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24 juin 2019 à 14:30:15

Le Monde de L'Écriture » Salle de lecture » Essais, documents » Pierre et Jean, préface (Guy de Maupassant)

Auteur Sujet: Pierre et Jean, préface (Guy de Maupassant)  (Lu 9974 fois)

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Pierre et Jean, préface (Guy de Maupassant)
« le: 19 mars 2008 à 19:17:38 »

Voilà ce que je viens de lire en révisant... voilà le prétexte que je viens de trouver pour brandir le talisman "utilité commune" et courir jusqu'au forum...

Non, plus sérieusement, je trouve que Maupassant a raison sur toute la ligne, il a tellement réussi à transcrire son opinion qu'on la comprend instantanément, et que, dès que l'on prend connaissance des premières lignes, les suivantes nous viennent à l'esprit, tant son raisonnement est clair, évident, et s'impose à notre esprit... non ?
Je lui dis "d'accord, Guy ! d'accord !"... ce n'est pas très constructif, mais lisez/relisez, et trouvez mieux à dire...


*


Il faut être, en effet, bien fou, bien audacieux, bien outrecuidant ou bien sot, pour écrire encore aujourd'hui! Après tant de maîtres aux natures si variées, au génie si multiple, que reste-t-il à faire qui n'ait été fait, que reste-t-il à dire qui n'ait été dit? Qui peut se vanter, parmi nous, d'avoir écrit une page, une phrase qui ne se trouve déjà, à peu près pareille, quelque part. Quand nous lisons, nous, si saturés d'écriture française que notre corps entier nous donne l'impression d'être une pâte faite avec des mots, trouvons-nous jamais une ligne, une pensée qui ne nous soit familière, dont nous n'ayons eu, au moins, le confus pressentiment?
L'homme qui cherche seulement à amuser son public par des moyens déjà connus, écrit avec confiance, dans la candeur de sa médiocrité, des œuvres destinées à la foule ignorante et désœuvrée. Mais ceux sur qui pèsent tous les siècles de la littérature passée, ceux que rien ne satisfait, que tout dégoûte, parce qu'ils rêvent mieux, à qui tout semble défloré déjà, à qui leur œuvre donne toujours l'impression d'un travail inutile et commun, en arrivent à juger l'art littéraire une chose insaisissable, mystérieuse, que nous dévoilent à peine quelques pages des plus grands maîtres.
Vingt vers, vingt phrases, lus tout à coup nous font tressaillir jusqu'au cœur comme une révélation surprenante; mais les vers suivants ressemblent à tous les vers, la prose qui coule ensuite ressemble à toutes les proses.
Les hommes de génie n'ont point, sans doute, ces angoisses et ces tourments, parce qu'ils portent en eux une force créatrice irrésistible. Ils ne se jugent pas eux-mêmes. Les autres, nous autres qui sommes simplement des travailleurs conscients et tenaces, nous ne pouvons lutter contre l'invincible découragement que par la continuité de l'effort.
                                                                                                Maupassant, préface de Pierre et Jean


« Modifié: 18 octobre 2015 à 19:50:17 par Zacharielle »
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Re : Maupassant : la préface de "Pierre et Jean"
« Réponse #1 le: 19 mars 2008 à 19:24:58 »
Je ne partage pas trop ton avis, Lo, parce que je n'arrive pas à me sentir vraiment concernée par cette préface, puisque je me classe (non, je ne me classe pas : je ne suis pas écrivain... mais je classe l'écrivain que j'aimerais un jour arriver à devenir) dans la catégorie de
Citation de: Guy
L'homme qui cherche seulement à amuser son public par des moyens déjà connus, écrit avec confiance, dans la candeur de sa médiocrité, des œuvres destinées à la foule

Je ne suis pas sûre que les livres les plus passionnants soient ceux qui ont révolutionné l'histoire de la littérature, ces derniers pouvant être très intéressants à étudier, mais franchement pénibles à lire...
Il ne faut jamais remettre à demain ce que tu peux faire après-demain.

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Re : Maupassant : la préface de "Pierre et Jean"
« Réponse #2 le: 20 mars 2008 à 18:55:16 »

(en fait, je suis surtout *_* par les premières lignes^^)

Heu, oui, moi de même, ce serait déjà un grand pas si j'y arrivais.

Par contre... tu ne penses pas que les classiques sont pénibles à lire, justement parce que leur génie littéraire est profond ? En gros, pourquoi s'arrêter à l'habit du moine ?
Ensuite, je suis d'accord que ça ne doit pas seulement être, par exemple, une critique des moeurs de son époque. Sinon c'est chiantissime (allo Balzac ?), bien sûr : mais s'évertuer à allier les deux... non ?
Enfin, est-ce qu'on ne peut pas dire que les textes qui amusent par des moyens déjà connus (etc.) trouvent leur origine dans les classiques ? Est-ce qu'on ne peut pas dire que Bartiméus a des fondements d'ironie flaubertienne ?



Sinon, je m'oppose complètement au morceau "dans la candeur de sa médiocrité, des oeuvres destinées à la foule."
Bien sûr, ça peut coller avec des Marc Lévy et des Dan Brown (et même là ! il est quand même doué pour le suspense. Un peu, si, si), mais je ne crois pas (mais c'est aussi ce que tu dis, en fait, je ne fais que répéter à ma sauce...) que l'on puisse dire ça avec l'antécédant "amuser son public par des moyens déjà connus". Le côté "oeuvre destinée au petit clan de littéraires grincheux baignant dans le formol et l'atmosphère balzacienne" m'horripile, m'exaspère, me fait sortir de mes gonds. Pourquoi toujours opposer la reconnaissance du cercle littéraire avec le goût du public...
sinon, il faut que l'école soit plus rigoureuse et apprenne à tous comment aimer un bon texte et ne pas aimer un mauvais, mais...
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Re : Maupassant : la préface de "Pierre et Jean"
« Réponse #3 le: 20 mars 2008 à 19:08:53 »
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Je ne partage pas trop ton avis, Lo
Je rectifie donc : je partage l'avis de ton de ton message, Lo  :noange:

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Par contre... tu ne penses pas que les classiques sont pénibles à lire, justement parce que leur génie littéraire est profond ?
Du tout. Je pense que les classiques sont des livres comme les autres, il n'y a pas Les Classiques, La Littérature/et les autres bouquins. S'ils sont passés à la postérité, c'est qu'on a reconnu leurs grandes qualités novatrices. Rares sont ceux qui, de leur temps, étaient reconnus à leur juste valeur. Les classique de demain sont donc vraisemblablement de "petits bouquins" d'aujourd'hui, en partie. Donc, je ne vois pas de raison de ne pas les juger comme on juge un autre livre ; j'aime beaucoup Stendhal, j'aime pas du tout Roubaud (bon, Roubaud est-il un classique ? C'est peut-être un mauvais exemple, je l'accorde). Stendhal a inventé des choses, Roubaud aussi. S'ils sont étudiés, c'est que les critiques leur ont reconnu un certain génie littéraire profond, comme tu dis. Mais, si c'est un point commun de tous les classiques, est-ce bien pour ça qu'on devrait les assimiler, les classer tous dans la même catégorie ? Et donc, il peut y en avoir des pénibles, et des passionnants (et à mon goût, beaucoup d'intermédiaires...), je ne pense pas qu'on puisse dire qu'ils sont pénibles à lire à cause de leur génie littéraire. Certains lient donc bien les deux aspects que tu soulèves (Stendhal écrivait pour plaire à son lecteur, en se fichant des règles, par exemple). CQFD, dirait Jack.

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Enfin, est-ce qu'on ne peut pas dire que les textes qui amusent par des moyens déjà connus (etc.) trouvent leur origine dans les classiques ? Est-ce qu'on ne peut pas dire que Bartiméus a des fondements d'ironie flaubertienne ?
Mdr, je n'avais pas pensé à faire ce rapprochement ! XD
Mais à mon avis, ta réponse est contenue dans la question (ah, c'est ça une question rhétorique ?  :noange: ) : les classiques, enfin, les découvreurs de techniques, disons, servent forcément de base, même indirecte, aux autres. Seulement certains sont reconnus par les universitaires (ouah, l'ironie de Flaubeeeeeert, disent les profs), d'autres non (le génie d'Agatha Christie pour lier les intrigues policières ? Bah, c'est un sous-genre, nous disent-ils).

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Sinon, je m'oppose complètement au morceau "dans la candeur de sa médiocrité, des oeuvres destinées à la foule."
Moi aussi, mais je n'avais pas le temps de développer ! C'est cette position de Maupassant, qu'il défend en fait dans tout son texte, que je ne partage pas du tout.
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Maupassant : la préface de "Pierre et Jean"
« Réponse #4 le: 20 mars 2008 à 19:17:08 »
Citation de: Mil'

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Par contre... tu ne penses pas que les classiques sont pénibles à lire, justement parce que leur génie littéraire est profond ?
Du tout. Je pense que les classiques sont des livres comme les autres, il n'y a pas Les Classiques, La Littérature/et les autres bouquins. S'ils sont passés à la postérité, c'est qu'on a reconnu leurs grandes qualités novatrices. Rares sont ceux qui, de leur temps, étaient reconnus à leur juste valeur. Les classique de demain sont donc vraisemblablement de "petits bouquins" d'aujourd'hui, en partie. Donc, je ne vois pas de raison de ne pas les juger comme on juge un autre livre ; j'aime beaucoup Stendhal, j'aime pas du tout Roubaud (bon, Roubaud est-il un classique ? C'est peut-être un mauvais exemple, je l'accorde). Stendhal a inventé des choses, Roubaud aussi. S'ils sont étudiés, c'est que les critiques leur ont reconnu un certain génie littéraire profond, comme tu dis. Mais, si c'est un point commun de tous les classiques, est-ce bien pour ça qu'on devrait les assimiler, les classer tous dans la même catégorie ? Et donc, il peut y en avoir des pénibles, et des passionnants (et à mon goût, beaucoup d'intermédiaires...), je ne pense pas qu'on puisse dire qu'ils sont pénibles à lire à cause de leur génie littéraire. Certains lient donc bien les deux aspects que tu soulèves (Stendhal écrivait pour plaire à son lecteur, en se fichant des règles, par exemple). CQFD, dirait Jack.


Oui, alors d'accord. Et "Encore Fallait-il Le Démontrer", dirait Ambre' :noange:
Mais tu sais, je trouve que ces questions sont très intéressantes, et très concrètes aussi. Des questions qu'on se pose, dont on sent les nuances, qu'on a envie de développer... et c'est littéraire, comme questions. Mais pourtant, on ne les croise jamais dans les annales... tu sais pourquoi ? je trouve ça dommage.

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Enfin, est-ce qu'on ne peut pas dire que les textes qui amusent par des moyens déjà connus (etc.) trouvent leur origine dans les classiques ? Est-ce qu'on ne peut pas dire que Bartiméus a des fondements d'ironie flaubertienne ?
Mdr, je n'avais pas pensé à faire ce rapprochement ! XD
Mais à mon avis, ta réponse est contenue dans la question (ah, c'est ça une question rhétorique ?  :noange: ) : les classiques, enfin, les découvreurs de techniques, disons, servent forcément de base, même indirecte, aux autres. Seulement certains sont reconnus par les universitaires (ouah, l'ironie de Flaubeeeeeert, disent les profs), d'autres non (le génie d'Agatha Christie pour lier les intrigues policières ? Bah, c'est un sous-genre, nous disent-ils).

Oui, mais non. J'adore Stroud, c'est très réussi. Mais ce n'est pas novateur au point de rester dans les annales. Pour qu'un texte soit novateur, il faut qu'il innove sur le fond et la forme. Et je crois que c'est pas le cas... ça reprend beaucoup d'idées-types de la fantasy, même si le melting-pot est réussi.

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Re : Maupassant : la préface de "Pierre et Jean"
« Réponse #5 le: 20 mars 2008 à 19:32:46 »
Je n'incluais pas Jonathan Stroud dans les découvreurs de techniques (mon exemple était Agatha Christie, mais c'est vrai que c'est délicat vu que j'en ai lu aucun  :-° ). Il est novateur au sein de la fantasy, parce qu'il a créé un univers original, mais bien que je l'adore, je n'irais pas jusqu'à dire qu'il a révolutionné la littérature.
Mais est-ce pour cela qu'on doit lui préférer un Balzac ou, pour rester dans le fantastique, je sais pas, moi, un Hoffman ? Je pense que ça dépend des gens, de la même façon qu'on peut préférer A la Croisée des Mondes à Robin Hobb, ou pas. Je veux dire que, mis à part les romans vraiment mauvais (du genre, heu... "Danse !" ou ce genre de trucs. Et encore. Moi j'aurais tendance à classer Everworld dans cette catégorie, et je sais que ce n'est pas un avis partagé ici), la lecture est vraiment quelque chose de subjectif.
En fait, tout dépend de ce qu'on valorise dans la littérature : le plaisir du lecteur, ou les aspects qu'on va étudier en classe ? Même si, objectivement, je peux trouver, pour reprendre notre exemple, plus de qualités stylistiques, de construction, d'invention, etc, à, mettons, Flaubert, je continue à trouver plus de plaisir à lire Bartiméus. Un bon livre, n'est-ce pas celui qui transporte le lecteur dans son univers ?
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Re : Maupassant : la préface de "Pierre et Jean"
« Réponse #6 le: 20 mars 2008 à 19:38:38 »

Oui, mais personnellement, j'ai plaisir à relire des pages

de Flaubert, justement pour l'aspect novateur (ironiquement

parlant ; même si Balzac est novateur, je le vomirai toujours,

j'en ai peur).
Après, je relis peut-être Barty avec plus de

plaisir, mais... sommes-nous des thermomètres à plaisir ? heu je

m'emporte xD

Bref, en tout cas je suis toujours à fond

d'acc' avec Maupassant pour les, disons, trois premières

lignes.
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Re : Maupassant : la préface de "Pierre et Jean"
« Réponse #7 le: 20 mars 2008 à 19:41:55 »
Moi toujours pas ^^ J'adhère à  :
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Qui peut se vanter, parmi nous, d'avoir écrit une page, une phrase qui ne se trouve déjà, à peu près pareille, quelque part.


Mais pas à :
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Il faut être, en effet, bien fou, bien audacieux, bien outrecuidant ou bien sot, pour écrire encore aujourd'hui! Après tant de maîtres aux natures si variées, au génie si multiple, que reste-t-il à faire qui n'ait été fait, que reste-t-il à dire qui n'ait été dit?

Parce que des gens se sont dit ça à toutes les époques (la preuve : Maupassant écrit ça à une époque qui est aujourd'hui une mine de classiquesà, et que c'est pas parce que moi j'y arrive pas, que ça veut dire que personne ne peut écrire quelque chose de nouveau...
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Re : Re : Maupassant : la préface de "Pierre et Jean"
« Réponse #8 le: 20 mars 2008 à 19:45:30 »


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Mais pas à :
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Il faut être, en effet, bien fou, bien audacieux, bien outrecuidant ou bien sot, pour écrire encore aujourd'hui! Après tant de maîtres aux natures si variées, au génie si multiple, que reste-t-il à faire qui n'ait été fait, que reste-t-il à dire qui n'ait été dit?

Parce que des gens se sont dit ça à toutes les époques (la preuve : Maupassant écrit ça à une époque qui est aujourd'hui une mine de classiquesà, et que c'est pas parce que moi j'y arrive pas, que ça veut dire que personne ne peut écrire quelque chose de nouveau...


Moui, mais c'est plus un effet de rhétorique, non ? je le perçois comme ça en tout cas...
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Re : Maupassant : la préface de "Pierre et Jean"
« Réponse #9 le: 24 mars 2008 à 21:10:34 »
moi je suis totalement d'accord avec Maupassant!!!
Flaubert et tous les autres ont presque  ( goût de la nuance propre aux hypokhâgneux) toujours mieux écrit que ce qu'on pourrait écrire.
Le problème c'est bien sûr les étiquettes que l'on accroche aux bouquins genre " ça c'est de la littérature  et "ça par contre c'est l'exemple même de ce qui n'est pas de la littérature". Les censeurs, les critiques ont toujours sévi!

et je suis tout à fait d'accord avec Milora ça dépend de ce qu'on valorise: Flaubert est doué pour l'ironie pas pour le suspens ( il ne se passe que dale dans Bovary)

( ah, pendant que j'y pense, Loredan, il faut que tu arrête ta thermomètrophilie)

par contre Milora dire qu'il faut être fou pour écrire n'empêche pas le fait que ce soit possible de réussir! (difficulté et folie n'entraînent pas l' impossibilité)
Maupassant constate la difficulté, il ne dit pas que c'est impossible
et justement comme tu le montres, Maupassant a réussi à se faire une petite place au sein de la littérature ( faut dire qu'avec  Flaubert comme mécène littéraire, il partait avec des avantages)
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Re : Re : Maupassant : la préface de "Pierre et Jean"
« Réponse #10 le: 24 mars 2008 à 21:27:23 »
Citation de: Ernya
faut dire qu'avec Flaubert comme mécène littéraire, il partait avec des avantages

xD C'est sûr que ça aide ::)

Tiens, tout à l'heure je lisais une préface à un recueil de Verlaine (d'ailleurs, j'viens de me rendre compte de la poéticité de ce nom, j'en suis tout émoustillé xD), et je suis tombé sur une citation de Proust...

Proust écrit que la "constante aberration de la critique est telle qu'un écrivain devrait presque préférer être jugé par le grand public (si celui-ci n'était incapable de se rendre compte même de ce qu'un artiste a tenté dans un ordre de recherches qui lui est inconnu). Car il y a plus d'analogie entre la vie instinctive du public et le talent d'un grand écrivain [...] qu'avec le verbiage superficiel et les critères changeants des juges attitrés."

Ce qui me gêne, en fait, c'est le "presque" xD
Mais bon, c'est la même question : tout écrivain s'oriente vers une certain type de lecteurs. Lesquels viser ? Faut-il écrire pour que le plus grand nombre adhère, apprécie ? ou est-il préférable de viser l'empyrée littéraire hargneux, grincheux, passéiste, mais non moins littéraire ?^^
Parce qu'il me semble très très très difficilement concevable d'allier les deux.
Et ne me répondez pas qu'on écrit d'abord pour soi ; comme dirait Rousseau, "tout artiste désire être applaudi"... faut-il pour autant, avec moult guillemets, "s'abaisser" aux goûts de la masse ?
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Re : Maupassant : la préface de "Pierre et Jean"
« Réponse #11 le: 24 mars 2008 à 21:35:56 »
ça dépend comment on conçoit les choses...
certains veulent faire un boulot chiant mais bien payé d'autres préfèrent un boulot mal payé mais qui leur plaît...
c'est la même chose en littérature
soit on considère qu'il faut suivre le goût du public pour réussir, soit on considère qu"il faut suivre SON entreprise littétraire même si elle ne correspond pas aux attentes ( Maupapsant parle aussi de ça il me semble dans la préface, parce que là on discute que sur quelques lignes...)
en gros jsuis d'accord  avec toi sur le fait que concilier les deux ça va être dur
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« Réponse #12 le: 24 mars 2008 à 21:46:16 »
Citation de: Ernya
ça dépend comment on conçoit les choses...
certains veulent faire un boulot chiant mais bien payé d'autres préfèrent un boulot mal payé mais qui leur plaît...
c'est la même chose en littérature

Hé hé non, c'est pas exactement ce que je voulais dire...

je me demandais si, finalement, la bonne littérature, ce n'est pas celle qu'aime le plus grand nombre de lecteurs. Un livre est-il réussi s'il satisfait 100% des critiques littéraires et 11% des lecteurs ? ou bien l'inverse ? je crois que la question se pose...
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Re : Maupassant : la préface de "Pierre et Jean"
« Réponse #13 le: 24 mars 2008 à 21:53:24 »
mais on retombe sur le même problème! qui faut-il contenter? soi-même? le lecteur? le critique?
un livre qui est réussi ce serait celui qui se vend bien
dans ce cas soit on écrit comme J.K.Rowling soit on réécrit la Bible...
et là encore problème :noange:
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Re : Maupassant : la préface de "Pierre et Jean"
« Réponse #14 le: 24 mars 2008 à 22:40:07 »
Une nouvelle fois, Loredan soulève une question qui aurait tout à fait sa place au début d'un cours de litté... Continue comme ça et tu finiras soit prof, soit critique littéraire! Et dans les deux cas, tu seras tellement désabusé par ce qu'on te présentera que tu finiras par noyer ton chagrin dans les cigarettes et/ou l'alcool... Je plaisante  :P

Comme tu l'as fait remarquer, à la la première lecture du texte, on approuve totalement, et on ressent même un certain bien-être à savoir qu'un "Grand" a ressenti la même que la petite fourmi que nous sommes.

Mais à vous lire, on croirait qu'il est impossible quoi que ce soit de valable, puisque l'écrivain ne travaillerait que dans le but de satisfaire soit la critique soit la masse. Une minute, messeigneurs! Et où se trouve votre idéal d'artiste dans tout cela? Je vais sans doute passer pour quelqu'un "d'idéaliste et désinteressé", mais j'avais cru comprendre que la littérature était un art, qui répondait donc tout d'abord à une volonté esthétique, et pas à l'offre et à la demande!

qui faut-il contenter? soi-même? le lecteur? le critique?
En tant qu'art, la littérature devrait tout d'abord tout d'abord satisfaire son auteur et engendrer chez lui un sentiment d'achèvement. Mais toujours en tant qu'art, la littérature est dirigée vers l'autre. L'autre, ce n'est pas le critique, ce n'est pas non plus "la foule" ni une créature mutante qui collectionne ce que la mer lui envoit. C'est n'importe qui. L'art n'est-il pas unniversel?
Conclusion : un bon livre doit être capable de remporter l'aval de tous. Oui et non. Parce que de nos jours, un succès littéraire, que ce soit auprès des critiques ou du grand public, ne dépend malheureusement pas de la qualité des talents littéraires de l'auteur. Les critiques sont largement politisés, et le grand public est totalement influencé par les médias.
Que nous reste-t-il? Je dirais bien la postérité, mais il s'agit d'une force bien capricieuse...

Je me suis pas mal éloignée de mon propos initial, mais je reste fermement convaincue qu'il ne faut pas désespérer.
Les hommes de génie n'ont point, sans doute, ces angoisses et ces tourments, parce qu'ils portent en eux une force créatrice irrésistible. Ils ne se jugent pas eux-mêmes. Les autres, nous autres qui sommes simplement des travailleurs conscients et tenaces, nous ne pouvons lutter contre l'invincible découragement que par la continuité de l'effort. /quote]
A qui pensait Maupassant en écrivant ces lignes? A Hugo? L'homme était certes prolixe, mais tous ses vers ne sont pas merveilleux. A Zola? Un véritable bourreau de travail qui se basait sur des semaines de recherches.
Tous les "hommes de génies", que nous considérons aujourd'hui comme nos maîtres, n'étaient rien d'autre que les "travailleurs conscients et tenaces" de leurs temps.
Good, better, best. Never let it rest.
'Til your good is better and your better is best.

 


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