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Le Monde de L'Écriture » Salon littéraire » Salle de lecture » Romans, nouvelles » [Auteur] Charles Bukowski

Auteur Sujet: [Auteur] Charles Bukowski  (Lu 19999 fois)

Hors ligne Kasprzak

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    • Mike Kasprzak
[Auteur] Charles Bukowski
« le: 20 Septembre 2011 à 21:18:04 »
Charles Bukowski.

Charles Bukowski sonne comme un vers. Un vers plein de vie, d'excès, d'alcool, de femmes, de sexe, de violence, mais aussi d'humanité, de souffrance, de tendresse et de sensibilité. Un vers qui sonne comme "les oiseaux bleus qui volent au dessus des arc-en-ciel".

Charles ou plutot Henry de son vrai prénom, ou Hank celui de son alter égo, est un romancier, nouvelliste et poète. Né en Allemagne en 1920, immigré très tôt aux Etats Unis, Charles a un style familier. Il parle comme l'américain moyen, toute en simplicité, mais touche directement le lecteur. Il a une écriture agressive, acide, parfois écoeurante, parfois touchante, souvent juste et réaliste.

Il décrit la vie, la folie de tout un chacun. La folie de tous les jours. La folie ordinaire. Les excès des gens, leurs gestes incompréhensibles, leurs rêves, leurs illusions. Il décrit beaucoup sa vie, son chemin de croix dans ce monde qu'il essaye de comprendre dans chaque situation. Il nous livre sans aucun compromis ce qu'il voit, ce qu'il fait. Il nous décrit ce qu'il ressent, ce que les autres ressentent. C'est parfois désagréable, c'est parfois douloureux mais toujours humain.

Son oeuvre est vaste, il nous parle de sa vie, dès ses premiers souvenirs et se termine dans un dernier journal intime sous la demande d'un ami, qu'il débute deux ans avant sa mort. Il a écrit une trentaine d'oeuvres, recueil de poèsie, de nouvelles ou romans, au nom plus poétique les uns que les autres. "Les jours s'en vont comme des chevaux sauvages". "Le capitaine est parti déjeuné et les marins se sont emparés du navire". "Souvenir d'un pas grand chose". Ou plus simplement "Women".


Quelques extraits rapides :
"Marie, Je t'aime. Tu es très bonne pour moi. Mais je dois partir. Je ne sais pas exactement pourquoi. Je suis fou, je crois. Au revoir.
J'ai appuyé le papier contre le téléviseur. Je ne me sentais pas bien. J'avais envie de pleurer. J'étais tranquille ici, j'étais tranquille et j'aimais ça. Jusqu'au fourneau et au Frigidaire qui avaient l'air humains, dans le bon sens du terme ; on aurait dit qu'ils avaient des bras et des bouches et qu'ils disaient : "Laisse aller, petit, il fait bon ici, il fera encore meilleur demain." J'ai retrouvé le reste du scotch dans la chambre. Je l'ai bu. [...] Arrivé à la porte, j'ai senti que si je la refermais ça serait pour toujours. Je l'ai fermé. C'était fini. Descentes des marches. J'étais seul à nouveau et tout le monde s'en foutait. [...] J'étais face au soleil et je marchais. J'avais soixante-quatorze cents en poche. Le soleil était parfait."


Un poème de Bukowski : Blue Bird : http://www.youtube.com/watch?v=mmWZOsVtqR0  (en anglais désolé)


Merci à toi vieux frère. Toi qui m'a donné envie d'écrire. De lacher (petit à petit) ce volcan que j'ai dans le coeur pour répandre le feu sur les feuilles et laisser la vie les bruler à grand feu. A feu ardent. Un feu vivant.





A ta santé Hank !
« Modifié: 08 Septembre 2015 à 19:49:49 par Zacharielle »
"le public ne retient d'un écrivain, ou de ses écrits, que ce qu'il souhaite, et se moque du reste. or ce qu'il en retient lui est, la plupart du temps, le moins indispensable, alors que ce qu'il laisse filer lui ferait le plus grand bien."

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Hors ligne Frédéric M

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Re : Charles Bukowski
« Réponse #1 le: 04 Octobre 2011 à 15:06:09 »
Merci,  kasprzak.
Tu donnes vraiment envie de découvrir cet auteur.

Fred
Aut Stephen King, aut nihil.

nasnas29

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Re : Charles Bukowski
« Réponse #2 le: 04 Octobre 2011 à 20:42:06 »
Bon Bukowski, j'ai lu quelques romans. J'ai pas tout aimé! J'ai même décroché sur un dernier dont je me souviens même plus le titre. Il jouait un peu trop dans le registre du vulgaire( ou alors il avait bu un coup de trop!) bref j'ai laissé tomber ne trouvant même pas une utilité à l'histoire.
Par contre, celui dont tu cites"Le capitaine est parti déjeuné et les marins se sont emparés du navire" est vraiment captivant. j'ai trouvé Bukowski émouvant, il se livrait vraiment en parlant des livres et des auteurs qu'il affectionne . C'est par celui-ci que je l'ai découvert! Du coup j'ai lu ensuite" les contes de la folie ordinaire ", un recueil de nouvelles mélangeant le bon et le moins bon. Puis " le postier " , un livre plein d'humour, alerte! Je trouve que sa plume le sert vraiment quand il se montre authentique. Voilà, c'était juste pour préciser que, à mon goût, je trouve son oeuvre  un peu en dent de scie. Ceci dit, c'est grâce à lui que l'auteur américain John Fante s'est fait connaître en France. Alors on ne peut que le remercier pour ne pas bouder ce plaisir! :)

Hors ligne Frédéric M

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Re : Charles Bukowski
« Réponse #3 le: 04 Octobre 2011 à 21:04:00 »
Salut, Nasnas29,

Ton commentaire me semble très objectif.
Je me demandais quoi lire de Bukowski pour le découvrir, j'ai maintenant une idée plus précise.

Fred
Aut Stephen King, aut nihil.

Hors ligne Gros Lo

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Re : Charles Bukowski
« Réponse #4 le: 04 Octobre 2011 à 23:11:08 »
Je pense que le plus facile à trouver est Contes de la folie ordinaire, que le plus renommé est Factotum et... que Bukowski doit beaucoup à John Fante !
dont be fooled by the gros that I got ~ Im still Im still lolo from the block (j Lo)

Hors ligne Frédéric M

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Re : Charles Bukowski
« Réponse #5 le: 05 Octobre 2011 à 04:30:23 »
Voilà, c'est fait : Factotum est dans mon panier.
Aut Stephen King, aut nihil.

Hors ligne Kasprzak

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Re : Charles Bukowski
« Réponse #6 le: 10 Octobre 2011 à 09:05:55 »
Je crois que le plus renommé est "Journal d'un vieux dégueulasse" non ?

Alors Fred, t'as pensé quoi de ta première approche avec Bukowski ?
"le public ne retient d'un écrivain, ou de ses écrits, que ce qu'il souhaite, et se moque du reste. or ce qu'il en retient lui est, la plupart du temps, le moins indispensable, alors que ce qu'il laisse filer lui ferait le plus grand bien."

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Hors ligne Frédéric M

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Re : Charles Bukowski
« Réponse #7 le: 11 Octobre 2011 à 15:29:33 »
Que c'est un type qui a un regard totalement exacerbé de ce qui l'entoure. Sans l'avoir lu, je pense qu'il était très - trop - lucide et qu'il ne trouvait pas sa place dans cette société de m.... !
Je n'aurais pas aimé être lui et c'est justement pour ça que j'ai envie de le lire.

Fred
Aut Stephen King, aut nihil.

Hors ligne Kasprzak

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Re : Charles Bukowski
« Réponse #8 le: 16 Janvier 2012 à 17:12:38 »
Bon si c'est trop long, on le supprimera  :mrgreen:

Un poème que j'ai trouvé super ! mais je l'ai lu en VF dans le recueil "Les jours s'en vont comme des chevaux sauvage dans les collines"

voilà la version VO (que j'ai pas encore lu) trouvé sur le net


Bukowski, Charles:these mad windows that taste life and cut me if I go through
them [from The Days Run Away Like Wild Horses Over the Hills (1969), Black
Sparrow Press]


1            I've always lived on second and third floors or higher
2            all my life
3            but I got some woman pregnant
4            and since she wasn't my wife
5            we moved over here---
6            we were in the back at first
7            2nd floor rear
8            as Mr. and Mrs.---
9            a new start---
10          and there was a madwoman in this
11          place and she kept the shades drawn
12          and hollered obscenities in the dark
13          (I thought she was pretty sharp)
14          but they took her away one day
15          and we moved in here and had the baby,
16          a beautiful skunk of a child with pale blue eyes
17          who made me swallow my heart like a cherry in a
18                   chilled drink,
19          but the woman decided I was insane too
20          and moved the child and herself to Hollywood
21          and I give them what money I can---
22          but most of the time I lay around all day
23          sweating in bed
24          wondering how much longer I can fool them
25          listening to my landlord outside
26          watering his lawn
27          46 years hanging on my bones
28          and big green tears cascade ha, ha,
29          down my face and are tabulated by my dirty pillow:
30          all those years shot through the head


31          assassinated forever
32          drunk senseless
33          hobbled and slugged in factories
34          poked with bad dreams
35          dripping away in mouse- and ghost-infested rooms
36          across an America without meaning,
37          boy o boy.
38          about 3 p.m. I get up
39          having failed to sleep but more than a few minutes
40          anyhow
41          and then I put on an old undershirt
42          crisp fresh torn shorts
43          and a pair of stolen army pants
44          and I pull up the shades
45          and sit a little back in a hard folding chair
46          near a window on the streetside
47          and then they come by,
48          young girls
49          fresh fluid divine intelligent
50          drinks of orange juice
51          rides in air-conditioned elevators,
52          in blue and green and yellow in motion
53          in red in waves
54          in squads and battalions of laughter
55          they laugh at me and for me,
56          old 46, at attention, pig green eyes
57          like a Van Gogh bursting and breaking
58          the trachea and tits of the earth and the sun,
59          my god, look, here I am
60          and no matter what I said to them
61          they would run away
62          I would be reported as an old goof
63          babbling in the marketplace for hard pennies---
64          they expect me to use the bathroom,
65          a shadow-picture for their singing flesh


66          and the pliers of my hand---
67          a good citizen jacksoff, votes, and looks at Bob Hope---
68          and even old maids
69          with husbands killed
70          making swivel chairs in industry
71          they walk by
72          in green in yellow in red
73          and they have bodies like high-school girls
74          they perch on their stilts and dare me to break
75          custom


76          but to have any of these would take weeks and months
77          of torture---introduction, niceties, conversation that
78          cleaves the soul like a rusty axe---
79          no, no, god damn it! no more!


80          a man who cannot adjust to society is called a
81          psychotic, and the boy in the Texas tower
82          who shot 49 and killed 15 was one,
83          although in the Marine Corps he got the o.k.
84          to go ahead---it's all in the way you're dressed
85          and if the beehive says the project
86          protects the Queen and Goodyear Rubber and so
87          forth,
88          but the way I see it from this window
89          his action was nothing extraordinary or
90          unexpected and psychiatrists are just paid liars
91          of a continuing social
92          disorder.


93          and soon I get up from the window
94          and move around
95          and if I turn on the radio
96          and luck on Shostakovich or Mahler
97          or sit down to type a letter to the president,
98          the voices begin all around me---



99          "HEY! KNOCK IT OFF!"
100        "YOU SON OF A BITCH! WE'LL CALL THE LAW!"


101        on each side of me are two high-rise apartments
102        things lit at night with blue and green lights
103        and they have swimming pools that everybody has
104        too much class to get into
105        but the rent is very high
106        and they sit looking at their walls
107        decorated with pictures of people with chopped-off
108        heads
109        and wait to go back to
110        WORK,
111        meanwhile, they sense that my sounds are not
112        their sounds---
113        66 people on each side of my head
114        in love with Green Berets and piranhas---
115        "GOD DAMN YOU, COOL IT!"


116        these I cannot see through my window
117        and for this I am glad
118        my stomach is in bad shape from drinking cheap wine,
119        and so for them
120        I become quiet
121        I listen to their sounds---
122        their baseball games, their comedies, their quiz shows,
123        their dry kisses, their kindling safety,
124        their hard bodies stuffed into the walls and murdered,
125        and I go to the table
126        take my madman's crayons
127        and begin drawing them on my walls
128        all of them---
129        loving, fucking, eating, shitting,
130        frightened of Christ, frightened of poverty,
131        frightened of life
132        they crawl my walls like roaches


133        and I draw suns between them
134        and axes and guns and towers and babies
135        and dogs, cats, animals, and it becomes
136        difficult to distinguish the animal from the
137        other, and my whole body sweats, stinks,
138        as I tremble like a liar from the truth of things,
139        and then I drink some water, take off my clothing and
140        go to bed
141        where I will not sleep
142        first pulling down all the shades
143        and then waiting for 3 p.m.
144        my girls my ladies my way
145        with nothing going through and nothing coming in and
146        nothing going out, Cathedrals and Art Museums and
147        mountains wasted, only the salt of myself, some ants,
148        old newspapers, my shame, my shame
149        at not having
150        killed
151        (razor, carcrash, turpentine, gaspipe)
152        (good job, marriage, investments in the market)
153        what is left of
154        myself.
"le public ne retient d'un écrivain, ou de ses écrits, que ce qu'il souhaite, et se moque du reste. or ce qu'il en retient lui est, la plupart du temps, le moins indispensable, alors que ce qu'il laisse filer lui ferait le plus grand bien."

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Re : Charles Bukowski
« Réponse #9 le: 19 Janvier 2012 à 19:10:16 »
Est ce que ça intéresserait plus de monde si je le postais en français ?  :mrgreen:
sachant que la traduction rend très bien aussi
"le public ne retient d'un écrivain, ou de ses écrits, que ce qu'il souhaite, et se moque du reste. or ce qu'il en retient lui est, la plupart du temps, le moins indispensable, alors que ce qu'il laisse filer lui ferait le plus grand bien."

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Re : Charles Bukowski
« Réponse #10 le: 19 Janvier 2012 à 19:41:11 »
Oui, tu peux, ça parlera sûrement plus aux gens qui, comme moi, sont pas des lumières en anglais.

C'est marrant parce que la présentation que t'en fait me laisse une bonne impression du type. Alors que le peu que j'ai lu de lui (ces nouvelles où à part parler de sa queue, on se demande s'il sait faire autre chose, et où la femme est un objet sexuel et rien d'autre, désolée, hein mais moi ça me hérisse et je vois vraiment pas en quoi c'est de la littérature) m'a pas du tout donné envie d'approfondir le sujet. Le vers que tu cites est sympa par contre. Donc qu'est-ce que je pourrais essayer de lire qui soit tourné vers autre chose que son ivresse et sa sexualité ?  Qui soit, disons, plus "travaillé" ? Plus ouvert vers les autres, vers le lecteur ?

Ah et Fante, c'est comment par rapport à Bukowski ?
"Je crois qu'il est de mon devoir de laisser les gens en meilleur état que je ne les ai trouvés"
Kennit, Les Aventuriers de la Mer, Robin Hobb.

Hors ligne Meilhac

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Re : Re : Charles Bukowski
« Réponse #11 le: 19 Janvier 2012 à 19:46:56 »
le peu que j'ai lu de lui (ces nouvelles où à part parler de sa queue, on se demande s'il sait faire autre chose, et où la femme est un objet sexuel et rien d'autre, désolée, hein mais moi ça me hérisse et je vois vraiment pas en quoi c'est de la littérature) m'a pas du tout donné envie d'approfondir le sujet.
bé moi ça m'a fait le même effet qu'à toi ernya. j'irais peut-être pas jusqu'à dire que je vois pas en quoi c'est de la littérature, mais disons que, outre le côté ultra-macho, j'avais vraiment pas vu ce qu'il y a de poétique et d'esthétique dans les textes de bukowski...

pour que kasprzack réussisse à me donner envie de refaire une tentative, il va falloir qu'il rame sacrément  :D  . mais sait-on jamais  ^^

Hors ligne Kasprzak

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    • Mike Kasprzak
Re : Charles Bukowski
« Réponse #12 le: 19 Janvier 2012 à 19:49:51 »
Ok alors je posterais la version en français demain surement !

Ernya, pour Fante, regarde j'ai recopié un bout de Demande à la poussière ici,
http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,5082.msg86107.html#msg86107

Pour Buk, je vous montrerai des textes sympas très bientot (là j'ai mes boulettes de viande sur le grill  :mrgreen: )


EDIT (après les boulettes)

voilà un poème pas mal du tout si vous voulez :
http://schabrieres.wordpress.com/2011/10/02/charles-bukowski-un-poeme-est-une-ville-a-poem-is-a-city-1969/

et vous aviez lu quel livre alors ?

si vous voulez essayez "Souvenir d'un pas grand chose", c'est un roman sur sa jeunesse, donc quasiment pas de sexe, et très peu d'alcool !
« Modifié: 19 Janvier 2012 à 20:26:36 par kasprzak »
"le public ne retient d'un écrivain, ou de ses écrits, que ce qu'il souhaite, et se moque du reste. or ce qu'il en retient lui est, la plupart du temps, le moins indispensable, alors que ce qu'il laisse filer lui ferait le plus grand bien."

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    • Mike Kasprzak
Re : Charles Bukowski
« Réponse #13 le: 20 Janvier 2012 à 10:41:20 »
et voilà la version française !


Ces fenêtres enragées qui goutent à la vie et me coupent si je passe à travers

j'ai vécu au deuxième, au troisième étage ou plus haut
toute ma vie
mais j'ai mis une femme enceinte
et comme on n'était pas mariés
nous avons déménagé ici -
nous étions au fond au début
2e étage au fond
en tant que M. et Mme -
un nouveau départ -
et il y avait une folle à cet
endroit et elle gardait ses stores baissés
et hurlait des obscénités dans le noir
(elle avait un sacré répertoire)
mais un jour ils l'ont emmenée
et nous avons emménagé ici et avons eu le bébé,
une merveille petite fripouille aux yeux pâles
qui m'a fait avaler mon cœur comme la cerise d'une boisson glacée,
mais la femme a décrété que j'étais fou moi aussi
et elle et l'enfant sont partis vivre à Hollywood
et je leur donne autant d'argent que je peux -
mais la plupart du temps je passe toute la journée
à transpirer dans mon lit
à me demander combien de temps encore j'arriverais à les abuser
à écouter mon proprio tondre
sa pelouse dehors
46 années me pèsent sur le dos
et grosses larmes vertes tombent en cascade ah, ah,
sur mon visage et mon oreiller sale les classifie :
toutes ces années flinguées en pleine tête
assassinées pour toujours
ivres mortes
entravées et piétinées dans des usines
criblées de mauvais rêves
dégoulinant dans des piaules infestées de souris et de fantômes
aux quatre coins d'une Amérique insensée,
mec oh mec.

Environ 3 heures de l'après-midi, je me lève
n'ayant pas réussi à dormir plus de quelques minutes
d'affilée
puis j'enfile un vieux maillot de corps
un caleçon déchiré mais tout propre
et un pantalon de l'armé volé
et je remonte les stores
et m'assois un moment sur une chaise pliante
près d'une fenêtre donnant sur la rue
et c'est alors qu'elles arrivent,
les jeunes filles,
fraîches fluides divines intelligentes
des gorgées de jus d'orange
des montées en ascenseur avec air conditionné,
bleues, vertes et jaunes en mouvement
rouges par vagues
en groupes en bataillon de rires
elles rient de moi et pour moi,
le vieux de 46 piges, au garde-à-vous, avec ses yeux verts porcins
tel un Van Gogh explosant et écorchant
la trachée et les seins de la terre et du soleil,
mon dieu, regarde, me voici
peu importe ce que je leur ai dit
elles se sont tirées
je serai décrit comme un vieux schnoque
qui mendie en bredouillant sur la place du marché -
elles veulent que j'utilise la salle de bains,
une ombre chinoise pour leur chair joyeuse
et les tenailles de ma main -
un besogneux, un bon citoyen qui vote et regarde Bob Hope -
et mêmes des vieilles dames
dont les maris ont été tués
en fabriquant des chaises pivotantes pour l'industrie
elles passent
vertes jaunes rouges
et elles ont des corps de lycéennes
elle sont perchées sur leurs échasses et me défient de violer
la règle

mais avoir l'une d'entre elles exigerait des semaines, des moi
de torture – présentations, gentilles, conversations qui
fendent l'âme comme une hache rouillée -
non, non, bon dieu ! plus de ça !

un homme qui n'arrive pas à s'adapter à la société est appelé
psychotique, et le jeune dans la tour du Texas
qui a tiré sur  49 personnes et en a tué 15 en était un,
bien que le corps des Marines l'ait accepté
dans ses rangs – tout est dans la manière dont on s'habille
du moment que la ruche déclare que le projet
protège la Reine, les pneus Goodyear et ainsi de
suite,
mais tel que je vois les choses depuis cette fenêtre,
son action n'a rien eu d'extraordinaire ou
d'inattendu et les psychiatres sont justement les menteurs rétribués
d'un désordre social
continuel.

et je me lève bientôt de ma chaise
et fais les cent pas
et si j'allume la radio
et par chance tombe sur Chostakovitch ou Mahler
ou m'assois pour taper une lettre au président,
les voix commencent à s'élever autour de moi :
«  EH ! CA SUFFIT MAINTENANT ! »
« ESPECE DE FILS DE PUTE ! ON VA APPELER LES FLICS ! »

de chaque côté de moi il y a des appartements de luxe
la nuit les choses s'éclairent de lumières bleues et vertes
et ils ont des piscines mais les résidents ont
trop de classe pour s'y baigner
le loyer est très élevé
et ils restent là à regarder leurs murs
décorés de portraits de gens à la tête
coupée
en attendant de repartir au
TRAVAIL,
pendant ce temps ils sentent que mes bruits ne sont pas
leurs bruits -
66 personnes de chaque côté de ma tête
amoureux des bérets verts et des piranhas :
« PANIQUEZ PAS, BON SANG ! »

ceux-là je ne peux pas les voir par ma fenêtre
et j'en suis heureux
mon estomac est dans un triste état à cause de la vinasse que je m'enfile,
et donc pour eux
je me fais silencieux
j'écoute leurs bruits -
leurs matchs de base-ball, leurs films comiques, leurs jeux télévisés,
leurs baisers secs, leur sincérité étincelante,
leurs corps durs agglomérés dans les murs et assassinés,
et je vais m'attabler,
m'empare de mes crayons de fou
et commence à les dessiner sur mes murs
tous -
aimant, baisant, mangeant, chiant,
effrayés par le Christ, effrayés par la pauvreté,
effrayés par la vie,
ils se déplacent sur mes murs comme des cafards
et je dessine des soleils entre eux
et des haches et des flingues et des tours et des bébés
et des chiens, des chats, des animaux, et cela devient
difficile de distinguer un animal
d'un autre, et tout mon corps, sue, empeste,
tandis que je tremble comme un menteur sous le poids de la vérité,
alors je bois de l'eau, retire mes vêtements et me
mets au lit
où je ne trouverai pas le sommeil
d'abord baisser tous les stores
puis attendre 3 heures de l'après-midi
mes filles mes femmes mon heure
sans que rien ne se passe, sans rien qui entre
ni sorte, pas de cathédrales, de musées d'art et
de montagnes pour moi, seulement le sel de moi-même, des fourmis,
des vieux journaux, ma honte, ma honte
de ne pas avoir
tué
(rasoir, accident de la route, essence, gaz)
(bon travail, mariage, placements boursiers)
ce qui reste de
moi-même.
"le public ne retient d'un écrivain, ou de ses écrits, que ce qu'il souhaite, et se moque du reste. or ce qu'il en retient lui est, la plupart du temps, le moins indispensable, alors que ce qu'il laisse filer lui ferait le plus grand bien."

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Hors ligne Kasprzak

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    • Mike Kasprzak
Re : Charles Bukowski
« Réponse #14 le: 06 Mars 2012 à 13:05:00 »
Quelqu'un l'a lu ?  :mrgreen:
"le public ne retient d'un écrivain, ou de ses écrits, que ce qu'il souhaite, et se moque du reste. or ce qu'il en retient lui est, la plupart du temps, le moins indispensable, alors que ce qu'il laisse filer lui ferait le plus grand bien."

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