ma part :
Il me semble donc que l’intrigue, le « scénario » à proprement parler est un assemblage des signes du langage dans ce qu’ils contiennent d’intelligible (et en cela sa valeur créative est limitée, malgré sa valeur de support ou de soutien, sa valeur d’intérêt, sa valeur fétichiste), tandis que le style est l’atteinte du symbolique (de l’intelligible premier et de l’inintelligible) dans le langage particulier de l’auteur, ce dernier étant dépassé lui-même par les interprétations et la vie propre de ce langage une fois qu’il est prononcé.
Et tout de suite j'ai l'image du pêcheur. Le scénario, c'est-à-dire le squelette d'un livre, serait l'hameçon. Le style, c'est-à-dire le sang, serait l'appât, la bouillette, la croquette. Un auteur peut pêcher avec un hameçon standard, du moment qu'il a préparé une bonne pâte bien appétissante, il prendra du poisson. Et cette pâte (ou patte) demande des années et des années de préparation.
-
vinzWallbreaker, merci d'avoir déjà pris la peine de lire. Je pense que si l'on veut traiter des sujets, il faut s'étaler un peu (je l'ai déjà dit et répété). Mais j'entends que la longueur et la lourdeur de ma réponse puissent décourager ou désorienter, et j'en suis désolé.
Mister Pim, je vois où tu veux en venir dans l'image que tu proposes, et si les images trouvent vite leur limite dans ce genre de sujet complexe, je la comprends. Mais dans ce cas l'appât (le style) n'a qu'un rôle de maquillage, d'esthétique, d'emballage, "d'en plus de" ? Je ne crois pas que ce soit le cas, et j'ai plutôt expliqué (pour rester sur ton idée) que le style était le pêcheur lui-même, et le scénario (grossièrement) serait simplement la présence des poissons. On peut aller à la pêche sans poisson, mais leur présence entraîne un plaisir fétichiste, un enjeu concret dans l'acte même de la pêche. Le pêcheur fait lui le choix du lieu, de ses gestes et de ses outils parmi ce que les techniques possibles lui permettent de faire.
-
Oui, EloiR, je vois.
Mais j'ai pris la pâte alimentaire (l'appât) pour donner l'image de matière.
Le style est une matière qui se pétrit comme la pâte.
Si j'avais pris le pêcheur lui-même, c'est-à-dire le pêcheur qui se pétrit lui-même, cela aurait fait masturbatoire comme image. Ceci dit, encore une fois, sans ironie.
:)
-
Je suis pointilleux, et même maniaque, c'est tout. Mais je n'ai fait que présenter ma vision des choses, maintenant si cette image te correspond, sur le fond, je pense qu'on est d'accord Ceci dit, bien des styles (des mauvais) peuvent être considérés comme masturbatoires... Mais je suis d'accord sur le principe oui, et je comprends le décalage fait du coup dans l'image, par précaution.