Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

17 Avril 2026 à 15:54:27
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Eudes

Auteur Sujet: Eudes  (Lu 5646 fois)

Hors ligne Spes

  • Calliopéen
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Eudes
« le: 20 Mai 2009 à 22:46:59 »
Bonsoir !

J'écris ce texte pour un AT sur le thème de "L'autre", registre S3F, lequel se termine ce lundi 25.  :mrgreen:
Le texte est en deux morceaux, la seconde partie se trouvant dans mon deuxième message. Je procède actuellement aux relectures, mais votre avis me serait d'une grande aide.


Le texte a été envoyé à la date prévue, mais j'ai toujours la volonté de l'améliorer.
La dernière version en date se trouve > ICI <.


1. Rave-party
   Dans la tête du jeune homme s'opérait l'étrange alchimie du réveil. La lumière de l'aube, qui traversait timidement la toile de tente, picota ses yeux entrouverts. Sans réfléchir, Eudes déploya son bras droit. Sa main entra en contact avec une peau tiède, soyeuse. La fille étendue à côté de lui se réveillait doucement. Plus ivre de sommeil que d'alcool, elle lui sourit, radieuse. La rave de la plage ouest s'était officiellement terminée à deux heures du matin, cependant tous les participants n'avaient pas quitté les lieux. Eudes et Lalie s'étaient rencontrés en début de soirée et, dès lors, ne s'étaient pas quittés.
   Le jeune homme repoussa la couverture pour s'emparer de ses vêtements épars.
« On a encore du temps... Reste un peu. », minauda la fille.
   Elle protesta mollement tout en se rapprochant de lui. Sa chevelure brune qu'enflammait la lumière dévorait son visage. Mais Eudes esquissa une moue ennuyée.
« Je pars.
- Quoi, tu pars ? Où ? »
   Surprise, elle ne semblait pas comprendre. Il n'allait tout de même pas la laisser, après cette nuit, sans plus de cérémonie ?
   Lui ne s'intéressait déjà plus à elle. Vivement, il attrapa son sac, sans prendre la peine de répondre.
« J'te laisse la tente. »
   Sur quoi, il sortit. Il irait prendre un café noisette, en centre ville, car il avait un peu soif. Quel plaisir d'avoir quelques jours de pure liberté, lorsqu'on était étudiant à l'ENS d'architecture ! Non pas un simple étudiant : le meilleur, songea-t-il avec délectation. On ne pouvait imaginer toutes les contraintes qu'engendrait le maintient de ce rôle modèle. Eudes s'adorait.
   Parvenu près de la place Maréchal, il s'arrêta pour se recoiffer devant une vitrine, avant de prendre la direction du pont. L'air frais de cette matinée de printemps portait les fragrances sucrées des boutiques de fleurs. En cet instant, le jeune homme était à ce point absorbé par ses pensées que, si une voiture avait déboulé dans l'avenue, il ne l'aurait pas remarquée. Il s'aperçut tout de même que quelqu'un se rapprochait à l'excès, juste derrière lui. Attaché aux convenances, il détestait qu'on ne respecte pas une certaine distance avec sa personne. Alors qu'il se retournait pour en faire la remarque au gêneur avant qu'il ne le bouscule, Eudes reçut un coup bref à la nuque.
   « Merde, mon arthrose ! »
   Ce grognement spontané ne fut pas suivi d'autres réflexions cohérentes. Le jeune homme perdit brutalement l'équilibre. Cependant, son agresseur – l'un des DJ de la rave ? – veillait ; il le rattrapa, passa avec professionnalisme le bras mou sur ses épaules comme pour aider sa victime à marcher, avant de reprendre son chemin. Il avançait à grandes enjambées rapides, ce qui obligea Eudes à trottiner, trébucher sans cesse. De toute évidence, l'homme était bien trop fort pour l'étudiant pâlot à demi sonné.
   Le duo parvint sur le pont. Quelques passants tournèrent la tête vers eux mais se désintéressèrent vite du cas du jeune homme. Tous les mêmes, pensa vaguement ce dernier malgré le douloureux voile de panique qui brouillait sa vision.
   Il sentit qu'on le soulevait et voulut crier ; une main compressait sa poitrine, lui coupant le souffle. Sans plus de cérémonie, le présumé DJ jeta sa victime d'en haut du pont. Une ignoble sensation de vertige gagna aussitôt le malheureux alors qu'il se précipitait vers les eaux sombres. Son hurlement, strident, creva l'immobilité tiède du silence.
   Il s'acheva lorsqu'Eudes heurta la cabine avant d'une péniche. A sa suite, un autre corps tombait.
2. La chambre
« Il est allé trop loin. »
   Son corps avait été lacéré par un millier – non, un million – d'épines aiguisées. Lointain, le bruit de l'eau qui s'écoulait d'un torchon s'interrompit pour laisser place à une vive sensation de  brûlure sur le front. Eudes entrouvrit les lèvres, pour les refermer presque aussitôt, en sentant un fumet marécageux lui monter aux narines. Il ouvrit les yeux.
   Le torchon était une serviette, le marécage, une soupe boueuse – un mélange de carottes et de viande, peut-être. Il se trouvait étendu sur un lit de camp, face à une horloge murale, dans une grande pièce qui ressemblait de manière dérangeante à une chambre d'hôtel. Le lit qui trônait en son centre n'avait pas été défait. Aussitôt, Eudes voulut se lever. Il n'en fut pas capable. Aucun de ses membres ne bougeait. Pire encore : alors qu'il s'attendait à un inconfort cuisant, il ne sentait pas ses vêtements contre sa peau. Pourtant, ces habits, il pouvait les voir.
   Après d'interminables secondes, un claquement de langue agacé lui fit comprendre qu'il n'était pas seul.
« Il est allé trop loin. Désolée, Eudes, vraiment. »
   La voix féminine adoptait ce ton typique qui sous-entendait "si tu tiens à ta santé, tu as fortement intérêt à accepter mes excuses".
« Quoi, quoi ? », coassa Eudes.
   Il se sentait extraordinairement bête, incapable de comprendre pourquoi est-ce qu'on l'avait choisi, lui, comme victime de ce qui ne pouvait qu'être une exécrable mise en scène. La soirée, sa transe, puis la nuit et le réveil, "l'accident" enfin, tout ces évènements s'étaient déroulé trop vite et, l'alcool et la drogue aidant, tout se confondait dans son esprit. D'ailleurs, n'était-ce pas Lalie qui se tenait à côté de lui, assise sur ce tabouret ? Pas de doute, c'était elle, son jouet d'une soirée. Avait-il réellement quitté la plage ? Il n'en était plus certain. Existait-il un hôtel, près de la mer ? Oui, le Campanule, construit à même le sable. Le jeune homme le connaissait bien pour y avoir emmené Hellä, sa précédente conquête.
« Oui, Nath, le DJ, je lui avais dit ce qui s'était passé, tu sais, que t'es parti comme ça, et puis il l'a mal pris, il est devenu furieux. J'ai pas pu le retenir mais je l'ai suivi, puis quand il t'a jeté, je sais pas, j'ai... »
   Elle détournait le regard, gênée. Eudes s'aperçut qu'elle portait un bandage autour du bras droit et de l'épaule.
« J'ai sauté. »
   Il aurait pu être stupéfait, se défouler lâchement sur elle, exprimer des craintes pour son état, toutes réactions humaines qu'un autre aurait eu ; il n'en fut rien. Elle l'assommait, avec son babillage. Ce qu'elle avait bien pu faire ? Il s'en contrefichait, tout comme d'elle, d'ailleurs. Maintenant, il voulait seulement que cette drogue qui l'engourdissait cesse d'agir afin qu'il puisse sortir.
« Tiens, prends ça. »
   Sans considération aucune, elle déposa le bol de soupe malodorante sur la poitrine endolorie du jeune homme. L'objet penchait dangereusement.
« T'as pas faim ? Tu devrais manger, pourtant, vu ton état.
- Peux pas, articula-t-il, la bouche plâtreuse.
- Tu peux pas bouger ? »
   L'évidente rapidité avec laquelle elle avait répliqué indiquait clairement qu'elle avait déjà envisagé cette possibilité. Sûrement, au détour d'une phrase, Eudes lui avait-il dit qu'il souffrait d'arthrose précoce. Elle, en revanche, avait négligé de lui apprendre qu'elle possédait bon nombre de connaissances relatives au corps, y compris des connaissances médicales.
   Elle n'attendit pas davantage pour lui fourrer contre les dents une cuillère chargée de soupe. Le métal heurta l'email.
« Je ne mangerai rien, pas tant que je ne serais pas sorti d'ici. »
   Elle sourit, comme s'il venait de plaisanter. A cet instant-là, sans savoir encore pourquoi, il se mit à la haïr.
« Tu ne peux pas bouger, tu viens de le dire. Il va falloir que tu te reposes bien, pour guérir. »
   Une pointe lui transperça le cœur. Combien de temps lui avait-il fallu pour découvrir ce qui clochait ? Après cette chute, car il devait admettre qu'il avait bel et bien été précipité d'un pont faute d'inventer quelque chose de plausible, il aurait dû se trouver à l'hôpital. Évidemment. Il n'avait rien à faire dans cet hôtel.
« Lalie, qu'est-ce que je...
- Tsst, le coupa-t-elle. Je vais t'apporter de la lecture. »
   Sur quoi, Lalie se leva et sortit de son champ de vision. Elle avait oublié le bol de soupe là où elle l'avait posé. Midi sonna, strident. Eudes s'autorisa alors à se déconnecter de la réalité, se coulant dans le sommeil.
   Il rêva d'une immense piscine, derrière une barrière de planches blanches. Il avait atrocement envie d'aller se baigner dans l'eau fraîche mais une vipère, enroulée autour de son bras, lui sifflait que l'accès en était interdit.
   Lorsque l'horloge annonça une heure, le jeune homme se réveilla en sursaut. C'était la même sonnerie, il en était désormais certain, que celle qui l'avait tiré du sommeil aux côtés d'Hellä, un an auparavant. Il n'avait pas l'intention de rester coincé ici. Dans combien de temps la technicienne de service passerait-elle ? Elle aurait dû venir à midi, avant qu'il ne s'endorme, pourtant il n'avait pas souvenance d'une visite...
   Le Campanule n'était-il pas fermé jusqu'à mai ? Si cela expliquait l'absence de personnel, ça signifiait aussi que Lalie l'avait introduit par effraction.
   Pour la énième fois, son regard se posa sur le bol, juste sous son menton. Il avait de plus en plus faim. Quand reviendrait-elle, cette fille ? Penchant la tête tant que possible, il tendit la langue, effleura la surface du magma brunâtre, sans autre résultat que de se salir. La seconde tentative fut couronnée de plus de succès. Alors qu'il absorbait sa cinquième lampée, la porte s'ouvrit à la volée.
« L'autre arrive... » murmura-t-il pour lui-même.
   Lalie rayonnait. Elle brandissait un livre. Lorsqu'elle le lui mit sous le nez, il put lire, à contrecœur, "Le Sophiste, Platon". Sans prendre garde, elle s'assit à côté de lui. Le matelas pencha et le bol de soupe bascula.
   Non seulement elle ne l'aidait pas à manger, malgré sa faim évidente, mais elle lui ôtait tout espoir de se rassasier ? Le comble fut atteint lorsqu'elle entama la lecture du bouquin d'une voix chantante. Eudes n'avait absolument pas envie de l'écouter. Quelque chose, en elle, l'effrayait.
« Lalie ?
- Je suis en train de... »
   Elle vit son expression dégoûtée et se tut. Eudes reprit :
« Je n'ai pas l'intention de rester ici, dans cet hôtel désert.
- Et pourquoi non ?
- Parce que tu ne peux pas me retenir contre ma volonté. Si je suis blessé, il me faut de vrais soins.
- Eudes... souffla-t-elle avec l'air contrit du médecin qui annonce la mauvaise nouvelle. Tu as subi un traumatisme, une lésion cervicale de la moelle épinière. Tu ne peux plus bouger, tu le sais ? Tu es tétraplégique. »
   Non, il ne le savait pas. Elle, par contre, comment pouvait-elle être au courant ? Il ne lui avait jamais parlé de cette fragilité, de son arthrose. Comment pouvait-elle en être sûre ? Et pourquoi vouloir à ce point le retenir ici, malgré tout ?
   Et si... et si elle cherchait encore à se venger ? Après tout, si elle avait été capable de lâcher cette brute sur lui, pourquoi n'aurait-elle pas pu désirer prolonger le supplice ?
« Lalie, je t'aime bien, je suis vraiment désolé d'avoir voulu te quitter comme ça, mais laisse-moi partir s'il-te-plaît.
- Tu m'aimes bien ? »
   Il crut qu'elle était ironique, acide. Son regard chargé d'espoir le détrompa, et lui inspira du même coup une étrange répugnance. L'autre était sûrement une paumée, voilà tout. Il fallait qu'il sorte d'ici.
« Bien sûr, je t'aime beaucoup, je tiens à toi.
- Vraiment ?
- Puisque je te le dis. »
   Elle eut un petit rire.
« Sinon, je t'aurais tué !
- Alors, je peux sortir ? »
   Aussitôt, elle s'assombrit. Un rouge violent entacha ses joues. Elle tenait toujours le livre, dans ses mains crispées.
« Et Hellä, tu l'as aimée ? » susurra-t-elle, retenue.
   Pour le coup, Eudes hésita. Se connaissaient-elles ?
« Hellä, c'est de l'histoire passée.
- Tu l'as aimée ?
- Non.
- Moi, tu m'aimes ?
- Oui. »
   Il avait décidé de lui mentir sur ce sujet qui semblait tant lui tenir à cœur. Ça ne lui coûtait rien, ne lui avait jamais rien coûté – jusqu'à aujourd'hui. D'ailleurs, elle avait regagné son calme. Elle enfouit distraitement une main dans sa chevelure ébouriffée. Eudes voulut changer de sujet.
« Il y a une piscine, par ici ? »
   C'était tout ce qui lui était venu à l'esprit. Étrangement, Lalie sursauta.
« Oui, la piscine de l'hôtel. Mais on ne peut pas y aller, elle est fermée. Même en saison, elle est fermée. Tu devrais le savoir.
- Tu m'as drogué à la morphine ? coupa-t-il sèchement.
- Quoi ? »
   Elle avait parlé d'une toute petite voix. Il avait à tel point l'impression d'être obligé de sourire à une gamine complètement demeurée qu'il n'avait pu s'empêcher d'éclater, en l'interrompant. D'un coup, son immobilité, son incapacité, ces évidences devinrent réelles. Un sentiment de claustrophobie s'empara de lui.
« Je veux sortir, partir, tout de suite ! » hurla-t-il.
   Tel un pantin aux fils coupés, il demeurait immobile et moite. Seule sa tête s'agitait faiblement.
« Tu veux me quitter, c'est ça ?
- Tout de suite !
- Et Adeline ? Maëlle, Zoé, Lise ? s'enquit-elle crescendo.
- Tu as fait des recherches sur moi, c'est ça ? Ce matin, après m'avoir traîné ici ? Tu es allée zoner sur les blogs des ces filles grâce à mon nom ?
- Tu les as toutes quittées de la même façon dégueulasse.
- Et puis quoi ? Si je ne les aimais pas.
- Et moi ? »
   Il avait perdu toute envie de hurler. Cette fille lui inspirait de la pitié.
« Toi, je t'aime, mais pas ici.
- Ailleurs, tu ne m'aimeras pas non plus. Je vais m'occuper de toi.
- Tu crois que c'est ça qui va faire que je m'intéresse à toi ? »
   A nouveau, la rage la gagnait, le feu embrasait son front. Elle tripotait nerveusement sa proie de papier.
« Quel genre de filles est-ce que tu aimes ? Réponds.
- Un peu comme toi. Mais moins vive, et puis les cheveux courts et blancs, les yeux clairs. »
   Prompte comme l'éclair, elle lui jeta le livre au visage. La porte claqua sur son passage. Eudes ne put que rester allongé, à peine relevé par quelques coussins, comme abruti.

Suite au second message ~
« Modifié: 29 Août 2020 à 21:40:00 par Spes »

Hors ligne Spes

  • Calliopéen
  • Messages: 597
Re : Eudes
« Réponse #1 le: 24 Mai 2009 à 17:38:45 »
Voici la suite !


3. La septième fille
   Lalie marchait vite dans le long couloir désert. Sa respiration s'accélérait. Eudes l'avait mise hors d'elle, comme à chaque fois. Lorsqu'elle se le remémorait en train d'esquisser un sourire poli avant de se lancer dans un discours devant des centaines de personnes, le souvenir de son attitude hautaine et méprisante vis-à-vis d'elle-même venait assombrir son humeur. Cependant, ce jeune homme était aussi capable de donner l'impression d'être attentif, intéressé par autrui, et bien qu'elle sut que ce n'était qu'une façade, elle ne pouvait s'empêchait de se sentir émue.
   Indéniablement, elle l'admirait, elle l'aimait. S'il  n'y avait eu que cela, peut-être aurait-ce été différent. Le fait est qu'elle s'était avancée plus que de raison : constamment, il l'avait rejetée, et cela avait contribué à accroître son désir de vaincre sa résistance. Elle cherchait davantage que la réciprocité de ses sentiments – une vengeance, peut-être, ou la preuve de ses capacités, une façon de se rassurer.
   L'ascenseur émit un chuintement suraiguë tandis qu'il décélérait. Il n'avait pas encore atteint le rez-de-chaussée. Inquiète, Lalie pressa les boutons un à un, en vain. A nouveau, elle se retrouvait coincée dans la cabine exiguë. Cette fois-ci, resterait-elle une heure ou davantage ? De toute évidence, il s'agissait d'une coupure de courant...
   A l'extérieur de l'hôtel, d'épais nuages masquaient le soleil. La pluie déferlait sur le bâtiment et la piscine, dont la surface crépitait. Un éclair projeta sa lumière cireuse. Au fond de l'eau, gisaient des formes noires.

   La fin d'après-midi s'était écoulée au rythme des cliquetis infimes de l'aiguille de l'horloge. Eudes s'était senti tour à tour exaspéré, irrité, oppressé, excédé, sur quoi il s'était plongé dans un état de tristesse lasse, semblable à celui de ces petites dépressions que subissent ceux qui tournent en rond. Encore un heure comme cela et il deviendrait fou, pensait-il. Il dormit peu et mal, à cause d'une douleur insidieuse qui s'éveillait dans sa nuque.
   A l'aube, la porte s'ouvrit. La fille contourna le lit central, toujours aussi impeccable.
« L'autre se ramène ! jappa-t-il sans lui accorder un regard.
- Bonj... »
   Cette voix avait des intonations inhabituelles.
« ...our Eudes, je suis Érèbe, je viens m'occuper de toi et ce sera moi qui viendrait durant un certain temps, après quoi tu seras guéri.
- Je ne peux pas guérir. Lalie ne vous l'a-t-elle pas dit ? »
   Il la regardait, fasciné. Érèbe était une jeune fille albinos, un peu plus grande que la fille précédente. Avec des mouvements lents et peu précis, elle lui fit manger de la purée. Pour l'heure, la faim l'emporta sur toute autres considérations.
« Tu pourras guérir, cela dépend la façon de voir les choses. Aimes-tu Lalie ?
- C'est une conspiration ? Vous êtes toutes les deux dérangées ? »
   Ses yeux s'écarquillèrent.
« Tu es blessant, Eudes.
- Parce que ce n'est pas blessant, pour moi, de rester coincé ici comme un rat mort ?
- Aimes-tu Lalie ?
- Mais oui ! Oui ! »
   Un bonheur trop intense éclaira le visage blanc. Le jeune homme, quant à lui, était interloqué.
« Où est-elle ? demanda-t-il.
- Qui ?
- Lalie.
- Je... Je l'ignore.
- Pourquoi t'as-t-elle demandé, à toi, de venir me voir ? »
   Peut-être était-ce stupide, mais Eudes était persuadé que ce ne pouvait être le fruit d'une coïncidence. La veille, n'avait-il pas retracé l'exact portrait d'Erèbe ? Elle apparaissait donc comme une rivale, du point de vue de Lalie. Ou bien... Idiot. Mais pourtant... Et ces deux filles se ressemblaient tant, par leur façon d'être...
« Mais parce qu'il fallait bien que quelqu'un s'occupe de toi ! Et elle ne pouvait pas, parce qu'elle est restée coincée dans l'ascenseur.
- Ça n'explique rien. Elle aurait pu venir.
- Mais non, je viens de te dire qu'elle est bloquée.
- Encore maintenant ?!
- Oui, elle m'a envoyé un SMS sur mon portable. Elle attend le réparateur.
- On est dimanche. Tu as essayé de lui ouvrir ?
- Je devais venir te voir.
- Tu as dit que tu ne savais pas où Lalie se trouvait, au début.
- Je ne voulais pas t'inquiéter.
- Oh... Mais qu'est-ce que je suis con... »
   Eudes prononça ces dernières paroles dans un murmure. Il battit des cils. L'espace d'un instant, il avait cru, vraiment cru, qu'Erèbe et Lalie n'étaient qu'une seule et même personne. Il se sentait coupable d'avoir eu une pensée aussi ridicule.
« Qu'est-ce qu'il y a ? »
   L'accent d'inquiétude que portait cette voix était sincère. Mais Eudes ne pouvait pas lui donner la raison de son trouble. Ç'aurait été comme l'aveu personnel de sa propre folie.
   Il mentit.
« J'aurais voulu voir Lalie. »
   Erèbe se leva, pour se pencher vers lui. Il n'eut pas le temps de protester que, déjà, elle le soulevait. Il était lourd et encombrant, aussi ne soutint-elle pas sa tête, laquelle ballotait par-dessus son bras, complètement renversée, tandis que la fille sortait de la pièce. Malgré un mal-être qui atteignait des sommets, Eudes ne ferma pas les yeux. Il ne perdit pas une miette du couloir plongé dans la pénombre, des portes alignées.
   Enfin, alors que le visage du jeune homme se trouvait face au mur, Erèbe s'arrêta de marcher. Elle se tenait devant les portes closes de l'ascenseur. Du front, elle donna un bref coup sur le bouton d'appel.
   Des couinements grinçants parvinrent aux oreilles d'Eudes. Il esquissa une grimace. L'odeur de renfermé du couloir avait été chassée par une seconde, incommensurablement plus infecte.
   A cet instant, les portes coulissèrent.
4. La piscine
   La bouffée putride qu'il inspira provoqua un haut-le-cœur. Que se trouvait-il, à l'intérieur de la cabine ? Eudes aurait-il voulu l'oublier, pouvoir nier jusqu'à l'existence de cet hôtel, mais il n'en était pas capable : il imagina.
   Il se figura le cadavre de Lalie, prostré dans l'un des angles, roide.
   Déjà, la mort l'avait travaillé, les yeux étaient enfoncés dans leurs orbites sombres, le teint, cireux. Non, plutôt blanc, d'une blancheur  translucide semblable à celle de ces corps qui ont trempé longuement dans du liquide. Cette peau, déjà, se décollait, laissant transparaître des veines bleuies, des...
« Je savais qu'il ne tiendrait pas le coup. »
   Eudes ne répondit pas.
« Tu vois, Eudes, il n'a pas tenu, et, maintenant, on ne peut plus le récupérer. Mais c'est pas grave, hein ? Tu me préfères comme ça. Albinos.
- Quoi, qui n'a pas tenu ? »
   Des gouttes de bave glissèrent le long de ses joues, jusqu'à ses yeux.
« Le corps. De Lalie. »
   Le silence sembla s'éterniser.
« Elle est... morte ? »
   De nouvelles gouttes de bave débordèrent des sourcils pour dégouliner sur le front.
« Je... » reprit Eudes.
   Un vertige engourdissait sa tête. Ce qu'il voyait – le mur au crépis rouge bordeaux, la plinthe de bois noir – perdait toute stabilité. « " Le monde est une création de notre cerveau ", hein ? pensa-t-il. Eh bien, le mien doit être sacrément mal en point... »
   Il sombra dans l'inconscience.
   Lorsqu'il s'éveilla, il ne reconnut tout d'abord pas les environs de la piscine, avec la pelouse mal tondue qu'avait détrempée l'orage de la veille. Une pluie fine tombait sans discontinuer, assombrissant les carreaux de céramique qui recouvraient le sol.
   Erèbe avait allongé le jeune homme sur un lit de graviers – originellement une petite allée. Elle se tenait d'ailleurs à côté de lui, en train de brandir une seringue dotée d'une énorme aiguille...
   A nouveau, les limbes noires accompagnées de leur cortège de fièvre, si promptes, s'emparèrent d'Eudes.
   Il reprit connaissance quelques instants plus tard, assis sur le rebord de la piscine, les jambes dans l'eau jusqu'aux genoux. L'humidité avait infiltré son pyjama. Erèbe se tenait tout contre lui et le soutenait afin qu'il ne tombe pas. D'un coup, elle fit mine de le lâcher.
« Tu meurs, Eudes. »
   Elle le rattrapa. Des gouttes de sueur froide perlaient sur le front du jeune homme. D'un haussement de menton, elle désigna l'eau noire.
« J'ai réfléchi. Tu n'en as plus pour longtemps. Ma solution... Est là-dedans. C'est là que se trouve... »
   Une voiture passa en vrombissant derrière la palissade. Un instant, la lumière de  ses phares se refléta à la surface huileuse de l'eau.
   Au fond, gisaient des formes troubles.
« ... ma réserve de corps. »
   Eudes émit un petit cri étouffé, pitoyable.
« Hellä, Zoé, Adeline, Maëlle et Lise. »
   La main de la jeune fille blanche se crispa sur son épaule.
« Ça te parle, hein, tous ces noms ? Tu les as toutes rencontrées, toutes larguées. Même Lalie et Erèbe.
- Ton nom...
- Mon nom ? Je n'en ai pas. Mais si je devais m'en choisir un, je prendrais... le tien. Tu sais, quand Maëlle t'a rencontré, pour la première fois, elle était encore neuve, innocente. Je... Non, tu ne sauras pas ce que je suis. Mais maintenant, pour moi, ça se termine. J'ai possédé tant de corps !... Ils meurent tous, tour à tour. Si je n'avais pas dû quitter Lalie, coincée dans l'ascenseur, elle tiendrait encore. Mais je... »
   Subitement, une lueur malsaine s'alluma au fond de ses yeux bleu pâle.
« Je pourrais prendre ton corps à toi.
- Non ! »
   Mais, déjà, Erèbe se laissait glisser dans l'eau. Les vaguelettes clapotaient contre sa peau blanche. Elle tira Eudes, à sa suite.
« Non ! »
   Il bascula.
   L'eau glaciale et gluante entra dans sa bouche, son nez, ses oreilles. Quoiqu'elle fut brûlante, il gardait les yeux ouverts tandis que, se mobilisant comme jamais, il tentait de s'éveiller, de bouger. Peine perdue ; ses membres inertes coulaient tout comme le reste de son corps.
   Tout à coup, le masque blanc aux yeux translucides se rapprocha de son visage. La bouche ouverte se plaqua contre ses lèvres.
   Le magma visqueux de l'esprit se condensa, formant comme une larve. L'être d'Eudes s'échappa, via une oreille, à l'approche de l'Autre, la chose immonde et putride qui se mourrait. Au travers de l'eau, il rejoignit le visage de la fille, guidé par la chaleur humaine qu'elle dégageait. Aussitôt, il s'étira dans ce qui avait été l'antre de l'Autre, de la chose abjecte, prenant possession de ce nouveau corps.
   Alors, Eudes vit son corps à lui, ses yeux qui le regardaient, glauques. Ils avaient procédé à une sorte d'échange. Mais l'Autre ne pouvait pas bouger. Car il venait de s'introduire dans une prison. Ses yeux clignèrent, s'écarquillèrent. Il coulait à pic, rejoignant inéluctablement les formes sombres, dans les profondeurs.
   Vigoureusement, Eudes-Erèbe se démena ; sa tête déchira la surface. Lorsqu'il inspira, un cri traversa ses poumons.
   Il rejoignit péniblement l'échelle de métal. La pesanteur le rattrapa, aussi s'écroula-t-il sur l'herbe. Une douleur aiguë au niveau de la poitrine vint lui confirmer ce qu'au fond il savait déjà. Cependant, il y avait autre chose. Cela faisait comme un chatouillis à l'arrière de la tête, des interférences qui brouillaient ses pensées.
   L'esprit d'Erèbe, la toute première à avoir dirigé ce corps, venait de rompre ses chaînes.
5. Cohabitation
   Au fil des semaines, j'ai parfaitement intégré l'esprit d'Erèbe au mien. Elle était trop vulnérable, ou bien l'Autre l'avait-il trop fragilisée. J'ai fait, en elle, la découverte de trésors que je n'aurais jamais soupçonnés ; ce sont, aujourd'hui, des pensées, des souvenirs qui m'appartiennent. Parfois, j'ai le sentiment qu'elle proteste. Mais sa voix se tait de plus en plus, le temps passant.
   J'ai bien un regret, c'est que, depuis que je vis dans ce corps de fille, j'ai dû réorienter mes études. Je me dirige vers la recherche médicale. Histoire de pouvoir anticiper avant que ne survienne mon inéluctable cancer de la peau.


Fin.
« Modifié: 03 Juin 2009 à 13:07:20 par Spes »

Hors ligne Kailiana

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  • Lial' | Calamar placide
Re : Eudes
« Réponse #2 le: 24 Mai 2009 à 21:17:10 »
Heureusement que tu postes la suite : j'avais complètement oublié ce texte alors que je voulais le lire >< Désolée !

Première chose : j'aime beaucoup ta manière d'écrire le titre, tout comme dans "la soirée" que je n'ai tjrs pas lu  :-[

1. Rave-party
Citer
Non pas un simple étudiant
virgule après "non" ? (pas obligatoire)
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il s'arrêta pour se recoiffer dans une vitrine
"devant" une vitrine, plutôt
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En cet instant, le jeune homme était à ce point absorbé par ses pensées que, si une voiture avait déboulé dans l'avenue, il ne l'aurait pas remarquée. Il s'aperçut tout de même que quelqu'un se rapprochait à l'excès, juste derrière lui.
je chipote, mais je trouve un peu bizarre qu'il s'aperçoive que qq'un est derrière lui s'il n'aurait pas remarqué une voiture (une voiture, ça fait du bruit, plus qu'une personne)
Citer
   « Merde, mon arthrose ! »
   Ce grognement spontané ne fut pas suivi d'autres réflexions cohérentes.
c'est le perso principal qui parle ? je n'en étais pas sûre
Citer
Il s'acheva lorsqu'Eudes heurta la cabine avant d'une péniche.
je sais pas de quelle hauteur s'effectue le "lancer", mais ça doit faire mal  :mrgreen:
Citer
A sa suite, un autre corps tombait, ce qu'il ne put voir.
je trouve maladroit le "ce qu'il ne put voir" (dans le passage on a l'impression d'avoir le point de vue d'Eudes... )

2. La chambre
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Lointain, le bruit de l'eau qui s'écoulait d'un torchon
je suis en mode chipotage, hein. Mais là Eudes a les yeux fermés et dans la description tu donnes l'impression de vouloir mettre le lecteur à la place du perso. Donc ça m'a parut bizarre de savoir que l'eau s'écoule d'un torchon - juste avec le bruit. Je m'en fiche moi que ça goutte d'un torchon à cet endroit là, tu peux parfaitement l'expliquer au niveau de " Le torchon était une serviette" (remplacer par un truc si signifie "l'eau gouttait d'un torchon/servitette"). Je trouve que ça cadrerait mieux avec ta description. Après tu fais comme tu veux ^^
Citer
car il devait admettre qu'il avait bel et bien été précipité d'un pont faute d'inventer quelque chose de plausible
"sur un pont" ? sinon j'aime pas trop le "faute d'inventer... plausible" (pour la signification, je trouve que ça cadre pas parfaitement)
Citer
Il avait à tel point l'impression d'être obligé de sourire à une gamine complètement demeurée qu'il n'avait pu s'empêcher d'éclater, en l'interrompant. D'un coup, son immobilité, son incapacité, ces évidences devinrent réelles.
bof. Je trouve que la première phrase correspond pas trop à la situation ; quant à la deuxième, qu'elle s'enchaine mal avec la première

3. La septième fille
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semblable à celui de ces petites dépression que
dépressionS

4. La piscine
Citer
Que se trouvait-il, à l'intérieur de la cabine ? Eudes aurait-il voulu l'oublier, pouvoir nier jusqu'à l'existence de cet hôtel, mais il n'en était pas capable : il imagina.
on a l'impression que Eudes cherche à oublier ce qui se trouve à l'intérieur de la cabine, mais je trouve ça bizarre... "oublier" sous-entend qu'il sait déjà ce qui s'y trouve, hors ce n'ets pas le cas.
Citer
   Il se figura le cadavre de Lalie, prostré dans l'un des angles, roide.
raide ?
Citer
il ne reconnut tout d'abords
"tout d'abord" ? (je suis pas sûre du tout, à vérifier si tu n'es pas certain non plus ^^)
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la pelouse mal tondue qu'avait détrempé l'orage de la veille
détrempée
Citer
Mais l'Autre ne pouvait pas bouger. Car il venait de s'introduire dans une prison.
l'Autre est un peu con, non ?  :mrgreen: je veux dire, depuis que t'as dit que l'Autre voulait prendre le corps d'Eudes, je me disais en anticipant  "ah, dans les commentaires il va falloir que je demande pourquoi tout d'un coup le corps peut à nouveau bouger". Du coup je trouve que c'est un peu bête et que l'Autre est complètement attardé, d'autant qu'il avait l'air de s'y connaitre en corps quand il parlait des "problèmes" d'Eudes  :-¬?


Conclusion : j'aimais bien. La fin de "2. La chambre" (surtout le dialogue) est peut-être un peu longue. Sinon, tu as réussi à m'intriguer. J'avais envie de savoir où ça menait.
Malheureusement, mes attentes ont été un peu déçues par la fin... le fait qu'il y ait une "créature" qui était dans tous les corps des filles : ok.
Le fait que la créature soit idiote et coule bêtement à la fin... me convient très moyennement. C'est facile. Trop.
Tu as fait monter la sauce tout au long du texte, le lecteur (moi, en tout cas) s'interrogeait sur tout ce à quoi cette histoire menait, je me demandais si Eudes perdait la boule, était mort/dans le coma depuis le début ou autre, j'attendais une chute digne de ce nom. Là... je trouve ça facile et ça n'a pas répondu à mes attentes  :-[

Dommage, car sinon le reste était bien ! Seulement, étant donné que tout au long du texte on tente de deviner ce qui se passe, si la fin déçoit... :s (en fait, t'as trop bien réussi le coup d'intriguer le lecteur : ensiute, il faut tenit les espérances)

Si la réalité dépasse la fiction, c'est parce que la réalité n'est en rien tenue à la vraisemblance.
Mark Twain

La théorie, c'est quand on sait tout et que rien ne fonctionne. La pratique, c'est quand tout fonctionne et que personne ne sait pourquoi.
Einstein

Verasoie

  • Invité
Re : Eudes
« Réponse #3 le: 02 Juin 2009 à 23:51:05 »
Lu !

Hum, je dirais que tout le texte nous enferme dans un espèce de solipsisme très glauque :mrgreen: ce côté, j'ai adoré. C'est un peu dément et exagéré, mais tellement cohérent dans la façon de le raconter que finalement ça dérange pas, on gobe tout.

Ah j'ai bien aimé aussi la façon de planter le décor au tout début du texte, je visualisais tout à fait Lalie, le soleil, sa peau etc.

Et puis le Eudes est cynique, presque détestable avec ses réflexions condescendantes, j'aime bien ce genre de personnage salaud. Enfin, j'ai pas ressenti d'affection pour, mais quand même une certaine commisération pour ce qui lui arrive après. C'est dommage de tomber si bas quand on est si sûr de soi au début ^^

Pas mal du tout, la partie-épilogue xD ça reste aussi cynique que le reste du texte, mouaha.

Humpf, j'avais pas du tout aimé la fin de la quatrième partie à la première lecture parce que j'avais pas compris (le fait que l'Autre meure à cause du corps handicapé de Eudes). Puis maintenant que j'ai saisi ça m'embête pas. Enfin, peut être mettre une "réaction" de Eudes à la situation ? Est-ce qu'il était effrayé de mourir et ne ressent que du soulagement ? Est-ce qu'au fond il s'en fichait et que la façon dont tournent les choses le fait carrément rire ? Il trouve la mort de l'Autre ridicule, ou il l'avait prévu, ou au contraire elle le surprend ? Etc. Je sais pas ce qu'il en a pensé et là ça me perturbe. xD (les préoccupations de 23h48).

Je crois que je voulais rajouter un truc mais j'ai oublié.

Ah !

Citer
Quoiqu'elle fut brûlante, il gardait les yeux ouverts tandis que, se mobilisant comme jamais, il tentait de s'éveiller, de bouger.

J'ai pas du tout compris ce qui était brûlant à ce moment là, puisque tu viens de dire que l'eau était glaciale. Ça m'a un peu sortie de l'ambiance, du coup. *accusation xD*

Hors ligne Spes

  • Calliopéen
  • Messages: 597
Re : Eudes
« Réponse #4 le: 03 Juin 2009 à 13:03:41 »
Alors, alors... Tu fais bien de remonter ce texte  :D

Lorsque j'ai lu les remarques de Kailiana (que je remercie chaleureusement au passage), j'ai bondi sur mon traitement de texte, j'ai procédé aux modifications, j'ai coupé la fin direct pour en écrire une nouvelle (c'était... euh... bien onze heures du soir), sur quoi je l'ai envoyé.
C'était peut-être le truc à ne pas faire, mais j'avoue que, sans ça, ça m'aurait crispé.


1)
Citation de: Kailiana
je sais pas de quelle hauteur s'effectue le "lancer", mais ça doit faire mal  :mrgreen:
Plutôt qu'une cabine, je vais mettre une bâche, ce sera plus plausible.

Pour la virgule et "devant", pas de problème. J'ai mixé les deux phrases pour "En cet instant, le jeune homme était absorbé dans ses pensées, aussi s'aperçut-il subitement que quelqu'un se rapprochait à l'excès, juste derrière lui."

Citer
c'est le perso principal qui parle ? je n'en étais pas sûre
"« Merde, mon arthrose ! » gémit-il." n'est pas trop lourd ?

Citer
je trouve maladroit le "ce qu'il ne put voir" (dans le passage on a l'impression d'avoir le point de vue d'Eudes... )
J'ai des difficultés avec les points de vue, décidément. J'ai enlevé ça ^^

2)
Citer
je suis en mode chipotage, hein. Mais là Eudes a les yeux fermés et dans la description tu donnes l'impression de vouloir mettre le lecteur à la place du perso. Donc ça m'a parut bizarre de savoir que l'eau s'écoule d'un torchon - juste avec le bruit. Je m'en fiche moi que ça goutte d'un torchon à cet endroit là, tu peux parfaitement l'expliquer au niveau de " Le torchon était une serviette" (remplacer par un truc si signifie "l'eau gouttait d'un torchon/servitette"). Je trouve que ça cadrerait mieux avec ta description. Après tu fais comme tu veux content
J'ai remplacé ça par "Lointain, un bruit d'écoulement d'eau s'interrompit" puis "L'eau s'écoulait d'une serviette, le marécage était une soupe boueuse".

Citer
"sur un pont" ? sinon j'aime pas trop le "faute d'inventer... plausible" (pour la signification, je trouve que ça cadre pas parfaitement)
On dit bien précipiter de quelque chose. ^^ Par contre, j'ai coupé "faute d'inventer quelque chose de plausible"

Citer
bof. Je trouve que la première phrase correspond pas trop à la situation ; quant à la deuxième, qu'elle s'enchaine mal avec la première
Alors... Hum... "Elle avait parlé d'une toute petite voix. Se sentait-elle prise en faute ? Peu lui importait ; tout ce qu'il voulait, c'était sa liberté. D'un coup, son immobilité, son incapacité, ces évidences devinrent encore plus réelles." convient mieux ?

3)
Citer
dépressionS
Oh, une pure faute d'orthographe  :mrgreen:

4)
Citer
on a l'impression que Eudes cherche à oublier ce qui se trouve à l'intérieur de la cabine, mais je trouve ça bizarre... "oublier" sous-entend qu'il sait déjà ce qui s'y trouve, hors ce n'ets pas le cas.
J'ai supprimé "oublier"

Citer
raide ?
Ce sont des synonymes, mais j'ai une petite préférence pour roide. ^^

Citer
l'Autre est un peu con, non ? je veux dire, depuis que t'as dit que l'Autre voulait prendre le corps d'Eudes, je me disais en anticipant  "ah, dans les commentaires il va falloir que je demande pourquoi tout d'un coup le corps peut à nouveau bouger". Du coup je trouve que c'est un peu bête et que l'Autre est complètement attardé, d'autant qu'il avait l'air de s'y connaitre en corps quand il parlait des "problèmes" d'Eudes

J'ai réécrit la fin  :mrgreen:
Au sujet du dialogue qui t'a semblé long, j'ai condensé quelque peu.

Citation de: Versasoie
Quoiqu'elle fut brûlante, il gardait les yeux ouverts tandis que, se mobilisant comme jamais, il tentait de s'éveiller, de bouger.

J'ai supprimé la première partie de la phrase.

Concernant les réactions d'Eudes, j'ajoute de ce pas quelque indication.
Content que le caractère du personnage t'ait plu ! D'ailleurs, j'avais essayé de donner l'impression qu'il se rend compte, peu à peu, que l'autre a bel et bien une place dans son univers (en somme, une perte progressive de son solipsisme), mais je pense que je n'y suis pas parvenu de manière satisfaisante.
Merci à toi pour tes remarques  :)

Et puis, du coup, j'hésite. Est-ce que je supprime la première version, postée plus haut, au bénéfice de la nouvelle ? Ou bien... Je poste la nouvelle à la suite.
« Modifié: 03 Juin 2009 à 13:11:26 par Spes »

Hors ligne Spes

  • Calliopéen
  • Messages: 597
Re : Eudes
« Réponse #5 le: 03 Juin 2009 à 13:11:30 »
Voici la nouvelle version. C'est elle que j'éditerai, à l'avenir.
Les modifications principales se situent au niveau des quatrième et cinquième partie.



1. Rave-party
   Dans la tête du jeune homme s'opérait l'étrange alchimie du réveil. La lumière de l'aube, qui traversait timidement la toile de tente, picota ses yeux entrouverts. Sans réfléchir, Eudes déploya son bras droit. Sa main entra en contact avec une peau tiède, soyeuse. La fille étendue à côté de lui se réveillait doucement. Plus ivre de sommeil que d'alcool, elle lui sourit, radieuse. La rave de la plage ouest s'était officiellement terminée à deux heures du matin, cependant tous les participants n'avaient pas quitté les lieux. Eudes et Lalie s'étaient rencontrés en début de soirée et, dès lors, ne s'étaient pas quittés.
   Le jeune homme repoussa la couverture pour s'emparer de ses vêtements épars.
« On a encore du temps... Reste un peu. », minauda la fille.
   Elle protesta mollement tout en se rapprochant de lui. Sa chevelure brune qu'enflammait la lumière dévorait son visage. Mais Eudes esquissa une moue ennuyée.
« Je pars.
- Quoi, tu pars ? Où ? »
   Surprise, elle ne semblait pas comprendre. Il n'allait tout de même pas la laisser, après cette nuit, sans plus de cérémonie ?
   Lui ne s'intéressait déjà plus à elle. Sans prendre la peine de répondre, il se saisit de son sac.
« J'te laisse la tente. »
   Sur quoi, il sortit. Il irait prendre un café noisette, en centre ville, car il avait un peu soif. Quel plaisir d'avoir quelques jours de pure liberté, lorsqu'on était étudiant à l'ENS d'architecture ! Non, pas un simple étudiant : le meilleur, songea-t-il avec délectation. On ne pouvait imaginer toutes les contraintes qu'engendrait le maintien de ce rôle modèle. Eudes s'adorait.
   Parvenu près de la place Maréchal, il s'arrêta pour se recoiffer devant une vitrine, avant de prendre la direction du pont. L'air frais de cette matinée de printemps portait les fragrances sucrées des boutiques de fleurs. En cet instant, le jeune homme était absorbé dans ses pensées, aussi s'aperçut-il subitement que quelqu'un se rapprochait à l'excès, juste derrière lui. Attaché aux convenances, il détestait qu'on ne respecte pas une certaine distance avec sa personne. Alors qu'il se retournait pour en faire la remarque au gêneur avant qu'il ne le bouscule, Eudes reçut un coup bref à la nuque. « Merde ! » gémit-il.
   Ce grognement spontané ne fut pas suivi d'autres réflexions cohérentes. Le jeune homme perdit brutalement l'équilibre. Cependant, son agresseur – l'un des DJ de la rave ? – veillait ; il le rattrapa, passa avec professionnalisme le bras mou sur ses épaules comme pour aider sa victime à marcher, avant de reprendre son chemin. Il avançait à grandes enjambées rapides, ce qui obligea Eudes à trottiner, trébucher sans cesse. De toute évidence, l'homme était bien trop fort pour l'étudiant pâlot à demi sonné.
   Le duo parvint sur le pont. Quelques passants tournèrent la tête vers eux mais se désintéressèrent vite du cas du jeune homme. Tous les mêmes, pensa vaguement ce dernier malgré le douloureux voile de panique qui brouillait sa vision.
   Il sentit qu'on le soulevait et voulut crier ; une main compressait sa poitrine, lui coupant le souffle. Sans plus de cérémonie, le présumé DJ jeta sa victime d'en haut du pont. Une ignoble sensation de vertige gagna aussitôt le malheureux alors qu'il se précipitait vers les eaux sombres. Son hurlement, strident, creva l'immobilité tiède du silence.
   Il s'acheva lorsqu'Eudes heurta la bâche de la cabine d'une péniche. A sa suite, un autre corps tombait.
2. La chambre
« Il est allé trop loin. »
   Son corps avait été lacéré par un millier – non, un million – d'épines aiguisées. Un bruit lointain d'écoulement d'eau s'interrompit pour laisser place à une vive sensation de brûlure sur le front. Eudes entrouvrit les lèvres, pour les refermer presque aussitôt, en sentant un fumet marécageux lui monter aux narines. Il ouvrit les yeux.
   L'eau s'écoulait d'une serviette, le marécage était une soupe boueuse – un mélange de carottes et de viande, peut-être. Il se trouvait étendu sur un lit de camp, face à une horloge murale, dans une grande pièce qui ressemblait de manière dérangeante à une chambre d'hôtel. Le lit qui trônait en son centre n'avait pas été défait. Aussitôt, Eudes voulut se lever. Il n'en fut pas capable. Aucun de ses membres ne bougeait. Pire encore : alors qu'il s'attendait à un inconfort cuisant, il ne sentait pas ses vêtements contre sa peau. Pourtant, ces habits, il pouvait les voir.
   Après d'interminables secondes, un claquement de langue agacé lui fit comprendre qu'il n'était pas seul.
« Il est allé trop loin. Désolée, Eudes, vraiment. »
   La voix féminine adoptait ce ton typique qui sous-entendait "si tu tiens à ta santé, tu as fortement intérêt à accepter mes excuses".
« Quoi, quoi ? », coassa Eudes.
   Il se sentait extraordinairement bête, incapable de comprendre pourquoi on l'avait choisi, lui, comme victime de ce qui pouvait n'être qu'une exécrable mise en scène. La soirée, sa transe, puis la nuit et le réveil, "l'accident" enfin, tous ces évènements s'étaient déroulés trop vite et, l'alcool et la drogue aidant, tout se confondait dans son esprit. D'ailleurs, n'était-ce pas Lalie qui se tenait à côté de lui, assise sur ce tabouret ? Pas de doute, c'était elle, son jouet d'une soirée. Avait-il réellement quitté la plage ? Il n'en était plus certain. Existait-il un hôtel, près de la mer ? Oui, le Campanule, construit à même le sable. Le jeune homme le connaissait bien pour y avoir emmené Hellä, sa précédente conquête.
« Oui, Nath, le DJ, je lui avais dit ce qui s'était passé, tu sais, que t'es parti comme ça, et puis il l'a mal pris, il est devenu furieux. J'ai pas pu le retenir mais je l'ai suivi, puis quand il t'a jeté, je sais pas, j'ai... »
   Elle détournait le regard, gênée. Eudes s'aperçut qu'elle portait un bandage autour du bras droit et de l'épaule.
« J'ai sauté. »
   Il aurait pu être stupéfait, se défouler lâchement sur elle, exprimer des craintes pour son état, toutes réactions humaines qu'un autre aurait eu ; il n'en fut rien. En fait, elle l'assommait, avec son babillage. Ce qu'elle avait bien pu faire ? Il s'en contrefichait, tout comme d'elle, d'ailleurs. Maintenant, il voulait seulement que cette drogue qui l'engourdissait cesse d'agir afin qu'il puisse sortir.
« Tiens, prends ça. »
   Sans considération aucune, elle déposa le bol de soupe malodorante sur la poitrine endolorie du jeune homme. L'objet penchait dangereusement.
« T'as pas faim ? Tu devrais manger, pourtant, vu ton état.
- Peux pas, articula-t-il, la bouche plâtreuse.
- Tu peux pas bouger ? »
   L'évidente rapidité avec laquelle elle avait répliqué indiquait clairement qu'elle avait déjà envisagé cette possibilité. Sûrement, au détour d'une phrase, Eudes lui avait-il dit qu'il souffrait d'arthrose précoce. Elle, en revanche, avait négligé de lui apprendre qu'elle possédait bon nombre de connaissances relatives au corps, y compris des connaissances médicales.
   Elle n'attendit pas davantage pour lui fourrer contre les dents une cuillère chargée de soupe. Le métal heurta l'email.
« Je ne mangerai rien, pas tant que je ne serai pas sorti d'ici. »
   Elle sourit, comme s'il venait de plaisanter. A cet instant-là, sans savoir encore pourquoi, il se mit à la haïr.
« Tu ne peux pas bouger, tu viens de le dire. Il va falloir que tu te reposes bien, pour guérir. »
   Une pointe lui transperça le cœur. Combien de temps lui avait-il fallu pour découvrir ce qui clochait ? Après cette chute, car il devait admettre qu'il avait bel et bien été précipité d'un pont, il aurait dû se trouver à l'hôpital. Évidemment. Il n'avait rien à faire dans cet hôtel.
« Lalie, qu'est-ce que je...
- Tsst, le coupa-t-elle. Je vais t'apporter de la lecture. »
   Sur quoi, Lalie se leva et sortit de son champ de vision. Elle avait oublié le bol de soupe là où elle l'avait posé. Midi sonna, strident. Eudes s'autorisa alors à se déconnecter de la réalité, se coulant dans le sommeil.
   Il rêva d'une immense piscine, derrière une barrière de planches blanches. Il avait atrocement envie d'aller se baigner dans l'eau fraîche mais une vipère, enroulée autour de son bras, lui sifflait que l'accès en était interdit.
   Lorsque l'horloge annonça une heure, le jeune homme se réveilla en sursaut. C'était la même sonnerie, il en était désormais certain, que celle qui l'avait tiré du sommeil aux côtés d'Hellä, un an auparavant. Il n'avait pas l'intention de rester coincé ici. Dans combien de temps la technicienne de surface passerait-elle ? Elle aurait dû venir à midi, avant qu'il ne s'endorme, pourtant il n'avait pas souvenance d'une visite...
   Le Campanule n'était-il pas fermé jusqu'à mai ? Si cela expliquait l'absence de personnel, ça signifiait aussi que Lalie l'avait introduit par effraction.
   Pour la énième fois, son regard se posa sur le bol, juste sous son menton. Il avait de plus en plus faim. Quand reviendrait-elle, cette fille ? Penchant la tête tant que possible, il tendit la langue, effleura la surface du magma brunâtre, sans autre résultat que de se salir. La seconde tentative fut couronnée de plus de succès. Alors qu'il absorbait sa cinquième lampée, la porte s'ouvrit à la volée.
« L'autre arrive... » murmura-t-il pour lui-même.
   Lalie rayonnait. Elle brandissait un livre. Lorsqu'elle le lui mit sous le nez, il put lire, à contrecœur, "Le Sophiste, Platon". Sans prendre garde, elle s'assit à côté de lui. Le matelas pencha et le bol de soupe bascula.
   Non seulement elle ne l'aidait pas à manger, malgré sa faim évidente, mais elle lui ôtait tout espoir de se rassasier ? Le comble fut atteint lorsqu'elle entama la lecture du bouquin d'une voix chantante. Eudes n'avait absolument pas envie de l'écouter. Quelque chose, en elle, l'effrayait.
« Lalie ?
- Je suis en train de... »
   Elle vit son expression dégoûtée et se tut. Eudes reprit :
« Je n'ai pas l'intention de rester ici, dans cet hôtel désert.
- Et pourquoi non ?
- Parce que tu ne peux pas me retenir contre ma volonté. Si je suis blessé, il me faut de vrais soins.
- Eudes... souffla-t-elle avec l'air contrit du médecin qui annonce la mauvaise nouvelle. Tu as subi un traumatisme, une lésion cervicale de la moelle épinière. Tu ne peux plus bouger, tu le sais ? Tu es tétraplégique. »
   Non, il ne le savait pas. L'idée le glaça un instant, puis il la repoussa. Comment pouvait-elle être au courant ? Il ne lui avait jamais parlé de cette fragilité, de son arthrose. Comment pouvait-elle en être sûre ? Et pourquoi vouloir à ce point le retenir ici, malgré tout ?
   Et si... et si elle cherchait encore à se venger ? Après tout, si elle avait été capable de lâcher cette brute sur lui, pourquoi n'aurait-elle pas pu désirer prolonger le supplice ?
« Lalie, je t'aime bien, je suis vraiment désolé d'avoir voulu te quitter comme ça, mais laisse-moi partir s'il-te-plaît.
- Tu m'aimes bien ? »
   Il crut qu'elle était ironique, acide. Son regard chargé d'espoir le détrompa, et lui inspira du même coup une étrange répugnance. L'autre était sûrement une paumée, voilà tout. Il fallait qu'il sorte d'ici.
« Bien sûr, je t'aime beaucoup, je tiens à toi. »
   Elle eut un petit rire.
« Sinon, je t'aurais tué !
- Alors, je peux sortir ? »
   Aussitôt, elle s'assombrit. Un rouge violent entacha ses joues. Elle tenait toujours le livre, dans ses mains crispées.
« Et Hellä, tu l'as aimée ? » susurra-t-elle, retenue.
   Pour le coup, Eudes hésita. Se connaissaient-elles ?
« Hellä, c'est de l'histoire ancienne.
- Tu l'as aimée ?
- Non.
- Et Adeline ? Maëlle, Zoé, Lise ? s'enquit-elle crescendo.
- Tu as fait des recherches sur moi, c'est ça ? Ce matin, après m'avoir traîné ici ? Tu es allée zoner sur les blogs des ces filles en cherchant mon nom ?
- Tu les as toutes quittées de la même façon dégueulasse.
- Et puis quoi ? Si je ne les aimais pas.
- Moi, tu m'aimes ?
- Oui. »
   Il avait décidé de lui mentir sur ce sujet qui semblait tant lui tenir à cœur. Ça ne lui coûtait rien, ne lui avait jamais rien coûté – jusqu'à aujourd'hui. D'ailleurs, elle avait regagné son calme. Elle enfouit distraitement une main dans sa chevelure ébouriffée. Eudes voulut changer de sujet.
« Il y a une piscine, par ici ? »
   C'était tout ce qui lui était venu à l'esprit. Étrangement, Lalie sursauta.
« Oui, la piscine de l'hôtel. Mais on ne peut pas y aller, elle est fermée. Même en saison, elle est fermée. Tu devrais le savoir.
- Tu m'as drogué à la morphine ? coupa-t-il sèchement.
- Quoi ? »
   Elle avait parlé d'une toute petite voix. Se sentait-elle prise en faute ? Peu lui importait ; tout ce qu'il voulait, c'était sa liberté. D'un coup, son immobilité, son incapacité, ces évidences devinrent encore plus réelles. Un sentiment de claustrophobie s'empara de lui.
« Je veux sortir, partir, tout de suite ! » hurla-t-il.
   Tel un pantin aux fils coupés, il demeurait immobile et moite. Seule sa tête s'agitait faiblement.
« Tu veux me quitter, c'est ça ? Alors que tu dis m'aimer ! »
   Il avait perdu toute envie de hurler. Cette fille lui inspirait de la pitié.
« Toi, je t'aime, mais pas ici.
- Ailleurs, tu ne m'aimeras pas non plus. Je vais m'occuper de toi.
- Tu crois que c'est ça qui va faire que je m'intéresse à toi ? »
   A nouveau, la rage la gagnait, le feu embrasait son front. Elle tripotait nerveusement sa proie de papier.
« Quel genre de filles est-ce que tu aimes ? Réponds.
- Un peu comme toi. Mais moins vive, et puis les cheveux courts et blancs, les yeux clairs. »
   Prompte comme l'éclair, elle lui jeta le livre au visage. La porte claqua sur son passage. Eudes ne put que rester allongé, à peine relevé par quelques coussins, comme abruti.
3. La septième fille
   Lalie marchait vite dans le long couloir désert. Sa respiration s'accélérait. Eudes l'avait mise hors d'elle, comme à chaque fois. Lorsqu'elle se le remémorait en train d'esquisser un sourire poli avant de se lancer dans un discours devant des centaines de personnes, le souvenir de son attitude hautaine et méprisante vis-à-vis d'elle-même venait assombrir son humeur. Cependant, ce jeune homme était aussi capable de donner l'impression d'être attentif, intéressé par autrui, et bien qu'elle sut que ce n'était qu'une façade, elle ne pouvait s'empêchait de se sentir émue.
   Indéniablement, elle l'admirait, elle l'aimait. S'il n'y avait eu que cela, peut-être aurait-ce été différent. Le fait est qu'elle s'était avancée plus que de raison : constamment, il l'avait rejetée, et cela avait contribué à accroître son désir de vaincre sa résistance. Elle cherchait davantage que la réciprocité de ses sentiments – une vengeance, peut-être, ou la preuve de ses capacités, une façon de se rassurer.
   L'ascenseur émit un chuintement suraigu tandis qu'il décélérait. Il n'avait pas encore atteint le rez-de-chaussée. Inquiète, Lalie pressa les boutons un à un, en vain. A nouveau, elle se retrouvait coincée dans la cabine exiguë. Cette fois-ci, resterait-elle une heure ou davantage ? De toute évidence, il s'agissait d'une coupure de courant...
   A l'extérieur de l'hôtel, d'épais nuages masquaient le soleil. La pluie déferlait sur le bâtiment et la piscine, dont la surface crépitait. Un éclair projeta sa lumière cireuse. Au fond de l'eau, gisaient des formes noires.

   La fin d'après-midi s'était écoulée au rythme des cliquetis infimes de l'aiguille de l'horloge. Eudes s'était senti tour à tour exaspéré, irrité, oppressé, excédé, sur quoi il s'était plongé dans un état de tristesse lasse, semblable à celui de ces petites dépressions que subissent ceux qui tournent en rond. Encore une heure comme cela et il deviendrait fou, pensait-il. Il dormit peu et mal, à cause d'une douleur insidieuse qui s'éveillait dans sa nuque.
   A l'aube, la porte s'ouvrit. La fille contourna le lit central, toujours aussi impeccable.
« L'autre se ramène ! jappa-t-il sans lui accorder un regard.
- Bonj... »
   Cette voix avait des intonations inhabituelles.
« ...our Eudes, je suis Érèbe, je viens m'occuper de toi et ce sera moi qui viendrai durant un certain temps, après quoi tu seras guéri.
- Je ne peux pas guérir. Lalie ne vous l'a pas dit ? »
   Il la regardait, fasciné. Érèbe était une jeune fille albinos, un peu plus grande que la fille précédente. Avec des mouvements lents et peu précis, elle lui fit manger de la purée. Pour l'heure, la faim l'emporta sur toute autres considérations.
« Tu pourras guérir, cela dépend la façon de voir les choses. Aimes-tu Lalie ?
- C'est une conspiration ? Vous êtes toutes les deux dérangées ? »
   Ses yeux s'écarquillèrent.
« Tu es blessant, Eudes.
- Parce que ce n'est pas blessant, pour moi, de rester coincé ici comme un rat mort ?
- Aimes-tu Lalie ?
- Mais oui ! Oui ! »
   Un bonheur trop intense éclaira le visage blanc. Le jeune homme, quant à lui, était interloqué.
« Où est-elle ? demanda-t-il.
- Qui ?
- Lalie.
- Je... Je l'ignore.
- Pourquoi t'as-t-elle demandé, à toi, de venir me voir ? »
   Peut-être était-ce stupide, mais Eudes était persuadé que ce ne pouvait être le fruit d'une coïncidence. La veille, n'avait-il pas retracé l'exact portrait d'Erèbe ? Elle apparaissait donc comme une rivale, du point de vue de Lalie. Ou bien... Idiot. Mais pourtant... Et ces deux filles se ressemblaient tant, par leur façon d'être...
« Mais parce qu'il fallait bien que quelqu'un s'occupe de toi ! Et elle ne pouvait pas, parce qu'elle est restée coincée dans l'ascenseur.
- Ça n'explique rien. Elle aurait pu venir.
- Mais non, je viens de te dire qu'elle est bloquée.
- Encore maintenant ?!
- Oui, elle m'a envoyé un SMS sur mon portable. Elle attend le réparateur.
- On est dimanche. Tu as essayé de lui ouvrir ?
- Je devais venir te voir.
- Tu as dit que tu ne savais pas où Lalie se trouvait, au début.
- Je ne voulais pas t'inquiéter.
- Oh... Mais qu'est-ce que je suis con... »
   Eudes prononça ces dernières paroles dans un murmure. Il battit des cils. L'espace d'un instant, il avait cru, vraiment cru, qu'Erèbe et Lalie n'étaient qu'une seule et même personne. Il se sentait coupable d'avoir eu une pensée aussi ridicule.
« Qu'est-ce qu'il y a ? »
   L'accent d'inquiétude que portait cette voix était sincère. Mais Eudes ne pouvait pas lui donner la raison de son trouble. Ç'aurait été comme l'aveu personnel de sa propre folie.
   Il mentit.
« J'aurais voulu voir Lalie. »
   Erèbe se leva, pour se pencher vers lui. Il n'eut pas le temps de protester que, déjà, elle le soulevait. Il était lourd et encombrant, aussi ne soutint-elle pas sa tête, laquelle ballotait par-dessus son bras, complètement renversée, tandis que la fille sortait de la pièce. Malgré un mal-être qui atteignait des sommets, Eudes ne ferma pas les yeux. Il ne perdit pas une miette du couloir plongé dans la pénombre, des portes alignées.
   Enfin, alors que le visage du jeune homme se trouvait face au mur, Erèbe s'arrêta de marcher. Elle se tenait devant les portes closes de l'ascenseur. Du coude, elle donna un bref coup sur le bouton d'appel.
   Des couinements grinçants parvinrent aux oreilles d'Eudes. Il esquissa une grimace. L'odeur de renfermé du couloir avait été chassée par une seconde, incommensurablement plus infecte.
   A cet instant, les portes coulissèrent.
4. La piscine
   La bouffée putride qu'il inspira provoqua un haut-le-cœur. Que se trouvait-il, à l'intérieur de la cabine ? Eudes aurait voulu pouvoir nier jusqu'à l'existence de cet hôtel, mais il n'en était pas capable : il imagina.
   Il se figura le cadavre de Lalie, prostré dans l'un des angles, roide.
   Déjà, la mort l'avait travaillé, les yeux étaient enfoncés dans leurs orbites sombres, le teint, cireux. Non, plutôt blanc, d'une blancheur translucide semblable à celle de ces corps qui ont trempé longuement dans du liquide. Cette peau, déjà, se décollait, laissant transparaître des veines bleuies, des...
« Je savais qu'il ne tiendrait pas le coup. »
   Eudes ne répondit pas.
« Tu vois, Eudes, il n'a pas tenu, et, maintenant, on ne peut plus le récupérer. Mais c'est pas grave, hein ? Tu me préfères comme ça. Albinos.
- Quoi, qui n'a pas tenu ? »
   Des gouttes de bave glissèrent le long de ses joues, jusqu'à ses yeux.
« Le corps. De Lalie. »
   Le silence sembla s'éterniser.
« Elle est... morte ? »
   De nouvelles gouttes de bave débordèrent des sourcils pour dégouliner sur le front.
« Je... » reprit Eudes.
   Un vertige engourdissait sa tête. Ce qu'il voyait – le mur au crépis rouge bordeaux, la plinthe de bois noir – perdait toute stabilité. « " Le monde est une création de notre cerveau ", hein ? pensa-t-il. Eh bien, le mien doit être sacrément mal en point... »
   Il sombra dans l'inconscience.
   Lorsqu'il s'éveilla, il ne reconnut tout d'abord pas les environs de la piscine, avec la pelouse mal tondue qu'avait détrempé l'orage de la veille. Une pluie fine tombait sans discontinuer, assombrissant les carreaux de céramique qui recouvraient le sol.
   Erèbe avait allongé le jeune homme sur un lit de graviers – originellement une petite allée. Elle se tenait d'ailleurs à côté de lui, en train de brandir une seringue dotée d'une énorme aiguille...
   A nouveau, les limbes noires accompagnées de leur cortège de fièvre, si promptes, s'emparèrent d'Eudes.
   Il reprit connaissance quelques instants plus tard, assis sur le rebord de la piscine, les jambes dans l'eau jusqu'aux genoux. L'humidité avait infiltré son pyjama. Erèbe se tenait tout contre lui et le soutenait afin qu'il ne tombe pas. D'un coup, elle fit mine de le lâcher.
« Tu meurs, Eudes. »
   Elle le rattrapa. Des gouttes de sueur froide perlaient sur le front du jeune homme. D'un haussement de menton, elle désigna l'eau noire.
« J'ai réfléchi. Tu n'en as plus pour longtemps. Ma solution... Est là-dedans. C'est là que se trouve... »
   Une voiture passa en vrombissant derrière la palissade. Un instant, la lumière de ses phares se refléta à la surface huileuse de l'eau.
   Au fond, gisaient des formes troubles.
« ... ma réserve de corps. »
   Eudes émit un petit cri étouffé, pitoyable.
« Hellä, Zoé, Adeline, Maëlle et Lise. »
   La main de la jeune fille blanche se crispa sur son épaule.
« Ça te parle, hein, tous ces noms ? Tu les as toutes rencontrées, toutes larguées. Même Lalie et Erèbe.
- Ton nom...
- Mon nom ? Je n'en ai pas. Mais si je devais m'en choisir un, je prendrais... le tien. Tu sais, quand Maëlle t'a rencontré, pour la première fois, elle était encore neuve, innocente. Je... Non, tu ne sauras pas ce que je suis. Pas maintenant. Mais maintenant, pour moi, ça se termine. J'ai possédé tant de corps !... Ils meurent tous, tour à tour. Si je n'avais pas dû quitter Lalie, coincée dans l'ascenseur, elle tiendrait encore. Mais je... »
   Subitement, une lueur malsaine s'alluma au fond de ses yeux bleu pâle.
« Je pourrais prendre ton corps à toi.
- Non ! »
   Mais, déjà, Erèbe se laissait glisser dans l'eau. Les vaguelettes clapotaient contre sa peau blanche. Elle tira Eudes, à sa suite.
« Non ! »
   Il bascula.
   L'eau glaciale et gluante entra dans sa bouche, son nez, ses oreilles. Malgré cela, il gardait les yeux ouverts tandis que, se mobilisant comme jamais, il tentait de s'éveiller, de bouger. Peine perdue ; ses membres inertes coulaient tout comme le reste de son corps.
   Il pensa qu'il mourrait. Par instinct, il repoussa cette idée. Pourtant, au fond... répugnait-il vraiment à l'accepter ?
   Tout à coup, le masque blanc aux yeux translucides se rapprocha de son visage. La bouche ouverte se plaqua contre ses lèvres.
   L'esprit d'Erèbe pulsait contre la paroi de son crane, errait à fleur de peau, ivre de liberté. Sans mal, tel le papillon guidé par la lumière au cœur des ténèbres, il aurait franchi cette distance incommensurable qui le séparait de l'autre corps pour en prendre possession – s'il s'était agi de l'un des sept. Or, celui-ci était habité.
   Sept enveloppes charnelles féminines, pas une de plus, c'était tout ce que possédait la créature.
   Ses yeux s'agrandirent tandis que, saisie, elle comprenait que même le fait de se trouver sous l'eau ne permettrait pas le passage de son esprit dans ce nouveau corps. Elle avait espéré... Avait-elle voulu incorporer Eudes à son être, de telle sorte que plus jamais il ne s'oppose à elle ni ne la contrarie ? Pensait-elle pouvoir, une fois immiscée dans son corps, être capable de lui apporter la guérison ? Jamais Eudes ne le saurait. Quelques ultimes bulles jaillirent de ses poumons compressés. Le noir, plus oppressant que jamais, envahit son esprit paniqué.
5. Éveil
   La lumière trop blanche traversait ses paupières. Un instant, il fut ébloui. Puis il distingua les contours de cette chambre d'hôtel, cette peinture claire, l'horloge métallique...
« NON ! »
   Il avait hurlé.
   Redressé sur son lit, il haletait à un rythme précipité.
« Calmez-vous, je vous prie... »
   Non, tout était différent. Ce n'était pas cette maudite pièce, mais une chambre d'hôpital. Étrangement, Eudes n'était pas certain de préférer cela.
« ...avez subi un traumatisme et avez été drogué. Il faut que vous vous reposiez, sans solliciter vos muscles. D'autre part... »
   En effet, il n'était pas capable d'admettre que tout ce qui s'était passé – depuis quoi ? Sa chute ? – n'avait été que pur délire de sa part.
   L'infirmière, une femme âgée, ne cessait de débiter son baratin. Eudes fut contraint de se rallonger.
   Dans sa bouche pâteuse subsistait comme un arrière-goût de gloss.

   Un fragment de papier qu'avait fait gondoler l'humidité gisait près de sa tête. Il ne s'en aperçut pas. Le morceau chuta au sol. Peut-être le technicien de surface le lui ravirait-il à jamais.
   Ce n'est qu'en se retournant qu'Eudes le vit. Il tendit le bras.
   Son cœur manqua un battement, tandis que ses yeux parcouraient les lignes décolorées.

« Eudes,
Je t'ai ramené à la vie parce que cela ne me coûtait rien et que, sinon, j'aurais regretté. Je t'ai dit par sept bouches que je t'aimais. Je sais trop bien que tu ne m'aimes pas. Je n'en veux pas plus.
Pour l'instant.
Quand j'aurai accès à de nouveaux corps – et cela arrivera – je reviendrai te trouver. D'ici là, je changerai... J'ignore quand cela se produira.

Alors, je te le jure, tu m'aimeras.
Eudes. »


Fin.
« Modifié: 29 Août 2020 à 21:40:16 par Spes »

Verasoie

  • Invité
Re : Eudes
« Réponse #6 le: 07 Juin 2009 à 09:46:41 »
Citer
L'ascenseur émit un chuintement suraiguë

suraigu (au masculin)

Citer
Encore un heure

une

Citer
moi qui viendrait

viendrai

Citer
Du front, elle donna un bref coup sur le bouton d'appel.

j'aurais plutôt vu du coude... le bouton est assez bas, non ?

Citer
Eudes aurait-il voulu pouvoir nier jusqu'à l'existence de cet hôtel, mais

aurait voulu

Je suis bluffée par la chute ! Quand l'autre s'est noyé(e), je me suis dit que pour arriver au même résultat trop "facile" (la mort un peu idiote du méchant :p) je préférais la première version. Mais la lettre à la fin, ça change tout O_O J'aime vraiment

Hors ligne Spes

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Re : Eudes
« Réponse #7 le: 10 Juin 2009 à 14:37:22 »
Merci pour la relecture ! Et du commentaire ^^
J'ai corrigé toutes ces fautes, plus quelques doubles espaces.

Citer
Du front, elle donna un bref coup sur le bouton d'appel.

j'aurais plutôt vu du coude... le bouton est assez bas, non ?

Je l'imaginais tellement encombrée que je n'ai pas envisagé qu'elle puisse utiliser ses coudes.  :mrgreen: J'ai modifié ça.

Ça me fait plaisir que la fin t'ai plu. D'autant plus que c'est cette fin-là que j'ai envoyée pour l'AT... je stresserai un peu moins, en attendant la réponse xD

Hors ligne Leia Tortoise

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Re : Eudes
« Réponse #8 le: 17 Juin 2009 à 14:44:18 »
Fiou, eh beh c'est bien glauque... Mais prenant! J'ai été complètement happée.

Je préfère la fin de la première version, même si elle est plus dure que l'autre, justement ça tranche plus...

Petit détail:
Citer
Tous semblables, pensa vaguement ce dernier malgré le douloureux voile de panique qui brouillait sa vision.
J'aurais plutôt dit "tous pareils" ou "tous les mêmes", là ça ne fait pas très naturel, même si c'est une pensée il vaudrait mieux que ça soit un tout petit peu plus "oral"...

A part ça je n'ai rien à redire au style, il est très bien porté par l'histoire et le suspense, et vice versa!
Of course it is happening inside your head, but why on earth should that mean that it is not real ?
- Dumbledore -
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Hors ligne Spes

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Re : Eudes
« Réponse #9 le: 17 Juin 2009 à 22:34:19 »
Oh ! un commentaire pour Eudes, ça fait plaisir. ^^

Je vais investir dans le suspense, décidément. Même si, du coup, les attentes concernant la chute s'accroissent..
Je note que le type de fin de la première version n'est pas à éviter.

Citer
J'aurais plutôt dit "tous pareils" ou "tous les mêmes", là ça ne fait pas très naturel, même si c'est une pensée il vaudrait mieux que ça soit un tout petit peu plus "oral"...
Je modifie ça de suite

Merci à toi =)

Hors ligne ernya

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Re : Eudes
« Réponse #10 le: 09 Septembre 2010 à 15:15:43 »
J'étais persuadée d'avoir lu ce texte ???

Je comprends pourquoi il plaît à Vera, XD.
J'ai trouvé que peut-être en un poil plus concis, il aurait eu plus d'impact.
Sinon il y a encore quelques maladresses comme le "merde mon arthrose" qui fait pas trop crédible comme réplique et cheveu sur la soupe.
Mais j'ai bien aimé l'idée et la lettre à la fin. Il me manque juste un peu plus de dynamique ou d'angoisse, d'atmosphère. Peut-être aussi que les personnages manquent un peu de couleur, disons que je m'y suis pas spécialement attachée.
Mais c'est pas mal ^^
"Je crois qu'il est de mon devoir de laisser les gens en meilleur état que je ne les ai trouvés"
Kennit, Les Aventuriers de la Mer, Robin Hobb.

Hors ligne Kathya

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Re : Eudes
« Réponse #11 le: 09 Septembre 2010 à 18:35:22 »
L'ambiance est assez prenante, je me suis vraiment demandée où ça allait mener tout ça. Par contre je trouve un peu confus et rapide le passage où il se fait à moitié assommé, les actions se suivent de manière un peu floue.

J'ai parcouru rapidement la première fin et je pense préférer celle-ci, même si je pense que le mot de la fin aurait pu être un peu plus tranchant, plus menaçant. Mais globalement j'ai bien aimé. ^^
"Je suis la serveuse du bar Chez Régis ! Ou un leprechaun maléfique barrant l'entrée d'un escalier imaginaire..."

Et puis la Nuit seule.
Et rien d'autre, et plus rien de plus.

Avant l'hiver, Léa Silhol

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Re : Eudes
« Réponse #12 le: 18 Octobre 2010 à 12:30:36 »
Citer
Il irait prendre un café noisette,
Ho ! Trop boooooooooon ! ^^
Citer
Attaché aux convenances, il détestait qu'on ne respecte pas une certaine distance avec sa personne.
Je pense que ca pourrait etre mieux dit…
Citer
de ce qui ne pouvait qu'être une exécrable mise en scène.
« n’être qu’une » non ?

Citer
« Hellä, c'est de l'histoire passée.
De l’histoire « ancienne » ?

Citer
   Il se figura le cadavre de Lalie,
«  se figurer » ca veut pas dire s’imaginer ?

Pas mal, un peu long peut etre et j’aurai préféré une autre fin, mais c’est quand meme pas mal, surtout au niveau du contenu .
« Vous êtes mon café émotionnel ! » Meeting 2016

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Re : Eudes
« Réponse #13 le: 20 Octobre 2010 à 12:48:15 »
Wouaouh.  :o


J'avoue que j'avais une très grande flemme de lire ce texte, à cause de sa longueur. Mais sitôt commencé... j'ai pas pu m'arrêter. Il est vraiment captivant, le suspense fonctionne à plein, les développements ne sont pas prévisibles... Vraiment, vraiment réussi !

J'aurais juste espéré une fin un peu plus étoffée, mais sinon, un grand bravo !
Il ne faut jamais remettre à demain ce que tu peux faire après-demain.

Hors ligne Milora

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Re : Eudes
« Réponse #14 le: 24 Avril 2014 à 20:20:14 »
Je remonte le texte parce que je l'ai relu à l'occasion du Pentacle. J'en avais gardé un souvenir très positif et juste quelques éléments de l'intrigue. Du coup j'ai commencé à lire avec l'intention de survoler...
...et...
...me répéterais-je si je dis "wouaouh" ?  :mrgreen:

La tension du texte, le suspense, l'incompréhension d'Eudes et du lecteur, les petits détails qui clochent et qui mettent mal à l'aise... Tout ça est super bien amené, le texte est toujours captivant, même 4 ans après !
Par contre, j'ai vu passer quelques coquilles et un lapsus (technicienne de service... C'est technicien de surface, non ?), mais j'étais trop prise par ma lecture pour les noter.

Merci pour ce chouette texte, et encore bravo ! :)
Il ne faut jamais remettre à demain ce que tu peux faire après-demain.

 


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