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03 Avril 2026 à 00:01:23
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Spasme

Auteur Sujet: Spasme  (Lu 8055 fois)

Verasoie

  • Invité
Spasme
« le: 14 Février 2012 à 00:49:35 »
Je pense que ce texte est en totale adéquation avec la date du jour  :huhu:

Bon. Ça fait longtemps que j'avais rien posté, mais ça fait aussi longtemps que je n'avais pas écrit quelque chose qui ne soit pas un nano ou une réponse à un défi. Donc voilà, faut bien se remettre sur les rails.

J'avais eu cette idée pour répondre à un AT "mort dents lames", qui demandait des textes gores. Finalement, j'aimais pas ce que j'écrivais et j'avais laissé tomber. J'ai repris ça la semaine dernière, sans relire mon premier document.

Désolée d'avance, mais c'est plutôt long... Tellement que, du coup, je suis obligée de couper en deux. Je poste la suite dès que quelqu'un aura répondu u_u

J'espère quand même que ça vous plaira parce que j'ai essayé de faire différent et que pour les thèmes j'me suis déchirée haha. Non vraiment il me tient à coeur.

Bonne lecture !


***



Avant que Nicolas devienne cet homme sombre à l'aura de danger, avant qu'il grandisse, traînant ses obsessions comme d'encombrants sacs de voyage, avant que notre enfance ne soit un vieux souvenir comme une photo passée, nous avions l'habitude de traîner, ensemble, tous les jours. Je le suivais comme son âme damnée. Arpentant inlassablement la banlieue et ses maisons pavillonnaires, nous guettions les visages derrière les rideaux de dentelles et échangions quelques mots avec les enfants qui jouaient dans les cours, plus au fait des vies qui s'écoulaient paresseusement à l'intérieur que les commères elles-mêmes.
« Les deux vieilles du croisement ne peuvent plus se supporter. Celle du 14 a vidé son pot de chambre par sa fenêtre, ce matin, directement dans le jardin du 16. On raconte que c'est parce que la voisine s'était débarrassée de ses limaces en les lançant par-dessus sa clôture, dans les salades. En fait, c'est le fils B. qui avait rempli un seau de limaces, pour faire peur à sa petite cousine de Lyon. On l'a vu aller les vider parce qu'il s'était fait engueuler.
- Gronder », rectifiait sa grand-mère en versant de l'eau brûlante dans sa tasse de chicorée. Nicolas s'emparait d'une gaufrette à la vanille en haussant les épaules. Elle me tendait une boîte en fer où je piochais un biscuit en la remerciant, et elle disait à son petit-fils de prendre exemple sur l'adorable gamine que j'étais. On avait neuf ans. Ensuite elle demandait :
« Comment tu sais que c'est un coup du fils B., les limaces ?
- On l'a aidé, tiens ! »
Elle éclatait de rire. « Quand tu étais petit, je t'ai déjà vu mouiller ta culotte pour une limace ! » Puis elle vérifiait dans le four que ses madeleines ne brûlaient pas. Nicolas ne tenait pas en place et, en général, il se levait dès son sirop avalé avec un « on reviendra plus tard pour les madeleines, mamie ! » qu'elle balayait avec un signe de main et un sourire.
On faisait le tour du pâté de maisons en nous arrêtant pour aboyer devant les grillages de fonte. Les cabots derrière, énervés à en devenir fous, se tapaient la gueule contre les barreaux. Ça me faisait rire. Des fois le propriétaire sortait et on détalait comme des lapins. Nicolas racontait ça à sa mamie en mangeant les madeleines chaudes, et elle traitait le propriétaire de vieux con. Mais si c'était lui qui le disait, il avait droit à une petite tape derrière le crâne. « Surveille ta langue. Et allez donc acheter du lait, si vous voulez des crêpes demain. » Elle ouvrait un tiroir, en sortait des pièces qu'elle lui glissait dans la poche et nous étions repartis.
On s'arrêtait souvent au terrain de basketball, non loin du supermarché, pour regarder les grands jouer. Il arrivait qu'ils nous prêtent le ballon, ou nous intègrent à leurs équipes ; quand ils en avaient assez de nous voir, ils arrêtaient simplement de nous passer la balle et, las de tendre les bras en vain, on partait jouer ailleurs. Ici aussi circulaient des rumeurs que Nicolas glanait et rapportait consciencieusement à sa grand-mère.
« Il paraît que le frère de Jordane veut partir de chez lui. Il est venu la voir au terrain hier, il avait un sac de marin avec lui.
- C'est le fils du boucher ?
- Oui.
- Ça ne m'étonne pas. Avec un père comme lui, ça ne m'étonne pas.
- La maman d'Ève dit qu'on ne devrait pas parler à Jordane. »
Je lui donnais un coup de pied sous la table et baissais les yeux parce que c'était trop tard pour le faire taire. À cause de ce que disaient mes parents, je n'osais pas parler à Jordane et restais en arrière quand Nicolas, qui s'entendait avec tous les gosses du quartier, échangeait quelques mots avec elle. Sa grand-mère était différente de tous les adultes que je connaissais, et de mes grands-parents très stricts ; je savais qu'elle n'aurait pas le même avis et cela me déstabilisait. J'avais peur de ce qu'elle penserait de moi.
« Tes parents, c'est autre chose, ma petite », mais quand elle disait cela son regard pénétrant était braqué sur Nicolas. « Tu as de la chance, même s'ils t'agacent souvent, ils t'aiment beaucoup. C'est important. Mais tu as le droit de parler à Jordane. Elle n'a qu'un ou deux ans de plus que vous et elle doit être paumée, la pauvre jeune. Ne le leur dis pas, c'est tout. »
Elle me tendait le pot de confiture pour ma crêpe, et se remettait à rire quand j'essayais vaillamment de mordre le rouleau sans qu'elle dégouline sur mes doigts déjà poisseux.
Nicolas avait une grande soeur qui passait quelquefois, se contentait d'une tasse de chicorée et ignorait les crêpes. Elle boudait toujours un peu au début, comme si on l'avait forcée à venir, mais personne ne résistait au caractère de la vieille mamie, et Morgane finissait par rire comme quand elle était petite, les joues rougies par l'ambiance surchauffée de la cuisine. J'avais réalisé, quand il pleuvait et que je passais l'après-midi chez Nicolas, qu'elle ne parlait presque pas chez eux, lançant des regards noirs et défiants à ses parents chaque fois qu'ils se permettaient une remarque ; sa voix était remplacée par celle du piano sur lequel elle passait des heures pendant qu'on faisait nos devoirs. Elle jouait inlassablement les mêmes exercices de souplesse, Czerny et déliateurs monotones, jusqu'à ce que sa mère s'en plaigne. Alors elle se mettait à déchiffrer les morceaux qu'elle connaissait moins en râlant ; elle n'avait pas le courage de vraiment travailler. Quand on avait fini nos devoirs, elle entonnait une valse que nous faisions semblant de danser, lui arrachant de rares sourires. Elle gardait pour la fin l'air de boîte à musique que Nicolas réclamait toujours. Ensuite elle refermait le piano et annonçait qu'elle allait chez une amie. Souvent, si le climat était orageux ou si ses parents s'étaient plaint trop fort de ses exercices, ou quand elle n'arrivait pas à suivre le rythme du métronome, elle frappait les touches dans un accord discordant, claquait le couvercle et partait sans un mot. Le piano m'attirait mais je n'osais pas demander à Morgane de m'apprendre quoi que ce soit ; et Nicolas, qui ne s'intéressait qu'à « la boîte à musique », se lassait du salon dès que sa soeur était partie.
Avec ses cinq ans de plus que moi, Morgane m'avait toujours paru très adulte ; comme j'étais fille unique, elle était à la fois un modèle et un point de repère pour moi. Quand elle entra au lycée, elle fit de moins en moins de piano. Elle n'était pas là les soirs où nous peinions sur nos devoirs, ou elle rentrait exténuée, trempée par la pluie et fatiguée par l'ambiance mouillée du bus où elle avait passé une demi-heure, et comme ils passaient à table, je filais retrouver mes parents. Un samedi matin, nous travaillions sur un exposé stupide, le bâclant pour pouvoir aller profiter du soleil. Morgane descendit au salon houspiller Nicolas pour la forme, parce qu'on l'avait réveillée pendant sa grasse matinée. Elle était en pyjama, les cheveux ébouriffés et pieds nus. Elle bâilla, jeta un oeil à ce que nous écrivions et haussa les épaules, puis demanda :
« Les parents sont pas là ? »
Nicolas lui expliqua qu'ils avaient laissé à manger au frigo et qu'ils étaient partis pour la journée. « Ève peut manger avec nous ? » Il m'avait déjà proposé, et j'avais déjà accepté. Morgane, qui s'en fichait, hocha la tête d'un air absent. Puis elle s'installa, pyjama et tout, devant le piano qu'elle ouvrit tout doucement. Elle promena ses doigts un moment sur le clavier, enfonçant des notes en silence. Certaines donnaient un son qu'elle n'avait pas réussi à étouffer. Du pied gauche elle enfonça la sourdine et joua quelques accords, puis, sans sortir de partition, lâchant la pédale, elle se lança. Je souris en reconnaissant la boîte à musique. Je n'avais pas réalisé à quel point la présence de Morgane au piano m'avait manqué.
On ne l'entendait jouer que rarement. Elle n'était pas souvent à la maison, et quand elle restait, il fallait attendre que les parents soient dehors. Nicolas aussi insistait souvent pour traîner à droite et à gauche, comme s'il supportait de moins en moins d'être dans ces murs, et je le suivais fidèlement, incapable de lui avouer que j'aurais aimé écouter la musique. Mais lorsque l'occasion se présentait, elle était bien plus sereine, travaillait des partitions qu'elle n'avait pas eu le courage d'aborder auparavant, limitait les exercices ennuyeux à un petit échauffement. Pour la première fois je me dis qu'elle aussi, continuait de grandir.
Pendant nos années collège, Nicolas passait chez moi presque tous les jours où on n'avait pas cours, parfois au milieu du repas de famille dominical. Mes parents le regardaient d'un drôle d'air mais ils avaient réalisé depuis longtemps que c'était mon seul ami, et ils me laissaient partir avant le dessert, partagés entre l'aversion et la pitié pour lui et sa famille, comme ils disaient, de galériens. Mes oncles et tantes qui s'offusquaient de mon départ ne m'avaient pas apporté de cousin avec qui jouer et n'avaient qu'à s'en blâmer. On faisait le tour du quartier, on passait au terrain de basket glaner les derniers ragots qui traînaient, prendre la balle à des gamins pour marquer un ou deux paniers avant de l'abandonner. Quand des jeunes se partageaient un pack de bière, assis sur un mur au bord du terrain, il se débrouillait pour leur en taxer une gorgée, ou une bouffée de cigarette ; effrayée que mes parents puissent l'apprendre, je restais en retrait. Chaque fois, on passait chez sa grand-mère, même si ce n'était que pour la saluer par la fenêtre avant de rentrer chez nous. Je me demandais si elle le sentait lorsqu'il avait bu ou fumé avant de venir, et j'avais fini par conclure que tant qu'il continuerait à venir la voir, il resterait un bon garçon et elle ne lui ferait pas de remarque. Ce que je prenais, malgré mon affection pour elle, pour une illusion de vieille dame, s'était avéré bien plus vrai que je n'aurais pu le deviner à l'époque. La dernière fois que je l'ai vue, nous avions quatorze ans. Elle s'était endormie en regardant les informations, et un feuilleton ridicule de mercredi après-midi passait à la télévision ; elle avait sursauté quand Nicolas avait frappé au carreau. Elle ouvrit la fenêtre et, comme il le faisait parfois, il enjamba carrément le rebord, riant aux éclats pendant qu'elle l'appelait sauvage. Je le suivais avec moins d'agilité. Depuis tout ce temps, moi aussi je l'appelais mamie.
« Ta soeur travaille bien à l'école ? » avait-elle demandé entre deux gorgées de chicorée, quand nous avions été installés. Nous aussi étions passés du sirop à son café instantané, et je soufflais sur ma tasse pour essayer de la refroidir.
« Normal », éluda Nicolas, « elle ne rentre plus trop les week-ends, tu sais. Mais elle joue toujours aussi bien du piano. Tu devrais venir l'écouter.
- C'est elle qui devrait l'amener ici », répondit-elle du tac au tac, et je voyais un voile de peine au fond de ses yeux. « Enfin, j'imagine que moi aussi, je peux encore me déplacer. Dis-lui de ne pas oublier de rentrer samedi. Comment ça, non ? Tu prends le téléphone de tes parents et tu appelles sa résidence. Ils lui passeront bien le message. Et de préparer un gâteau et que j'amènerai mes vieux os. »
Elle faisait mine de n'être plus qu'un tas d'arthrite à déplacer douloureusement, mais sa façon d'avoir la cuisine toujours astiquée pour notre venue, de passer la journée aux fourneaux et de taper sur la main de Nicolas quand il venait tremper un doigt dans la pâte crue, disaient tout le contraire. Seul un léger tremblement, qu'elle n'arrivait pas à calmer, dénonçait son âge, mais elle s'accrochait à sa forme et à son petit-fils avec une poigne impressionnante. C'est pourquoi je n'ai rien soupçonné le lendemain, quand un élève de sixième est entré dans la salle de classe pour demander Nicolas au bureau. Il a froncé les sourcils et s'est demandé s'il avait pu être surpris à faire quoi que ce soit d'illégal au collège – on l'avait déjà convoqué pour un gamin à qui il avait cassé le nez, des choses gravées sur un banc avec un couteau suisse qu'il gardait toujours avec lui, mais là, je ne voyais pas. Il était sorti, et quand la cloche avait sonné, j'avais emballé ses affaires pour les prendre au cours suivant. Il n'était pas revenu. Son sac était resté sur la chaise à côté de moi pendant toute l'heure ; puis midi sonna, et je sortis avec les deux cartables, cherchant dans la cour un endroit où m'installer en attendant, me demandant s'il y avait quelqu'un avec qui je pouvais manger à la cantine. C'était la première fois qu'il n'était pas là. Finalement, plissant les yeux contre le soleil réverbéré par le macadam clair, je le vis posé sur le banc le plus éloigné. Je m'approchai, balançai les sacs, m'assis à côté de lui et attendis.
« C'est ma grand-mère », fit-il enfin.
« Eh bien ? »
« Elle est morte. »
La phrase était comme tombée, et il m'avait fallu un temps pour la comprendre. Je crus qu'il parlait de quelqu'un d'autre ; je ne concevais pas que mamie ait eu le temps de mourir depuis l'après-midi de la veille. Il avait forcément une autre grand-mère ; mais il répliqua avec lassitude que plus personne chez lui ne parlait à la famille de son père. Il avait le regard hagard. Oui, mamie. Tombée, ils ont dit. Je me mis à pleurer. Je versai plus de larmes que lui, cette fois-là comme à l'enterrement qui eut lieu quelques jours plus tard. Morgane était là ; je ne l'avais encore jamais vue en robe. C'était une chute, tout simplement, dans les escaliers, sauf qu'elle s'était brisé la nuque. Même s'il y avait eu quelqu'un avec elle, on n'aurait rien pu faire. Il n'y avait pas beaucoup de monde dans l'église. Nicolas avait le visage grave, au fond des yeux quelque chose de détruit, ravagé, emporté le plus loin possible de sa conscience.
Le printemps passa, puis le début de l'été, avec le brevet des collèges. Je m'en sortis bien, Nicolas s'en sortit assez bien, nous étions inscrits dans le même lycée et les vacances arrivèrent. Nous avions toujours notre habitude de rôder dans le quartier, mais le manque quand nous passions devant la rue où on avait mangé tant de crêpes était indescriptible. Morgane partit les deux premières semaines avec Greg, un gars lascif avec qui elle sortait depuis qu'elle avait eu son bac, deux ans auparavant, et que j'avais croisé une seule fois alors qu'ils se retrouvaient au terrain de basket ; il était plus vieux qu'elle, l'écoutait peu, parlait encore moins et il avait toujours l'air de penser à autre chose, mais le sourire qu'elle avait à ses côtés était tel que j'avais su qui il était, avant même que Nicolas ne me le désigne. Je lui demandai une fois, au début des vacances, pourquoi il restait avec moi. Personne dans la classe ne m'aimait beaucoup, je passais plutôt inaperçue, mais en conséquence nous n'étions jamais invités aux fêtes qui se tenaient chez les autres, ou aux rassemblements au bord du plan d'eau, tout au bout de la ligne de bus. Il avait haussé les épaules et m'avait retourné la question, comme je n'avais pas su quoi répondre, le sujet n'avait jamais été ramené.
Sans la maison de sa grand-mère comme point d'ancrage, ni le piano pour nous garder à l'intérieur, Nicolas ne tenait plus en place ; je savais qu'il voulait s'éloigner le plus possible de tout ce qui lui rappelait ne serait-ce que l'absence de sa soeur partie en vacances. En discutant au terrain de basket, avec Jordane et d'anciens amis de Morgane, il obtint qu'on nous laisse deux places dans une voiture quelquefois. On partait à la campagne, plusieurs vieilles épaves roulantes à la fois, les vitres grandes ouvertes et gueulant des paroles de chansons par la fenêtre ; arrêtés dans un champ, on faisait un feu et on grillait des saucisses sur des grilles carbonisées, des pommes de terre dans de l'aluminium. Une voiture restait allumée et les hauts-parleurs de mauvaise qualité crachaient de la musique jusqu'à la tombée de la nuit ; avant qu'il ne fasse vraiment noir, les autres dressaient des tentes, sortaient des bouteilles de vodka, faisaient passer quelques pétards dont l'odeur me rappelait inexplicablement quelque chose, un souvenir qui essayait de remonter à ma conscience, sans jamais réussir à crever la surface. Nicolas fumait et buvait avec conviction, et je le suivais sans plus vraiment me limiter. Passées les premières gorgées brûlantes, je me sentais moins timide, discutais avec Jordane, l'écoutais parler de son frère disparu. Parfois je clignais des yeux comme si je me réveillais, et réalisais que Nicolas n'était pas là ; mais je le retrouvais vite, occupé à chanter faux près d'une guitare désaccordée grattée par un dreadeux hilare. Quand il n'y avait plus de place dans les tentes, on dormait dans les voitures ou à la belle étoile. J'ai passé une nuit allongée sur le capot d'une vieille 205, à crier à chaque étoile filante que je souhaitais en voir une autre, jusqu'à ce que Jordane tente de me faire descendre, que Nicolas s'en mêle et qu'on finisse tous par terre à essayer de se relever en titubant et en gloussant. Le lendemain, en nous déposant au terrain de basket, ils parlaient déjà de tel cousin qui fêtait son anniversaire dans une salle des fêtes, pas très loin. Au bout d'un temps ils ne nous demandaient plus si on souhaitait les accompagner, notre place était réservée d'office bien qu'on fût les plus jeunes de la bande. Je disais à mes parents que nous partions en camping. Ça passait.
Lorsque Morgane rentra de ses vacances, je m'étonnai qu'elle ne vienne pas avec nous ; après tout, ceux avec qui on partait le soir l'avaient bien connue. Nicolas n'en savait pas plus que moi, et quand on leur demanda une fois, la plupart prit une mine sombre. Depuis qu'elle était à la fac, elle les avait plus ou moins laissés tomber, ne leur donnait plus de nouvelles ; chaque fois qu'ils voulaient faire quelque chose avec elle, son copain s'intercalait. Personne n'avait l'air de beaucoup l'aimer, et ce qui me surprit le plus fut qu'ils me mirent personnellement en garde contre lui : ne pas trop l'approcher, si jamais il me demandait de faire quelque chose pour lui, n'importe quoi, même contre de l'argent, refuser catégoriquement. Je cherchais l'approbation dans les yeux de Nicolas mais il faisait mine de ne pas écouter, de se concentrer sur sa bouteille. Le lendemain après-midi, il proposa qu'on reste à la maison ; il pleuvait, on n'avait qu'à écouter de la musique dans sa chambre. Assis tous les deux sur son matelas, on regardait le plafond en imaginant ce que seraient le lycée et l'année à venir, les coups qu'on pourrait faire une fois qu'on partirait dans une autre ville, qu'on aurait le droit de sortir de l'enceinte entre deux classes. Des notes de piano retentirent dans la maison ; d'un coup Nicolas se leva, éteignit le poste de radio et je le suivis en bas, pour me vautrer avec lui sur le canapé. Morgane le salua d'un signe de tête, me sourit. Je ne l'avais pas vue jouer depuis des mois ; les parents étaient partis, une odeur étrange flottait au salon. Il me fallut une demi-seconde pour reconnaître le shit, l'odeur âcre et doucereuse des pétards que se passaient les autres dans les champs. Nicolas n'avait pas l'air d'avoir remarqué quoi que ce soit et je me demandai s'il n'avait rien senti, ou si simplement il l'avait réalisé depuis longtemps. La pluie frappait sur les carreaux et donnait un contretemps fracassant au morceau endiablé de Morgane. Ses doigts frappaient le piano comme de tous petits marteaux et elle jurait à chaque fausse note, ce qui arrivait à peu près une fois toutes les trois mesures. Elle abandonna avant la fin, tourna la page et entonna une marche funèbre de Chopin ; je fermai les yeux, bercée par la pluie.
Finalement, quelqu'un sonna à la porte ; je sursautai, presque assoupie, et Nicolas se leva pour aller ouvrir. C'était Greg, son copain. Je le regardai entrer et ne pus m'empêcher de penser à ce que disaient les jeunes du terrain de basket, à l'odeur de shit que trimbalait Morgane. Il avait une chemise en cuir élimée qui pendait sur son corps de gringalet. Ses coudes étaient cachés, j'imaginais des trous d'aiguilles au creux. Il l'embrassa et elle sourit ; je me dis que mon imagination m'emportait.
« Joue la boîte à musique, avant de partir ! » ordonna Nicolas, et l'autre rit doucement, un peu décalé, en demandant de sa voix bourrue ce que c'était que cette boîte à musique. Il avait une dent fêlée.
« C'est la lettre à Élise », répondit Morgane. « Tu n'as qu'à charger mon sac dans la voiture. Je n'en ai pas pour longtemps. » Il s'exécuta, prit le sac que je n'avais pas vu dans l'entrée, et ressortit.
« Tu t'en vas ?
- Seulement deux ou trois jours. J'ai des affaires à amener chez Greg. »
Elle commença à jouer, mais Nicolas avait l'air de vouloir demander quelque chose, elle répéta les premières notes, mi ré mi ré mi, comme une question dans ses sourcils haussés, de plus en plus lentement, mais comme il se rassit, sourit et joua. La lettre à Élise de Beethoven, je n'arrive pas à l'appeler ainsi ; elle reste dans ma mémoire une boîte à musique sur laquelle dansent les petits marteaux de Morgane, ses yeux fermés comme si elle écoutait l'air qu'elle connaît par coeur. Parfois je l'entends encore, ou du moins ses premières notes, au détour d'une radio classique, et elle est là, assise au piano, avec sa chaude odeur de résine, son sourire timide ; puis l'illusion se dissout dans une immense flaque écarlate.
À part cette fois-là, je ne revis plus jamais Greg chez Nicolas, et j'en fus soulagée. Je n'étais pas du tout à l'aise avec l'aura de danger qui l'entourait, je n'aimais pas sa maigreur de malade et maintenant que je savais que le calme apparent de Morgane était dû au shit, et que je n'arrivais pas à distinguer à quel moment elle avait commencé à sentir, j'étais à l'affût de toute odeur autour d'elle, paniquée. Nicolas sentit mon malaise et me demanda vaguement pourquoi cela me dérangeait alors que je n'étais pas la dernière à tirer sur les joints qui tournaient dans les champs ; je ne sus pas répondre.
La dernière fois que j'ai entendu cette fichue chanson en entier, Nicolas s'était lassé d'écouter Morgane jouer des exercices de souplesse depuis une demi-heure. Il lui avait demandé pourquoi elle s'obstinait ainsi et elle lui avait répondu plutôt sèchement de ne pas se mettre à faire comme les parents. Sans répondre, Nicolas avait traversé le salon, ouvert la fenêtre et, enjambant le rebord, il s'était glissé dans le jardin. Morgane me regardait comme pour me dire de choisir mon camp, mais je fis mine de ne pas l'avoir vue pour suivre. Elle soupira et continua ses exercices. Il faisait beau et chaud dehors, et comme Nicolas je m'allongeai sur l'herbe, les yeux fermés pour laisser la lumière ruisseler sur moi. À travers mes paupières closes je ne voyais que du rouge, un jour écarlate que j'essayai de soutenir le plus longtemps possible avant de mettre mon coude sur mes yeux. J'entendis appeler Nicolas depuis le salon, et me laissai rouler sur le ventre. Il faisait mine de dormir, un bras derrière la tête et l'autre lui cachant le soleil. À la fenêtre, dans des couleurs ternies par le soleil qui m'avait brûlé les yeux, Morgane était penchée et appelait, Nicolas, Nicolas-Nicolas, elle le traitait d'imbécile et de boudeur.
« Viens, Ève, je sais comment le réveiller ! » Et, sans attendre que je me relève, elle avait de nouveau disparu. Je me redressai et fis les quelques pas qui me séparaient de la fenêtre pour m'y accouder, la tête à l'ombre de l'avancée du toit, profitant de la fraîcheur. Morgane me fit un clin d'oeil et commença la lettre à Élise, mi ré mi ré mi... Elle jetait des regards vers moi, souriait, scrutait le ciel bleu derrière en attendant que Nicolas y apparaisse. Elle n'avait pas besoin de voir ses doigts. Sa soudaine espièglerie m'étonnait mais je me pris au jeu. Elle accéléra le rythme jusqu'à se tromper sur les notes, me fit rire. Puis je sentis une présence à mes côtés.
« Me voilà. Mais joue-la correctement, au moins. »
Elle lui tira la langue et recommença, les yeux fermés comme j'avais l'habitude de la voir, les doigts martelant le piano avec assurance. On avait le regard rivé sur elle, des coups retentirent à la porte. Elle ne manifesta aucun signe qu'elle allait se lever, et Nicolas ne bougeait pas non plus. La poignée tourna. Morgane avait les yeux fermés, attaquait le deuxième mouvement. La porte s'ouvrit violemment comme si on y avait donné un coup de pied, et j'entendis les détonations.
Nicolas eut le réflexe qu'il se reprocha le reste de sa vie, et qui nous a probablement sauvés tous les deux : il se laissa tomber par terre en m'agrippant au passage, et me maintint là. Recroquevillés sous la fenêtre, nous étions invisibles, tout le temps de la fusillade.
Je ne me souviens que de la porte qui s'ouvrait, puis d'être revenue à moi sous la fenêtre, en boule. Je sais qu'il nous a tirés par terre tous les deux parce qu'il l'a raconté plusieurs fois, et à quel point il s'en voulait de l'avoir fait. Il avait honte d'avoir survécu à cet après-midi. Moi je m'étais inventé les souvenirs pour combler ce trou noir. Lorsqu'on s'est relevés, au bout d'un temps insupportablement long, ils étaient partis. Le salon était criblé d'impacts de balles, et Morgane avait glissé par terre dans une mare de sang que le tapis absorbait. Moi je voyais en tête l'impact de chacun des projectiles, la première dans son poignet, sa surprise alors qu'il craquait, les doigts qui continuaient de jouer un instant avant de s'affaisser, inanimés ; Morgane se relever à demi et une se loger dans le bois laqué noir du piano, une autre dans sa poitrine, défonçant la cage thoracique, chair, muscles, os, poumons et os encore. Un sifflement, l'accord de son autre main prenant appui sur le clavier. Des éclats de bois partout, de papier de la bibliothèque volant en éclats, des morceaux de verre peut-être sous ses pieds quand elle avait fait un pas avant de s'écrouler. Je me figurais que j'avais senti le mur trembler sous les impacts derrière moi. Je voyais tout ça au ralenti comme si c'était moi qui avais été au piano et senti les balles, vu les deux types cagoulés et la mitrailleuse qui recrachait des coquilles vides de munitions. Mais il n'y avait eu qu'un trou noir. Un trou noir et Nicolas saignant du nez, secouant Morgane ; il avait les mains pleines de verre et il ne s'en rendait pas compte. Personne n'avait appelé les secours. Les voisins avaient appelé la police. Mais c'était, de toute façon, trop tard.
Le quartier fit la une des journaux. Les commères en avaient à se mettre sous la dent, pour une fois. C'était l'histoire d'un gang de dealeurs qui avait posé un ultimatum non respecté, et en était venu aux représailles. C'était l'histoire d'un quartier en apparence bien calme où finalement circulait librement de la drogue, et des mesures qui seraient prises de prévention. C'était l'histoire de voisinage choqué par tant de violence, de parents éplorés, de policiers sur les lieux, de bandes rayées délimitant la scène et de badauds attroupés. Personne ne savait au juste qui était mort, ni comment c'était arrivé. Et nous avons passé, tous les deux, des heures dans le commissariat à raconter cette histoire, à raconter mon trou noir. Puis d'autres avec un psychologue qui ne posait jamais les bonnes questions. Le pire était de ne pas être ensemble pendant ce temps-là. Comme si on avait vécu deux scènes différentes. Je ne pouvais pas empêcher la stupide lettre à Élise de se jouer encore et encore dans ma tête. Elle s'arrêtait toujours au même endroit, comme un disque rayé. Le milieu du thème, la deuxième fois qu'il est joué. Plus jamais jusqu'à l'accord final. Encore aujourd'hui quand elle passe à la radio, c'est le moment où je change de station ; il m'est arrivé une fois dans un centre commercial de me boucher les oreilles en gémissant, trop angoissée d'entendre la suite. Des regards curieux, puis les gens passent, oublient. J'ai toujours peur d'actionner les mécanismes des boîtes à musique.
Nicolas rata le premier mois de lycée ; je prenais ses cours et je les lui amenais. Nous ne devions pas être dans la même classe mais mes parents avaient intercédé, expliquant au principal que j'étais la seule personne qu'il connaissait, et que grâce à mon aide il pourrait sûrement rattraper son retard. Ils avaient commencé par m'enfermer une semaine dans ma chambre, toute la dernière d'août, parce qu'ils se figuraient que j'étais au milieu de ces trafics de drogue dont on parlait à dans les journaux. Ma mère faisait des crises de nerfs à répétition chaque fois que je le niais. Puis les parents de Nicolas avaient demandé à les rencontrer, à leur parler ; ces galériens qu'ils méprisaient vaguement auparavant, je ne sais ce qu'ils leur ont dit. Mais mes parents ont fini par accepter que Nicolas me voie. Moi je savais que c'était une affaire de Greg qui avait mal tourné, que la mort de Morgane, pour les types cagoulés, n'était qu'un avertissement à son attention ; que lui et eux étaient loin, très loin depuis longtemps. Elle n'avait été dans cette histoire qu'une marque sanglante sur un mur. Peut-être que les parents de Nicolas en avaient conscience. Les miens finirent par les prendre en pitié au point de les inviter à dîner au milieu de l'automne. Nicolas était revenu en cours. J'avais passé le mois de septembre à déposer des devoirs chez lui, à venir les rechercher pour les amener au lycée. Parfois je devais me déplacer jusqu'à l'hôpital où il faisait de courts séjours réguliers. Ses parents avaient voulu déménager mais son état nerveux s'était tellement aggravé lorsqu'ils avaient évoqué l'idée, que le psychologue les avait convaincus d'abandonner, au moins pour un temps. Et puis il avait eu l'air d'aller mieux, les deux premières semaines s'étaient à peu près bien passées, les professeurs le ménageaient, il s'asseyait à côté de moi. Mes quelques amitiés ébauchées lorsqu'il était absent fondirent ; les autres le regardaient avec trop de curiosité pour songer même lui adresser la parole, et lui m'occupait trop exclusivement pour que j'aie un quelconque intérêt à retourner leur parler.
Le soir où ils vinrent manger chez nous, je profitai d'entre deux plats pour m'éclipser dans ma chambre avec Nicolas. Nos parents discutaient d'argent et d'aides sociales, de choses trop sérieuses pour vouloir nous retenir à table. J'avais passé bien plus de temps chez lui que lui chez moi ; sa présence sur mon lit me semblait incongrue. Nous parlions de tout et de rien.
« Les autres ne nous aiment pas », lançai-je à un moment ; je parlais de notre classe, qui prenait soin de nous éviter à tout moment. Il haussa les épaules.
« On est différents d'eux, c'est tout. Et ils savent pour ma soeur, pour ce qui s'est passé. On leur fait peur. »
Je me sentis honteuse d'avoir encore ramené le sujet de sa soeur ; je n'avais pas voulu. Il avait l'air un peu agité, et grattait un de ses poignets. Je remarquai seulement qu'il avait enfilé un de ces bracelets en éponge que portent les tennismen, ou ceux qui écoutent des groupes de métal. Je pris sa main et tirai sur le bracelet. Il se laissa faire.
« Qu'est-ce tu t'es fait ? »
Il avait des coupures à l'intérieur du poignet, comme si un chat l'avait griffé. Des entailles, pas très profondes, mais nombreuses. Je passai mes doigts dessus et il grimaça.
« Ça fait mal ?
- Sur le moment, non. Après, ça pique un peu. » Je le lâchai et il réajusta le bracelet. « Ne le dis pas à mes parents. Ils me renverraient à l'hôpital. »
Je promis de ne rien dire. Je savais qu'il avait fait exprès de me les montrer, au moins un peu, et il pouvait me faire confiance sur tous les points.
« Pourquoi tu fais ça ?
- Je sais pas. Des fois, quand je pense à Morgane, je m'en veux et... Enfin, je pense qu'il faut que je le fasse. Parce qu'on n'aurait pas dû s'en sortir. On a eu de la chance, c'est tout. C'est pas elle qu'ils voulaient, c'était juste verser du sang. Si on avait été dans le salon, on y passait aussi. »
Quand je repensais à cet après-midi, au moment où j'avais décidé de le suivre et de passer par la fenêtre, je me disais qu'une partie de moi était restée sur le canapé, comme si ma vie s'était dédoublée d'un coup, prenant deux chemins différents dans deux mondes, et je ne pouvais m'arrêter de penser à ma moitié qui était morte là-bas, perforée de balles.
Nicolas rentré chez lui, j'étais allongée sur mon lit, dans le noir, incapable de dormir. La radio crachotait de la musique depuis des heures. Je l'entendais à peine mais n'osais pas monter le son pour ne pas réveiller mes parents. Finalement je me levai et allumai la lampe. Je ne réfléchissais pas à ce que je faisais. Sans bruit, j'ouvris ma trousse et sortis ma paire de ciseaux. Je contemplai mon poignet à la lumière de la lampe de chevet. La membrane était trop fine, le delta des veines trop bleu à cet endroit. Je le retournai, appuyai une lame des ciseaux contre ma peau. Je pressai ; il ne se passait rien. Il fallait faire glisser la lame. Mon coeur battait trop vite ; je rangeai tout et éteignis la lumière. J'avais le sang qui cognait aux veines, insupportable. Il me fallut encore plusieurs heures pour m'assoupir.
Même alors je ne voyais rien d'étrange chez Nicolas ; ses particularités n'étaient que des différences qu'on avait avec les autres. Il était ma norme. Tout ce qu'il faisait qui avait pu m'étonner ne me montrait que ma propre naïveté, et devenait chose normale ensuite. Lorsque j'étais avec lui, il enlevait parfois le bracelet de son poignet. Je comptais sans le lui montrer les entailles qu'il s'était faites. Il n'y en avait pas de nouvelles tous les jours. Des fois, plusieurs d'un coup. Je le convainquis de me laisser mettre du cicatrisant. Ça semblait normal.
« Il y a quelque chose que je ne t'ai pas montré. »
Disant cela il tira une boîte à chaussures de sous un paquet de feuilles. Sa chambre était un fouillis d'affaires, des cours, des magazines, des cds, les uns sur des autres en des piles précaires. Il lui était facile de cacher une ou deux bouteilles de bière qu'il volait parfois dans le frigo et qu'on buvait discrètement. Nous ne l'avions jamais autant investie que depuis que le piano était criblé de balles. Ses parents l'avaient recouvert d'un drap mais l'avaient conservé au salon, et il restait là comme un fantôme.
Dans la boîte se trouvaient plusieurs objets ; il me fit signe de fouiller. Un rouge à lèvres, le mégot d'un joint, un collier, un morceau de tissu brun.
« Ce sont des affaires de Morgane ? »
Il acquiesça. Je vis une enveloppe et trouvai dedans une mèche de cheveux maintenue par un morceau de fil. Quelque chose était bizarre, comme si elle était sale, terreuse. Je la regardai de plus près. C'était du sang séché.
« Tu l'as coupée le jour où... Quand... » J'avais du mal à respirer, la laissai me glisser des doigts. J'avais aussi reconnu le morceau de tissu : un mouchoir. Quand Morgane était malade, elle les gardais dans son soutien-gorge. Ils étaient blancs ; celui-là brunâtre, je ne pouvais m'empêcher de l'imaginer là tout près de son coeur, qui battait comme un oisillon, et tout d'un coup l'explosion, le sang qu'il essayait d'absorber en vain. J'avais la nausée.
« Tu me trouves bizarre ? » demanda-t-il. « Tu crois que je suis fou ? Dégoûtant ? »
J'avalai ma salive à grand-peine et secouai la tête. Je refermai la boîte. Son soulagement était palpable. Je mis le lecteur de cds en route, montai le son et m'allongeai sur le lit, les yeux rivés au plafond.
Je rentrai trop tard à la maison : je n'avais pas vu le temps passer, ma mère s'était inquiétée et on m'avait attendue pour manger. Elle me laissa à peine le temps de poser mon manteau avant de me forcer à m'assoir, pleine de reproches. Elle avait déjà parlé à midi de ce qu'elle allait cuisiner et j'avais été contente de goûter son plat, mais son humeur me coupa l'appétit. Mon père s'y mit, la défendit, me força à manger, plus je mettais de fourchettes dans ma bouche et plus je revoyais la boîte en carton remplie d'affaires de Morgane, de sang et de cheveux. Je réprimai un haut-le-coeur, réussis terminer mon assiette.
« Qu'est-ce que vous faisiez de toute façon ?
- On a écouté de la musique. Je n'ai pas vu le temps passer. C'est tout.
- Tu nous caches des choses. Tu ne nous fais pas confiance. C'est quand même dingue, avec la liberté qu'on te laisse ! Tu pourrais au moins nous dire la vérité. » Ses mots me harcelaient alors que je n'avais rien à dire de plus. Je ne comprenais pas pourquoi ils s'acharnaient tous les deux. Mon père débarrassa la table. Elle insista, je frappai une fois devant moi en lui disant de me lâcher. Mon père revint dans la cuisine, une fureur calme dans la voix.
« Monte dans ta chambre. »
Humiliée comme une gamine alors que je n'avais rien fait. Je me précipitai vers l'escalier, le montai en martelant les marches. J'entendis un juron. « Vous comprenez rien », murmurai-je. J'avais toutes les peines à m'empêcher de hurler. Je claquai la porte, me maudis de leur avoir donné une raison de monter, tournai la clé. J'avais le hurlement dans la poitrine, enflant dans ma gorge et qui menaçait de me faire exploser. Je donnai un coup de pied dans mon sac. Ouvris la trousse en arrachant presque la fermeture éclair, sortis mes ciseaux et, sans y penser, griffai mon poignet à plusieurs reprises, en enfonçant le plus fort possible.
La douleur me calma d'un coup, ou presque ; surprise, je fis une griffure juste en-dessous de la première. J'avais le souffle court, mais le picotement sur ma peau occultait mes pensées. J'avais oublié pourquoi je m'étais énervée. Il n'y avait plus que ça, la douleur. Je lâchai les ciseaux. Quand le sang commença à perler, je ressentis une incroyable satisfaction. La sensation de m'être vengée, d'avoir gagné le combat de ce soir. J'avais toujours aimé le rouge. Le sang vermeil était magnifique. Il coulait un peu ; je pressai sur mon poignet avec mon autre main. J'en avais sur la paume, je la suçai ; un goût de fer. Au bout d'un moment assez long, je cherchai un mouchoir en papier dans ma chambre, essuyai la plaie qui ne coulait plus. J'avais des sueurs froides. Je déverrouillai ma porte, attendis un instant avant de me glisser à la salle de bains pour me laver les mains. L'eau rougie qui s'écoulait dans l'évier me donnait un petit vertige, mais je ne pouvais m'empêcher de la regarder. Quand elle redevint claire, j'essuyai mes mains avec une serviette, tapotai les plaies pour ne pas me faire mal, et m'allongeai dans mon lit. Je m'endormis immédiatement.




(la suite)
« Modifié: 01 Mars 2012 à 18:40:11 par Verasoie »

Hors ligne LeSolitaire

  • Tabellion
  • Messages: 43
Re : Spasme
« Réponse #1 le: 14 Février 2012 à 12:26:05 »
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et Morgane finissait par rire comme dans elle était petite

Ce ne serait pas plutôt quand elle était petite?

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Pendant nos années collège

Désolé, j'ai pas pu m'empêcher de penser aux années bonheur de Patrick Sébastien en lisant cette phrase :D

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Et de préparer un gâteau et que j'amènerai mes vieux os.

Le répétition de et sonne bizarre je trouve. Il y a peut-être moyen de mettre une virgule à la place du premier et.

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Je versai plus de larmes que lui, celle fois-là comme à l'enterrement

Cette fois là.

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ses yeux fermés comme si elle écoutait sa l'air qu'elle connaît par coeur

Encore un petit bug :)

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Nicolas, Nicolas-Nicolas,

Je ne pense pas que cette répétition soit du meilleur effet, surtout avec ponctuation, comment dire, innovatrice  :mrgreen: un truc du genre "Nicolas" appela-t-elle plusieurs fois passerait peut-être mieux. En fait pas tant que ça à la réflexion mais bon tu vois où je veux en venir.

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commença la lettre à Élise, mi ré mi ré mi...

Là ce n'est qu'une question d'esthétique, mais la suite de notes manque de ponctuation je trouve, mais sur point là je me fais peut-être des idées.

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Le soir où ils virent manger

Vinrent


Effectivement voilà un texte qui colle bien à la St Valentin et au bel habillage du forum pour l'occasion :) la descente aux enfers du petit Nicolas est bien amenée (si l'on peut dire ainsi). La mort de la grand mère on la voit peut-être un peu trop arriver quand tu dis "la dernière fois que je l'ai vu". Sans ça je pense que le paragraphe suivant où Nicolas est convoqué chez le CPE garde plus de mystère est l'annonce de la mort de la mamie a plus d'impact. Mais c'est vraiment pour chipoter.
Quant à la sœur, on la sent tout doucement glisser dans les mains du petit copain tyrannique jusqu'à son effroyable mort. Ça monte progressivement, au fil de l'histoire on se doute que malheureusement ça va mal finir pour elle.
Et pour finir Ève, qui se laisse aller aux mêmes errements que Nicolas parce qu'elle n'a pas vraiment d'autres points de repères.

En fait c'est là la principale force de ton texte -hormis bien sur ton style qui ne nuit en rien- je trouve, tes personnages ne font ni cliché, ni simplet. Ils sont parfaitement crédibles, contrairement à tout un tas de séries tv françaises où on se (je me) dit "ouais bien sur, et la marmotte..." du coup je suis parti avec eux. Comment ça je vais pas bien dans ma tête? ;D
Faut dire que le ciel que je vois par la fenêtre a bien aidé :)

Par contre il y a une seconde partie? On va tous se retrouver chez le psy...
Mon cousin a pour habitude de dire que sa grande sœur est un brouillon et lui le chef d'œuvre. Pour ma part fils unique, je suis les deux. Mais suis-je un brouillon de chef d'œuvre, ou un chef d'œuvre de brouillon? Là est toute la question.

Verasoie

  • Invité
Re : Spasme
« Réponse #2 le: 14 Février 2012 à 15:43:48 »
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Ce ne serait pas plutôt quand elle était petite?

Si, tout à fait.

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Désolé, j'ai pas pu m'empêcher de penser aux années bonheur de Patrick Sébastien en lisant cette phrase :D

Je partage pas la référence xD. Je dis souvent ça "années collège", "années lycée", mais je sais pas si ça passe. Si d'autres relèvent, je changerai !

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Là ce n'est qu'une question d'esthétique, mais la suite de notes manque de ponctuation je trouve, mais sur point là je me fais peut-être des idées.

Ouais en fait je sais pas si j'vais laisser les notes, à moi ça me parle vu que je l'ai jouée, mais j'pense pas que ça réprésente bien pour tout le monde...

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la descente aux enfers du petit Nicolas

Lol tu m'as tuée XD Heureusement que j'ai pas pensé à ça avant de finir, sinon j'aurais jamais tenu le perso mdr



Merci d'avoir pris le temps de lire et de commenter en détail ! Pour la mamie, je cherchais pas spécialement de suspense. Tant que le paragraphe du CPE fait pas trop "non mais pourquoi tu nous dis ça puisqu'on le sait déjà", ça me va... Pour la soeur, tant mieux, j'avais peur que ça fasse tombé de nulle part ^ ^'

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Par contre il y a une seconde partie? On va tous se retrouver chez le psy...

Oui, la voilà ! : P



***


Cette habitude, je la gardai toute mon adolescence, et Nicolas aussi. Au fur et à mesure du lycée, nous nous mîmes à parler à plus de gens. Comme si, parce qu'il y avait beaucoup de monde dans l'établissement, nos bizarreries passaient inaperçu. Il y avait une bande de six ou sept dont nous faisions partie. Scarlett s'habillait en noir et se maquillait trop. Elle avait réussi à trouver quelqu'un qui avait accepté de lui faire un piercing au nombril sans demander son âge ; le trou s'était infecté au bout d'un moment. Elle avait persisté à garder la prothèse, avait fini par guérir, mais pendant longtemps elle avait été incapable de s'assoir ou de se lever sans grimacer de douleur. Maintenant, elle s'amusait à accrocher tout et n'importe quoi à son ventre : épingle à nourrice, trombone. Elle me les montrait discrètement aux pauses, en cachette des garçons. C'était ma première confidente féminine. Elle me demanda très vite pourquoi je ne sortais pas avec Nicolas. Je rougis d'abord, et balbutiai des excuses comme quoi c'était un ami d'enfance, que je ne le voyais pas comme ça, qu'on était trop proches, comme un frère et une soeur, etc, etc. Elle n'insistait pas. Si j'y réfléchissais un peu, je réalisais que je ne pouvais pas désirer quelqu'un dont je connaissais des secrets aussi noirs et profonds, qu'on était tous les deux descendus trop loin, plus bas que la confiance absolue, que la honte qu'on aurait si l'un révélait les secrets de l'autre. Et que nous étions trop semblables, trop indissociables. Notre groupe s'entendait bien, était solidaire, à l'écoute quand quelqu'un allait mal. Mais je scrutais leurs poignets inlassablement ; c'est un réflexe que j'ai toujours gardé, la première chose que je vérifie lorsque je rencontre quelqu'un. À ma connaissance, Nicolas et moi étions les seuls à nous couper.
Nous n'en parlions pas entre nous. D'un accord tacite, nous ne le disions pas aux autres. Je n'en étais ni fière ni honteuse. C'était une habitude, c'était ce que j'étais devenue. Je ne me coupais que lorsque la colère ou la tristesse me faisaient perdre la tête. C'était mon seul moyen de me calmer. J'en avais le besoin impérieux. Si un professeur ou mes parents me reprochaient une note, j'avais du mal à tenir en place jusqu'à ce que je puisse m'isoler et griffer mon poignet avec la paire de ciseaux, le compas, le rasoir glissé en biais. C'était eux que je punissais. Eux qui ne voyaient rien mais qui s'en voudraient tellement s'ils le découvraient. Eux devant lesquels je promenais mes poignets cachés par les bracelets, ou un foulard noué, ou des mitaines montantes. Leur aveuglement me donnait tant de pouvoir.
« Il faut qu'on arrête », me dit Nicolas une fois. Nous étions chez lui, au salon. Le piano fantôme avait disparu, et nous révisions péniblement des leçons pour le bac.
« De quoi tu parles ?
- Tu sais. Des coupures. Regarde. »
Il enleva son bracelet, je vis que ses mains tremblaient un peu.
« Je me suis coupé trop profondément hier. Ça ne voulait plus s'arrêter. Il y en avait plein les draps. Je les ai lavés en cachette ce matin... J'ai eu peur. J'ai vraiment eu peur.
- Pourquoi tu ne m'as rien dit avant ? »
Il haussa les épaules, honteux. Je caressai la plaie du bout des doigts. L'intérieur des poignets, là où je n'avais jamais osé toucher. Parce que, contrairement à lui, ce n'était pas moi que je punissais quand je me coupais. La croûte était fragile, prête à rompre ; j'imaginais le sang qui n'arrêterait plus de couler, combien il lui serait facile de s'échapper tout entier par là... Et il n'y aurait plus de Nicolas. Disparu, éclaté comme une bulle de savon.
« D'accord. On arrête. »
Je partis chercher du cicatrisant que je lui appliquai, et le laissai faire pour moi. Cela faisait au moins deux ans que nous n'avions pas vu les plaies l'un de l'autre. C'était peut-être ce qui m'avait empêché d'en avoir peur. Avec Nicolas qui massait doucement ma peau, je me disais que je n'aurais jamais dû le faire. Que ce n'était pas à moi de prendre pour le mal qu'on me faisait. Qu'on avait été stupides de s'abîmer. La façon dont il m'avait avoué sa peur m'avait complètement retournée. On remit chacun nos misérables camouflages, bracelets et foulard, et on s'étreignit le poignet en jurant de ne pas recommencer. De se dire si on craquait. Puis on essaya d'ingérer de force des décennies de guerre froide.
Après le baccalauréat, on commença à chercher un appartement en ville et à parler de partir. Nicolas avait les bourses de l'enseignement public, et mes parents avaient accepté de payer la moitié du loyer et de me verser un peu d'argent tous les mois. On trouva quelque chose pas loin de la fac où nous étions bien sûr inscrits ensemble. Nicolas me montrait fièrement ses poignets, tous les jours. Les griffures avaient terni, les croûtes étaient tombées, les cicatrices avaient blanchi au fil du temps. Ses poignets ressemblaient à un gribouillage, ne pouvais-je m'empêcher de penser. Les lignes bleues des veines et celles, blanches, des cicatrices se mélangeaient et se confondaient. Il avait quelque chose d'autre en tête, quelque chose qu'il me cachait pour la première fois. Je n'avais tellement pas l'habitude de lui poser de questions que je ne demandai rien. Je ne fis que m'interroger sur ce qui le faisait marcher, échafauder des plans jour après jour sans que j'en sache rien. Je lui montrais aussi mes poignets avec bonne foi. Mes cicatrices se voyaient moins. Quand nous étions seuls l'été, j'enlevais mes bracelets et laissais la peau bronzer à cet endroit, espérant que les lignes blanches s'effaceraient un peu. Ce que je ne lui montrais pas, c'est que parfois la nuit, les choses me paraissaient intolérables, et je ne connaissais aucun autre moyen de combattre la tristesse. J'avais de nouvelles marques à la cheville. Je m'en voulais de rompre ma promesse et de ne pas tenir. Mais moi, je ne m'en sortais pas.
C'est Scarlett qui s'en rendit compte, finalement. Cela faisait un mois que nous étions à la fac. La colocation se passait bien, mais parfois Nicolas partait, passait la soirée ailleurs et revenait tard, alors que je lisais sur le canapé. Il ne sentait ni la cigarette ni l'alcool, et ne voulait pas me dire où il avait passé ce temps. Il finit par me demander de lui faire confiance, et d'arrêter de l'interroger. J'acceptai à condition qu'il me prévienne, pour que je fasse autre chose. De notre groupe, Scarlett était celle à qui je parlais le plus, et même si presque tous les autres étaient en ville aussi, c'est à elle que je demandai la première fois si elle voulait passer à la maison et manger des pizzas. Elle était plus enthousiaste que je ne m'y attendais ; je sortis acheter une bouteille de vin et attendis sa venue. Je ne l'avais pas vue depuis un moment quand j'ouvris la porte ; elle me surprit par son apparence, s'en rendit compte et fit un tour sur elle-même pour me laisser l'admirer. Elle portait des lentilles violet foncé, les cheveux relevés et crêpés, un piercing à la nuque. Elle avait mis une robe lacée noire et je me demandais comment elle pouvait marcher dans ses chaussures ; il lui fallut cinq bonnes minutes pour les délacer. « Tu es splendide », lui dis-je avec chaleur, cela la fit rire de bonheur et elle me tendit la bouteille qu'elle avait amenée.
« Merci ! Je ne m'habille pas tous les jours comme ça, mais je savais que tu l'apprécierais. J'ai rencontré quelqu'un, tu sais. Il faudra que je t'en parle. Je me sens tellement mieux de pouvoir porter ces vêtements. »
Au lycée elle s'était toujours habillée en noir et trop maquillée, même si elle attendait d'être dans les toilettes de l'établissement pour le faire, et lavait son visage à chaque fois avant de rentrer chez elle. Là, j'avais l'impression qu'elle s'était enfin trouvée. Que moi seule je restais derrière avec mes secrets sales à cacher.
« On les commande, ces pizzas ? »
Nous étions toutes les deux passablement éméchées quand Nicolas est rentré, et ça le fit rire. Scarlett lui demanda sans pudeur aucune où il était, il haussa les épaules, inventa des amis, elle ne cacha pas sa surprise. Il but un verre de vin avec nous et nous restâmes assis tous les trois sur mon lit à discuter. Il était trois heures du matin quand il décréta qu'il fallait dormir et quitta la chambre. Je proposai à Scarlett de rester, lui prêtai ma brosse à dents et me lovai sous la couette. À ce moment-là, j'avais complètement oublié de garder mes chaussettes. Je sombrai vite dans le sommeil.
« Ève, il faut que je te demande quelque chose. »
Nous étions levées, dégrisées, buvions un thé à la cuisine. Nicolas dormait encore profondément, j'avais jeté un oeil dans sa chambre pour écouter sa respiration tranquille. Sans ses lentilles, les cheveux ébouriffés et un de mes vieux tee-shirts sur le dos, Scarlett avait vraiment l'air différente.
« Oui ?
- Tes cicatrices à la cheville... »
Je sentis le rouge me monter aux joues et une douleur dans la poitrine. Un instant je crus que j'allais paniquer. Elle saisit mon poignet par-dessus la table et j'eus un mouvement de recul.
« Ne le lui dis pas... » commençai-je, voix étranglée, mais elle claqua sa langue, agacée.
« Bien sûr que non, je ne vais pas lui dire. Je voulais juste que tu saches que si tu as envie de recommencer, à n'importe quelle heure, appelle-moi. Même si c'est à deux heures du matin. Je m'en fiche. Je ne veux pas qu'il t'arrive quelque chose. »
Je hochai la tête sans la regarder, les yeux brûlants.
« Une dernière chose, et j'arrête de t'embêter. » Elle marqua une pause. « Je connais un gars dans la rue de la gare. Tatoueur. Si tu lui dis que c'est moi qui t'ai envoyé, il te fera un prix. Il est doué, regarde. »
Elle souleva son tee-shirt et me montra son ventre. Une dizaine de minuscules étoiles entouraient son piercing au nombril, auquel elle avait accroché un nouveau bijou, un simple anneau, mais en argent.
« Qu'est-ce qu'elles représentent ?
- C'est la constellation d'Orion. Beau travail, hein ? » elle rabaissa son tee-shirt. « Ce que je veux dire, c'est que s'il te fait un dessin que tu aimes... Tu n'auras pas envie de l'abîmer. »
Je la remerciai et n'eus pas le temps d'en dire plus, parce que Nicolas était entré dans la cuisine, titubant de sommeil, les cheveux en bataille et la mâchoire noircie par son duvet non rasé. Il enclencha la cafetière et disparut à nouveau, nous entendîmes couler l'eau dans la salle de bains. Il ne nous avait accordé aucune attention. Scarlett croisa mon regard et nous éclatâmes de rire.
Un jour où Nicolas lisait sur le canapé, je vins m'assoir à côté de lui et pris son poignet dans ma main. Il leva les yeux, surpris.
« Ça... », des yeux, je désignai ses cicatrices et les miennes. « C'est vraiment derrière nous ? »
Il prit un moment à répondre, scrutant mon regard comme s'il pouvait y trouver la raison de cette question soudaine. Fronça les sourcils.
« Ça ne va pas, Ève ?
- Si. Ce n'est pas ça. » Je cherchais mes mots. « Juste... J'ai eu une idée. J'aimerais savoir ce que tu en penses. » Et je lui expliquai, sans lui dire que l'idée venait de Scarlett. Il adora. Le lendemain nous prenions un rendez-vous et la semaine suivante, nous avions tous les deux ce tatouage au poignet. Comme il était gaucher, il ne s'était pas coupé au même poignet que moi, et lorsqu'on rapprochait nos bras, ou qu'on se donnait la main, le motif de l'un semblait continuer sur la peau de l'autre. Nous avions chacun deux serpents entrelacés qui entouraient notre poignet et se mordaient la queue. Finalement, et tardivement, je tins ma promesse. Je ne me fis rien tatouer à la cheville. J'appelai Scarlett, simplement, lorsque ça n'allait pas, le plus souvent pendant que Nicolas était absent. Elle admirait mon tatouage et me disait qu'elle était fière de moi. Cela me rendait plus forte tous les jours. Nicolas et moi nous pansions mutuellement les poignets avant d'aller dormir, pour éviter de salir les draps avec la crème grasse que nous devions appliquer sur le motif. Puis les croûtes d'encre tombèrent, les tiraillements cessèrent et nous pûmes laisser le dessin à nu.
Une fois Nicolas me demanda si je voulais venir avec lui lorsqu'il sortirait le lendemain. J'hésitai avant de répondre que oui, j'adorerais. Je ne savais pas moi-même si je venais pour enfin assouvir ma curiosité, ou si je pensais sincèrement que cela me plairait. Nous partîmes vers cinq heures, après les cours ; les jours raccourcissaient et il commençait déjà à faire sombre. Il m'emmena à la périphérie de la ville, dans une ancienne zone industrielle qui, faute de moyens à investir, était presque à l'abandon. Je me méfiais, mais il composa calmement le code en bas d'un immeuble, comme d'anciens bureaux d'usine, et passa la porte sécurisée. Je me faufilai à sa suite. Nous montâmes un escalier en béton nu, avant d'arriver dans un couloir étrange rempli d'oeuvres d'un art décalé et douteux. Tout au fond, une statue de plâtre représentait un porc crucifié. Une série de toiles montrait des yeux psychédéliques qui me donnaient l'impression de bouger et de me suivre du regard. Plus on avançait dans le couloir, et moins les toiles étaient colorées ; le dernier oeil était blanchi par une cataracte. Nous passâmes devant plusieurs portes avant qu'il s'arrête ; j'entendais des éclats de voix à travers. Il frappa, les gens se turent et quelqu'un vint ouvrir.
« Nicolas ! On t'attendait, tu es en retard.
- On n'a pas marché très vite. Désolé.
- Ne t'excuse pas, je te charrie. Mais tu nous as ramené du monde ! »
À l'intérieur, une demi-douzaine de personnes était attablée autour d'une planche posée sur des tréteaux, sur laquelle traînaient autant de tasses et une cafetière, ainsi qu'une boîte en métal contenant quelques sablés rassis. L'un des convives avait plus de piercings au visage que j'en avais jamais vus. Une fille blonde, aux cheveux retenus par un pinceau, et confortablement installée dans une salopette bleue couverte de taches de peinture, détonnait avec l'ambiance glauque que j'avais vue jusque-là. Mais tous avaient l'air parfaitement à l'aise, souriaient chaleureusement et me firent la bise en disant un prénom que j'oubliais tout de suite. On tira une chaise, on me servit une tasse de café sucré et je ne pus m'empêcher de repenser à la chicorée de mamie. Je ne savais pas pourquoi cela me revenait en tête d'un seul coup. J'attendis que Nicolas s'explique.
« Tout l'immeuble est divisé en pièces d'une vingtaine de mètres-carrés qu'on peut louer pour en faire des studios d'artistes », commença-t-il. « J'ai rencontré Pierre » (il désigna le garçon piercé, qui devait avoir un ou deux ans de plus que nous) « à une exposition, par hasard, et on a discuté. Tu devrais voir ce qu'ils font. Ce qu'il y a dans le couloir, ce n'est qu'un échantillon. C'est incroyable. »
Et effectivement, ça l'était ; nous passâmes toute la soirée à discuter et je visitai les studios où les autres entreposaient leurs oeuvres. Ils étaient une vingtaine à louer à cet étage, et cinq ou six pièces libres restaient fermées à clé. Selon qui avait les travaux les moins encombrants en cours, on déplaçait les tréteaux et la planche qui servaient de table dans un des ateliers. Tout le monde n'était pas toujours là, mais ce noyau dur passait le plus clair de son temps ici lorsqu'ils n'allaient pas en cours. La fille à la salopette peignait, et la violence de ses toiles contrastait avec son air candide et ses taches d'acrylique sur les joues. Pierre était celui qui avait sculpté le porc crucifié au fond du couloir. Certains faisaient un travail bien plus conventionnel, l'un avait même transformé son atelier en chambre noire et y développait des clichés de paysages, parfois d'enfants pris en photo lors de ses voyages. Je demandai à Nicolas s'il avait une pièce ici.
« Non », répondit-il, « mais je pensais qu'à nous deux, on pourrait en louer un. Tu dessinais plutôt bien, quand on était au collège, non ? Pourquoi ne pas t'y remettre ? »
Je fus surprise de l'heure qu'il était quand nous repartîmes vers notre appartement et compris pourquoi il rentrait aussi tard. Néanmoins une dernière chose me heurtait. J'hésitais à lui poser la question, et mon malaise fit que la conversation sur le chemin du retour mourut rapidement. Puis je me jetai à l'eau :
« Pourquoi tu ne m'as pas montré tout ça plus tôt ? »
Il hésita comme s'il pesait soigneusement ses mots.
« Je pense... J'avais besoin de faire quelque chose seul pendant un temps. Je suis vraiment désolé. Ce n'est pas que je ne voulais plus t'avoir à mes côtés, au contraire... Quand j'ai arrêté de me faire du mal, c'était difficile. J'ai failli craquer. Plusieurs fois. Et je ne voulais pas t'en parler parce que je me disais que tant que je tiendrais, tu tiendrais aussi. Que si je craquais, tu n'aurais peut-être pas le courage de me faire arrêter une autre fois... Et je voulais te protéger. Alors j'ai cherché un autre moyen de me calmer. Je suis allé à une exposition par hasard parce que l'affiche était assez trash. Je ne sais pas pourquoi j'ai été tout de suite attiré par Pierre. Par ses piercings. On a discuté, on a bien accroché, il m'a dit de passer aux ateliers... Et voilà. Mais depuis que tu m'as proposé de faire ce tatouage... Et bien, j'ai compris que c'était définitivement passé. Que j'étais passé à autre chose. Et je me suis dit que ça te plairait, cette ambiance. »
Je hochai la tête, la gorge trop nouée pour parler. J'étais tellement soulagée, et je me sentais tellement coupable. Ma cheville me brûlait à chaque pas. Je lui pris la main et imaginai que les serpents passaient d'un bras à l'autre. J'espérais que dans l'obscurité il ne verrait pas à quel point mes yeux brillaient.
Nous tournâmes avec délices la clé dans la serrure de notre studio quand nous l'eûmes loué, accompagnés de la bande d'irréductibles de l'immeuble. On ouvrit une bouteille de clairette pour fêter ça. Ni Nicolas ni moi n'avions encore aucune idée de ce qu'on pourrait y faire, alors on déménagea la table et les chaises du café là-bas et on commença à réfléchir.
Même alors qu'on ne faisait rien dans ce studio, j'aimais regarder les autres travailler. Ils passaient des après-midis enfermés, aborbés par leur peinture ou leur sculpture, et ne sortaient de leur pièce que le soir. Alors, un par un, ils rejoignaient la table du café, le premier arrivé le préparait et les autres venaient s'écrouler sur une chaise avec le soupir qu'on pousse après une longue journée, épuisante mais fructueuse. J'avais pris un cahier et emprunté des pastels à Judith, la fille en salopette, et j'essayais d'avoir des idées, mais je préférais regarder les autres travailler. Cela n'embêtait pas Pierre, à qui je passais les outils dont il avait besoin pour sculpter. Il travaillait à partir de croquis qu'il avait faits au préalable. Même si le porc crucifié me faisait peur et que j'étais gênée de sentir son regard de martyr chaque fois que je passais dans le couloir, Pierre était la personne avec qui je m'entendais le mieux à l'étage, il était aussi le plus ouvert et c'était celui que cela embêtait le moins d'avoir de la compagnie.
« Au fait, vous avez de magnifiques tatouages, tous les deux », me dit-il un jour. « Où est-ce que vous les avez fait faire ? » Je lui indiquai l'artiste de la rue de la gare. Il hocha la tête. « Du beau travail, vraiment. Tu as eu mal ?
- Non », répondis-je, étonnée qu'il me le demande alors que son visage était presque à moitié métallique. « Enfin, un peu, surtout aux finitions, mais... Je ne sais pas comment l'expliquer. J'ai trouvé que c'était une douleur agréable. »
Il sourit à mes derniers mots, et je sus qu'il me comprenait parfaitement. Qu'il connaissait ce sentiment de satisfaction lorsque la douleur est là et qu'on peut la tolérer. Je me demandai si c'était pour ça qu'il s'était fait percer autant de fois.
« Dans ce cas », ajouta-t-il, « je connais quelqu'un que tu aimerais beaucoup rencontrer. »
Et c'est comme ça que je découvris le play piercing.
Cette personne, c'était son perceur, Solal. On discuta tout un après-midi de play-piercing. J'étais fascinée pendant qu'il m'expliquait les différentes façons de jouer, les règles de sécurité et me montrait quelques photos qu'il avait prises. « Cela ne laisse aucune marque sur la plupart des gens », assurait-il, « regarde, c'est une photo de mon premier. Vingt aiguilles hypodermiques, parallèles, sur le bras. Posées par mon grand frère, un véritable artiste. » On voyait juste son torse sur la photo, en travers duquel il tenait son bras, poing fermé contre le coeur ; les vingt aiguilles étaient alignées, fichées dans la peau comme des épingles sur un ourlet à recoudre, parfaitement parallèles les unes aux autres.
« Ça fait mal ? » demandai-je. Il sourit plus largement.
« Bien entendu que ça fait mal, ce sont quand même des aiguilles qui te transpercent... Mais ça fait beaucoup moins mal que ce qu'on pourrait penser. Surtout si la personne qui les pose sait te mettre en confiance. Et au bout d'un moment, les endorphines agissent... Le plus fort, c'est quand on les enlève. Certains font ça simplement pour le kick. C'est le pied intégral. »
Nicolas était entré, nous avait écouté parler et il avait jeté un oeil aux photographies dispersées sur la table. On pouvait lacer les aiguilles après qu'elles avaient été posées, pour dessiner des motifs, ici un dragon sur une jambe, là un corset dans le dos. Certaines avaient des embouts décorés par une fleur, une plume... Les photographies allaient de la plus simple aiguille fleurie piquée au dos du poignet, à des motifs complexes à douzaines d'aiguilles dans le dos. Solal parlait des conventions où il s'était rendu, de séances de photographie. Je regardai Nicolas, cherchant l'accord dans son regard, et il hocha la tête.
« On aimerait bien essayer », fis-je.
Après quelques discussions nous convînmes qu'il serait plus facile de le faire là où il avait l'habitude de percer ses clients, dans une des salles du salon qu'il tenait avec son frère. Comme nous étions des amis de Pierre, il ne nous ferait payer que les aiguilles ; c'était une sorte de baptême et on verrait si cela nous plaisait.
J'étais un peu nerveuse et j'avais peur de me défiler si je voyais Nicolas se faire percer avant moi, donc je demandai à passer en premier. Solal avait mis des gants de tatoueur en latex noir, il me fit mettre en débardeur et assoir sur le siège qu'il abaissa. J'avais l'impression d'être chez le dentiste, mais un dentiste gothique, criblé d'anneaux et qui n'arrêtait pas de parler.
« Les gants, c'est pour la sécurité. Je te fais confiance, hein, mais dès que cela implique du sang, il faut en mettre. Tu sais tout ce qu'on peut se transmettre. Regarde, les aiguilles sont stériles, et neuves. » Il me montra la boîte dont il perça le film avec un cutter. « Je vais t'en mettre une dizaine. Il faut que tu restes bien calme. Tu me dis si tu as mal. Tu me dis si tu as des vertiges. Tu me dis si tu veux arrêter. » Il s'assura que j'avais bien compris et sourit encore. Je lui tendis mon bras, il le posa sur l'accoudoir du fauteuil de façon à ce que je n'aie pas à le maintenir à la bonne hauteur. « C'est parti », murmura-t-il en décachetant la première aiguille. Je retins mon souffle quand elle approcha ma peau et agrandis les yeux de surprise. Ce n'était pas douloureux, pas exactement. Je sentais à peine l'aiguille – elle avait déjà traversé, il décachetait la seconde et me demandait comment ça allait. Je lui murmurai de continuer. La deuxième eut le même effet sur moi, et me fit un frisson de plaisir. J'étais fascinée par mon corps, par mon bras. Lorsqu'il eut fini et que je m'assis à la place de Nicolas, je ne pouvais détacher mes yeux des dix aiguilles parallèles.
« Tu peux jouer avec, tu sais », me lança Solal, sans détacher les yeux sur sa tâche. Nicolas grimaça légèrement à la première aiguille. « Essaie de tirer un peu dessus. Ou de les faire tourner d'un côté et de l'autre. » Je fis comme il me le disait et, absorbée, je ne réalisai même pas que Nicolas avait fini, s'asseyait à côté de moi, regardait ce que je faisais, m'imitait. Solal avait l'air content de son effet. Son frère passa vérifier que tout allait bien, nous féliciter pour notre baptême, ils discutèrent de technique pendant une ou deux minutes. Quand Solal nous annonça qu'il était temps de retirer les aiguilles, mon air déçu le fit rire aux éclats. « Doucement, Ève. On peut recommencer quand tu veux, cela dit. Content que ça te plaise. » Je me sentais planer doucement après qu'il eut tout enlevé, et j'avais l'impression d'être dans une sorte de coton confortable tout le temps que Nicolas et moi marchions jusqu'à l'appartement.
« Je sais ce qu'on peut faire de notre studio. J'ai discuté un peu avec Pierre. »
C'était Nicolas, un matin avant d'aller en cours, pendant le petit-déjeuner. Il m'expliqua son projet, comment la luminosité de notre pièce, le matin, était excellente ; où trouver de grands draps qu'on pourrait suspendre aux murs pour un fond uni. Il avait eu une idée en regardant les photos de Solal, difficile à réaliser mais d'autres viendraient, on pourrait commencer par de petits clichés et les développer dans la chambre noire. Cela, bien sûr, seulement si j'étais partante.
Et j'étais tout à fait emballée.
Solal réservait un après-midi de temps en temps pour venir aux ateliers, percer un de nous deux pendant que l'autre, ou Chris, le photographe, prenait les clichés. On partageait le prix des cathéters et des pellicules. Les premières photos que nous fîmes ne montraient pas de piercings trop lourds ; leur pose durait à peine quelques minutes. On me dessinait un coeur sur l'épaule, on y plantait une aiguille décorée d'un empennage comme une flèche et on faisait le portrait. Puis je la gardais un peu, le temps de jouer avec, et on enlevait le tout, une dernière photographie avant d'essuyer le sang de ma peau et c'était terminé. Les nombreux cathéters, notre temps et notre endurance à la douleur étaient gardés pour un plus grand projet dont Nicolas ne voulait pas encore me parler.
Je m'amusais de ce mystère, essayais de le percer en interrogeant les autres. Judith haussa les épaules : il lui avait demandé où on pouvait acheter de la corde, et certains fils métalliques Elle espérait juste qu'il ne voulait pas se pendre, fit-elle en riant. Pierre avait sa petite idée depuis qu'il lui avait remis le dessin et les dimensions d'un morceau de bois qu'il voulait lui faire sculpter. Il accepta de me le montrer, mais si le motif me rappelait quelque chose, je n'arrivais pas à mettre le doigt dessus. Seul Solal savait tout, mais Solal était une tombe. Jusqu'à ce qu'il me prenne à part et me demande :
« Est-ce que tu te sens d'essayer un peu plus d'aiguilles ? »
Bien sûr que j'avais envie d'essayer, mais je m'étonnais de son sérieux.
« Combien ?
- Cinquante. »
Ce n'était pas si terrible. J'avais vu, sur ses photographies, des gens qui avaient plus d'une centaine de cathéters dans le dos.
« Où ? »
Du bout des doigts il traça sur moi deux lignes droites : les clavicules, le côté du ventre, le haut des cuisses. En même temps, j'entendis Pierre crier depuis son atelier :
« Nicolas, viens un peu par ici ! J'ai terminé ! »
Le fait d'être la dernière au courant m'inquiéta tout d'un coup, et Solal s'en rendit compte. Il me rassura :
« Ne t'en fais pas, ce n'est pas beaucoup plus tordu ou plus bizarre que ce que vous avez fait jusque-là. C'est juste plus conséquent. Plus beau. Nicolas voulait te faire la surprise. Si tu es d'accord, on fait la séance demain. »
On alla ensemble jusqu'à l'atelier de Pierre où tous les artistes présents discutaient avec animation. Nicolas avait l'air enthousiaste, il se précipita à mon arrivée pour mettre ses mains devant mes yeux, et me fit avancer jusqu'au bois sculpté. Il avait la même forme que sur le dessin et elle ne me parlait pas plus, mais je compris en voyant pendre les fameux fils qu'il avait demandés à Judith.
C'était le bois d'une harpe.
Ce fut l'expérience la plus étrange et la plus intense de ma vie. Le lendemain, tôt, on se donna tous rendez-vous à l'étage, les habitués de la table à café. Les tréteaux et la planche avaient été déménagés dans l'atelier de Pierre, le cadran de la harpe dans le nôtre. Tout un mur et le sol étaient couverts d'un très grand drap assez sombre, qu'éclairait la fenêtre. Solal congédia tout le monde le temps de la pose des aiguilles ; j'étais nerveuse à l'idée de me déshabiller complètement, mais son professionnalisme me mettait à l'aise. Quant à Nicolas, sa présence ne me dérangeait pas.
On avait trouvé une vieille chaise inclinée sur laquelle je m'installai. Les aiguilles piquaient un peu plus à ces endroits que dans les bras et les épaules, mais depuis le temps, je savais apprivoiser cette douleur et l'apprécier. Ce qui ferait le plus mal, avait prévenu Solal, serait de rester immobile pendant plusieurs heures, une fois qu'on prendrait les photos.
Je m'agenouillai au pied de la harpe et le laissai ligoter mes poignets au cadran. Nu, Nicolas s'installa derrière moi sur un tabouret et je pus me laisser aller en y appuyant mon dos. J'avais ses genoux de chaque côté des épaules.
« Bien installée ? » demanda Solal. J'acquiesçai en souriant. Les endorphines commençaient à me monter à la tête.
« Alors on va raccorder les fils. »
Avec une véritable délicatesse il accrocha les cinquante fils aux cinquante aiguilles qui me transperçaient, complétant la harpe. À ce moment seulement, il rouvrit la porte et les autres se pressèrent à l'entrée, n'osant pas la passer toutefois, observant curieusement. Chris entra avec son appareil photo. Nicolas se pencha pour faire mine de jouer de la musique, et la séance commença vraiment.
Lorsqu'on eut fini, j'étais épuisée, mes genoux me faisaient souffrir un enfer, mais j'étais inexplicablement heureuse, avec l'impression de planer un peu. Solal enleva les cathéters et laissa Nicolas essuyer le sang qui coula abondamment pendant une minute. J'étais étendue sur la chaise pour ne pas risquer de m'évanouir. Je bus un café très sucré.
Nous rejoignîmes les autres à la table du café après avoir rangé l'atelier. Chris n'était pas là : il développait déjà les clichés. On était tous dans l'attente anxieuse et excitée de voir le résultat. Je voyais dans les yeux des autres une sorte de respect qui n'y était pas avant, avec un peu de peur. Puis Chris fit irruption dans la pièce, une bouteille de clairette dans la main, qu'il déboucha tout en parlant :
« Elles sont en train de sécher ! J'interdis à quiconque d'aller voir. Elles sont superbes. Ève, tu es magnifique. »
La fatigue et la félicité me firent presque monter les larmes aux yeux ; les autres me donnaient des accolades, félicitaient l'idée de Nicolas, vidaient leur tasse de café pour tendre leur verre à la clairette. Plus tard, je vis que Chris n'avait pas exagéré ; le résultat des photos était à la fois beau et douloureux, la passion sale des aiguilles et la tendresse des mains de Nicolas qui caressait les cordes. Sur celle qu'on développa en grand pour l'afficher dans le couloir des ateliers et dans le salon de Solal et son frère, les autres se plaisaient à souligner qu'avec mes cinquante aiguilles plantées dans le corps, qu'ils ne pouvaient voir sans grimacer, et les genoux détruits, les endorphines m'avaient donné toujours cet inépuisable sourire.
La photographie fit le tour des milieux fétichistes et des conventions de modifications corporelles. Ni Pierre, ni Chris, ni Solal, aucun de nous ne devint riche ou célèbre grâce à elle, mais nous avions une petite renommée qui nous permit de rencontrer d'autres artistes et de continuer dans cette voie. Nicolas et moi avons continué la fac le temps d'obtenir une licence, lui pour continuer à toucher les bourses de l'enseignement, moi pour donner le change à mes parents. Lorsque nos eûmes fini, nous trouvâmes chacun un petit boulot qui nous permettait de payer le loyer, les pellicules et les cathéters et de continuer. Jusque-là c'est ainsi que nous avons vécu, entourés des artistes de l'usine désaffectée.
Il me reste une dernière chose à raconter à propos de Nicolas. Au printemps de notre deuxième année, le dernier étage de l'ancienne usine, qui n'avait jamais été aménagé, du béton brut et des tuyauteries qui passaient contre les murs et au plafond, et de grandes fenêtres parfois sans vitres, accueillit une free-party. Comme toutes ces fêtes, on ne savait pas vraiment qui avait lancé l'idée ; il faisait déjà nuit lorsque les grosses enceintes crachèrent de la musique électronique, reliées à une rallonge qui descendait jusqu'aux prises des étages emplis d'ateliers. On en avait entendu parler et nous étions venus y faire un tour ; les seules lumières venaient des nombreuses bougies allumées aux fenêtres, qui n'éclairaient rien ; et d'un vidéoprojecteur qui projetait au plafond, sans écran, une suite de courts-métrages alternatifs auxquels je n'arrivais pas à donner de sens. Un symbole étrange, qui devait parler aux habitués ou aux organisateurs, balisait le chemin jusqu'au dernier étage, et des gens de toute la ville, plus ou moins à l'aise, plus ou moins déterminés, traçaient leur route dans l'usine, s'arrêtant souvent dans notre couloir pour regarder la sculpture de Pierre, ou notre photo. La plupart, comme moi auparavant, n'avait aucune idée de ce que pouvait contenir ce vieil immeuble. Ils avaient des exclamations enthousiastes devant les oeuvres. Nous avions fermé les ateliers et, au dernier étage, nous étions assis au rebord d'une fenêtre, contemplant les lumières de la ville. Ça sentait le joint, et j'avais entrevu d'autres drogues desquelles je ne souhaitais pas m'approcher. Un petit groupe de gens dansait approximativement, beaucoup discutaient simplement debout devant le caisson de basses, d'autres picolaient aux fenêtres comme nous. Je n'avais jamais vu ce genre d'ambiance, et elle me plaisait. Mais Nicolas avait un air étrange.
« Quelque chose ne va pas ? » lui demandai-je à l'oreille à un moment où les autres s'étaient éloignés de nous. Il ne répondit pas, et pendant un instant ce fut comme s'il ne m'avait pas entendue. Puis il désigna quelqu'un du menton. Je cherchai un moment dans la foule clairsemée avant de le voir vraiment. Il était difficile à reconnaître parce qu'il ne se ressemblait plus du tout. Greg.
C'était lui, vacillant au rythme précaire de la techno, une cigarette à la main qu'il laissait se consumer. Il était encore plus maigre qu'avant, son jean était déchiré et ses baskets dans un état effroyable. À un moment où il rit tout seul, je vis qu'il lui manquait des dents. Je ne sais pas combien de temps on resta là à l'observer. Je n'entendais plus la techno, seulement une boîte à musique lointaine et un coup de feu dans son mécanisme. La boîte à musique et le coup de feu. Ce n'était pas lui sous la cagoule, mais c'était sa faute. Et nous on ne parlait plus, on le regardait simplement. Boîte à musique et coup de feu. Entre deux chansons, l'air absent, il se dirigea vers la porte. Nicolas décrocha aussitôt de la fenêtre et nous le suivîmes de loin. Il descendit l'escalier où se déroulait la rallonge, traversa un couloir, descendit un nouvel escalier. Puis ce fut notre couloir. J'entendais parler derrière une porte et devinai que les autres étaient autour de la table à café en train de discuter. L'idée me traversa qu'on pouvait s'arrêter, boire un coup avec eux et le laisser partir. Encore deux volées de marches et nous fûmes dehors. Je ne savais pas pourquoi on le suivait, mais le stress faisait trembler mes mains. J'avais les yeux rivés sur lui et je ne vis pas quand Nicolas ralentit imperceptiblement. Je ne vis pas ce qu'il ramassait au bord de la rue. Quand Greg s'arrêta à un croisement et que Nicolas se jeta sur lui, je ne pus retenir un cri de surprise.
Ils se débattirent un instant, roulèrent par terre, mais Greg était le dernier des camés et Nicolas avait une rage contenue depuis quatre ans. Des sanglots me convulsaient pendant que je me bouchais les oreilles pour ne pas entendre le bruit du crâne qui se fracassait sous une brique, les râles de douleur. J'avais vaguement conscience du fait que je ne l'empêchais même pas de l'attaquer. Comme si une partie de moi le souhaitait. Avant de fermer les yeux j'avais eu le temps de voir les bras décharnés de Greg tendus, tordus vers le ciel, pâles comme des os dans la nuit de printemps. Il puait jusqu'au mur où je m'étais laissée dégringoler, haletante et tremblante, une boîte à musique dans la tête. Et ce fut fini. Je sentis l'impact quand Nicolas laissa retomber la brique par terre. J'avais l'impression d'être reliée au monde entier. Parfois une brise chassait l'odeur de sang et de saleté et apportait celle, fraîche, bourbeuse, des herbes en friche derrière les bâtiments abandonnés. Nicolas prit ma main pour me redresser, me serra fort et me murmura pardon. Nous prîmes ensemble le chemin du retour. Il resta sous la douche jusqu'à ce qu'il n'y ait plus d'eau chaude et se coucha immédiatement. Mais je savais qu'il ne dormait pas ; je l'entendais sangloter depuis ma chambre. Quand cela devint intolérable, je le rejoignis, m'assis sur son lit et passai ma main dans ses cheveux jusqu'à ce qu'il arrête de trembler.
Depuis ce temps dans ma tête se jouent parfois les images que je n'ai pas vues : la brique fracassant le crâne, premier impact douloureux avec un cri de Greg, et pendant qu'elle se relevait, sanglante, la main de Nicolas serrée sur sa gorge pour le contrôler. La deuxième fois il lui avait enfoncé le front, des éclats d'os avaient volé et on avait vu le cerveau de ce déchet s'écouler à travers la plaie. Puis ce n'étaient que des coups inutiles, les yeux qui se fracassaient, la mâchoire déboîtée jusqu'à ce que Nicolas n'en puisse plus et qu'aient cessé dans les jambes de Greg les convulsions nerveuses. Elise reçoit une lettre sanglante, des lignes de haine. Puis Judith ou Pierre me tapent sur l'épaule et me demandent à quoi je pense, je hausse les épaules pour montrer que ce n'est pas un important, et me concentre sur le travail qu'ils me montrent pour leur donner mon avis.
Personne n'a déploré la mort de Greg, on a conclu à un règlement de comptes entre gangs de dealers et on n'a pas cherché très loin. Les autorités savaient, du moins un peu, qu'il s'était passé quelque chose au dernier étage de l'immeuble, mais lors d'une perquisition deux jours plus tard ils ne trouvèrent rien, pas le moindre mégot de joint, ni un cachet oublié sur le rebord d'une fenêtre. Les artistes jouèrent les surpris et les offusqués. Une rumeur se répandit et on évita le quartier des vieilles usines la nuit.
Nicolas et moi vivons toujours tous les deux, entourés d'artistes, photographes, sculpteurs et peintres ; Scarlett vient manger une pizza et partager une bouteille de vin de temps en temps. Tous connaissent une partie de nos secrets, qui filtrent parfois à travers l'encre des tatouages, une indiscrétion sur une très ancienne affaire de meurtre, une confidence de Nicolas alcoolisé qui raconte un souvenir de sa grand-mère. Mais seuls nous deux savons ce qui se cache au fond des eaux mortes. Nous avons laissé ces spectres enfouis dans un passé obscur ; c'est en portant les cicatrices de ces combats que, main dans la main, nous continuons.



« Modifié: 01 Mars 2012 à 18:40:12 par Verasoie »

Hors ligne Iseult

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Re : Spasme
« Réponse #3 le: 14 Février 2012 à 21:57:43 »
Oh je me suis laissée porter par cette histoire, avec cette hâte de connaitre la fin.
Oui j'aime bien ton style, on s'attache aux 2 personnages principaux au point où à la mort de Greg j'ai eu un petit sourire de satisfaction.
Cette descente, la difficulté de remonter, leur relation, c'est bien mené.
Il y a des petits trucs qui m'ont fait tiquer mais j'ai pas retenu, si demain cela n'a pas été relevé, je la relis et te dis.  ;)

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Re : Spasme
« Réponse #4 le: 14 Février 2012 à 23:56:31 »
Je n'ai strictement rien de constructif à dire :mrgreen:

J'ai vu passer quelques fautes, mais la flemme de les relever, et peut être une ou deux tournures maladroite.

Citer
Il avait quelque chose d'autre en tête, quelque chose qu'il me cachait pour la première fois. Je n'avais tellement pas l'habitude de lui poser de questions que je ne demandai rien.
"Je n'avais tellement pas l'habitude" m'a accroché à la lecture, je trouve la formulation trop orale, elle va pas avec le reste de la narration. Plutôt "J'avais tellement l'habitude de ne pas lui poser de question" je pense, ça passe mieux.

Mis à part ça, j'ai été complètement plongé dans le récit. Quand je dis complètement, je veux dire que j'étais dans le même état qu'en lisant un très bon bouquin - pas ceux où j'arrive à suivre, mais où je décroche facilement, et pas non plus ceux où je saute trois pages pour arriver plus vite à la fin. Plutôt ceux où je me laisse happer par la narration. Je m'y plonge, dans le sens où je suis complètement immergé dans ton histoire, je n'essaye pas d'aller vite, je ne fais pas autre chose en même temps (à part quelques pauses que je me suis accordé à quelques points clés), je suis juste dedans. Ce n'est même plus de la lecture, ce sont les personnages qui prennent vie sous mes yeux. Je suis spectateur, pas comme devant un film, mais comme plongé dans une pensine qui contiendrait les souvenirs d'Eve.
Bref, je m'arrête là avec mon impression bizarre XD.

Non mais vraiment, je peux que te féliciter pour ce texte. Tes personnages sont intelligemment construits. A la lecture, j'ai vaguement pensé à Fusains et Axel et l'histoire de Loup, mais ça va même plus loin que ça. Dans ces précédents textes, ce sont de bons personnages, bien pensés, avec une personnalité propre. Ici, ce sont pratiquement des personnes.
J'ai aimé la fluidité de ta narration, comme on passait d'un stade à l'autre sans jamais de heurt, comme chaque élément s'imbriquait parfaitement, comme il n'y avait pas un mot plus haut que le reste, comme Mamie reparaît vers la fin... Et puis, je suis content que cette femme-harpe ait enfin une histoire, un nom. J'y penserai, maintenant, chaque fois que je la reverrai.

Heu, je sais pas trop quoi dire de plus. Peut-être que le seul truc qui m'a gêné c'est ta transition entre les deux parties que tu as faites. C'est sans doute moins gênant d'un seul trait, mais là il y a eu une coupure forcée et moi, ce n'est pas là, naturellement, que j'aurais fait la coupure. (Pour info et si ça peut t'aider, le seul moment où j'ai vraiment dû faire une pause, c'est à la mort de Morgane ; je suis peut être juste bon public, ou pas très représentatif, mais personnellement, j'ai trouvé ça très bien écrit. Très simplement, mais assez bouleversant pour moi, pauvre petite chose qui n'aime pas que quelqu'un meurt, ça m'a rendu triste, du coup je partageais un peu de la mélancolie de Eve et Nicolas - dans une moindre mesure, bien sûr, mais suffisamment pour devoir faire une pause dans ma lecture).


Bon, j'avais quelques trucs à ajouter, mais j'ai oublié pendant que je cherchais à nouveau cette photo. Donc, heu, voilà. Quand je serai grand je veux écrire aussi bien que toi :-[.
Perdu

Verasoie

  • Invité
Re : Spasme
« Réponse #5 le: 15 Février 2012 à 00:13:49 »
Merci Iseult !

Rain :

Citer
"Je n'avais tellement pas l'habitude" m'a accroché à la lecture

J'avais hésité à la laisser cette tournure^^ c'est ce que je dis à l'oral mais à l'écrit ça passe pas XD

Citer
Et puis, je suis content que cette femme-harpe ait enfin une histoire, un nom.

Coool oui je savais que tu verrais la référence huhu

Citer
Peut-être que le seul truc qui m'a gêné c'est ta transition entre les deux parties que tu as faites.

En fait c'est vraiment pas deux parties, mais le texte complet passait pas en un seul message... J'ai coupé à peu près au milieu, mais dans ma tête c'est qu'un seul bloc (cf. le fait que j'ai même pas passé de lignes --' lol). Ok pour la suggestion de coupure, du coup.

Merci beaucoup, ça me va droit au coeur <3. Non franchement je suis contente que tu aies aimé (d'autant que moi aussi j'avais envie de lui donner une histoire à cette harpe alors si elle te fait penser à ça après, c'est tout bon : ))

Hors ligne Tomoyo

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Re : Spasme
« Réponse #6 le: 15 Février 2012 à 12:58:17 »
N'ayant pas trouvé comment citer des petits bouts... je me contente de copier-coller en attendant:

Je me permets de commencer par mes impressions : j'ai tout simplement accroché au texte. Je suis du même avis que les commentaires précédents (du coup je ne sais pas si mon post aura un intérêt pour toi  ???) : la narration est douce, on y est bien. C'est calme à la narration alors que les faits sont parfois violents (il y a quand même trois morts...) ce qui donne vraiment la sensation du souvenir. Détachement mais pincement quand même. C'était douloureux mais ça restait quand même très tendre. J'ai aimé cette sensation.
En plus j'écoutais du piano quand j'ai lu le texte, autant dire que l'ambiance était parfaite.

Il y a deux trois trucs qui m'ont chatouillé les yeux un peu (hop mes fameux copier/coller...) :
"Avant que Nicolas devienne cet homme sombre à l'aura de danger" => j'ai senti son ombre dans la 1ere partie, moins dans la 2eme mais en même temps on n'a que le ressenti de Eve et Eve le côtoie moins dans la seconde... Bon évidemment quand il tue à coup de brique oui le coté "dangereux" s'applique...
"Morgane partit les deux premières semaines avec Greg, un gars lascif" => je ne le vois pas mais alors pas du tout lascif....
"Morgane se relever à demi et une se loger dans le bois laqué noir du piano" => ça vient surement de moi, mais j'ai dû relire  deux fois avant de comprendre que "je voyais" était sous entendu en début
"c'est en portant les cicatrices de ces combats que, main dans la main, nous continuons."  >je ne suis pas réceptive à cette phrase. Je comprends que tu préfères finir sur une phrase plus positive que celle des eaux mortes juste avant, mais je crois que je préfèrerais sans la dernière phrase.


Maintenant, les trucs où je me suis dit "bon sang c'est brillant" :
"J'ai passé une nuit allongée sur le capot d'une vieille 205, à crier à chaque étoile filante que je souhaitais en voir une autre" => j'ai trouvé ça génial, une sorte de boucle infinie

"Quand je repensais à cet après-midi, au moment où j'avais décidé de le suivre et de passer par la fenêtre, je me disais qu'une partie de moi était restée sur le canapé, [...]je ne pouvais m'arrêter de penser à ma moitié qui était morte là-bas, perforée de balles."  => (petite faute de frappe à "décidé") j'ai quasi ressenti le sensation, j'ai beaucoup aimé ce passage (moins ce qui est entre les crochets)

"Il était ma norme"  :coeur:

"Mais je scrutais leurs poignets inlassablement ; c'est un réflexe que j'ai toujours gardé, la première chose que je vérifie lorsque je rencontre quelqu'un" => ça parait anodin mais ça donne beaucoup de poids au personnage je trouve, la crédibilité dont parle Lesolitaire dans son commentaire

"Ses poignets ressemblaient à un gribouillage"

Toute la scène de la mort de Greg est parfaitement rendue, les impressions de Eve, les descriptions, le fait que comme pour la mort de Morgane, elle imagine ce qu'elle n'a pas vu.

"Mais seuls nous deux savons ce qui se cache au fond des eaux mortes."

En conclusion, j'ai passé un très bon moment de lecture ! ^^

Ah oui, je ne connais pas la femme-harpe dont parle Rain, c'est quoi?



Mes goûts sont simples : je me contente de ce qu'il y a de meilleur [Oscar Wilde]

Hors ligne Rain

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Re : Spasme
« Réponse #7 le: 15 Février 2012 à 13:46:35 »
C'est de cette photo que le passage est tiré, si je ne m'abuse (et d'autres photos de play-piercing pour tout ce qui se passe avant).
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Hors ligne Mello

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Re : Spasme
« Réponse #8 le: 15 Février 2012 à 18:31:09 »
(Je ne vais pas m'amuser à relever les rares fautes que j'ai vu, parce que de toutes manières je ne les retrouve pas et qu'elles n'ont aucune importance dans un texte pareil.)

J'ai adoré.  :coeur:

Tes personnages sont géniaux, ils ne sont ni stéréotypés ni pas crédibles, au contraire. Durant ma lecture, j'ai eu la même impression que Rain, c'est-à-dire que j'ai vu Eve et Nicolas vivre devant mes yeux.
J'ai été triste pour la mort de leur mamie, j'ai eu un choc quand Morgane est morte et j'ai eu un sentiment de satisfaction quand Greg est mort. Et durant leurs moments de bonheur, je l'ai été aussi.

J'ai préféré la première partie, mais c'est purement personnel. Je préfère quand le texte parle de l'enfance au lieu de l'adolescence.  Mais je dois te féliciter pour ta deuxième partie ; j'ai eu des frissons sur mes poignets durant tout cette lecture, repensant à de vieux souvenirs et à la douleur que les ciseaux font sur la peau. C'est parfaitement retranscrit, et ça ajoute une dimension à ton texte sans pareille.
Les différentes ambiances sont très réalistes, je trouve. Celles que j'ai adoré, c'est celle où ils partent tous les deux en camping et celle où ils font du play-piercing, même si j'ai eu des frissons désagréables quand tu décrivais la pose des aiguilles.

La seule chose que je peux te reprocher, c'est la fin. Je comprends pas pourquoi tu arrêtes ici, du moins tu ne l'as pas dit et ça nous laisse un peu en plan. Je ne te dis pas de continuer, hein, parce que l'histoire est parfaite comme cela. Juste de dire pourquoi tu arrêtes de parler de Nicolas, vu que ton texte commence par "je vais vous parler de Nicolas".

Félicitations en tout cas pour ce texte magnifique ! J'admire ta façon d'écrire, vraiment. Je pense quand le peaufinant à peine, ton texte serait apte à être publié. Tu manipules les mots comme les "grands" et tu nous donnes une superbe histoire. C'est à 98% parfait.


Verasoie

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Re : Spasme
« Réponse #9 le: 15 Février 2012 à 21:38:34 »
Tomoyo : déjà, bienvenue ici ! Et merci d'avoir pris le temps de lire tout ça : ) Pour citer, tu peux mettre ce que tu veux citer entre balises, comme ça :

[quote]Le texte à citer[/quote]
Ce qui donnera :

Citer
Le texte à citer

Ok pour tes remarques, je prends en note ! Pour la toute dernière phrase je savais pas trop, j'aime pas le "main dans la main", mais je voulais quelque chose de positif, il faut que j'y réfléchisse.

Pour la femme-harpe, c'est comme l'a dit Rain ! Je m'inspire énormément de Deviantart^^

En tout cas merci beaucoup pour ton commentaire très gentil, et je suis contente que ça t'ait plu !


Mello :

Marrant que tu aies préféré le début. J'ai beaucoup aimé l'écrire (d'ailleurs ça devait être vaaaachement plus court xD) mais même comme ça je me disais "arf ils vont dire que ça met trop de temps à démarrer". Du coup ça me fait plaisir :mrgreen:

Citer
La seule chose que je peux te reprocher, c'est la fin. Je comprends pas pourquoi tu arrêtes ici, du moins tu ne l'as pas dit et ça nous laisse un peu en plan.

Ok, je vois. j'vais essayer de raccorder avec le début, en fait (parce que le début colle pas non plus, genre "aura de danger" pour nicolas comme le dit tomoyo, etc) pour que ça soit moins soudain^^

En tout cas merci pour ce que tu dis et tes conseils, ça me touche beaucoup ! : )

Hors ligne ernya

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Re : Spasme
« Réponse #10 le: 15 Février 2012 à 22:27:21 »
Citer
Avant que Nicolas devienne cet homme sombre à l'aura de danger, avant qu'il grandisse, traînant ses obsessions comme d'encombrants sacs de voyage, avant que notre enfance ne soit un vieux souvenir comme une photo passée, nous avions l'habitude de traîner, ensemble, tous les jours.
c'est complètement personnel mais j'aime pas du tout le début de ta phrase. Pour moi ça fait un peu "avant que Nicolas ne devienne un être des ténèbres / ne sombre dans le côté obscur"  :mrgreen:

Citer
Je le suivais comme son âme damnée.
un peu pareil. Disons que ce qui me gêne c'est ce genre de terme se retrouvent dans la littérature un peu bas-étage et du coup, ma pourriture, j'ai pas envie de voir ça chez toi.

Citer
« Les deux vieilles du croisement ne peuvent plus se supporter. Celle du 14 a vidé son pot de chambre par sa fenêtre, ce matin, directement dans le jardin du 16. On raconte que c'est parce que la voisine s'était débarrassée de ses limaces en les lançant par-dessus sa clôture, dans les salades. En fait, c'est le fils B. qui avait rempli un seau de limaces, pour faire peur à sa petite cousine de Lyon. On l'a vu aller les vider parce qu'il s'était fait engueuler.
vu que c'est du discours, faudrait pas mettre en lettres ? ???

Citer
- Gronder », rectifiait sa grand-mère en versant de l'eau brûlante dans sa tasse de chicorée. Nicolas s'emparait d'une gaufrette à la vanille en haussant les épaules. Elle me tendait une boîte en fer où je piochais un biscuit en la remerciant, et elle disait à son petit-fils de prendre exemple sur l'adorable gamine que j'étais. On avait neuf ans. Ensuite elle demandait :
je trouve que l'imparfait passe mal (sûrement personnel). Je le trouve assez lourdingue en fait.

Citer
Les cabots derrière, énervés à en devenir fous, se tapaient la gueule contre les barreaux. Ça me faisait rire. Des fois le propriétaire sortait et on détalait comme des lapins.
j'ai du mal à concilier le "on détalait comme des lapins" avec le reste du voc plus familier. Je trouve ça assez vieillot en fait le "on détalait comme des lapins" :mrgreen:
Citer

Puis elle s'installa, pyjama et tout, devant le piano qu'elle ouvrit tout doucement.
je pige pas le "pyjama et tout"

Citer
Elle s'était endormie en regardant les informations, et un feuilleton ridicule de mercredi après-midi passait à la télévision ; elle avait sursauté quand Nicolas avait frappé au carreau.

j'aime pas le "et", je le trouve lourd et pas très utile ?

Citer
Elle ouvrit la fenêtre et, comme il le faisait parfois, il enjamba carrément le rebord, riant aux éclats pendant qu'elle l'appelait sauvage.

elle dit juste "sauvage" ? J'ai du mal à m'imaginer une grand-mère dire juste "sauvage"

Citer
il obtint qu'on nous laisse deux places dans une voiture quelquesfois.
quelquefois (je pige pas trop sa place dans la phrase)

Citer
mais je le retrouvais vite, occupé à chanter faux près d'une guitarre désaccordée grattée par un dreadeux hilare.

guitare
dreadeux ?  xD, c'est space

Citer
prit le sac que je n'avais pas vu dans l'entrée, et ressorti.
ressortit

Citer
Je n'étais pas du tout à l'aise avec l'aura de danger qui l'entourait,

 ???

Citer
mais je fis mine de ne pas l'avoir vue pour suivre.
manque un truc, non ?

Citer
et j'entendis les détonnations.
détonations

Citer
Le quartier fit la une des journeaux.

 :mrgreen:
Citer
de bandes rayées délimitant la scène et de badauds atroupés.
attroupés


Citer
parce qu'ils se figuraient que j'étais au milieu de ces trafics de drogue dont on parlait à dans les journeaux.

et re !

Citer
Ses parents avaient voulu déménager mais son état nerveux s'était tellement agravé
aggravé

Citer
Le soir où ils virent manger chez nous,

vinrent

Citer
Quand je repensais à cet après-midi, au moment où j'avais décicé de le suivre
décidé

2e post

Citer
Scarlett s'habillait en noir et se maquillait trop.
t'as connu quelqu'un qui s'appelait comme ça ? :o

Citer
Mais je scrutais leurs poignets inlassablement ; c'est un réflexe que j'ai toujours gardé, la première chose que je vérifie lorsque je rencontre quelqu'un.
c'est donc ça !
 :mrgreen:

Citer
Il enleva son bracelait, je vis que ses mains tremblaient un peu.
dis donc, ma pourriture, c'est pas un nano. T'es censée avoir relu.  :noange:

Citer
Puis on essaya d'ingérer de force des décénies de guerre froide.
décennies

Citer
Ses poignets ressemblaient à un gribouillage, ne pouvais-je m'empêcher de penser.

xD (l'idée est pas mal !)

Citer
Nous étions toutes les deux passablement émméchées quand Nicolas est rentré,

éméchées
rentra, non ?

Citer
les jours racourcissaient et il commençait déjà à faire sombre.
raccourcissaient

Citer
Une fille blonde, aux cheveux retenus par un pinceau, et confortablement installée dans une salopette bleue couverte de taches de peinture, me détonnait avec l'ambiance glauque que j'avais vue jusque-là.
"me" en trop, non ?


Citer
Il puait jusqu'au mur où je m'étais laissée dégringoler, haletante et tremblante, une boîte à musique dans la tête.

il puait ?  ???

Citer
Mais je savais qu'il ne dormait pas ; je l'entendais sanglotter depuis ma chambre.

sangloter

Citer
Mais seuls nous deux savons ce qui se cache au fond des eaux mortes. Nous avons laissé ces spectres enfouis dans un passé obscur ; c'est en portant les cicatrices de ces combats que, main dans la main, nous continuons
je trouve que finir sur les eaux mortes (même si ça me fait fortement penser à Lo') claque mieux.

Alors, j'ai bien aimé. Le début te ressemble pas vraiment à cause du style familier (après tu l'utilises plus d'ailleurs, c'est pour mieux marquer les "années collège" ?). Après ça te ressemble BEAUCOUP plus. :mrgreen:
J'étais très contente de voir la femme-harpe, moi aussi, même si brr, ça me fait froid dans le dos.
Comme toujours, tu nous embarques rapidement avec tes personnages. Ils font vrai, c'est fou ta capacité à réussir tes personnages. A les rendent vraiment vivants par des petits riens.
Un truc me chiffonne, c'est débile, mais j'ai du mal à croire qu'on arrive à avoir et une Eve et une Scarlett et un Solal ensemble. :mrgreen:
Voilà, je crois que je préfère la seconde partie, peut-être parce que c'est plus ta patte que le début. Enfin le début, j'ai trouvé que ça sonnait moins vrai, à cause du voc et puis des premiers dialogues que je trouve pas très très clairs.

Voilà j'ai bien aimé et je suis très contente de voir que toi tu continues d'écrire.  ^^
"Je crois qu'il est de mon devoir de laisser les gens en meilleur état que je ne les ai trouvés"
Kennit, Les Aventuriers de la Mer, Robin Hobb.

Verasoie

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Re : Spasme
« Réponse #11 le: 15 Février 2012 à 22:52:19 »
Citer
c'est complètement personnel mais j'aime pas du tout le début de ta phrase. Pour moi ça fait un peu "avant que Nicolas ne devienne un être des ténèbres / ne sombre dans le côté obscur"  :mrgreen:

Oki ! bon ben cette formulation dégage à la prochaine version, lol

Citer
un peu pareil. Disons que ce qui me gêne c'est ce genre de terme se retrouvent dans la littérature un peu bas-étage et du coup, ma pourriture, j'ai pas envie de voir ça chez toi.

bouh mais "âme damnée" je trouve cette expression tellement cooooooool. ("Ne t'approche pas de lui. C'est l'âme damnée de Yu-baaba !"

Citer
vu que c'est du discours, faudrait pas mettre en lettres ?

Bien vu (ça m'a même pas effleurée...)

Citer
je pige pas le "pyjama et tout"

Genre "non mais elle va même pas s'coiffer avant t'sais !". J'ai pas reréfléchi à ça u_u. Mdr

Citer
elle dit juste "sauvage" ? J'ai du mal à m'imaginer une grand-mère dire juste "sauvage"

"petit sauvage" ? :mrgreen: Oui je sais pas trop. Faut que je change.

Citer
guitare
dreadeux ?  xD, c'est space

Ah ? J'le dis moi XD
(Guitare c'est vraiment un mot que je loupe à chaque fois é_è XD)
(Journaux aussi apparemment.)

Citer
t'as connu quelqu'un qui s'appelait comme ça ? :o

Haha jamais mais j'aurais trop aimé :mrgreen:

Citer
c'est donc ça !
 :mrgreen:

Même pas ! :mrgreen: Au contraire moi j'évite de regarder, beurk beurk

Citer
dis donc, ma pourriture, c'est pas un nano. T'es censée avoir relu.  :noange:

J'ai relu promis é_è merci pour le relevé.
Faut que je réactive la correction orthographique d'Open office. J'pensais pas faire autant de fautes... :/

Citer
Alors, j'ai bien aimé. Le début te ressemble pas vraiment à cause du style familier (après tu l'utilises plus d'ailleurs, c'est pour mieux marquer les "années collège" ?).

J'ai pas fait exprès ! C'était ptêtre le temps de me remettre en route ? Ça fait longtemps que j'avais rien écrit^^'

Citer
Un truc me chiffonne, c'est débile, mais j'ai du mal à croire qu'on arrive à avoir et une Eve et une Scarlett et un Solal ensemble. :mrgreen:

MDR bien vu. Solal s'est appelé "J" jusqu'à la dernière relecture, cela dit. J'commence à épuiser mes prénoms...

Merci d'avoir lu et relevé tout ça  :coeur:. Je suis contente que tu aies bien aimé !

Hors ligne Jezy

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Re : Spasme
« Réponse #12 le: 16 Février 2012 à 01:16:39 »
Lalala, personne m'a vu partir, personne m'a vu revenir...

Bon j'ai lu que le 1er post, je fais le deuxième demain.


Citer
Avant que Nicolas devienne cet homme sombre à l'aura de
Moi citée dès la première phrase, c'est agréable ^^. Commence bien ce texte.


Citer
traînant ses obsessions comme d'encombrants sacs de voyage, avant que notre enfance ne soit un vieux souvenir comme une photo passée, nous avions l'habitude de traîner, ensemble, tous les jours.
Deux fois "trainer" et deux fois "comme", c'est fait écho un peu.


Citer
aboyer devant les grillages de fonte. Les cabots derrière, énervés à en devenir fous, se tapaient la gueule contre les barreaux.
J'aime bien, ça sonne pile comme il faut.


Citer
et Morgane finissait par rire comme dans elle était petite
"quand" il me semble.


La chicorée, c'est un indicatif géographique ? XD
La pluie aussi ?


J"ai eu un sursaut au milieu du texte pour me rendre compte que j'étais à fond dedans. Prise par le rythme, l'histoire et les mots, je crois qu'on peut en conclure que c'est une bonne histoire dans tous les sens du terme.


Citer
Je versai plus de larmes que lui, celle fois-là comme à l'enterrement q
" cette "


Vérifier les paragraphe et l'aération, peut etre ?


Citer
comme si elle écoutait sa l'air qu'elle connaît par coeur.
??

Citer
et elle est là, assise au piano, avec sa chaude odeur de résine, son sourire timide ; puis l'illusion se dissout dans une immense flaque écarlate.
Hahaaaaaaaa !


Citer
Moi je m'étais inventé les souvenirs pour combler ce trou noir. Lorsqu'on s'est relevés, au bout d'un temps insupportablement long, ils étaient partis. Le salon était criblé d'impacts de balles, et Morgane avait glissé par terre dans une mare de sang que le tapis absorbait. Moi je voyais en tête l'impact de chacun des projectiles,
Les deux "moi" sont peut etre répétitifs ?

Citer
Le soir où ils virent manger chez nous,

Vinrent ?

Citer
Quand je repensais à cet après-midi, au moment où j'avais décicé de le suivre et de passer par la fenêtre, je me disais qu'une partie de moi était restée sur le canapé, comme si ma vie s'était dédoublée d'un coup,
Touché ! La j'ai tout bien vu comme décrit ! J'aime


Je m'attendais pas à ce genre de fin (qui n'en est pas une, on verra si a 7h30 j'aurai le courage de finir), mais je suis partagée niveau ressenti.
Disons que d'un côté, je la trouve triste, déprimante, bref on sent la spirale infernale qui commence, mais en même temps le fait qu'elle se sente bien et calme fait que je dramatise pas le truc (un peu comme elle avec Nicolas j'imagine).

_________

Edit :


Bon, je continue et je suis à fond dedans.


J'aime bien les détails sur les tatoos, genre la crème etc ^^ ca fait tellement réel !


J'adooooooooore le concept d'immeuble loué pour faire des ateliers d'artistes !!!
(Certains ici le savent, j'ai déjà du en parler) (en tout cas ça fait QG XD)


Le concept du play percing ca rappelle un peu Fusain (si je me souviens bien). Mais c'est plus développé, on sent que l'idée a été creusée.

Citer
C'était le bois d'une harpe.
C'est pas une photo trouvé par Rain sur Deviantart ça ? Si c'est ça, je trouve ça super glauque (mais je reste prise par l'histoire).

Citer
Elise reçoit une lettre sanglante, des lignes de haine.
Nice !


Ha, quelle belle fin !

Ok, l'histoire a peut-être besoin d'être mieux séparé entre les 3 périodes (enfance, adolescence et post-bac) parce que par rapport au début la fin me semble partie très loin sans qu'on s'en rende compte (comme quand tu vas te baigner dans la mer et quand tu sors t'es 30m en aval).

Cela dit, et même si j'adhère pas trop au délire style play-piercing, l'histoire est prenante !
Donc bien joué ! :)
« Modifié: 17 Février 2012 à 07:49:24 par Jezy »
« Vous êtes mon café émotionnel ! » Meeting 2016

« Les câlins, c'est le bien, il faut en faire sans modération » - Ernya

Hors ligne Tomoyo

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Re : Spasme
« Réponse #13 le: 17 Février 2012 à 14:24:33 »
Arf, je voulais juste revenir sur quelques points :

 
Citer
Rain :
C'est de cette photo que le passage est tiré, si je ne m'abuse (et d'autres photos de play-piercing pour tout ce qui se passe avant).
ah oui quand même! en fait je me rends compte qu'avec ta description je n'avais pas imaginé tout à fait ça ... Bon après relecture en fait ça correspond, donc je me contenterai d'accuser mon imagination...


Citer

Citer
je pige pas le "pyjama et tout"

Genre "non mais elle va même pas s'coiffer avant t'sais !". J'ai pas reréfléchi à ça u_u. Mdr
Je suis d'accord avec le fait que cette tournure ne soit pas vraiment d'un français impeccable, mais ça m'a fait sourire et j'ai beaucoup aimé. Je voyais bien la gamine en admiration devant l'ado débraillée qui ressemblait à rien, le "et tout" correspond bien à cet esprit enfantin. Moins si c'était Eve adulte qui parle c'est sûr.... enfin, je comprends si tu veux le changer mais j'avais apprécié cette liberté.

Citer
"petit sauvage" ?   Oui je sais pas trop. Faut que je change.
Le mot sauvage ne me gêne pas du tout, je vois tout à fait ma mamie dire ça ^^  C'est plus "riant aux éclats pendant qu'elle l'appelait sauvage" qui m'embête... le "pendant que", le fait que tu utilises "appeler".... "riant aux éclats alors qu'elle grommelait "sauvageon" "? ou "riant aux éclats alors qu'elle lui reprochait de se comporter en sauvageon"?,  enfin c'est sûrement mal exprimé mais j'espère que tu vois ce que je veux dire.

(J'avoue que le prénom Scarlet m'a mis cette musique dans la tête http://www.deezer.com/music/track/4472042 )

Je suis du même avis que Mello, je préfère le début. Enfin, jusqu'à la fac en fait. Après je trouve ça plus froid, surement à cause de la distance entre les personnages...

Je suis d'accord avec toutes les remarques de Jezy.

Le seul vrai truc qui m'a dérangé, déjà dit mais bon puisque je le pense aussi : la conclusion ne correspond pas à l'intro. A la première phrase je m'attendais à ce qu'un évènement éloigne les deux amis "avant qu'il ne devienne dangereux, j'étais amie avec lui, c'était cool et puis un jour..." ça me fait ça....

Bref, désolée de revenir encore sur ce texte, mais j'ai trop aimé pour le laisser filer  :coeur:(d'ailleurs j'ai lu Fusain après...). Allez promis, je t'embête plus. ::)

++

Mes goûts sont simples : je me contente de ce qu'il y a de meilleur [Oscar Wilde]

Verasoie

  • Invité
Re : Spasme
« Réponse #14 le: 17 Février 2012 à 16:46:06 »
Jezy : (j'avais pas vu que t'avais édité !)

Citer
La chicorée, c'est un indicatif géographique ? XD

Sérieux, c'est géographiquement connoté ? XD

Citer
Vérifier les paragraphe et l'aération, peut etre ?

Peut-être... :mrgreen: (Oui je devrais. é_è)

Citer
mais en même temps le fait qu'elle se sente bien et calme fait que je dramatise pas le truc (un peu comme elle avec Nicolas j'imagine).

C'est cool, que ça fasse cet effet : )

Citer
J'aime bien les détails sur les tatoos, genre la crème etc ^^ ca fait tellement réel !

Elle sent trop bon cette crème ! (fin du HS)

Citer
J'adooooooooore le concept d'immeuble loué pour faire des ateliers d'artistes !!!

J'sais plus si je t'en avais parlé ? Y'en avait un comme ça à Dundee : p

Citer
Le concept du play percing ca rappelle un peu Fusain (si je me souviens bien). Mais c'est plus développé, on sent que l'idée a été creusée.

Oui, c'est ça en fait. Enfin, Fusains j'avais vu une photo sur deviantart mais j'm'étais pas penchée sur le truc ; mais en fait ça ne s'applique pas qu'aux corsets :mrgreen:, y'a plein d'autres trucs. J'avais lu des blogs et trouvé ça intéressant^^

Citer
C'est pas une photo trouvé par Rain sur Deviantart ça ? Si c'est ça, je trouve ça super glauque (mais je reste prise par l'histoire).

Si ! Enfin c'moi qui lui avais passé la photo je crois (mais j'ai un doute maintenant XD)

Citer
parce que par rapport au début la fin me semble partie très loin sans qu'on s'en rende compte

Oui, mais c'est exactement ce qui s'est passé en fait, je pensais à tout autre chose au début. Pas bête, l'idée des trois parties (je les différenciais pas trop dans ma tête, lol).

Merci d'avoir lu et d'avoir donné ton avis ! : D


Tomoyo :

Citer
qu'avec ta description je n'avais pas imaginé tout à fait ça ... Bon après relecture en fait ça correspond, donc je me contenterai d'accuser mon imagination...

Du coup, tu imaginais quand même quelque chose, ou tu avais du mal à te le représenter ? (Parce que c'est pas important qu'on imagine pareil que la photo en fait, mais j'veux juste être sûre que ce soit pas... flou / incompréhensible quand on la connaît pas)

Ah, j'ai jamais vu Autant en emporte le vent. J'me suis souvenue tout à l'heure que j'avais choisi Scarlett pour pouvoir l'appeler Scarlatine après (mais j'ai laissé tomber :mrgreen: ça vaut sûrement mieux)

Citer
Le seul vrai truc qui m'a dérangé, déjà dit mais bon puisque je le pense aussi : la conclusion ne correspond pas à l'intro.

Oui tu as raison, faut vraiment que je reprenne le début et la fin.

Citer
Bref, désolée de revenir encore sur ce texte, mais j'ai trop aimé pour le laisser filer  :coeur:

Ah non mais ne t'excuse pas ! :mrgreen: ça m'aide beaucoup de savoir précisément ce que tu en as pensé (puis ça fait toujours plaisir, donc...). Merci en tout cas d'avoir pris le temps !

 


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