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Le Monde de L'Écriture » Salon littéraire » Salle de lecture » Romans, nouvelles » Crime et châtiment (Fiodor Dostoïevski)

Auteur Sujet: Crime et châtiment (Fiodor Dostoïevski)  (Lu 2791 fois)

Hors ligne ernya

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Crime et châtiment (Fiodor Dostoïevski)
« le: 04 Février 2015 à 11:40:49 »
Aussi incroyable que cela puisse paraître, il n'existe pas dans notre bibli de fil consacré à Dosto. Du coup, je vais proposer un début de discussion.

La littérature russe, je l'ai abordée plutôt avec Tolstoï. J'ai un peu de mal avec la longueur sans parler des doubles noms pour parler des personnages. Dosto, j'en ai entendu pas mal parler à la fac, mais je n'avais jamais essayé de moi-même. Alors j'ai tenté Crime et Châtiment.







De quoi ça parle ?

On suit le parcours de Rodion Romanovitch Raskolnikov, étudiant sans le sou, qui a dû abandonné ses études et vivre dans un quartier mal famé de Saint-Pétersbourg. Rongé par la pauvreté, il s'isole peu à peu du reste du monde. Alors qu'il vend son dernier bien, la montre de son père, à une usurière, une idée lui vient à l'esprit : un meurtre est-il moralement tolérable s'il conduit à une amélioration de la condition humaine ? Comment vit-on ensuite avec cette idée que l'on a tué ?
Avec un tel résumé, on pourrait s'attendre à une oeuvre essentiellement réflexive, psychologique. Pourtant, actions, il y a bien. L'action est sans cesse relancée par les rencontres que fait Raskolnikov et on a une trame qui se dessine et qui met en scène des personnages complexes qui viennent assombrir ou éclairer la route de Rodion.


Les plus selon moi du livre :
-le mélange action/réflexion
- les personnages (Sonia qui se condamne à devenir prostituée pour en venir en aide à sa belle-famille, le flic qui use de psychologie dans ses interrogatoires, Dounia, la soeur de Rodion associée à des types louches, la phtisique belle-mère, l'ami de Rodion....) et leur générosité
- les va-et-vient de l'intrigue
- le côté sentimental qui reste présent mais en arrière-plan
- les réflexions sur le crime, la souffrance, le sacrifice de soi pour les autres
-la recherche identitaire des personnages

Après, ça reste un livre un peu long (plus de 500 pages) donc y a des parties que j'ai trouvées un peu longues mais je pense avoir été bien plus dans le livre que dans Anna Karénine, par exemple.

Si l'on en croit wiki, le livre est aussi intéressant pour son développement des thèses religieuses et existentialistes de Dosto. Perso, le côté religieux avec  les idées de souffrance et de salut ne m'a pas beaucoup touchée dans ce livre.


Et vous, qu'en avez-vous pensé ?
« Modifié: 08 Septembre 2015 à 20:03:59 par Zacharielle »
"Je crois qu'il est de mon devoir de laisser les gens en meilleur état que je ne les ai trouvés"
Kennit, Les Aventuriers de la Mer, Robin Hobb.

Hors ligne holden5

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Re : Crime et châtiment (Dostoïevski)
« Réponse #1 le: 04 Février 2015 à 19:09:59 »
Merci Ernya d'ouvrir un fil sur Dosto, effectivement ça manquait!
Crime et Châtiment a longtemps été pour moi "le plus grand livre de tous les temps", rien que ça. L'incroyable sentiment de proximité avec le personnage principal, l'atmosphère angoissante à souhait et l'arrière-fond ultra-humaniste... Dostoïevski a vraiment une manière unique d'écrire les romans, qui tranche avec le style plus classique de Tolstoï (Anna Karénine m'avait ennuyé à mourir à la même époque)

En le relisant dernièrement, j'ai retrouvé un grand plaisir et je suis toujours très impressionné par la capacité de Dosto à planter des décors, à immerger dans les pensées et sentiments de ses personnages etc. mais j'ai trouvé (pardon mon maître!) que certains dialogues ou pitreries  s'étiraient inutilement sur des chapitres entiers. Ce qui m'avait plu à première lecture — le côté excessif, bavard, exalté de certains personnages — m'a semblé un peu plus artificiel et ennuyeux avec l'âge.

Moi non plus, je n'ai pas vraiment goûté aux conceptions intellectuelles de Dostoïevski, dont les romans sont bons, selon moi, en dépit de toutes les parenthèses philosophiques, et non grâce à elles. 

Mais bon, je dis du mal, mais ça reste un de mes romans préférés  :D


Hors ligne Meilhac

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Re : Re : Crime et châtiment (Dostoïevski)
« Réponse #2 le: 04 Février 2015 à 19:22:30 »
hey  :) !
Dostoïevski a vraiment une manière unique d'écrire les romans, qui tranche avec le style plus classique de Tolstoï
tu peux nous en dire + holden5 sur le style de dosto ?  ;)
un petit extrait, pourquoi pas ?  ;)


Hors ligne holden5

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Re : Crime et châtiment (Dostoïevski)
« Réponse #3 le: 04 Février 2015 à 21:28:17 »
@Meilhac :
Ah, si seulement je pouvais définir ce qui le distingue de tous les autres! (que je connaisse en tout cas!)

Peut-être qu'on peut comprendre ce que fait Dosto en le comparant avec Zola.
Zola, si je ne m'abuse, peut-être rangé dans la catégorie des "naturalistes": il décrit de manière objective, avec un grand souci de fidélité au réel, les conditions de vie misérables des mineurs, des travailleurs parisiens etc. Et le lecteur se dit : "houlala, ça devait vraiment pas être facile pour eux, il devait souffrir ces gens..." Avec Zola, le côté objectif nous suggère indirectement le subjectif.

Dostoïevski fait l'inverse. On serait plutôt dans du "spiritualisme" ou du "psychologisme" (si ces catégories existaient), parce qu'il s'agit surtout chez lui de dépeindre des âmes, ou plutôt le désordre, la dynamique et les contradictions de la pensée humaine. Des pages entières suivent ainsi le cours des pensées, des interrogations de Raskolnikov. Il y a bien quelques descriptions du réel dans ses livres, mais elles ne sont jamais vraiment neutres : elles reflètent surtout la perception que peut en avoir le personnage. Au chapitre 1, on n'apprend pas grand chose de St Petersbourg, à part que c'est (pour Raskolnikov) une sorte de grande fournaise puante. Sa chambre ne mesure par 5 m2, c'est un "placard" etc.

"Quoi de très original là-dedans" me diras-tu? "Beaucoup de romans décrivent les choses du point de vue d'un personnage." Bonne objection... Alors attends laisse-moi réfléchir............La différence, c'est peut-être que Dostoievski ne s'éloigne jamais de ce principe subjectiviste, que la plupart des détails "objectifs" sont éliminés.

Je m'emmêle un peu les pinceaux sur cette question difficile, mais j'espère que d'autres lecteurs enthousiastes s'exprimeront mieux que moi sur la question.  :D

 


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