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Plongée dans une atmosphère vaporeuse, l'immense salle nous accueille dans un chuchotement de conversations étouffées. La gigantesque coupole de verre qui surmonte l'endroit devrait pourtant nous baigner de lumière, mais il n'en est rien. L'aube nous caresse délicatement, sans intensité.
Nous entourons l'impressionnant bassin creusé tout en longueur, tapissé de mosaïques grises et mordorées. Je perçois beaucoup des miens disséminés un peu partout dans l'assemblée multiple et hétérogène. Certains déjà concentrés, d'autres en train d'échanger quelques remarques inquiètes avec leur voisinage direct.
Immergé à demi dans l'eau, un gigantesque dragon garde les yeux mi clos, pour préserver ses forces. Ses écailles sont épaisses et légèrement ternies par son long voyage à travers l'espace. On y distingue un vert profond qui devait être vif en sa jeunesse, mais qui aujourd'hui s'est assombri, offrant un nuancier légèrement marécageux au paysage de ses écailles.
Toute notre attention se fixe sur la plaie profonde qui lui éventre le flanc. Et, nos expressions soucieuses cherchent quelques réponses en nous-même sur la manière de sauver le Grand Ancien. Celui-ci semble pourtant confiant, comme parvenu enfin à l'issue de sa quête. Sa gueule entrouverte pourrait presque esquisser une expression de soulagement quand la douleur ne crispe guère sa mâchoire.
Finalement, sa petite silhouette s'encadre dans la grand porte. Vêtue d'un tee shirt trop large, les cheveux ébouriffés, et l'air étonné de trouver autant de monde dans la salle, elle nous adresse un sourire chaleureux, seule flamme qui ne vacille pas en elle. Elle passe non loin de moi, tandis que j'incline la tête avec respect, comme nous tous ici.
Elle a ce regard pétillant et amusé, chuchotant quelques mots à une de nos grandes chamanes, Eimah la Lionne, l'ensemble avec un petit rire de grelots, qui fait tressauter mon cœur.
Je la trouve bien légère tandis que le Grand Dragon est si gravement atteint. Mais elle ne me laisse pas le temps de penser plus loin dans cette direction. Son visage se transforme totalement lorsqu'elle fait face au bassin. Sans hésitation, elle rentre dans l'eau et s'approche de la puissante patte avant, enveloppant tendrement la base de la nuque de son imposant patient. Ce dernier ouvre les yeux, et lui adresse un léger hochement d'approbation.
Alors, et alors seulement, elle se tourne vers nous, fait un geste que nous reconnaissons tous, et nous entamons le chant de soin. Je perçois toutes les particules de la salle qui se gorgent de cette intensité, et je la sens, accueillir dans le creux de ses paumes, un peu de nous, et beaucoup du reste de l'univers.
Sans hésitation, elle plonge ses mains dans l'ouverture sombre de la plaie infectée de néant. Souffle après souffle, geste après geste, elle évacue dans l'eau pure les parcelles souillées et la souffrance accumulée.
Plusieurs fois, les griffes puissantes du Grand Ancien viennent se raccrocher au bord du bassin, manquant de l'effriter sous la tension douloureuse. Puis, soudainement, presque tangible dans l'espace, la détente.
J'observe cette humaine, petite chose potelée au teint de rose poudrée, concentrée et vibrante de douceur, aux mains qui apaisent sans relâche les ressacs de la douleur. D'ailleurs, la plaie est devenue à peine visible, propre et refermée.
Elle pose son front pâle tout contre le ventre puissant, un mélange de repos et d'hommage. Les yeux dorés qui se tournent vers elle ne parlent pas que de remerciement ou de respect, ils parlent d'amour.
Finalement, elle se redresse, et nous offre un regard humide et reconnaissant qui me fait trembler l'âme.
"Je suis heureuse d'avoir pu vivre cela avec vous tous. Pardonnez moi, mais je dois y aller à présent ".
Et, dans un flottement, elle disparaît à notre vue, un songe dans le subtil. Une notion éthérée d'ailleurs.
Le ciel se teinte de soleil, je viens de rencontrer la Grande Prêtresse.
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