Pour ceux qui le souhaitent le premier texte est là :
http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,16425.0.html2- Manuella
Dans la vie de Manuella, les hommes ont toujours été de passage. Ses deux petites filles, elle les élève seule. Le père de Mina était violent, celui de Célia était coureur. Elle n’a gardé d’eux que le meilleur, deux petites merveilles qui s’endorment sur son canapé. Chaque fois qu’elle a quitté un homme, elle a dû changer d’appartement, de ville, de travail, d’amis… mais elle a toujours tout reconquis. A chaque départ, c’était une nouvelle liberté retrouvée. Et il s’ensuivait un grand vide, grand comme un puits sans fond.
Sa première rencontre avec Jérôme, c’est Célia qui l’a amorcée. Elle allait tomber de la rambarde de l'escalier et Jérôme, qui passait par là, l'a rattrapée de justesse. Il y avait partout des cartons dans le hall de l'immeuble, il y en avait devant la porte de l'ascenseur et à l'entrée de l'appartement. Manuella emménageait tout en surveillant ses filles. En voyant tout ce remue-ménage et les petites qui jouaient imprudemment dans l'escalier, devant ces monceaux de cartons qui encombraient tout l'espace et gênaient l'accès à l’ascenseur, Jérôme s'emporta :
« Et merde ! », dit-il, en reposant Célia qui se mit à le toiser du haut de ses deux ans et demi.
Il a attrapé tous les cartons qui trainaient partout et les a poussés dans l’appartement avec les petites.
« Voilà ! L’appartement c’est chez vous et l’escalier c’est chez tout le monde, ça veut dire chez personne, ça veut dire on ne vit pas dans l’escalier »
Et il a refermé la porte laissant Manuella perplexe avec l’envie de l’insulter pour sa grossièreté. Elle s’est dit, c’est un connard, les hommes le sont tous mais lui c’est une nouvelle sorte.
Puis il est parti, se disant que cette locataire encombrante avait des seins magnifiques et que c’était bien la seule bonne nouvelle de cet emménagement qui risquait de perturber sa tranquillité. Il s’est demandé si elle serait amie avec Amélie quand elle reviendra. Il s’est dit que non. Elle était trop bohème. Il a pensé une dernière fois à ses seins, parce que c’était le meilleur souvenir de sa journée insignifiante.
Ensuite, étaient venues pour Manuella ces longues soirées d'été où elle tombait dans ce puits qui ne termine jamais. Elle se sentait trop seule. Elle se mettait à la fenêtre pour fumer un joint, écoutant la musique trop triste qui lui venait de l'appartement de Jérôme un étage plus haut, regardant ses filles qui dormaient déjà, avant le coucher du soleil.
Un soir, elle a débarqué comme ça, le baby phone à la main, elle ne s’est pas donné la peine de mentir. Elle venait chercher ouvertement la compagnie de Jérôme sans se donner la peine de dissimuler son intention. Elle a toqué à la porte et elle est allée s’installer sur son canapé. Elle lui a raconté son nouveau job, un peu, pour meubler. Lui, l’a regardée entrer, rire, se balader dans son appartement, commentant l’aménagement, puis s’établir sur son divan, l’air de rien, attendant, sourire aux lèvres, qu’il assure la suite. Il lui a servi à boire, ne lui a pas parlé de son job, a refusé de jouer de la guitare pour elle. Il jouera de la guitare pour Amélie quand elle reviendra. Puis il a vu passer furtivement une ombre de tristesse dans ses grands yeux noirs, au moment où elle parlait de sa toute nouvelle vie, et des douces soirées dans son appartement. Elle ne voulait pas dissimuler que ces soirées douces amères lui serraient la gorge. De longs cheveux bouclés tombaient sur son visage. Jérôme les a dégagés pour mieux lire dans ses yeux noirs. Il l'a renversée sur le sofa, l'a prise tendrement dans ses bras et en a profité pour libérer ses seins. Ses yeux lui avaient dit « serre-moi fort dans tes bras car je tombe »
Quelques minutes plus tard, Mina avait demandé de l’eau dans le baby phone comme un soldat qui demande du ravitaillement dans un talkie-walkie. Manuella s’était envolée aussi légèrement qu’elle était arrivée.
La saison chaude s’est passée ainsi, quand Manuella se sentait seule, elle montait chez Jérôme, ils parlaient, se câlinaient, riaient… Une connivence s’était installée entre eux, ils avaient gardé cette habitude de veiller l’un sur l’autre en bons voisins, parfois amis, parfois amants, toujours complices.
Un nouvel été se profile. Manuella regarde une série télé en débarrassant sa table, elle attend que ses filles s’endorment pour monter chez Jérôme. Il s’impatiente ce soir, il frappe au plancher. Ça la fait rire. Mina est endormie et Célia tête sa tutute en regardant le plafond et en tortillant sa main dans ses bouclettes. La mère dépose délicatement le baby phone près des petites et file rejoindre Jérôme.
- T’as pas de problème avec ta télé ? demande Jérôme en voyant sa voisine entrer dans le salon.
Les portes sont toujours ouvertes quand il attend Manuella, il ne voudrait pas la voir sonner à la porte comme une visiteuse. Surtout qu’elle a toujours boudé la sonnette, elle frappe à la porte énergiquement, elle tambourine, ou joue une musique, bref, Jérôme laisse la porte ouverte c’est plus simple.
- Bonjour quand même, proteste Manuella.
Elle dépose une part de quiche pour lui sur la table basse du salon. Jérôme a cessé de protester qu’elle n’est pas sa mère et qu’il n’a pas besoin qu’elle le nourrisse. Manuella aime cuisiner et prendre soin de son monde, Jérôme en fait partie, il prend donc livraison des divers colis, souvent à manger, parfois une babiole qu’elle a trouvée en passant devant un rayon et dont elle a décidé que Jérôme avait un besoin vital.
- Y a pas de tapis pour la souris de ton ordinateur ?
Et un jour suivant.
- Regarde, j’ai trouvé ça ! Il va super bien avec les couleurs de ton bureau.
Elle installait sa trouvaille en bonne place, n’écoutant pas que Jérôme se contentait très bien de mettre une feuille de brouillon sous sa souris.
Elle n’a pas le temps de poser son baby phone à sa place habituelle que Jérôme l’a trainée devant son poste de télévision. Regarde, quand j’allume n’importe quelle chaine, je vois cette femme. Il met la télé en marche. Manuella voit le présentateur du journal télévisé qui parle. Jérôme commente :
- C’est vraiment une plaisanterie à la con.
Perplexe, Manuella lui fait remarquer que ce n’est pas une femme mais un homme, des plus banals.
- Tu ne vois pas une femme ? s’inquiète Jérôme.
- T’es sûr que tu vas bien ?
Il a l'air tellement perturbé que sa voisine en est impressionnée. Il déclare avoir besoin de repos et demande à son amie de prendre congé. Il y a des soirs où elle sait parfaitement pourquoi elle ne veut pas d’une relation suivie avec lui. C’est sûrement le gars le plus instable qu’elle n’ait jamais connu, pourtant elle en a connu de tous les genres.
Fâchée d’être ballottée, une fois appelée avec impatience, puis l’instant d’après renvoyée sans ménagement, elle quitte le salon, les yeux noirs encore plus sombres, et se dirige vers la sortie. Jérôme se précipite alors dans le couloir, il lui fait une queue de poisson pour la serrer contre lui.
- Attends, je ne t’ai pas dit au revoir
Il dégage les boucles brunes et embrasse tendrement Manuella sur la bouche. Elle voudrait protester mais comment ne pas fondre quand il la tient solidement dans ses bras.
- Tu ne m’as pas dit bonjour, non plus, rétorque-t-elle en l’embrassant à son tour.
- Il n’y a que toi Manuella, que toi que j’appelle, je n’aime pas le dire quand j’ai besoin de quelqu’un. Mais j’ai besoin de toi.
Cette fois, c’est elle qui l’embrasse, puis elle le regarde de ses yeux rieurs :
- C’est un bonjour !
- Reste un peu. Choisis le programme, que veux-tu qu’on fasse ce soir ?
- Un jour j’en aurai marre que tu me balades et je ne reviendrai plus.
- Alors reste avec moi avant que ce jour n’arrive.
Manuella choisit un partie de PlayStation, Jérôme la laisse allumer la télé, la machine l’effraye.
Jusque tard dans la nuit, les murs de l’appartement résonnent de leurs rires.
Et la jeune femme enfermée, attend, elle attend un peu de calme, pour l’appeler encore, il faudra bien qu’il vienne, il est le seul qui peut l’entendre.
3 - Victoire :
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